19.02.2009
Energie: le Burkina mise enfin sur le solaire!
Alors que la facture du pétrole devient de plus en plus salée pour les Etats et pour les populations, le gouvernement burkinabè fait, enfin, le choix de l’énergie solaire. C’est du moins ce qui ressort du compte rendu de l’hebdomadaire conseil des ministres tenu ce mercredi 18 février à Ouagadougou. Il s’agit, en fait, d’une «demande d’autorisation pour la signature d’un protocole d’Accord entre le Burkina Faso et la Société d’exploitation minière d’Afrique de l’Ouest (SEMAFO) pour la construction d’une centrale solaire de vingt (20) mégawatts». C’est une grande première dans ce pays qui a du Soleil à revendre mais qui n’avait pas encore osé exploiter cette énergie renouvelable. En tout cas, ce n’est pas trop tôt.
Estimée à quelques 60 milliards de F Cfa, cette réalisation se veut aussi un renforcement du «leadership du Burkina dans un contexte international favorable aux projets en conformité avec les objectifs de Kyoto et des exigences d’un développement durable». Soit. Il ne faut pas rêver. Il faudrait certainement encore beaucoup d’autres centrales solaires pour arriver à couvrir les besoins en électricité du pays. C’est déjà un bon point que de penser à cette source d’énergie à portée de main. Le principal défi est d’arriver à la produire sans interruption et à la vendre moins cher. Car, il ne servirait à rien d’avoir à s'alimenter à l'énergie solaire sensiblement aussi cher comme on le fait maintenant avec le pétrole importé. Vite, entrons dans l’économie… du soleil. Et surtout que notre vie soit plus belle !
13:21 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : energie solaire, pétrole, burkina faso, semafo, mégawatt
11.02.2009
Des odeurs de corruption à la Police burkinabè
Des agents du Commissariat central de police de la ville de Ouagadougou et du service des passeports seraient éclaboussés par des affaires de corruption qui risquent de faire de la mauvaise publicité à la Police nationale. A l’origine de cet embarras, il y a aurait une «saisine administrative» adressée au ministre de la Sécurité par le Réseau national de lutte anti-corruption (Ren-Lac) depuis le 10 décembre 2008. Celui-ci fait état de «pratiques illégales en cours dans les services de police chargés de l’établissement et de la légalisation de pièces administratives», de «circuits parallèles»,...
Probablement choqué par ces accusations peu honorables pour sa troupe, le colonel Emile Ouédraogo aurait jugé nécessaire de faire prendre des «mesures conservatoires» en attendant d’y voir clair. Ainsi, des barrières de sécurité ont été placées tout autour des murs du Commissariat central de Ouagadougou et la zone est désormais interdite de parking. Mais le hic dans ce nettoyage en règle, c’est que les parqueurs se sont sentis visés comme des persona non grata. Et comme on devrait s’y attendre, ils n’ont pas voulu se faire chasser de leur «lieu de travail» sans autre forme de procès. Ils ont cherché à comprendre la raison pour laquelle ils sont devenus aussi subitement indésirables. Et c’est là que tout a éclaté.
Certains ont même réussi à obtenir une copie de la «saisine administrative» qui est à l’origine de leur éloignement des murs du Commissariat. Morceau choisi: «En effet, au Commissariat Central de Ouagadougou, un circuit parallèle permet de légaliser les pièces d’état civil en quelques minutes. Une somme de 1 000 F CFA est perçue si la pièce à légaliser est accompagnée de son original. Elle est de 2 000 F CFA si la pièce à légaliser n’est pas accompagnée de son original. La collecte des différentes pièces à légaliser et de l’argent se fait par des intermédiaires qui rôdent autour du Commissariat central et qui se font passer pour des parqueurs, des vendeurs de timbres fiscaux ou des vendeurs de cartes de recharges téléphoniques.» Voilà donc l’os. Serait-ce sur la base de cette révélation que le ministre de la Sécurité a fait prendre la décision de boucler les alentours du Commissariat central? Ou bien est-ce le commissaire central qui a agi ainsi de son propre chef?
