08/03/2010

Le Togo a encore raté le virage !

 

T1.jpgOn a cru que la présidentielle du 4 mars dernier allait permettre d’exorciser le Togo des démons qui divisent les politiques de ce pays. Hélas. Malgré les longues palabres qui ont conduit à l’accord politique de Ouagadougou et l’arsenal des observateurs de la Cedeao, de l’Union européenne et des forces de sécurité, les résultats proclamés dans la nuit du 5 mars ne sont pas arrivés à mettre tous les protagonistes d’accord. Pour avoir été crédité d’un score provisoire de plus de 60%,  le camp présidentiel jubile, tandis que c’est l’amertume au niveau des opposants, notamment du parti de Jean-Pierre Fabre qui est estime que «sa victoire a été volée».

T2.jpgVoilà que les affrontements et autres échauffourées tant conjurés sont de retour. Les bombes lacrymogènes ont repris leur droit, dans le quartier mythique de Bè où se trouve le siège de l’UFC, principal parti d’opposition. Ce n’est pas seulement Jean-Pierre Fabre et ses partisans qui contestent les résultats du scrutin. Les autres candidats tels que Yaowi Agboyibor et Messan Agbéyomè Kodjo ont aussi des griefs contre la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Les marches de protestations annoncées par l’opposition sont la preuve d’un malaise électoral.T3.jpgIncontestablement, le Togo vient, une fois encore de rater le virage d’une élection présidentielle apaisée dont les résultats ne souffrent d’aucune controverse. On n’a visiblement pas trouvé le remède au mal dont souffre ce pays depuis le vent de la démocratie des années 90. Curieusement, il se trouve être le seul où, depuis lors, les consultations électorales sont toujours sujettes à caution. C’est aussi le seul pays de l’Afrique de l’Ouest où le même régime est au pouvoir depuis 1963. Ceci n’expliquerait-il pas cela ?

 

22/01/2010

Pauvre Dadis, il est sorti par le petite porte!

D 1.jpgAlors que le monde médiatique était privé du Dadis-show depuis plus d’un mois, voilà que le « miraculé de Conakry » est apparu dans la soirée du mardi 12 janvier à Ouagadougou. On imagine que nos confrères des grandes chaînes de radios et de télévisions occidentales avaient dû faire des pieds et des mains pour obtenir des informations sur la santé du Capitaine admis dans une clinique de Rabat au Maroc. Malgré son long séjour hospitalier, rien n’avait filtré de ce qu’il avait pu recevoir comme soins, des personnes qui étaient à son chevet.

On imagine que le cordon sécuritaire était infranchissable. Le secret a été bien gardé. Ça a été difficile pour les paparazzis et autres chasseurs de scoops des médias marocains et d’ailleurs. Les portes étaient apparemment fermées pour tout le monde, aux médias locaux comme aux puissants groupes qui ont généralement des micros même dans les murs et derrière les portes les plus capitonnées. Mais entre Rabat et Ouaga, les consignes de secret (ou de sécurité, c’est selon) n’ont visiblement pas été les mêmes. Si le capitaine convalescent a été débarqué quasi clandestinement à la Base aérienne 511 de Ouagadougou, sans tapis rouge, son arrivée n’est pas passée inaperçue. Y aurait-il eu fuite ? Mystère et boule de gonré.

D2.gifEn revanche, le reportage diffusé dès le 13 janvier sur la très introduite Radio France internationale semble avoir surpris les autorités burkinabè. Une certaine logique aurait voulu que la présence du miraculé guinéen soit d’abord rendu publique par des « voix plus autorisées » au niveau de la présidence du Faso ou encore du Service d’information du gouvernement (SIG). Mais hélas. Une fois encore, c’est sur une radio étrangère (même si elle émet en FM à Ouaga) que les Burkinabè vont apprendre la présence de cet hôte spécial qu’est le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire au pouvoir en Guinée.

