11/01/2010

Nous ne fêterons point ces indépendances indignes!

I 1.jpgLa lecture de l’actualité africaine annonce non plus seulement la continuité, mais la cristallisation voire la sacralisation de cette relation, qui invite implicitement les peuples à la sédition pure et simple. Les cas du Niger, du Cameroun, du Burkina Faso, du Togo, et des autres, ne relèvent plus de la mauvaise gouvernance, pas plus que de la bêtise ou de la folie des pouvoirs autocratiques. Personne, à moins de choisir le suicide moral, ne saurait dédouaner Paris de ces cancers qui étranglent les peuples. Il ne faut plus chercher à comprendre les successions royales du Gabon, ni du Togo. Il ne faut pas attendre de Compaoré, tueur de sang froid improvisé médiateur de toutes sortes de crises organisées, qu’il propose autre chose qu’une élection à un seul tour aux togolais. De qui prendrait-il ses instructions donc ? Mais d’où Sassou Nguesso a-t-il appris, compris et importé le principe du mandat présidentiel de sept ans ? D’où vient cette culture obscurantiste de mandat présidentiel long sinon de l’hexagone des gens de steak-frites et de bon vin de table ? En apprenant tout petit que leurs ancêtres étaient plutôt des gaulois, ces cancres de la mauvaise gouvernance et de la dictature ne sauraient être des élèves parfaits sans assimiler également la règle de la présidence monarchique cher à De gaulle.

Il y a au fond, un terrible examen de conscience à faire, en lieu et place de festivités qui vont au contraire consacrer l’humiliation, l’infantilisation, et la défaite autant historique que contemporaine de nos peuples. Ne fêtez point car il s’agit de cinquante années de traîtrise, de recul, d’indignité, d’insanité, d’incapacité. Ne fêtez point car nul martyr dans le contexte d’une si haute insulte à la conscience des ancêtres des libertés et des droits fondamentaux de l’être humains, n’accepterait des excuses depuis sa tombe. Ne fêtez point car dans le regard lointain du reste du monde, l’Afrique, cette Afrique, demeure une terre de punition, une constellation de vampires politiques sans âme, une foire de cancres serviles livrés à tous les vents contraires et prostitués entre les mains de tous les visiteurs.
 
I 2.jpgIl est légitime que de Paris, Londres, ou Bruxelles, des trompettes de victoire retentissent, que des feux d’artifice saluent le triomphe de leurs seigneurs esclavagistes et de leurs missionnaires prétendument civilisateurs sur les nègres. Ceux qui ont eu raison des Lumumba, Ossendé Afana, Ernest Ouandjié, Sankara et tous les autres anonymes qui luttaient pour la dignité de l’Afrique, peuvent raisonnablement pousser un soupir de soulagement. Chaque victoire vaut bien une fête, et chaque victoire peut bien  être fêtée tous les ans, voire tous les dix ans. Quelle victoire avons-nous remporté donc, pour fêter un certain cinquantenaire ? Nous ne sommes pas dans l’Afrique que voulaient les Félix Roland Moumié, mais plutôt dans celle que planifiaient pour nous, pour les singes, De gaulle et compagnie.

Le plus important ce n’est pas l’indépendance, ce sont la liberté et la dignité que charrie l’indépendance. L’indépendance sans la souveraineté c’est donc quoi, vraiment ? De brillants et valeureux fils et filles du continent à l’instar des Tchuidjang Puémi qui comprirent très tôt les dangers de nos mille vassalisations à travers la monnaie, s’en sont allés bredouilles dans la tombe, laissant à une postérité complexe et compliquée, le soin de continuer jusqu’à la victoire, ou alors d’accepter de témoigner de la défaite. Nous y sommes, dans le témoignage de la défaite, et vous organisez la fête. Non, l’Afrique ne doit pas fêter. Un cadavre ne fête pas sa disparition, et un mort ne chante pas des cantiques de la vie. Il faut avoir le courage de dire à nos enfants et petits enfants, que nous n’avons pas gagné et que les maîtres colons, nous ont refusé le doit de nous développer, contrôlant le ciment, les livres scolaires, les industries, les infrastructures. Nous sommes des âmes sans âmes. L’Afrique fêtera un jour, plus tard, très tard, et ce sera en comptabilisant et en réhabilitant effectivement ses martyrs.Le cinquantenaire de la honte devrait induire des scènes de deuil public./.

