28/08/2009

La "clinique du plaisir" qui fait couler beaucoup d'encre et de salive

R 1.jpgDepuis presque deux décennies, le Burkina Faso est devenu une terre de prédilection des adeptes du «prophète» Raël. Officiellement reconnu seulement en 1996, le mouvement ne compte pas moins d’«un millier d’adhérents, dont 350 actifs», selon son guide national, le Dr Sié Benoît Da, qui officie comme médecin psychiatre au centre hospitalier universitaire Yalgado-Ouédraogo. Malgré leur petit nombre, ils sont si actifs qu’ils ont marqué leur territoire par l’implantation du «village des raëliens», un site pittoresque situé à Dingasso, à 15 km au sud de Bobo-Dioulasso.

Il y a quelques mois, ils ont lancé la construction d’un centre hospitalier de réparation et de restauration des clitoris mutilés. Dénommé au départ «Hôpital du plaisir», ce projet vise, selon ses initiateurs, à permettre aux femmes victimes de l’excision de jouir, un tant soit peu, de leur précieux organe sexuel. Une noble mission qui devrait apporter de l’espoir et une nouvelle vie aux milliers de clitoris que l’on continue de mutiler dans ce pays. Mais il a suffi que cette intention soit étalée sur la place publique pour qu’elle suscite une controverse. Faut-il  craindre que le mouvement raëlien profite de ce projet pour faire du prosélytisme? Telle est la question qui brûle les lèvres et fait couler beaucoup d’encre et de salive. Certains se sont même crus obligés d’attirer l’attention des autorités sanitaires sur la dérive que constituerait ce projet.

R 2.jpgAu sein du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (CNLPE), les membres émettent des inquiétudes, même si personne n’a encore osé dire haut tout ce qui se pense bas. Dans une interview accordée à une télévision française, le Pr Michel Akotionga - l’un des pionniers de la réparation et de la restauration des victimes de l’excision - n’y est pas allé par quatre chemins. En tant que membre du CNLPE, il a déclaré: «Le Comité se démarque de cet hôpital du plaisir. Il en est de même pour l’équipe du Pr Lankoandé.»

Le ministre de la Santé préfère, lui, jouer la carte de la diplomatie. Interrogé par notre confrère Jeune Afrique (n°2535 du 9 août), Seydou Bouda a laissé échapper que «Lorsque de telles propositions permettent d’élargir le potentiel sanitaire, on ne fait pas les difficiles...», avant d’ajouter: «Nous aurons un œil vigilant et nous fermerons l’hôpital à la moindre dérive.» Comme on peut le voir, le département en charge de la santé publique ne ferme pas la porte à la contribution des raëliens. Il est visiblement intéressé par la contribution de ce mouvement qui, il faut le reconnaître, ne manque pas de délicatesse et de lobbying.

Officiellement, le projet est porté par l’Association Voix des femmes pour l’épanouissement (AVFE) et non directement par le mouvement raëlien. C’est donc cette organisation qui est partenaire de Clitoraid, un organisme raëlien basé à Las Vegas, aux Etats-Unis, et qui est chargé de collecter les fonds nécessaires pour la réalisation du complexe hospitalier. A en croire Mariam Banémanie Traoré, présidente de l’AVFE, «cette association est composée des gens de différentes religions, de femmes burkinabè et maliennes. Elle n’est pas formée uniquement de raëliens, mais de tous ceux qui veulent redonner espoir aux victimes de l’excision». Agée de 54 ans, cette évêque raëlienne basée à Bobo-Dioulasso est la cheville ouvrière du projet. Elle ne s’embarrasse d’aucune pudeur pour témoigner de ce que la restauration de son clitoris, mutilé à 13 ans, a pu apporter comme «changement positif» dans sa vie. Elle reconnaît néanmoins que l’initiative d’implanter l’hôpital au Burkina est de Raël lui-même qui, après avoir écouté son témoignage à elle, a été bouleversé au point de demander aux adeptes du mouvement de «faire quelque chose pour les femmes d’Afrique».

