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24.10.2008
Tentative d'assassinat à Ouaga
Travaly Bandja, directeur résident de Tobacco marketing consultants (TMC) au Burkina a été victime, il y a deux semaines d'une tentative d'assassinat à son domicile sis dans les environs de Ouaga 2000. Le fortuné a été rappelé par sa hiérarchie à Dakar où il est allé rendre compte et se remettre de ses émotions. Pendant ce temps, une enquête judiciaire a été ouverte à Ouagadougou pour dénicher les auteurs de ce complot et leur commanditaire.
Après l’interpellation des tueurs à gages par la gendarmerie, le dossier est désormais entre les mains de la justice. Six personnes sont mises au frais à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). L’écran de fumée qui couvrait la tentative de crime commence à s’éclaircir. Ainsi avons-nous appris que la société privée qui assurait la protection du sieur Travaly Bandja n’est autre que De Sarto S.A. Quant aux tueurs à gages, il ressort des enquêtes préliminaires qu’il s’agit de «jeunes gens» qui étaient supposés être des employés d’une société de gardiennage. Il s’agirait de Patrice Ouédraogo, Ferdinand Bamogo, Adama Zéno, Sié Kambiré et Alex Traoré. Ils ont été pris sur les lieux avec des armes sophistiquées (fusils à lunettes).
Selon des sources proches du dossier, les présumés tueurs à gages accuseraient nommément le sieur Salif Ouédraogo, PCA du groupe Kossouka. Pourquoi voudrait-il faire éliminer le sieur Travaly Bandja qui se trouve être son partenaire d’affaires, notamment dans la vente de cigarettes? Seul le présumé commanditaire pourrait éclairer la lanterne des enquêteurs. Mais son absence du pays ne permet pas encore de lever un coin du voile. Toutefois, selon des informations concordantes, il aurait été contacté par téléphone et aurait promis de rentrer à Ouagadougou cette semaine.
En attendant, le PCA adjoint du groupe Kossouka se trouverait parmi les personnes interpellées et détenues à la Maco. Il s’agit de Issouf Ouédraogo, qui serait un cousin du PCA. Avec les 5 tueurs à gages, il aurait été inculpé pour tentative d’assassinat. C’est lui qui aurait géré la logistique et les détails financiers de l’opération. Agissait-il de son propre chef ou pour le compte de son patron, comme le soutiennent ses co-inculpés?
Le dossier est en instruction au niveau d’un «cabinet compétent», nous a assuré une source du ministère de la Justice. Compte tenu de la délicatesse de l’affaire, les présumés coupables seraient gardés sous un «régime sévère» à la Maco afin d’éviter tout contact avec l’extérieur. L’affaire est grave. Elle touche des personnalités de la haute sphère des affaires. Aucune précaution ne devrait être inutile. Elle aboutira probablement à un procès. Mais elle ne pose pas moins un autre problème, celui de la moralité des gérants de certaines sociétés de gardiennage, notamment celle qui «emploie» ces 5 ‘’vigiles’’. Le patron de cette sulfureuse société serait en liaison avec un certain «Omar le Gang» dont le pseudonyme en dit long sur sa moralité. Des autorités policières et judiciaires seraient informées de cette situation, mais on ne comprend pas pourquoi de telles sociétés continuent de bénéficier de l’autorisation d’exercer. Si l’on ne s’en tient qu’à ce détail, tout porte à croire que la tentative d’assassinat du DG de TMC peut déboucher sur d’autres dossiers sales et mérite donc d’être suivie de très près.
