11/02/2009

Faut-il républicaniser les chefs coutumiers?

CT 1.jpg«Chasser la chefferie coutumière des institutions de la république, elle revient au galop.» C’est la principale leçon qui transparaît des résultats du dernier sondage d’opinion réalisé par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). A la faveur d’une enquête sur la compréhension que les Burkinabè ont des institutions démocratiques, la question du statut des chefs coutumiers a refait surface dans les débats publics formels et informels. Une question aussi récurrente qu’insoluble qui ne devrait laisser personne indifférent. En tout cas, pas les enquêtés dont certains disent faire plutôt confiance à ces institutions coutumières considérées à tort ou à raison comme «informelles» alors qu’elles influent de près ou de loin sur le jeu politique au Faso.

On n’a pas besoin de sondage pour s’apercevoir de l’omniprésence de ces «gardiens de la tradition». Dans l’arène politique où ils se battent envers et contre tout, ils ne sont pas pour autant des citoyens comme les autres. En tout cas, lorsqu’un naaba - pour ne prendre que cet exemple - se présente à une élection républicaine et démocratique, il n’hésite pas à user de ses prérogatives pour prendre un ascendant sur son adversaire. Il n’est pas sur le même pied que ses adversaires. L’absence de statut de la chefferie constituerait-elle «une entrave à l’équité de la compétition électorale» comme en a conclu le Pr Augustin Loada du CGD?

Dans un contexte sociopolitique où l’électorat est majoritairement analphabète, on peut croire que la démocratie est biaisée lorsqu’un candidat, déjà nanti d’une notoriété traditionnelle, se présente face à un autre qui ne compte que sur sa capacité de séduire un auditoire avec un programme politique qu’il n’a généralement pas. Avec ses «obligés» et autres «sujets» qui s’alignent systématiquement derrière lui, sans autre forme de discernement, le «bonnet rouge» a non seulement plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents, mais il a aussi plusieurs formes de recours pour faire pencher la balance électorale de son côté. C’est probablement de  cela que s’inquiète le Secrétaire exécutif du CGD.

CT 2.jpgMais le tout n’est certainement pas de s’inquiéter de cet état de fait ou même de dénoncer la promiscuité entre la politique et la chefferie coutumière. Le vrai os, comme il a d’ailleurs su le relever, c’est d’arriver à un statut qui met les chefs à l’écart du jeu politique ou qui leur confère une position dans laquelle ils peuvent aller en compétition au même titre que les autres. Dans le deuxième cas, force est de relever qu’il est pratiquement impossible de séparer le chef de ses attributs, même s’il ôte provisoirement son bonnet ou se défait de son boubou. La meilleure issue serait de leur assurer un retrait sécurisé, qui les mette à l’abri de toute tentation d’aller pêcher dans les eaux troubles du marigot politique. Seulement voilà, quelles garanties la république serait-elle prête à offrir à ces «bonnets rouges», surtout à ceux qui ont déjà pris goût aux dividendes plus substantiels que procure un mandat électif?  L’équation est plus simple à poser qu’à résoudre.

En effet, si le modèle ghanéen d’apprivoisement républicain des chefs coutumiers semble séduire le CGD, il n’est pas moins vrai que les contextes des deux pays sont différents et les réalités politiques aussi. Remettre à leur place des chefs coutumiers déjà habitués à tirer profit de la politique peut se révéler plus fastidieux qu’on peut l’imaginer. Surtout que dans le cas du Burkina ces acteurs semblent être allés si loin dans les arcanes des institutions publiques qu’on se demande s’ils accepteraient de se retirer aussi facilement pour aller se contenter de ne gérer que des coutumes qui ne rapportent pas grand-chose. L’esprit de cette chefferie-là n’est-elle pas finalement trop polluée par la politique au point qu’il est quasiment devenu impossible d’en faire cet «arbitre impartial» dont on rêve tant?

