Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Et si Blaise (re) modifiait la Constitution?!

    Tandja.jpgDepuis l’an 2000, 8 pays d’Afrique ont déjà modifié leur Constitution pour sauter le verrou de la limitation de mandat. Au Niger voisin, les partisans du président Mamadou Tandja, constitutionnellement en fin de mandat, font des pieds et des mains pour le scotcher au pouvoir. Pour cela, il leur faut, évidemment, donner des coups de canifs à la Loi fondamentale, notamment en son article qui limite le bail présidentiel à un mandat renouvelable une et une seule fois. Après presque 10 années passées à la tête de l’Etat, l’actuel homme fort est presqu’en bout de piste. L’impératif constitutionnel veut qu’il débarrasse le plancher en 2009.

    Au regard de l’acharnement des groupes acquis à l’«éternisation» de Tandja au pouvoir, il est fort à parier que celui-ci ne résistera pas à la tentation. Et cela au grand dam de cette célèbre réputation qui fait du Niger l’un des pays les plus pauvres du monde, mais l’un des pays africains qui jouent la carte de la démocratie à fond. Tandja va-t-il mettre le pied dans ce plat qui est l’une des grandes fiertés de ses compatriotes? Rien n’est moins sûr.

    ATT.jpgChez l’autre voisin de l’ouest du Burkina, on prête les mêmes velléités de tripatouillage à Amadou Toumani Touré, alias ATT. L’officier supérieur de l’Armée qui avait osé mettre un terme à la dictature meurtrière de Moussa Traoré serait-il en passe de ralentir l’élan démocratique du Mali? A en croire les intentions et autres appels de pied qui font rage sur les bords du Djoliba, ses partisans seraient prêts à tout pour qu’il brigue un 3e mandat, en 2012. Même si l’échéance semble encore lointaine, ce serait un recul démocratique, si on en arrivait là. Du reste, ce serait remettre en cause la nouvelle voie d’alternance grâce à laquelle son prédécesseur, Alpha Omar Konaré, s’est contenté d’un mandat renouvelé une seule fois et conformément à la prescription de la Constitution. Si ATT venait à succomber à la tentation, il faudrait chanter le requiem de cette démocratie malienne arrachée de haute lutte par des jeunes qui avaient investi leurs vies pour s’ouvrir une nouvelle ère politique.Konaré.jpg

    Comme on peut le voir, les balises constitutionnelles ne semblent pas suffisantes pour contenir la «boulimie du pouvoir» des chefs d’Etat. Quand on sait que les Parlements sont unicolores dans la plupart des pays où sévit l’épidémie du révisionnisme, tout porte à croire que la Constitution n’est plus une garantie solide pour la démocratie.

    Il suffit que le président régnant éprouve le désir de s’éterniser pour trouver des sbires prêts à faire sauter les verrous. Curieusement, cela n’émeut pas outre mesure la ‘’communauté internationale’’. Au nom de la soi-disant souveraineté des Etats, tous les coups sont permis. Tant pis si cela débouche sur des élections contestées ou des cohabitations impossibles, comme c’est le cas au Zimbabwe où, à force de vouloir s’agripper au fauteuil Mugabe.jpgprésidentiel, Robert Mugabe est devenu une calamité et la source de tous les malheurs de son peuple. Malheureusement, le messianisme présidentiel a encore la peau dure sous les tropiques. Lorsque ce n’est pas le président lui-même qui se prend pour le «messie», ce sont des courtisans très intéressés qui finissent par le considérer comme tel et le poussent à pousser des racines au pouvoir.

    Chavez.jpgAvec l’appel lancé à son peuple par le président vénézuelien, Hugo Chavez, pour la modification de la Constitution de son pays en vue de rester aussi longtemps qu’il voudrait au pouvoir, on peut se consoler de relever que le révisionnisme n’est pas qu’africain. Mais si Chavez réussissait son coup, cela risquerait fort de conforter beaucoup de chefs d’Etat africains qui l’ont devancé sur ce terrain et inspirer les autres qui n’osent pas jusque-là pousser ouvertement le bouchon. Le Burkina Faso serait-il de ceux-là?