Dans l’après-midi du mercredi 13 décembre, le Service d’information du gouvernement et le ministère des Affaires étrangères vont tenter de sauver la face. D’abord, par un laconique communiqué de presse qui indique que Dadis est à Ouaga « pour poursuivre sa convalescence... ». Une information largement en deçà du scoop de RFI qui a même l’avantage de révéler, en substance, que le capitaine Camara aurait été surpris d’atterrir à Ouaga. Dès lors, ils ameutent la presse nationale pour un soi-disant « point de presse sur l’actualité des dernières heures ». Mais ce ne fut qu’un rendez-vous manqué, pour ne pas dire un faux rendez-vous, comme on pouvait du reste s’en douter.

C’est au ministère des Affaires étrangères que la plupart des confrères apprendront l’annulation du fameux point de presse pour la raison nonD3.gifmoins floue de « l’arrivée du général Sékouba Konaté, ministre de la Défense et président par intérim de la Guinée ». Comme si cette visite n’était pas prévisible. En fait, tous les arguments, même les plus farfelus, sont bons pour tourner les journalistes en rond et en ridicules. C’est malheureusement à ce jeu que le SIG et la direction de la communication et de la presse du ministère des Affaires étrangères ont été associés. Mais cela était encore loin d’être le scénario le plus cocasse.

A en croire notre confrère « Le Pays » dans sa livraison du vendredi 15 janvier, « Les prises de vue étaient interdites à l’arrivée du président intérimaire guinéen, Sékouba Konaté ». On est où, là ? C’est à croire que la médiation dans la crise guinéenne est devenue brusquement officieuse. La presse était non grata. Et il y avait de quoi frustrer les confrères qui ont fait le déplacement de l’aéroport, juste dans le souci d’informer l’opinion nationale. Que voulait-on donc cacher et à qui ?

D4.gifLa suite des événements a montré qu’un scénario de dévoilement était bel et bien prévu. En fait, on voulait que la presse nationale voie uniquement ce qu’on voulait qu’elle voie. Eh oui ! C’est malheureusement cela le triste sort des médias locaux, à chaque fois qu’il y a un événement stratégiquement important sous les tropiques. Les scoops sont réservés aux médias pompeusement qualifiés d’internationaux, alors que les autres doivent se contenter des mises en scène qu’on veut bien leur servir. Nos présidents, ministres et leurs conseillers ne sont-ils pas plus prompts à s’exhiber sur les chaînes étrangères qu’à communiquer à l’intérieur ?! Comment peut-on obtenir, dans ces conditions, des informations de première main, si personne ne veut les donner ? Ou encore si des forces de sécurité généralement trop zélées vous empêchent de faire votre travail ? Certes, le comité de gestion de la médiation n’avait pas intérêt à jeter Dadis en pâture à la presse. Surtout pas dans l’état dans lequel il était. Mais de là à faire un black-out sur son arrivée, il y avait un pas de trop. Cela n’a, du reste, servi à rien, puisque c’est seulement la presse locale qui n’était pas dans le coup. Certes, les vannes d’images ont été ouvertes par la suite sur la Télévision nationale du Burkina. On a même eu droit à la diffusion d’un reportage réalisé par les Forces armées guinéennes sur un entretien pathétique entre le capitaine Moussa Dadis Camara et le général Sékouba Konaté et auquel a assisté le chef d’état-major particulier de la présidence du Faso, le colonel-major Gilbert Diendéré.

Tout cela montre bien qu’on avait besoin d’un show médiatique pour célébrer la conclusion de l’accord de Ouagadougou. Seulement, tout cela a donné l’impression d’un film trop beau pour convaincre. Finalement, le Dadis-show qui a été servi en fin de semaine dernière à Ouagadougou ressemble plutôt à un scénario bien monté. Ceci explique, peut-être, pourquoi on voulait tenir la horde des paparazzis le plus loin possible. En attendant de savoir qui va récolter les vrais dividendes de tout ça, il faut craindre que les agitations médiatiques qui ont suivi la signature de cet autre « accord de Ouagadougou » ne poussent pas à « vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Comme l’illustrent bien la médiation togolaise et la facilitation ivoirienne.

11/01/2010

Nous ne fêterons point ces indépendances indignes!