© Correspondance : SHANDA TONME

17/11/2009

Lettre de Madagascar

AL 1.jpggité, écrasé, bousculé. Je me trouve immobilisé. Sous mes pieds, une famille de poulpes en route pour le marché. À ma gauche, une femme malgache trop impatiente de me rappeler que oui, les êtres humains ont une odeur, et que oui, il faut l’assumer. À ma droite, la porte arrière. Personne ne peut bouger tellement on est serré, et pourtant cinq nouveaux passagers franchissent le pas. Telle est la loi du taxi-brousse. Une loi qui tente, par tous les moyens, de se rapprocher de la mythique frontière du confort zéro. Nous sommes tout de même arrivés vivants à Tuléar. Une ville dynamique du sud-ouest de Madagascar où tout le monde circule en «taxi écologique» d’étonnantes machines qui carburent au riz ! Il s’agit, bien entendu, des
pousse-pousse. Ces brouettes inversées, échos des colonialismes du 19e siècle sont un héritage des migrations asiatiques. On en trouve dans de nombreuses villes malgaches. Au début on se sent mal de monnayer la transpiration d’un autre homme, mais on s’y fait vite. C’est rigolo, c’est pas cher, et les Tuléariens sont les premiers à les utiliser. Du coup la ville demeure libérée des voitures, et les rues sont calmes. Le silence étant régulièrement brisé par les accélérations d’un énorme quad, piloté par un homme blanc, la cinquantaine, flanqué d’une jeune Malgache, la vingtaine (ou moins). A croire qu’ici les critères de beauté ne sont pas les mêmes qu’en Europe ! Le tourisme sexuel reste une réalité affligeante et visible dans tout le pays, et surtout sur les côtes. Dans chaque hôtel, à côté du lit, vous trouverez un paquet de préservatifs posé sur un exemplaire du nouveau testament.
L 2.jpgNous avons eu l’occasion de visiter quelques villages au nord de Tuléar. Notamment Ifaty, village de pêcheurs, et quartier général de Reef Doctor, petite ONG que nous avons connu dans le cadre d’un reportage. Ils tentent, entre autres, d’inculquer les valeurs de la protection du patrimoine marin aux pêcheurs vezo (prononcez «vaise») qui deviennent trop nombreux pour les capacités marines des côtes. Vers 18h30 le soleil se couchait pour nous. En ombres chinoises, des pirogues à balancier rentraient de leur journée, d’autres partaient pour la
pêche nocturne. Un tableau paradisiaque dont il est impossible se lasser, et que l’on dégustait tous les soirs avant de rentrer dans notre bungalow sans eau ni électricité, peuplé d’une dizaine de cafards très curieux de connaître leurs nouveaux colocataires...

On mange très bien à Madagascar. À la tombée de la nuit dans toutes les villes et tous les villages, des odeurs de viande grillée viennent vous chatouiller les poils de nez. Et à 100 Ar (3 centimes d’euros) la brochette de zébu, il n’y a pas de raison de se priver. Leur viande est excellente, et pour ceux qui connaissent les joies du boeuf américain, sachez que le zébu malgache est meilleur. Ici, l’expression «un steak qui se coupe à la cuillère» prend tout son sens. Mais le festin ne s’arrête pas là. Toutes les influences culturelles de cette grande île se côtoient dans les assiettes.
Allant des nouilles sautées chinoises au foie gras français, en passant par le manioc africain et la pizza italienne. Étrangement, les Malgaches disent «maztou» ce qui signifie «courage» avant d’entamer le repas. Je ne parlerais pas de courage quand il suffit de prononcer les mots «beignet de banane» pour me faire frétiller les papilles. Pour les boissons, c’est pareil. Une bonne bière, la THB (Three Horses Beer), du vin local ou sud africain, des rhums arrangés à la vanille, au letchi, à la mangue, au gingembre... on a vraiment l’embarras du foie!
Bientôt il va falloir rentrer sur Tana avant de repartir, assez rapidement,
dans le nord pour d’autres reportages. Plus précisément autour de Diego Suarez, dans une région qui produit les mangues les plus délicieuses de l’univers connu. Aller, on vous laisse, avant notre ultime escapade dans la région de Tuléar, au sud, où l’on admirera les poissons dans leur milieu naturel, avant des les admirer dans notre assiette. Maztou !


16/11/2009

Le Burkina à l'épreuve de l'incivisme fiscal

I 3.jpgDepuis quelques semaines, la Direction générale des impôts est en guerre contre les entreprises qui n’honorent pas leurs engagements vis-à-vis du fisc. Les fins limiers des différentes divisions fiscales multiplient des contrôles inopinés dans les boîtes pour distribuer de bons et de mauvais points. Mais comme ils devaient s’y attendre, le nombre de mauvais élèves est malheureusement encore supérieur à celui des bons. Ils sont légion, les entrepreneurs, commerçants et autres opérateurs, à se faire prendre en flagrant délit de non-paiement des sommes dues au Trésor public, de non-reversement de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ou encore des cotisations sociales dues à leurs employés.

L’incivisme fiscal a la peau dure au Faso. La gangrène semble difficile à éradiquer, et pour cause. Si l’on peut se féliciter de la volonté du pasteur Testicus Zorro de mettre de l’ordre dans les Finances publiques et d’imposer une certaine discipline dans l’environnement des affaires, force est de constater que les mauvaises habitudes qui persistent de chaque côté ne lui facilitent pas du tout la tâche. La grande majorité des opérateurs économiques du Burkina n’a pas encore intégré le paiement des impôts et des différentes taxes dues au fisc comme une obligation dont ils doivent obligatoirement et volontairement s’acquitter.