    Théoriquement, une révision de la Constitution pour assurer une présidence sans limitation à Blaise Compaoré peut apparaître comme un forcing de trop. Surtout que la modification de l’article 37 en 1997 s’est révélée comme une erreur politique qu’il a fallu corriger en 1999, suite aux recommandations du Collège de Sages mis en place après le drame de Sapouy. Quand on sait que ce dossier n’est pas encore soldé et que ceux qui demandent justice pour le journaliste Norbert Zongo et ses compagnons ne lâchent pas l’affaire, on peut croire que personne ne tentera de «remuer le couteau dans la plaie». Si l’intention venait à s’afficher clairement, comme le susurrent certaines langues en privé, y aurait-il des garde-fous pour arrêter la vague déferlante? Peut-on empêcher cette idée de germer et de tenter de se concrétiser dans le contexte sociopolitique actuel? Telles sont les questions apparemment anachroniques, mais qui ne méritent pas moins d’être posées.

    Le moins que l’on puisse constater, c’est qu’à l’Assemblée nationale le gigaparti au pouvoir dispose d’une majorité suffisamment confortable pour susciter et entretenir la tentation d’un révisionnisme. Le plus difficile serait peut-être le choix du moment favorable pour lancer le ballon. Cela peut paraître assez délicat pour les députés majoritaires et mouvanciers dont certains hésiteraient à porter le chapeau d’un tel acte. La voie royale serait le référendum en vue d’un parapluie de légitimité plus large. Or, en matière de mobilisation sociale et politique, les partisans du Blaiso national ont non seulement le vent en poupe, mais rien ne semble s’opposer à leur volonté de ratisser le plus large possible. Les dernières démonstrations de force de la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Blaiso.jpgCompaoré (Fedap/BC) ne sont-elles pas la preuve que cette organisation, dite de la société civile, est capable de damer le pion aux partis politiques sur le terrain? Forte de l’adhésion des chefs coutumiers qui comptent et des organisations de masse qui pèsent, elle semble détenir le levier qui peut faire basculer la balance au profit des mots d’ordre qu’elle viendrait à lancer. Avec le soutien de ce mouvement, Blaise Compaoré est presque sûr de planer sur la prochaine présidentielle de 2010, encore plus haut qu’il l’a fait en 2005. Pour ne pas attendre son dernier mandat pour s’aménager le boulevard de Kosyam à vie, il pourrait même le faire dès 2009.

    En effet, que ce soit par le biais de l’Assemblée ou d’un référendum, ce n’est pas l’opposition piégée par sa minorité au parlement et minée par des querelles intestines qui l’y empêcherait. Va-t-il franchir le pas? La suite des événements nous situera.

  • Ce que femme veut, Blaise le peut-il?