Comme on peut le voir, ce n’est pas seulement la chefferie qui constitue une «entrave à la compétition électorale». Une certaine pratique politique a largement contribué à asservir les chefs coutumiers et à en faire les brouettes d’une machine politicienne destructrice des valeurs coutumières. Il n’est un secret pour personne que la plupart de ces coutumiers - comme on les appelle - se jettent corps et âme en politique pour survivre. Autrement dit, ils ne résistent pas au rouleau compresseur du parti au pouvoir qui use et abuse de tous les moyens pour les avoir de son côté en période électorale. Aussi déplorable qu’est l’allégeance des représentants des coutumes et des traditions au pouvoir politique du moment, celle-ci n’est pas une coalition de circonstance qu’il suffirait de briser. Les chaînes sont plus solides qu’on ne peut l’imaginer; en l’occurrence, dans les régions où les chefs coutumiers sont si présents dans l’environnement et la conscience des populations qu’ils influencent quasiment de façon permanente la vie sociale et politique. Dans le cas d’espèce, il est pratiquement impossible de bâtir la société démocratique sans les chefs.

CT 3.jpgMais il est aussi illusoire, voire incongru, de croire que toutes les régions obéissent à cette réalité. Aussi, une législation qui conférerait un rôle politique aux chefs coutumiers risquerait-elle fort de ne pas être bien accueillie dans toutes les régions du Burkina. En effet, si on ne peut pas se passer d’un naaba ou d’un dima sur le Plateau mossi, par exemple, il n’en est pas de même dans l’Ouest ou au Sahel. Par ailleurs, le statut même de chef coutumier présente le risque d’être un fourre-tout dans lequel il sera bien difficile de distinguer les coutumes de la religion, qu’elle soit traditionnelle ou importée.

En somme, le sondage du CGD a le mérite de reposer le problème du statut de la chefferie coutumière dans l’environnement institutionnel du Burkina. Les chemins de la république ne sont pas impénétrables pour les «bonnets rouges». Mais force est de reconnaître qu’il s’agit là d’une équation complexe que le législateur devrait résoudre avant peut-être qu’il ne soit trop tard.