Au cabinet du ministre de la Sécurité où nous avons tenté d’en savoir plus, le secrétaire général a préféré renvoyer la patate chaude au commissaire central. Contacté au téléphone, celui-ci s’est disposé dans un premier temps à nous rencontrer pour d’amples explications, mais le «dossier doit suivre probablement son cours».
En attendant, il est aussi intéressant de remarquer que le brûlot du Ren-Lac n’accuse pas que des sous-fifres de parqueurs et de vendeurs de timbres fiscaux et de cartes de recharge. Il charge également des policiers qui seraient en service au sein du Commissariat central. Morceau choisi: «Selon les informations choisies, l’argent collecté est réparti au gré de l’agent de police chargé de récupérer les pièces et de les faire légaliser. La répartition suivrait le principe suivant: sur une somme de 1000 francs CFA perçue par pièce, 500 à 750 francs CFA reviennent à l’agent de police qui fait légaliser les pièces et 250 à 500 francs CFA à l’intermédiaire collecteur des pièces. Sur la somme de 2000 francs CFA, 1500 à 1750 francs CFA reviennent à l’agent de police qui fait légaliser les pièces et 250 à 500 francs CFA au démarcheur ou collecteur de pièces». Compte tenu de ces accusations assez salissantes pour l’image du Commissariat central, la logique aurait voulu que les autorités procèdent à une enquête parallèle afin d’infirmer ou de confirmer la situation exposée par le Ren-Lac. Mais en ramenant le problème au simple fait de la proximité des parkings, on ne fait que le déplacer. Du reste, les parqueurs ont été éloignés, mais rien ne prouve que la bande des «intermédiaires» ne continue pas d’opérer avec la complicité de policiers. D’ailleurs, le commerce de timbres fiscaux continue de se faire dans les environs du Commissariat par des marchands ambulants. Et cela ne semble gêner personne.
L’interpellation du Ren-Lac a le mérite de mettre le doigt sur un vieux problème. La promiscuité entre les policiers et des intermédiaires ne date certainement pas d’hier. Pour certains habitués des services du commissariat, cela relève pratiquement des «habitudes». C’est connu: quand on connaît quelqu’un à qui on peut glisser quelque chose, on est sûr d’obtenir promptement et rapidement ce qu’on veut. Ce sont ces mauvaises pratiques qu’il faudrait combattre en allant jusqu’aux racines du mal. La plaie des «circuits parallèles» et des «prestations illégales» n’est pas propre au Commissariat central de Ouagadougou. On est même tenté de croire que c’est un mal policier. Dernier morceau choisi: «Un autre circuit porte sur l’établissement de l’ancienne Carte d’identité burkinabè (CIB) en une journée et sans la présence de l’intéressé. La technique est très simple. Un intermédiaire collecte les dossiers des CIB à établir et les remet à un agent de police qui les fait établir dans un commissariat de police d’une province proche de Ouagadougou contre le paiement de la somme de dix mille (10 000) francs CFA. Un dernier circuit permet d’obtenir un passeport en trois jours au plus. Cet établissement prompt du passeport se fait moyennant le paiement de la somme de vingt mille (20 000) francs CFA en sus de la somme de vingt cinq mille (25 000) F CFA légalement versée au Trésor public. Les dossiers et l’argent sont collectés par un démarcheur installé devant le commissariat de la police de Ouagadougou qui les fait parvenir à un agent de police travaillant dans le circuit de l’établissement des passeports».
Signalons qu’ampliation de la saisine administrative du Ren-Lac a été faite à l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat (ACE). Le Premier ministre Testicus Zorro n’a-t-il pas dit qu’il voulait des preuves de corruption et de fraudes? Dans ce dossier qui fait grand bruit autour du Commissariat central, il a au moins des pistes. Encore faut-il les explorer, ici et maintenant. En tout cas, le lièvre est levé, il faut le poursuivre!
15:58 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lutte contre la corruption, ren-lac, police, autorité de contrôle de l'etat, cib, légalisations, passeports
Sanctionnez-moi ces messieurs!