Education des filles: lourdes sont encore les pesanteurs cul-turelles
Alors que les échanges allaient bon train et que la parole était accaparée, comme d’habitude, par des hommes qui la prenaient chacun à son tour, personne ne pouvait s’imaginer que dame Djingri Lankoandé en avait gros sur le cœur. Elle aurait pu se taire, comme la plupart des femmes. Mais, en tant que membre actif de l’Association des parents d’élèves (APE), elle s’en voudrait de ne pas révéler cette situation tristement embarrassante qui est celle de l’école de la petite bourgade de Pantaloana, dans la province de la Gnagna. Une école qui n’est plus comme les autres, surtout depuis qu’elle a été visitée par le chef de l’Etat en personne. Son école à elle devrait donner l’exemple; mieux, elle devrait être l’exemple. C’est pourquoi elle a osé briser la glace. Ce devant le parterre de techniciens du ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (Meba), du maire de la commune rurale et surtout des hommes et femmes de médias présents ce jour-là dans le village, le 13 octobre dernier pour le lancement d’une caravane de presse en faveur de «l’accélération de l’éducation des filles» sous l’égide du Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (Rejced). L’occasion était tout aussi belle que délicate.
Mais la brave dame ne s’est pas embarrassée de protocole, encore moins de pudeur. A la question de savoir quelles sont les difficultés qui entravent l’accès et le maintien des filles à l’école, elle a choisi d’aller à un cas concret et très “bandantif”, comme on le dit dans le jargon journalistique. Elle a trouvé inconcevable qu’un maître enceinte une élève de l’école primaire de Pantaloana. Elle a pris son courage à deux mains et a brisé la glace devant tout le monde. Quitte à frustrer les autorités qui auraient voulu qu’on ne parlât que du bien, en ce jour où tous les regards étaient une fois encore tournés vers cette bourgade et que les oreilles indiscrètes des journalistes allaient impitoyablement capter le scandale et l’amplifier dans leurs organes de presse respectifs.
Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration d’une dame visiblement sereine et sûre de son coup a fait l’effet d’une bombe. Mais le directeur provincial de l’enseignement de base et de l’alphabétisation (Dpeba) a tout aussi sereinement saisi la balle au bond. Loin de réprimander, même par le regard, dame Lankoandé, il s’est plutôt réjoui que ce problème n’ait pas été étouffé. Mieux, si on a senti la nécessité d’en reparler, c’est la preuve qu’il n’a pas été résolu, comme il se doit. Apparemment au parfum de l’affaire, il a une fois encore renvoyé la solution au sein des structures chargées de la gestion de la vie scolaire. Vont-ils aller jusqu’au bout? La balle est désormais dans leur camp.
Profond était l’embarras du représentant de la Direction de la promotion de l’éducation des filles (DPEF) et celui du maire de la commune rurale de Bilanga. Théoriquement, le Meba dispose d’une structure locale d’alerte sur ce genres de situation. Comme l’a relevé Mme Lankoandé, «c’est la dénonciation qui manque le plus». Qui plus est, dans une petite bourgade où tout le monde connaît tout le monde, il faut avouer qu’il n’est pas toujours aisé de franchir le pas. Mais il est aussi éthiquement inadmissible de sacrifier l’éducation des jeunes filles à la libido mal maîtrisée d’enseignants. Aucune sanction n’a été proposée ou prise à l’encontre du maître-enceinteur dont l’identité n’a d’ailleurs pas été révélée. Mais il faut croire que cette affaire ne restera pas sans suite. En tout cas, Mme Djingri Lankoandé a pris sa part de responsabilité. Mieux, elle a mis la communauté face à la sienne. Il faut espérer qu’elle n’a pas pris ce risque pour rien.
Car, son souci, il faut le croire, n’était probablement pas de jeter l’opprobre sur l’enseignant ou sur ses concitoyens qui, eux, ont choisi de garder le silence. On peut s’imaginer que depuis que le Blaiso est allé à Pantaloana, en janvier 2003, pour y lancer un message fort en faveur de l’éducation de base en général et de l’éducation des filles en particulier, cette localité est devenue une sorte de symbole. Elle a été incontestablement hissée au mât des écoles satellites qui continuent de faire leurs preuves comme une alternative crédible et pertinente pour booster l’éducation de base au Faso. Parce que ce village a été mis sous les feux de la rampe par la présence mobilisatrice du chef de l’Etat, ses habitants, dont dame Lankoandé, conservent une conscience aiguë de leur responsabilité vis-à-vis des enfants qui sont confiés à l’école. En effet, la petite école de 3 classes que l’on apercevait à peine sur les collines a fait désormais place à un véritable complexe scolaire et éducatif. Celui-ci comporte une école presque normalisée de 6 classes avec 235 élèves, dont 96 filles, un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) d’un effectif de 76 apprenants, dont 42 filles et 34 garçons, un Bisango (garderie d’enfants) de 155 pensionnaires, dont 75 filles et 80 garçons, et un centre de santé qui n’attend plus que l’affectation d’un personnel médical pour être fonctionnel.