20/01/2009

Et si on réduisait le nombre de ministres en Afrique

G 1.jpgSans être nécessairement celle de tous les dangers, 2009 devrait être une année charnière, une année où les chefs d’Etat africains tireront les leçons de la crise économique et financière qui a grippé la machine internationale et mis à rude épreuve les économies en voie d’émergence ou sous-développées - c’est selon. Ici au Faso, le Blaiso national a semblé avoir pris la mesure de la situation. Dans son discours de fin d’année, l’enfant terrible de Ziniaré a indiqué que ces «multiples crises ont ébranlé les fondamentaux de l’économie mondiale et affecté ceux des pays en développement». Mais il a reconnu qu’une «gouvernance vertueuse» peut être une parade efficiente contre ces chocs extérieurs.
Une profession de foi qui devrait conforter les chantres et autres prescripteurs de remèdes de bonne gouvernance à un régime compaoriste que l’on croyait hostile ou indifférent aux vertus de la réforme. Le Blaiso avait de quoi se gargariser, surtout après la palme de «premier rang des Etats réformateurs en matière de droit du travail» et de «meilleur au niveau du climat des affaires au monde» par «Doing business» de la Banque mondiale qui a été accordée à son pays en 2008. Très logiquement, les Burkinabè devraient s’attendre à une meilleure gestion des affaires publiques ou, du moins, à une administration plus rationnelle des ressources de l’Etat. Toutes choses qui ont été mises en chantier pendant l’année écoulée par des mesures de réduction du train de vie de l’Etat.
Le chef du gouvernement, le pasteur Testicus Zorro, a d’ailleurs pesé du poids de sa charge pour que les frais de fonctionnement de l’Etat soient revus à la baisse d’environ 5 milliards de francs CFA dans le budget exercice 2009. Dans une interview publiée le 29 décembre 2008 par notre confrère Sidwaya, le Premier ministre ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction face aux effets positifs de la réduction de certaines poches de dépense. Mieux, il note qu’«après 6 mois d’application de la mesure - de contrôle des véhicules de l’État -, j’ai une économie de 26 millions de carburant [ndlr: au Premier ministère seulement]».
G 2.jpgComme on peut le voir, ce constat fort bien à propos confirme bien la nécessité de «surveiller et de punir» ceux qui utilisent anarchiquement les biens de l’Etat. L’optimisme du PM ne fait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui ont toujours dénoncé la gabegie du régime. Il a donc suffi d’essayer pour se rendre à l’évidence que ce n’était pas impossible de réduire le train de vie de l’Etat. Mais comme on le dit si bien dans le jargon des commerçants, «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé». Si l’on peut générer 26 millions en seulement 6 mois au Premier ministère en serrant le robinet de la pompe, ne peut-on pas aussi économiser des milliards en réduisant simplement le nombre de ministères? Le Blaiso, qui semble faire de la «recherche constante de l’excellence» son credo, devrait envisager très sérieusement cette possibilité qui, du reste, peut bien s’accorder avec les priorités qu’il affiche pour l’année 2009.
Toujours, dans son message de nouvel an, il déclarait, en effet, que ses «énergies devront prioritairement en 2009 être consacrées à la promotion des systèmes d’éducation et de formation, de l’emploi, des droits humains et de la citoyenneté; à l’amélioration du statut social de la femme; au renforcement des services de santé et infrastructures d’assainissement; à l’élévation du niveau nutritionnel des populations; à la gestion de nos ressources naturelles et de l’environnement».
Parallèlement à ces chantiers, le premier magistrat du Burkina entend engager «des efforts particuliers pour le développement des voies de communications terrestres et aériennes, en vue de faciliter les échanges humains et commerciaux, et d’améliorer la compétitivité de l’économie nationale».
Voilà au moins une «feuille de route» qui a l’avantage d’être claire pour tout le monde. Mais quand on sait que ce sont les fonds qui manquent le plus dans un contexte mondial de récession, il va falloir trouver les moyens de réaliser ces ambitions. Et comme l’ambiance générale est à la rationalisation de nos maigres ressources financières, ne serait-il pas plus judicieux de recentrer les ministères autour de ce programme stratégique du moment?
C’est vrai que l’Etat burkinabè n’a pas encore atteint le degré de transparence qui permet de savoir, avec exactitude, les ressources qui sont ingurgitées par chacun des départements ministériels. Mais il est évident qu’ils ne sont pas productifs à la même hauteur. Au nom de la «gouvernance vertueuse» que proclame le Blaiso lui-même, on peut bien réduire l’équipe gouvernementale pour plus d’efficacité. Ainsi, le Dromadaire propose de passer des 34 portefeuilles actuels à 11, comme une équipe de football, une sorte de gouvernement étalonné. (Voir encadré).
Avec des pouvoirs plus étendus dévolus aux gouverneurs de région dont le statut pourrait évoluer vers celui de «ministres régionaux», les questions de jeunesse, d’emploi, de solidarité, de mines, d’énergie, etc. pourraient se gérer avec plus de proximité et d’efficacité. Cette gestion permettrait d’ailleurs de faire beaucoup d’économie sur les caravanes de 4x4 qui sillonnent quotidiennement les régions parfois pour des futilités. Lorsque le gouvernement ne serait plus entièrement centralisé à Ouagadougou, on aurait moins de «môgô puissants», généralement affairés à ne rien faire et qui circulent dans des véhicules de fonction fêfêtisés aux frais de la princesse. Puisque la garde présidentielle s’est délocalisée au palais de Kosyam, on n’aura qu’à trouver de bonnes P50 aux gardes du corps du Blaiso qui devra lui-même accepter de voyager parfois avec des compagnies régulières pour les sommets et autres conférences à l’étranger. Nul doute que le Faso en ferait plein d’économies pour renforcer les capacités de ses investissements utiles.