Quand des personnalités qui prétendent gérer le destin du Burkina ne respectent pas les lois de ce pays, il ne reste plus qu'à leur appliquer la loi dans toute sa rigueur. C'est, du moins, ce qu'il faut souhaiter pour la répartition de la subvention de l'Etat pour la prochaine élection présidentielle prévue, en principe, pour novembre 2010. Conformément aux dispositions de l'article 7 de la loi n° 012/200/AN du 02 mai 2000, «L'organe dirigeant national d'un parti ou un candidat ayant bénéficié d'un financement public est tenu de rendre compte, dans un rapport financier, de l'utilisation des fonds publics reçus dans le cadre de sa campagne électorale». Or, il ressort du contrôle que la Cour des comptes a effectué sur les subventions octroyées aux candidats au titre de la campagne pour la présidentielle du 13 novembre 2005 que «Sur un total de 12 candidats - qui ont effectivement perçu l'argent public (ndlr) -, 7 ont respecté le délai légal de dépôt de leurs rapports financiers et 5 n'ont déposé aucun rapport».
On se rappelle qu'ils étaient 13 présidentiables sur la ligne de départ. L'Etat a consenti à mettre à leur disposition la somme de 99 999 991 F CFA à répartir à raison de 7 692 307 pour chacun. Le candidat Hermann Yaméogo s'étant retiré à la dernière minute, ils ne restaient plus que 12 candidats pour se partager le «gâteau public». Même si l'on convient que ce pactole était bien trop maigre pour faire face aux dépenses d'une véritable campagne présidentielle, on ne saurait admettre qu'il donne lieu à aucune justification. Or, c'est ce qui s'est passé pour 5 d'entre les candidats à la présidentielle.
Qui, donc, de Blaise Compaoré, de Stanislas Bénéwendé Sankara, de Clément Toubé Dakio, de Philippe Ouédraogo, de Soumane Touré, de Nayabtigoungou Congo Kaboré, de Laurent Bado, de Norbert Michel Tiendrebeogo, d'Ali Lankoandé, de Ram Jean-Baptiste Ouédraogo, de Emile Pargui Paré ou de Gilbert Bouda n'a pas rendu compte de la subvention qui lui a été octroyée? Mystère et boule de gomme. Les limiers de la Cour des comptes n'ont pas osé révéler des noms de ces présidentiables peu délicats vis-à-vis de la loi. Ils ont préféré garder cette information dans les liens du secret de délibération. Soit. Au regard du séisme provoqué par le dévoilement qui a été fait des noms des personnalités qui doivent de gros sous à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), on est aujourd'hui fondé à croire que la transparence rougit certainement les yeux. Du reste, l'environnement politique du Faso aurait gagné en assainissement, si l'opinion nationale pouvait identifier clairement ces gens qui dépensent l'argent public sans se soucier de justifier ce qu'ils en ont fait. Hélas! Les membres de la haute juridiction financière ont leur raison que l'opinion ignore. Lorsque les journalistes ont voulu insister le 29 janvier dernier pour pousser le Premier président de la Cour des comptes à cracher le morceau, Boureima Pierre Nébié a simplement esquivé toutes les questions. Non sans reconnaître que «Ce sont des sanctions concrètes que l'opinion publique attend». Comment peut-on sanctionner sans savoir qui a fait quoi, comment et pourquoi?
Pour ce qui est du dossier des subventions non justifiées par les 5 présidentiables, la publication des noms aurait eu l'avantage de situer les électeurs sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'eux. Ce d'autant plus qu'il est apparu qu'un des candidats, en l'occurrence Gilbert Bouda, a réussi le tour de passe-passe de tromper la vigilance du Conseil constitutionnel avec un chèque en bois. Pire, en plus de n'avoir déposé aucune caution pour se présenter, ce plaisantin a encaissé la subvention de l'Etat. Jusqu'au moment où nous traçons ces lignes, il n'a écopé d'aucune
sanction officielle, alors qu'il s'est visiblement foutu d'une haute juridiction qu'est le Conseil constitutionnel. Et pourtant, cette institution juridique a préféré un chèque en bois à une caution en bonne et due forme du candidat Boukary Kaboré, dit le Lion, du Bulkiemdé, sous prétexte qu'il était arrivé en retard. Imaginons un seul instant que l'apprenti-délinquant Gilbert Bouda soit devenu, par le hasard des choses, président du Faso?!