R 3.jpgC’est probablement pour répondre à cet appel de Raël que Pierre Bolduc, un ingénieur de bâtiments et travaux publics, a quitté son Canada natal pour s’établir depuis 3 ans à Bobo-Dioulasso où il s’occupe de suivre l’exécution du projet. Sur le chantier, il a mis au point une machine à tailler les pierres naturelles afin d’associer des matériaux locaux à la construction de l’édifice. Le coût global de l’ouvrage (équipement compris) est estimé à quelque 150 millions de francs CFA. Conçu à 2 niveaux, il comporte un hall d’accueil des patientes, une salle de conférences et d’animation, des salles de consultation et d’hospitalisation, un bloc opératoire et des bureaux pour le personnel médical. Ses concepteurs prévoient de se consacrer dans un premier temps à la réparation des séquelles de l’excision et à la restauration des victimes qui voudraient recouvrer l’usage de leur clitoris.

Même si le projet a été déclaré comme «un hôpital généraliste», il affiche une priorité qui ne trompe pas. Cela est d’autant plus excitant pour le mouvement raëlien qu’il a déjà engagé une campagne de sensibilisation des victimes de l’excision. Selon Mariam Banémanie Traoré, «Plus de 200 femmes sont déjà inscrites». Abibata Sanon, guide raëlienne, n’a pas attendu l’hôpital du plaisir. Elle s’est fait opérer dans l’une des cliniques privées de Ouagadougou. Ravie d’avoir recouvré cet organe dont on l’a mutilée depuis l’âge de... 7 jours. Mariée à un évêque raëlien, elle fait partie de l’équipe de sensibilisation du mouvement et n’hésite pas à exhiber à qui veut le voir son premier fils qu’elle considère comme «l’enfant de la restauration», c’est-à-dire «l’enfant conçu avec le maximum de plaisir». En fait, selon la doctrine raëlienne, le sexe ne sert pas seulement à la procréation, mais surtout au plaisir. D’où l’appellation de «l’hôpital du plaisir» au départ du projet.

R 4.jpgLorsque les autorités burkinabè ont trouvé que «le mot plaisir aliène la femme», les raëliens n’ont trouvé aucun inconvénient à le retirer de leurs documents officiels. Ainsi, au lieu d’hôpital du plaisir, ils ont opté désormais pour «Kamkaso», «La maison de la femme noire».

A défaut d’aller jusqu’au bout de son rêve aventureux de «l’immortalité par le clonage», l’ancien journaliste français Claude Vorilhon, alias Raël  - «instruit par les extra-terrestres» en 1973 -  est désormais à l’assaut des clitoris mutilés au Burkina. Pourvu que tout cela nous fasse garder les pieds sur terre et la tête bien sur les épaules.

Commentaires

Je suis tombe par hasard sur votre blog très intéressant! Un petit bonjour d’une personne qui vous a toujours apprécié.

Écrit par : Voyance | 06/07/2011

Quel plaisir peut-on trouver dans de tels actes déshonorants pour le genre humain, surtout pour les femmes, se demandent la majorité des Burkinabè. ...

Écrit par : bobo choses | 08/07/2011

Merci mais pour cette fois je n'ai pas de commentaire

Écrit par : Bilgo Hamado | 21/07/2011

J'espere que cet hopital quelque son nom fera le bonheur de certaines femmes qui ont subies cette atrocite' qu'est l'exision.
N'empeche que je reste sceptique par rapport aux objectifs.

Écrit par : Bil | 21/07/2011

J'espere que cet hopital quelque son nom fera le bonheur de certaines femmes qui ont subies cette atrocite' qu'est l'exision.
N'empeche que je reste sceptique par rapport aux objectifs.

Écrit par : Bil | 21/07/2011

Chaque mission est une sorte de petit casse-tête tactique, on prend vraiment beaucoup de plaisir. Le niveau de jeu est très bien calibré. ...

Écrit par : Yporqué | 27/07/2011

J'aimerai bien avoir la chance de mieu faire connaissence avec vous.

Écrit par : ahmedouattara395 | 11/02/2014

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