Gouvernement étalonné
Le Premier ministre serait un coach qui n’aurait donc qu’à gérer une équipe composée du:
1) ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale,
2) ministère de l’Économie, des Finances et du Travail,
3) ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et de l’Environnement,
4) ministère de l’Amélioration du statut de la Femme,
5) ministère de la Culture, de l’Éducation nationale et de la Formation,
6) ministère de la Santé et de l’Assainissement,
7) ministère de la Justice, des Droits humains et de la Citoyenneté,
8) ministère de la Défense et de l’Intérieur,
9) ministère du Développement des voies de communications terrestres, aériennes et technologiques,
10) ministère des Sports,
11) ministère de la Communication, porte-parole du gouvernement.

02/01/2009

Ceux qui ont fait le Burkina en 2008

P 5.jpgL’année qui s’achève aura été faite au Burkina par des hommes et des femmes qui méritent bien que le Dromadaire s’arrête sur leurs faits et gestes. Non pas pour leur distribuer des palmes ou des blâmes. Mais pour signaler ce qu’ils ont pu faire ou n’ont pas fait et qui risque de continuer à marquer l’année qui vient. Si certains ont eu la chance de faire l’événement, d’autres ont été plutôt faits ou défaits par des événements qui se sont imposés à eux. C’est tout cela qui a probablement contribué à orienter l’année 2008 et à lui imprimer un certain rythme.

Le moins que l’on puisse relever, c’est que «la vie chère» et ses dégâts collatéraux auront été un sujet très marquant qui a conduit le politicien et agitateur social Nana Thibault en taule. Le remaniement ministériel du mois de septembre a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Mais bien avant, le «réajustement gouvernemental» de mars -à l’issue duquel seul l’ex-tout-puissant sinistre d’Etat Calife Diall’Eau a été débarqué- n’a pas moins fait jaser. Cela a été même perçu dans certains milieux comme un «séisme» qui devrait annoncer d’autres bouleversements. On a également cru à des chamboulements au sein du mégaparti au pouvoir, suite au mouvement d’humeur des «refondateurs», mais rien n’y fit en fin de compte. Marc Oubkiri Yao et ses camarades frondeurs sont, apparemment, rentrés dans les rangs.

Au gouvernement comme au Congrès pour la démocratie et le progrès, la «guerre de Troie» n’a donc pas eu lieu. Il a seulement fallu attendre l’interview que le Blaiso national a accordée, le 10 décembre, à nos confrères de L’Observateur paalga, du Pays et de Sidwaya pour apprendre que Gorba était en fait encombrant et gênait le pasteur Testicus Zorro. Serait-ce cela seul qui a valu son débarquement du gouvernement et son éloignement jusqu’à Vienne, en Autriche? Cela va peut-être se savoir un jour.

On sait au moins qu’il est allé remplacer Béatrice Damiba qui est revenue pour présider aux destinées du Conseil supérieur de la communication (CSC) en lieu et place de Luc Adolphe Tiao promu, au cours de l’année, ambassadeur du Burkina à Paris. Ce fut en réalité un jeu de chaise musical. Mais tous les remplacements n’ont pas été des plus heureux.

Nommé président de l’Université de Ouagadougou à la place de Odile Noucoulma, le Pr Jean Coulidiati a visiblement manqué de tact dans la gestion des revendications estudiantines au point d’aboutir à une fermeture du campus dont les plaies sont encore béantes. Zambendé Théodore Sawadogo, qu’on croyait avoir gagné un jackpot en se faisant élire président de la Fédération burkinabè de football, n’arrive toujours pas à trouver les sous qu’il faut pour faire démarrer le championnat national. N’eurent été les victoires engrangées par les Etalons seniors et cadets, il n’aurait probablement pas échappé aux foudres des supporters qui ont dû contraindre l’équipe de Seydou Diaquitté.

Plus heureusement, Alain Yoda a remplacé Djibrill Bassolé comme sinistre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale et bat ainsi le record d’une longévité gouvernementale sans interruption. L’Ange Djibrill a gagné du galon. Et c’est à lui qu’il revient de conduire les négociations jusqu’à l’extinction du brasier du Darfour. Sa nomination à ce poste par le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) et par le président de l’Union africaine (UA) est le signe du dynamisme de la diplomatie burkinabè. Ce qui n’a pas empêché que la belle étoile dont bénéficie le Blaiso soit mise à mal par les déclarations de l’ancien chef rebelle libérien Prince Jonhson qui l’a accablé d’avoir été l’instigateur de la liquidation de son frère Thom Sank.