Tout compte fait, la Cour des comptes ne semble pas bien inspirer de garder secrets les noms des présidentiables qui n'ont pas fourni de justifications. Il s'agit là d'un excès de confidentialité qui peut même avoir la fâcheuse conséquence d'encourager de futurs candidats à persister dans ce non-respect de leur engagement vis-à-vis de la loi. Car, comme on peut le relever également dans le rapport public 2006 de la Cour des comptes, d'autres irrégularités sont reprochées à l'ensemble des 12 candidats. Il s'agit de:
«- dépôt d'un état récapitulatif de recettes et de dépenses en lieu et place du rapport financier;
- rapport financier non certifié et affirmé sincère;
- absence de précision sur l'ouverture du compte spécial destiné à recevoir la subvention. Il est seulement mentionné parfois les références du chèque Trésor qui est établi à l'ordre du candidat».
Le chemin qui mène à la transparence dans la gestion des fonds publics est si long qu'il devrait commencer dès la campagne électorale. On ne devrait lésiner sur cette exigence fondamentale sous aucun prétexte, surtout pas celui de ménager des susceptibilités. Les 5 candidats qui n'avaient pas déposé de rapports financiers auprès de la Cour des comptes, à la date de rigueur du 13 février 2006, doivent être purement et simplement exclus de toute forme de financements publics pour les prochaines élections. C'est, du moins, cela qu'exige l'esprit et la lettre de l'article 16 de la loi n° 012/200/AN qui stipule que «Le parti qui n'aura pas déposé, dans les délais prescrits, son rapport financier de campagne ou hors campagne électorale, perd son droit à la subvention de l'Etat pour la toute prochaine campagne électorale ou pour l'exercice suivant la décision de la Cour des comptes». Un point c'est tout.
15:53 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle 2005, cour des comptes, subvention de l'etat, conseil constitutionnel, burkina faso
Faut-il républicaniser les chefs coutumiers?
«Chasser la chefferie coutumière des institutions de la république, elle revient au galop.» C’est la principale leçon qui transparaît des résultats du dernier sondage d’opinion réalisé par le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). A la faveur d’une enquête sur la compréhension que les Burkinabè ont des institutions démocratiques, la question du statut des chefs coutumiers a refait surface dans les débats publics formels et informels. Une question aussi récurrente qu’insoluble qui ne devrait laisser personne indifférent. En tout cas, pas les enquêtés dont certains disent faire plutôt confiance à ces institutions coutumières considérées à tort ou à raison comme «informelles» alors qu’elles influent de près ou de loin sur le jeu politique au Faso.
On n’a pas besoin de sondage pour s’apercevoir de l’omniprésence de ces «gardiens de la tradition». Dans l’arène politique où ils se battent envers et contre tout, ils ne sont pas pour autant des citoyens comme les autres. En tout cas, lorsqu’un naaba - pour ne prendre que cet exemple - se présente à une élection républicaine et démocratique, il n’hésite pas à user de ses prérogatives pour prendre un ascendant sur son adversaire. Il n’est pas sur le même pied que ses adversaires. L’absence de statut de la chefferie constituerait-elle «une entrave à l’équité de la compétition électorale» comme en a conclu le Pr Augustin Loada du CGD?
Dans un contexte sociopolitique où l’électorat est majoritairement analphabète, on peut croire que la démocratie est biaisée lorsqu’un candidat, déjà nanti d’une notoriété traditionnelle, se présente face à un autre qui ne compte que sur sa capacité de séduire un auditoire avec un programme politique qu’il n’a généralement pas. Avec ses «obligés» et autres «sujets» qui s’alignent systématiquement derrière lui, sans autre forme de discernement, le «bonnet rouge» a non seulement plusieurs longueurs d’avance sur ses concurrents, mais il a aussi plusieurs formes de recours pour faire pencher la balance électorale de son côté. C’est probablement de cela que s’inquiète le Secrétaire exécutif du CGD.