Ils préfèrent toujours feinter l’Etat plutôt que d’honorer leurs engagements. Et lorsqu’adviennent les contrôles, ils usent de toutes les astuces imaginables pour ne pas payer ce qu’ils doivent. Les tactiques les plus usitées en la matière restent la falsification des documents comptables et la corruption des agents des Impôts. C’est peu de dire que la comptabilité de beaucoup d’entreprises qui font des affaires dans le pays ne respecte pas toujours les règles éthiques. Entre les comptes qui sont présentés aux contrôleurs des impôts et la réalité des recettes et des charges de l’entreprise, le fossé est parfois abyssal. La transparence n’est pas encore la chose la mieux partagée. Le sport favori est de brouiller le plus possible les pistes afin de continuer à gagner beaucoup d’argent tout en payant très peu d’impôts. C’est un jeu de cache-cache quasi institutionnalisé qui s’est installé dans les rapports entre les entreprises et la Direction générale des impôts.

I 1.jpgDans ce jeu, qui devient logiquement malsain, ce sont les plus malins qui se sucrent le plus. Conscients que les entreprises ne respectent pas toujours les règles, certains agents du ministère de l’Economie et des Finances n’hésiteraient pas à exploiter cette faille pour empocher des sommes indues afin, diraient-ils, d’effacer les ardoises ou de fermer les yeux. Ainsi sont nées les brebis galeuses qui s’enrichissent en un temps deux mouvements, bâtissent des villas somptueuses à Wagda 2000, roulent dans les grosses cylindrées alors qu’ils ont à peine 5 années de carrière et que leurs salaires n’ont connu aucune avancée substantielle. La situation de ces agents qui s’enrichissent subitement est du reste connue de leurs supérieurs hiérarchiques qui, curieusement, n’osent même pas s’interroger sur l’origine de leur fortune ostentatoire. Le pire c’est qu’ils sont quelquefois présentés ou enviés (c’est selon) comme des modèles de réussite sociale. Et pourtant, tout le monde est convaincu que ce ne sont que des affairistes, des dealers qui polluent impunément l’environnement des affaires.

Par ailleurs, on connaît aussi des entrepreneurs et des opérateurs économiques qui n’ont coutume que de régler leur problème de fisc dans les couloirs obscurs du service des impôts. Ceux-là n’ont ni recours aux voies légales de remise de taxes dues, ni de demande de paiement à tempérament de ce qu’ils doivent. Ils préfèrent graisser les pattes des fonctionnaires plutôt que verser le moindre kopeck dans les caisses de l’Etat. Certains sont passés maîtres dans l’art d’utiliser leurs relations administratives et politiques pour solder leurs comptes. Ils sont convaincus qu’il suffit d’avoir les bras suffisamment longs pour passer à travers les mailles des filets. Vrai ou faux ?

La promiscuité entre des opérateurs économiques et des acteurs politiques de haut rang n’est pas toujours de nature à favoriser le civisme fiscal au Faso. Car il est reconnu que les grands commerçants et autres entrepreneurs qui financent les activités des partis politiques ou sponsorisent des manifestations caritatives organisées par des personnalités attendent toujours un retour d’ascenseur. Soit en termes de marché, soit d’exonération d’impôt, ou de couverture en cas de pépin avec l’Administration en général ou le service des impôts en particulier. Tout compte fait, ils ne sont pas généreux pour rien. Le hic c’est que cette générosité a des effets polluants sur l’environnement des affaires. Dans le jeu du chat et de la souris entre le service des impôts et les acteurs du monde économique, il y a aussi ceux qui comptent sur leur lien de sang avec tel ou tel môgô puissant du régime pour échapper au fisc et à toute forme de contrôle.

I 2.jpgCeux-là s’adonnent à tous les écarts possibles. Et lorsque surviennent des impairs, c’est toute la république qui est éclaboussée par leur gaffe. Dans ce lot, on cite les beaux-frères, les belles-sœurs, mais aussi les belles-mères proches ou lointaines. Ainsi, dans l’affaire peu reluisante de « chèques roses » dans laquelle deux personnalités importantes du ministère de l’Economie et des Finances sont impliquées, certains sont déjà convaincus que ceux-ci joueront de leurs « liens de sang » pour se tirer d’affaire. Mais apparemment, l’affaire est plus sérieuse qu’on ne peut l’imaginer, puisque les intéressés auraient été déférés à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en attendant qu’ils soient situés sur leur sort. Ce malgré leur statut et leurs relations. Le pasteur Testicus Zorro pourra-t-il résister aux « interventions » et autres influences dans sa croisade contre l’incivisme fiscal ou laissera-t-il passer les gros poissons à travers la nasse ? Il est peut-être encore trop tôt pour en juger. Ce qui est sûr, c’est que ce nouveau front ne sera pas de tout repos pour lui. Mais c’est seulement lorsqu’il ira jusqu’au bout qu’il pourra prouver sa ténacité et donc sa capacité à briser ces mauvaises pratiques qui plombent dangereusement l’économie burkinabè