Le nouveau patron de Reporters sans frontières (RSF), Jean-François Julliard, aura marqué un bon coup en marquant d’une pierre blanche le 10e anniversaire du drame de Sapouy en rebaptisant l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo». Un acte qui prouve qu’il peut aussi avoir l’audace provocatrice de son prédécesseur Robert Ménard dont le nom reste lié au dossier Norbert Zongo au Burkina. Chrisogone Zougmoré n’a pas moins réussi son baptême de feu à la tête du Collectif contre l’impunité par l’organisation remarquée et remarquable du 10e anniversaire. Du coup, ce mouvement que l’on disait agonisant a repris du poil de la bête et se repositionne comme un client sérieux face à un appareil judiciaire qui en avait bien besoin pour sortir aussi de son sommeil. Les choses risquent de bouger dans le placard des dossiers pendants.

 

P 11.jpgJean Coulidiati: L’UO dans le mur

Nommé président de l’Université de Ouagadougou fin décembre 2007, il n’a pas mis plus d’une année pour éprouver le poids et la complexité de cette mission pour laquelle Odile Nacoulma, son prédécesseur, a été éjectée en pleine année académique. Sa plus grande épreuve aura été la gestion de la crise du mois de juin. Dépassé par les événements, il n’a pas résisté à la pression qui a conduit à la fermeture du campus, pendant près de 5 mois. Avec le dernier débrayage du Syndicat national des enseignants chercheurs (Synadec), il a vraiment du pain sur la planche pour achever l’année 2007-2008 et commencer une nouvelle année.

 

P 6.jpgZambendé Théodore Sawadogo: Foot sans sous n’est que ruine... 

Elu président de la Fédération burkinabè de football (FBF), «contre vents et marrées», il est aujourd’hui confronté à un véritable casse-tête chinois pour financer le championnat national. Il peut se consoler du bon comportement des Etalons seniors et surtout des cadets qui se sont qualifiés pour la phase finale de la CAN qui aura lieu cette année en Algérie. Mais il doit avoir le triomphe modeste puisque rien n’est encore gagné par l’équipe nationale qui doit affronter de grosses légumes du foot africain, tels les Eléphants de la Côte d’Ivoire et le Sylli national de Guinée pour espérer se qualifier au moins pour la CAN Angola 2010.

 

P 7.jpgAlain Yoda: sinistre sans interrupteur

Avec sa nomination comme ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, il devient non seulement le ministre qui aura séjourné le plus longtemps dans l’équipe gouvernementale, mais aussi celui qui aura changé le plus de portefeuilles. De la gestion des Transports et du Tourisme en passant par le Commerce et la Santé pour aboutir aujourd’hui à la Diplomatie, il faut peut-être avoir un puissant marabout pour le faire. Même s’il se défend d’en avoir, Yod’Afro, devenu chauve par la force des choses, mérite bien le titre de deuxième n°1 du gouvernement en tant que sinistre d’Etat.

 

P 4.jpgBéatrice Damiba: Mousso puissante

L’ex-ambassadeur du Burkina à Vienne, en Autriche, aura marqué l’année par sa nomination à la tête du Conseil supérieur de la communication (CSC). Première femme à diriger cette institution, elle a aussi l’honneur d’accroître le nombre de «mousso puissantes» du Faso. C’est probablement pour marquer son mandat qu’elle a annoncé l’adoption de la convention collective des travailleurs des médias et de la carte de presse comme ses priorités de l’année. A voir l’évolution de la situation, elle va devoir accorder ses ambitions avec les réalités du terrain.