Comme on peut le voir, l’éducation des filles a encore besoin d’un coup d’accélérateur. Aussi bien à Pantaloana, où elle est plombée par d’autres maux tels que le mariage forcé et/ou précoce, que dans toute la région de l’Est et du Centre-Est, où l’échange de femmes ou ‘’lito’’ sévit comme une pratique dans laquelle plusieurs jeunes sont prises en otage dans la province du Koulpélogo.
14:02 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : education de base, burkina faso, pesanteurs socio-culturelles, enseignants
Le Burkina aussi a sa poudrière identitaire
Après la gymnastique acrobatie du gigaparti au pouvoir pour aller exhumer la «renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» dans la poudrière du 15 octobre 87, c’est la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC) qui cherche à faire coïncider son 1er anniversaire avec cet anniversaire diversement commémoré. Si l’organisation a été créée très officiellement le 10 octobre 2007, force est de constater qu’elle a décidé de souffler sa première bougie ce jeudi 15 octobre. Ce jour également, les sankaristes iront - peut-être en rangs dispersés - déposer leurs gerbes de fleurs sur la tombe de Thom Sank. Comme pour enfoncer la porte ouverte l’année dernière par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le programme des manifestations prévoit expressément une conférence publique sur «la renaissance démocratique du Burkina avec Blaise Compaoré». Voilà qui est clair. Ceux qui prenaient la Fedap/BC pour la rivale parfaite du parti présidentiel ont désormais de quoi tisser un pont de lianes entre les deux épouses. Mais doit-on croire que la plus jeune, qui se définit comme une «organisation de masse», a enfin trouvé son cheval de bataille?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que son engagement dans l’arène du débat et des ébats qui se mènent autour du 15-Octobre ne manque pas de soulever beaucoup de poussière. Le choix des hommes commis dans cet engagement politique aux allures de fouille archéologique n’est pas fortuit. C’est au docteur Bobognessan Arsène Yé - 1er président de la 1ère législature de la IVe République - que l’on a confié la lourde tâche de démontrer que les graines de la «renaissance démocratique» auraient été jetées en terre du Burkina le 15 octobre 1987 et non pas seulement le 11 juin 1991, comme cela avait été proclamé jusque-là dans les annales politiques et historiques du Faso. Même si l’homme a le profil de la tâche qui lui est demandée, il faut reconnaître que cela n’est pas un simple jeu intellectuel, tant l’enjeu de sa démonstration est lourd... d’enjeux. Basile Guissou, autre acteur révolutionnaire, a assuré la police des débats. Comme on peut le voir, l’enjeu de la rivalité réelle ou supposée entre la Fedap/BC et le CDP est et demeure le statut et la force de frappe des hommes qui animent l’une et l’autre organisation.
“Roczilla” s’était employé à lever l’équivoque à la dernière convention du gigaparti au pouvoir, mais il n’a apparemment pas convaincu tout le monde. Certains continuent de voir dans les actions de «solidarité de la Fedap/BC» avec les populations en difficultés une manière bien conjugale de damer le pion à sa rivale et de marquer son territoire. D’autres poussent le bouchon jusqu’à croire qu’il y aurait une main invisible derrière la Fedap/BC, une main qui attendrait son heure pour sortir de l’ombre. Aussi l’enjeu du 15-Octobre serait-il le ballon d’essai du chevalier masqué? Le feuilleton qui a débuté avec la commémoration du 20e anniversaire de la prise du contrôle du pouvoir par l’enfant terrible de Ziniaré comporte, visiblement encore, de vrais ou faux mystères dans ses épisodes. De quoi inspirer les amateurs de fiction politique.