Mais le tout n’est certainement pas de s’inquiéter de cet état de fait ou même de dénoncer la promiscuité entre la politique et la chefferie coutumière. Le vrai os, comme il a d’ailleurs su le relever, c’est d’arriver à un statut qui met les chefs à l’écart du jeu politique ou qui leur confère une position dans laquelle ils peuvent aller en compétition au même titre que les autres. Dans le deuxième cas, force est de relever qu’il est pratiquement impossible de séparer le chef de ses attributs, même s’il ôte provisoirement son bonnet ou se défait de son boubou. La meilleure issue serait de leur assurer un retrait sécurisé, qui les mette à l’abri de toute tentation d’aller pêcher dans les eaux troubles du marigot politique. Seulement voilà, quelles garanties la république serait-elle prête à offrir à ces «bonnets rouges», surtout à ceux qui ont déjà pris goût aux dividendes plus substantiels que procure un mandat électif? L’équation est plus simple à poser qu’à résoudre.
En effet, si le modèle ghanéen d’apprivoisement républicain des chefs coutumiers semble séduire le CGD, il n’est pas moins vrai que les contextes des deux pays sont différents et les réalités politiques aussi. Remettre à leur place des chefs coutumiers déjà habitués à tirer profit de la politique peut se révéler plus fastidieux qu’on peut l’imaginer. Surtout que dans le cas du Burkina ces acteurs semblent être allés si loin dans les arcanes des institutions publiques qu’on se demande s’ils accepteraient de se retirer aussi facilement pour aller se contenter de ne gérer que des coutumes qui ne rapportent pas grand-chose. L’esprit de cette chefferie-là n’est-elle pas finalement trop polluée par la politique au point qu’il est quasiment devenu impossible d’en faire cet «arbitre impartial» dont on rêve tant?
Comme on peut le voir, ce n’est pas seulement la chefferie qui constitue une «entrave à la compétition électorale». Une certaine pratique politique a largement contribué à asservir les chefs coutumiers et à en faire les brouettes d’une machine politicienne destructrice des valeurs coutumières. Il n’est un secret pour personne que la plupart de ces coutumiers - comme on les appelle - se jettent corps et âme en politique pour survivre. Autrement dit, ils ne résistent pas au rouleau compresseur du parti au pouvoir qui use et abuse de tous les moyens pour les avoir de son côté en période électorale. Aussi déplorable qu’est l’allégeance des représentants des coutumes et des traditions au pouvoir politique du moment, celle-ci n’est pas une coalition de circonstance qu’il suffirait de briser. Les chaînes sont plus solides qu’on ne peut l’imaginer; en l’occurrence, dans les régions où les chefs coutumiers sont si présents dans l’environnement et la conscience des populations qu’ils influencent quasiment de façon permanente la vie sociale et politique. Dans le cas d’espèce, il est pratiquement impossible de bâtir la société démocratique sans les chefs.
Mais il est aussi illusoire, voire incongru, de croire que toutes les régions obéissent à cette réalité. Aussi, une législation qui conférerait un rôle politique aux chefs coutumiers risquerait-elle fort de ne pas être bien accueillie dans toutes les régions du Burkina. En effet, si on ne peut pas se passer d’un naaba ou d’un dima sur le Plateau mossi, par exemple, il n’en est pas de même dans l’Ouest ou au Sahel. Par ailleurs, le statut même de chef coutumier présente le risque d’être un fourre-tout dans lequel il sera bien difficile de distinguer les coutumes de la religion, qu’elle soit traditionnelle ou importée.
En somme, le sondage du CGD a le mérite de reposer le problème du statut de la chefferie coutumière dans l’environnement institutionnel du Burkina. Les chemins de la république ne sont pas impénétrables pour les «bonnets rouges». Mais force est de reconnaître qu’il s’agit là d’une équation complexe que le législateur devrait résoudre avant peut-être qu’il ne soit trop tard.
15:45 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chefs coutumiers, tradition, modernité, burkina faso, cgd, sondages, réformes institutionnelles