 

P 8.jpgDjibrill Bassolé au Darfour et au moulin

Considéré à raison comme le plus fidèle parmi les fidèles du Blaiso nouveau, il a réussi à tronquer son treillis de gendarmator contre le costume de diplomate. Ce qui lui a valu la confiance de l’ONU et l’UA pour éteindre le feu qui brûle au Darfour. La mission n’est pas facile, a priori, mais l’homme a visiblement le profil de la tâche. Et peut compter sur le carnet d’adresses de son boss Compaoré pour être à la fois au Darfour et au moulin.

 

 

P 1.jpgNana Thibault:

martyr au frais sans frais

Taxé d’instigateur des émeutiers de la faim de février et mars, il a pris 3 ans de prison ferme à l’issue du fameux procès des casseurs. Pour cet agitateur social qui se réclame aussi d’être sankariste sans toutefois tourner le dos au rectificateur Blaise Compaoré, il paraît un peu injuste de lui faire porter la responsabilité d’une situation socio-économique internationale dont une goutte d’eau a fait déborder le vase. Mais il aura eu l’avantage d’avoir été fait martyr à peu de frais, en purgeant sa peine jusqu’au bout.

 

P 10.jpgChrisogone Zougmoré: président réel du pays virtuel

Ceux qui ont sous-estimé sa capacité à prendre la relève du président du «pays réel» Halidou Ouédraogo ont dû se raviser après l’organisation du 10e anniversaire du drame de Sapouy. L’homme semble avoir repris la flamme de la lutte contre l’impunité avec ses camarades. En faisant la Une des journaux au cours de la 2e moitié du mois de décembre, il prouve bien qu’il faut encore recompter avec le Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques.

 

P3.jpgMarc Oubkiri Yao:

refondateur fondu dans la masse

Le mouvement de refondation du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) n’aura donc été qu’un feu de paille. Le linge sale a été étalé sur la place publique, mais après moult disputes avec leurs camarades, ils ont fini par retourner dans les rangs. C’est ce qu’il faut croire, puisque ni Marc Oubkiri Yao, ni Pierre Joseph Tapsoba, Moussa Boly ou encore René Emile Kaboré n’ont été annoncés pour une autre formation politique.

 

P 2.jpgSalif Diallo: mis en quarantaine à Vienne

La dernière interview de Blaise Compaoré aura relevé les «vraies raisons» de son éviction du gouvernement. Il était non seulement un obstacle à «la cohésion de l’équipe gouvernementale», mais faisait trop d’ombre au pasteur Testicus Zorro. Même mis en quarantaine... à Vienne, son ombre a beaucoup pesé sur le gouvernement, le mégaparti au pouvoir et aussi sur son fief de Ouahigouya où on doit probablement reparler de lui au cours de l’année prochaine. Ne serait-ce que pour l’organisation du 49e anniversaire de l’indépendance.

 

P 12.jpgPrince Johnson: gros gâteau  

Quoique réalisée à mille lieues du Burkina, l’interview que l’ancien chef rebelle libérien a accordée à Radio France internationale (RFI) en octobre aura produit une onde de choc qui a valu une sortie du porte-parole du gouvernement, F’lipe-le-Parigot et pour cause. En accusant Blaise Compaoré d’avoir été le bras qui a décidé de la mise à mort de son prédécesseur Thomas Sankara, Prince Johnson a apporté de l’eau au moulin de ceux qui font de «l’enfant terrible de Ziniaré» le suspect idéal du meurtre de son frère et ami. On comprend alors le branle-bas qu’il y a eu au palais de Kosyam. Le Blaiso devait en avoir gros sur la patate contre ce gros gâteau.

 

P 9.jpgJean-François Julliard: Débaptiseur sans frontières 

En débarquant à Ouagadougou à l’occasion du 10 anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo, le 13 décembre, le nouveau secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF) a prouvé qu’il «ne lâche pas l’affaire». En poussant le bouchon jusqu’à débaptiser l’Avenue de la Nation en «Avenue Norbert-Zongo», il converse la même audace que son prédécesseur Robert Ménard qui n’aura ménagé aucune civilité pour exiger l’élucidation du dossier.