En attendant, les acteurs ne sont pas moins insaisissables que le film qu’ils jouent, et pour cause. Depuis l’avènement de la Fedap/BC, certains militants du parti présidentiel se croient obligés de s’afficher plus avec la nouvelle organisation. Cela a l’avantage de les mettre au premier plan. Mais on se perd à comprendre comment des militants de base du CDP et militants de la Fedap/BC sont devenus aussi influents, sinon plus que leurs responsables de parti. Peut-être que les prochaines élections locales vont dessiner des profils plus clairs et tracer des frontières moins floues. Du reste, s’il est vrai que les premiers responsables du parti au pouvoir essaient d’observer une certaine distance à l’égard de l’organigramme et de l’organisation de la Fedap/BC, il ne l’est pas moins que les ‘’n’opérateurs économiques’’ n’hésitent pas à porter le bonnet et les pagnes 3 pièces à l’effigie de leur «ami» et de les exhiber fièrement. La récupération du débat sur le 15-Octobre par la désormais «composante de la société civile» et non politique que se veulent Gaston Soubeiga et ses camarades n’est probablement pas le fait du hasard. Les prochaines consultations qui s’annoncent déjà ne manqueront pas de lever un coin de voile sur cette énigme dont l’enjeu est hautement politique.
13:57 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : assassinat de thomas sankara, burkina faso, les amis de blaise compaoré
09.10.2008
Téléphonie minée au Faso
Ceux qui se cachent derrière les puces anonymes pour arnaquer, proférer des menaces et perturber leurs correspondants sont désormais avertis. Il leur reste quelques jours pour sortir de l’ombre ou jeter leurs cartes SIM à la poubelle. La croisade de l’Autorité de régulation des télécommunications (Artel) veut justement jeter un pavé dans la mare de la démocratisation sauvage de la téléphonie mobile. Ce ne sont pas seulement les acheteurs de puces à la sauvette qui sont visés, mais également les opérateurs qui ont été les premiers à ouvrir cette caverne d’Ali Baba. A partir du 30 octobre prochain, le couperet de l’Artel tombera, sans pitié, sur les SIM non déclarés. Mais aussi, toutes les compagnies qui garderont des abonnés anonymes dans leur répertoire seront sanctionnées à verser une amende d’un million de francs CFA pour chaque numéro non identifié. Voilà qui est clair. Chacun sait désormais à quoi s’en tenir.
15:54 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : téléphonie mobile, burkina faso, artel
03.10.2008
Que se passe-t-il à SOS-Villages d'enfants du Burkina
Depuis le mois de mai, un bras de fer oppose SOS-Kinderdorf International (KDI) à l’Association nationale SOS Villages d’enfants du Burkina Faso. Au cœur de cette scène de ménage, la gestion et le contrôle des - réels ou supposés - très juteux biens mobiliers et immobiliers de cette ONG pourtant censée se battre prioritairement pour «l’intérêt supérieur des enfants en difficulté». Qui veut cultiver son «gombo» sur le dos des bambinos? C’est la question qui mérite d’être posée dans cette guéguerre sans merci entre des collaborateurs d’hier, devenus pratiquement des ennemis aujourd’hui. Comment en sont-ils arrivés là?
Selon toute vraisemblance, il s’agit d’un linge sale qui se lave impudiquement sur la place publique. C’est l’Association nationale SOS Villages d’enfants qui a donné le ton par un communiqué distillé par notre confrère «Le Pays» n° 4200 du 11 septembre 2008. Dans cet avis qui tombait comme un cheveu sur la soupe, celle-ci informait «tout le public en général, et ses partenaires nationaux et internationaux en particulier, que pour compter de ce jour 10 septembre 2008, Monsieur Boly Moussa n’a plus qualité pour agir pour le compte des institutions de SOS Villages d’enfants du Burkina....». Qu’est-ce qui avait pu bien se passer pour qu’on en arrive là? Depuis quand est-ce que le sieur Boly Moussa - qui n’est autre que l’ancien député du giga parti au pouvoir et connu comme faisant partie de la bande des «refondateurs» - assurait cette responsabilité? Telles sont des questions auxquelles ce très laconique avis, signé du vice-président de l’association, ne permettait nullement de répondre. Pourquoi le Dr François Jérôme Kaboré a-t-il choisi de passer sous silence les raisons qui ont motivé cette décision?