I 1.jpgLa lecture de l’actualité africaine annonce non plus seulement la continuité, mais la cristallisation voire la sacralisation de cette relation, qui invite implicitement les peuples à la sédition pure et simple. Les cas du Niger, du Cameroun, du Burkina Faso, du Togo, et des autres, ne relèvent plus de la mauvaise gouvernance, pas plus que de la bêtise ou de la folie des pouvoirs autocratiques. Personne, à moins de choisir le suicide moral, ne saurait dédouaner Paris de ces cancers qui étranglent les peuples. Il ne faut plus chercher à comprendre les successions royales du Gabon, ni du Togo. Il ne faut pas attendre de Compaoré, tueur de sang froid improvisé médiateur de toutes sortes de crises organisées, qu’il propose autre chose qu’une élection à un seul tour aux togolais. De qui prendrait-il ses instructions donc ? Mais d’où Sassou Nguesso a-t-il appris, compris et importé le principe du mandat présidentiel de sept ans ? D’où vient cette culture obscurantiste de mandat présidentiel long sinon de l’hexagone des gens de steak-frites et de bon vin de table ? En apprenant tout petit que leurs ancêtres étaient plutôt des gaulois, ces cancres de la mauvaise gouvernance et de la dictature ne sauraient être des élèves parfaits sans assimiler également la règle de la présidence monarchique cher à De gaulle.

Il y a au fond, un terrible examen de conscience à faire, en lieu et place de festivités qui vont au contraire consacrer l’humiliation, l’infantilisation, et la défaite autant historique que contemporaine de nos peuples. Ne fêtez point car il s’agit de cinquante années de traîtrise, de recul, d’indignité, d’insanité, d’incapacité. Ne fêtez point car nul martyr dans le contexte d’une si haute insulte à la conscience des ancêtres des libertés et des droits fondamentaux de l’être humains, n’accepterait des excuses depuis sa tombe. Ne fêtez point car dans le regard lointain du reste du monde, l’Afrique, cette Afrique, demeure une terre de punition, une constellation de vampires politiques sans âme, une foire de cancres serviles livrés à tous les vents contraires et prostitués entre les mains de tous les visiteurs.
 
I 2.jpgIl est légitime que de Paris, Londres, ou Bruxelles, des trompettes de victoire retentissent, que des feux d’artifice saluent le triomphe de leurs seigneurs esclavagistes et de leurs missionnaires prétendument civilisateurs sur les nègres. Ceux qui ont eu raison des Lumumba, Ossendé Afana, Ernest Ouandjié, Sankara et tous les autres anonymes qui luttaient pour la dignité de l’Afrique, peuvent raisonnablement pousser un soupir de soulagement. Chaque victoire vaut bien une fête, et chaque victoire peut bien  être fêtée tous les ans, voire tous les dix ans. Quelle victoire avons-nous remporté donc, pour fêter un certain cinquantenaire ? Nous ne sommes pas dans l’Afrique que voulaient les Félix Roland Moumié, mais plutôt dans celle que planifiaient pour nous, pour les singes, De gaulle et compagnie.

Le plus important ce n’est pas l’indépendance, ce sont la liberté et la dignité que charrie l’indépendance. L’indépendance sans la souveraineté c’est donc quoi, vraiment ? De brillants et valeureux fils et filles du continent à l’instar des Tchuidjang Puémi qui comprirent très tôt les dangers de nos mille vassalisations à travers la monnaie, s’en sont allés bredouilles dans la tombe, laissant à une postérité complexe et compliquée, le soin de continuer jusqu’à la victoire, ou alors d’accepter de témoigner de la défaite. Nous y sommes, dans le témoignage de la défaite, et vous organisez la fête. Non, l’Afrique ne doit pas fêter. Un cadavre ne fête pas sa disparition, et un mort ne chante pas des cantiques de la vie. Il faut avoir le courage de dire à nos enfants et petits enfants, que nous n’avons pas gagné et que les maîtres colons, nous ont refusé le doit de nous développer, contrôlant le ciment, les livres scolaires, les industries, les infrastructures. Nous sommes des âmes sans âmes. L’Afrique fêtera un jour, plus tard, très tard, et ce sera en comptabilisant et en réhabilitant effectivement ses martyrs.Le cinquantenaire de la honte devrait induire des scènes de deuil public./.

© Correspondance : SHANDA TONME