    F 1.jpgPour son premier «faux rhum» national des femmes tenu du 25 au 27 novembre, Céline Bongombo, la sinistre de la Promotion de la Femme, a réussi à ratisser large. Avec plus de mille déléguées mobilisées à travers les 13 régions administratives du pays, il y avait de quoi demander et obtenir une rencontre en live avec le Blaiso national. Quoi de plus normal, puisque les femmes comptent pour près de 52% de la population, et pèsent donc très lourd dans la balance électorale. Sous cet angle, l’enfant terrible de Ziniaré n’avait pas à réfléchir par deux fois avant de répondre à leur invitation. C’était pour lui comme un impératif. A quelques encablures de la présidentielle de 2010, toutes les occasions sont bonnes pour prendre des longueurs d’avance sur ses potentiels concurrents, et surtout marquer des points auprès de la gent féminine. Il y avait ainsi un réel intérêt réciproque pour la rencontre entre Blaise et les femmes.
    Mais ceux qui attendaient des échanges directs à l’instar de ce qui se passe avec les organisations paysannes ont dû être déçus, et pour cause. B.jpgLes questions brûlantes relatives aux quotas de 30% pour la nomination aux postes exécutifs ou encore pour leur «bon placement» en vue d’accroître leurs chances aux postes électifs ont été noyées par des litanies de doléances à n’en plus finir.
    Au fur et à mesure que les déléguées prenaient la parole, on avait plutôt l’impression d’être à une foire où le président était capable de satisfaire toutes les demandes. Quel gâchis! C’est vrai, des roitelets d’Afrique noire n’ont-ils pas longtemps donné à leur peuple l’impression de régler tous les problèmes qui leur sont exposés par un bâton magique? D’autres ont même étendu leurs pouvoirs jusqu’à la résolution des conflits familiaux ou des problèmes de couple. Du coup, certaines franges de la population sont amenées à croire que le président peut régler tous les problèmes, il suffit de le lui demander. C’est ce mythe du «chef tout-puissant» qui pesait lourdement sur les interventions des femmes dont certaines se sont données à cœur joie à demander au Blaiso de «peser de tout son poids» sur les décisions à prendre pour améliorer leurs conditions de vie. Illusion ou naïveté?
    F 2.jpgTout porte à croire que les interventions ont été concoctées au sein de comités régionaux. On pouvait même ressentir que certaines doléances cachaient mal des revendications de régions défavorisées. Par exemple, sur l’accélération de la construction de l’Université annoncée de Fada N’Gourma ou sur celle du bitumage de la route de Dédougou, il y a avait plus que la satisfaction d’un besoin spécifique aux femmes. C’était certainement de bonne guerre car l’occasion était belle. Ne dit-on pas que ce que femme veut, Dieu le veut? Et Blaise, peut-il tout pour les femmes du Burkina? Apparemment non.
    Car, voyant justement venir le piège des doléances impossibles à satisfaire, il n’a pas manqué de souligner, non sans humour, qu’il ne pèse que 83 kilos et que, par conséquent, il ne pouvait pas «peser de tout son poids» sur tout ce que les femmes veulent voir changé dans ce pays. Une feinte de corps qui a fait rire plus d’une femme. Mais fallait-il attendre mieux d’un président, aussi «tout-puissant» soit-il? Surtout que plusieurs problèmes renvoyaient à la même cause, celle des pesanteurs socioculturelles, il est évident que le chef de l’Etat est aussi impuissant que les veuves qui vivent des situations humainement inconcevables. En revanche, l’enfant terrible de Ziniaré a repris la main en se servant habillement de la couverture de son Premier ministre. Plus habile à amortir les problèmes que son patron, le pasteur Testicus Zorro, s’appuyant à son tour sur ses ministres, a réussi à contenir presque toutes les doléances dans «les dossiers déjà en cours au niveau du gouvernement». «Allez-y, soyez tranquille, c’est quelque chose de réglé», a-t-il repris sous la forme d’un refrain fatal. Et puisqu’il s’agissait beaucoup plus de doléances et non d’échanges comme annoncé au départ, les femmes n’avaient visiblement d’autre choix que de se satisfaire des promesses sélectives du gouvernement. En fait, ce n’était pas vraiment des promesses, puisqu’il s’agit de chantiers déjà inscrits dans l’agenda de l’exécutif. Des tirs croisés sur la question angulaire des quotas auraient pu mettre le Blaiso et son gouvernement dos au mur. Mais hélas! En dehors du coup isolé de la députée Fatou Diendéré et d’une autre déléguée, les autres femmes semblaient avoir d’autres chats à fouetter. Conséquence: elles sont passées à côté de la plaque. Bref, la rencontre avait un goût d’inachevé.
    F 3.jpgTout compte fait, on peut dire que les femmes ont tenu leur faux-rhum national. Mais les fruits seront-ils à la hauteur des ambitions? Telle est la grande question que les différentes organisations féminines qui ont pris part à l’événement devraient désormais se poser et y répondre en toute lucidité. Le plus grand gagnant de ce show transmis le lendemain par la télébidon nationale est incontestablement le Blaiso, qui, en plus d’être présent en chair et en os, pouvait sourire lui-même à son propre poster géant qui tapissait l’arrière-fond du praesidium. En plus, elles étaient nombreuses, les participantes drapées de pagnes frappés à l’effigie de Blaise Compaoré, sans compter les drapelets sur lesquels l’image du président était omniprésente. On avait pratiquement l’impression d’être en campagne. Ceci explique peut-être un certain sens du thème: «Investir dans les femmes et les filles pour un développement humain durable». Mais si l’on veut vraiment compter avec les femmes et les filles, ne serait-il pas plus judicieux de leur donner le pouvoir de s’investir pleinement dans toutes les sphères de décisions et d’actions en vue d’un développement plus équitable? Les débats postforum nous éclaireront probablement sur cette question.