Mais la fumée qui était derrière l’écran n’a pas tardé à apparaître au grand jour. Le lendemain, ce fut la réponse du berger à la bergère. Dans un encart intitulé «La clarification de Moussa Boly», l’intéressé précise et signe qu’il n’a «jamais été membre de l’association nationale SOS Villages d’enfants Burkina Faso» et qu’il n’a «jamais agi au nom de cette association». Toutefois, il souligne qu’il est le «Représentant de SOS Kinderdorf International au Burkina Faso depuis novembre 2007». Voilà donc l’os. Et loin d’apaiser la polémique, cette «clarification» semble l’avoir enflée.
En effet, le 23 septembre, on assiste à une nouvelle altercation, toujours par «Le Pays» interposé. Cette fois-ci, notre confrère choisit de publier les joutes des deux parties en conflit dans le même espace, côte à côte. Dans son n° 4208, il livre, d’une part, un «Démenti à ‘’la clarification de Moussa Boly’’» signé du vice-président de l’association et réceptionné le 15 septembre, et, de l’autre, une «Attestation» datée du 18 septembre et signée de Richard Pichler, Secrétaire Général de SOS-Kinderdorf International. Si le 1er communiqué a tenu à préciser que «...la représentation légale de SOS-Kinderdorf International sur le plan national est assurée par l’Association nationale SOS Villages d’enfants du Burkina», l’autre vient «confirmer» que «M. Moussa Boly est le représentant de SOS-Kinderdorf International au Burkina Faso depuis le 26 novembre 2007» et que «Ses attributions lui ont été définies dans son plan d’action par M. Rachel Bourget, Directeur Régional de SOS-Kinderdorf International pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest». Force est de reconnaître que cette passe d’armes ne permet pas de sortir de l’auberge. Pire, l’imbroglio est total.
Derrière les avis et contre-avis et autres communiqués se cache un marathon judiciaire qui n’a pas encore livré son verdict. C’est l’association nationale qui a ouvert le feu en portant l’affaire devant le Tribunal de grande instance de Ouagadougou depuis le début du mois de septembre. La première ordonnance de référé en date du 9 septembre dispose, entre autres, que «Les effets de la circulaire datée du 10 juin 2008 et désignant monsieur Moussa Boly en qualité de gestionnaire des affaires courantes et représentant de SOS Kinderdorf International au sein de SOS Villages d’enfants du Burkina soient suspendus jusqu’à l’intervention d’une décision au fond». N’est-ce pas sur la base de cet acte judiciaire que le vice-président de l’association a fait publier le communiqué visant à interdire à Moussa Boly d’«agir pour le compte des institutions SOS Villages d’enfants au Burkina»? Pourquoi aucun des protagonistes ne fait-il pas référence au fait que leur conflit est toujours pendant devant la justice? Comme on devait s’y attendre, la partie adverse a fait appel de cette décision et le prochain délibéré est prévu pour le 9 octobre.
Mais la clé de cet embrouillamini semble être monsieur Rachel Bourget, qui n’est autre que le directeur régional de SOS-Kinderdorf International pour le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. C’est lui qui a d’abord nommé Moussa Boly comme «membre de droit de SOS-Kinderdorf International au sein du Conseil d’administration de l’association nationale à compter du 26 novembre 2007», puis lui a donné un «mandat» pour le représenter «au sein du Bureau national de SOS Villages d’enfants Burkina Faso à compter du 12 mai 2008» et, par une «Circulaire» datée du 10 juin 2008, a fait de lui non seulement le «gestionnaire des affaires courantes», mais aussi «représentant de SOS-Kinderdorf International au Burkina». Qu’est-ce qui a bien pu se passer entre Rachel Bourget et l’association nationale au point que le courant ne passe plus entre eux aujourd’hui? Mystère et boule de gomme.
La passe d’armes qui a débordé devant le Tribunal de grande instance de Ouagadougou et dans les colonnes des journaux n’est apparemment que la partie visible d’un iceberg qui risque de couler la barque de l’action de cette ONG autrichienne au Burkina. Pour peu qu’on tente de la gratter, l’affaire se concentre sur un conflit ouvert entre Rachel Bourget d’un côté et de l’autre Michel Pabyam, le président de l’association - créée en 2006 - et son vice-président, François Jérôme Kaboré. Les seconds accusent le premier de vouloir leur couper l’herbe sous les pieds en «imposant» Moussa Boly à la tête du Bureau en violation des «statuts et règlements de SOS-Kinderdorf International». De l’autre côté, on semble répliquer que la «principale motivation» de l’association de vouloir contrôler la gestion du bureau national tiendrait à l’épaisseur de l’enveloppe qui est allouée chaque année au Burkina et qui est estimée à quelque 700 millions de francs CFA. Par ailleurs, l’organisation envisage de faire des investissements de l’ordre de 2,5 milliards à l’horizon 2009.
C’est le sort des quelque 900 pensionnaires et bénéficiaires des œuvres des villages d’enfants de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso qui se joue dans cette guéguerre à forte odeur de «gombo». Jusqu’où les protagonistes de cette affaire vont-ils tirer la corde? Affaire à suivre.
14:48 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : villages d'enfants, associations, gestion, kinderdorf international
Le Dromadaire a percé le "Coeur de lion"
Ça y est. «Cœur de lion», la production majeure des Films du Dromadaire, est presque bouclée. La 2e et dernière étape du tournage s’est achevée la semaine dernière sur les collines de Gongombili (qui veut dire en lobiri village des irréductibles», dans la province du Poni. Le challenge a été «rude, mais combien enrichissant. Des décors sublimes. Un vrai cadeau du ciel!», s’est exclamé Boubakar Diallo, réalisateur de «Cœur de lion» et boss des Films du Dromadaire.
Pour en arriver là, il a fallu 2 semaines de stage de mise en situation des comédiens sous la direction de l’inénarrable metteur en scène Ildevert Méda. Cette préparation a eu un puissant effet d’entraînement sur la 1ère partie du tournage qui s’est déroulé pendant 15 jours à Gonsin, à 10 km de Koubri. Le plus dur est donc passé. Il ne reste plus que le tournage de quelques séquences de lion au studio Jacana près de Paris, la finalisation de la musique du film par Charly Sidney et Solitaire du Burkina et le générique par Abalotus du Togo. En attendant le prémontage au studio du Dromadaire à Ouaga et le mixage, la conformation et les effets visuels à Paris, on peut dire que la lance du Dromadaire a percé le «Cœur de lion».
La première version de ce grand projet a été pondue en 1998. Avant d’être aujourd’hui la plus importante production professionnelle du réalisateur Boubakar Diallo, l’histoire de ce film lui a permis de bénéficier d’un stage de réécriture en 1999 à Tunis puis il a obtenu une bourse d’écriture lors de la Journée cinématographique de Carthage en 2000. Avant de passer à la phase de réalisation proprement dite, le scénario a été rediscuté avec Script doctor qui n’est autre que notre compatriote Emmanuel Sanou.
Ce film, qui est tourné en haute définition (H Décam), marque, sans conteste, une nouvelle étape dans l’aventure cinématographique des Films du Dromadaire. Il a mobilisé une centaine de comédiens dont une bonne partie provient de l’écurie du Dromadaire. Samba, l’acteur principal, est un nouveau talent à découvrir dans une belle histoire qui plonge dans les péripéties d’une cohabitation entre des communautés de chasseurs, de pêcheurs et d’éleveurs hantés par des disparitions d’hommes. Naturellement suspecté d’être à l’origine de la série noire, le lion a été neutralisé, mais le mystère est demeuré entier.
«Cœur de lion» est destiné à la prochaine édition du Fespaco, mais Boubakar Diallo, son réalisateur, n’exclut pas la possibilité d’en offrir l’avant-goût au public burkinabè, d’ici la fin décembre. Inch’Allah !
14:43 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, les films du dromadaire, fespaco, burkina faso
01.10.2008
Au-delà de l’Urgence, anticiper l’Avenir
Tout ce que soutient le Cours nouveau, c’est que si les tendances négatives et destructrices présentes devaient prospérer sur la moyenne et longue durée, elles ruineraient à coup sûr les efforts gigantesques cumulés par plusieurs générations d’Africains depuis la nuit des temps, et que par suite de cette remarque, les contemporains devraient changer de méthode, d’objectifs et de stratégie hic et nunc, et s’intéresser davantage à la prospective.
Il ne s’agit pas de s’émouvoir de l’existant qui déprime le continent ni de prolonger les courbes des désastres de tous ordres programmés en Afrique, encore moins d’attendre GODOT ou de convoquer l’éclat du passé en guise de talisman ou de fétiche pour conjurer les misères du présent et les nuisances du futur, mais précisément d’établir de nouvelles références et de bâtir une échelle nouvelle des objectifs et des finalités susceptible d’influencer l’Avenir, et, en quelque sorte, d’inverser le cours de l’histoire.
«L’Avenir n’est pas seulement ce qui peut «arriver» ou ce qui a le plus de chances de se produire. Il est aussi, dans une proportion qui ne cesse de croître, ce que nous aurons voulu qu’il fût». De ce fait, «prévoir une catastrophe est conditionnel: c’est prévoir ce qui arriverait si nous ne faisons rien pour changer le cours des choses, et non point ce qui arrivera de toute manière».
Aussi le devoir de penser impose-t-il à l’Africain des Temps modernes de s’interroger sur les risques inhérents au futur dans le but de construire l’Avenir par anticipation, au lieu de se cacher derrière son doigt ou à sombrer dans le délire de l’auto victimisation, de l’auto exclusion ou du narcissisme, autant de manières de fuir les réalités intangibles du moment.
Ce qui nous est réellement donné, en effet, c’est la guerre économique et commerciale entre les différentes puissances impériales pour dominer les marchés et le globe, les sociétés et les cultures, les hommes, l’environnement et le cosmos, singulièrement en Afrique, qui demeure bien plus que le théâtre et l’enjeu des conflits mondiaux qu’un acteur pleinement autonome et responsable, notamment dans le domaine géostratégique, économique et politique.
D’où suit que si c’est bien l’intelligence et son corollaire l’esprit d’entreprendre, qui sont la clé des crises, des mutations et des réformes, il est désormais nécessaire d’aller au-delà du constat et d’honorer le besoin d’Avenir et le souci de futur.
Partant donc de ce vieux principe établi par le doomu ndar (Saint-Louisien) Gaston BERGER, selon lequel «la prospective suppose une liberté que ne permet pas l’obligation à laquelle nous soumet l’urgence», la question dont les Africains ne peuvent pas faire abstraction, sans avouer une carence grave, est celle-ci: Comment concilier les urgences (contraintes qui s’imposent à nous) et qui n’attendent pas et l’Avenir qui ne viendra pas de lui-même, mais doit être construit par un acte libre de volonté et d’imagination ? Poser la question, c’est y répondre.
A moins de vouloir rentrer à reculons dans une Histoire du futur qui sera écrite par les autres, l’Africain devrait scruter l’avenir sans tarder. Si le pré requis minimal est la Liberté (de penser et d’entreprendre ou de rêver le monde présent), il y a lieu de savoir si nous satisfaisons à cette condition. Si pour envisager l’Avenir, il faut être libre, le sommes-nous ? En particulier dans les matières stratégiques comme l’économie et la monnaie, l’enseignement supérieur ou la justice, les relations extérieures.
S’il y a une leçon de SARKOZY à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, le 26 juillet 2007, c’est que nous n’aurons pas d’Avenir sans Liberté ni Responsabilité dans tous les domaines, à commencer par ceux de l’économie et de la culture, loin des pièges de l’autosuggestion et des leurres du fraternalisme.
Malick N’Diaye, Sociologue,
Maître de Conférences, FLSH/UCAD
Directeur du C.I.E.R.S.P.
08:17 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, développement, philosophie, analyse prospective

