Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Tentative d'assassinat à Ouaga

    G 1.jpgTravaly Bandja, directeur résident de Tobacco marketing consultants (TMC) au Burkina a été victime, il y a deux semaines d'une tentative d'assassinat à son domicile sis dans les environs de Ouaga 2000. Le fortuné a été rappelé par sa hiérarchie à Dakar où il est allé rendre compte et se remettre de ses émotions. Pendant ce temps, une enquête judiciaire a été ouverte à Ouagadougou pour dénicher les auteurs de ce complot et leur commanditaire.

    Après l’interpellation des tueurs à gages par la gendarmerie, le dossier est désormais entre les mains de la justice. Six personnes sont mises au frais à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). L’écran de fumée qui couvrait la tentative de crime commence à s’éclaircir. Ainsi avons-nous appris que la société privée qui assurait la protection du sieur Travaly Bandja n’est autre que De Sarto S.A. Quant aux tueurs à gages, il ressort des enquêtes préliminaires qu’il s’agit de «jeunes gens» qui étaient supposés être des employés d’une société de gardiennage. Il s’agirait de Patrice Ouédraogo, Ferdinand Bamogo, Adama Zéno, Sié Kambiré et Alex Traoré. Ils ont été pris sur les lieux avec des armes sophistiquées (fusils à lunettes).

    Selon des sources proches du dossier, les présumés tueurs à gages accuseraient nommément le sieur Salif Ouédraogo, PCA du groupe Kossouka. Pourquoi voudrait-il faire éliminer le sieur Travaly Bandja qui se trouve être son partenaire d’affaires, notamment dans la vente de cigarettes? Seul le présumé commanditaire pourrait éclairer la lanterne des enquêteurs. Mais son absence du pays ne permet pas encore de lever un coin du voile. Toutefois, selon des informations concordantes, il aurait été contacté par téléphone et aurait promis de rentrer à Ouagadougou cette semaine.

    En attendant, le PCA adjoint du groupe Kossouka se trouverait parmi les personnes interpellées et détenues à la Maco. Il s’agit de Issouf Ouédraogo, qui serait un cousin du PCA. Avec les 5 tueurs à gages, il aurait été inculpé pour tentative d’assassinat. C’est lui qui aurait géré la logistique et les détails financiers de l’opération. Agissait-il de son propre chef ou pour le compte de son patron, comme le soutiennent ses co-inculpés? 

    G 2.jpgLe dossier est en instruction au niveau d’un «cabinet compétent», nous a assuré une source du ministère de la Justice. Compte tenu de la délicatesse de l’affaire, les présumés coupables seraient gardés sous un «régime sévère» à la Maco afin d’éviter tout contact avec l’extérieur. L’affaire est grave. Elle touche des personnalités de la haute sphère des affaires. Aucune précaution ne devrait être inutile. Elle aboutira probablement à un procès. Mais elle ne pose pas moins un autre problème, celui de la moralité des gérants de certaines sociétés de gardiennage, notamment celle qui «emploie» ces 5 ‘’vigiles’’. Le patron de cette sulfureuse société serait en liaison avec un certain «Omar le Gang» dont le pseudonyme en dit long sur sa moralité. Des autorités policières et judiciaires seraient informées de cette situation, mais on ne comprend pas pourquoi de telles sociétés continuent de bénéficier de l’autorisation d’exercer. Si l’on ne s’en tient qu’à ce détail, tout porte à croire que la tentative d’assassinat du DG de TMC peut déboucher sur d’autres dossiers sales et mérite donc d’être suivie de très près.

  • Education des filles: lourdes sont encore les pesanteurs cul-turelles

    E 3.jpgAlors que les échanges allaient bon train et que la parole était accaparée, comme d’habitude, par des hommes qui la prenaient chacun à son tour, personne ne pouvait s’imaginer que dame Djingri Lankoandé en avait gros sur le cœur. Elle aurait pu se taire, comme la plupart des femmes. Mais, en tant que membre actif de l’Association des parents d’élèves (APE), elle s’en voudrait de ne pas révéler cette situation tristement embarrassante qui est celle de l’école de la petite bourgade de Pantaloana, dans la province de la Gnagna. Une école qui n’est plus comme les autres, surtout depuis qu’elle a été visitée par le chef de l’Etat en personne. Son école à elle devrait donner l’exemple; mieux, elle devrait être l’exemple. C’est pourquoi elle a osé briser la glace. Ce devant le parterre de techniciens du ministère de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation (Meba), du maire de la commune rurale et surtout des hommes et femmes de médias présents ce jour-là dans le village, le 13 octobre dernier pour le lancement d’une caravane de presse en faveur de «l’accélération de l’éducation des filles» sous l’égide du Réseau des journalistes et communicateurs pour l’éducation/Genre et développement (Rejced). L’occasion était tout aussi belle que délicate.

    E 2.jpgMais la brave dame ne s’est pas embarrassée de protocole, encore moins de pudeur. A la question de savoir quelles sont les difficultés qui entravent l’accès et le maintien des filles à l’école, elle a choisi d’aller à un cas concret et très “bandantif”, comme on le dit dans le jargon journalistique. Elle a trouvé inconcevable qu’un maître enceinte une élève de l’école primaire de Pantaloana. Elle a pris son courage à deux mains et a brisé la glace devant tout le monde. Quitte à frustrer les autorités qui auraient voulu qu’on ne parlât que du bien, en ce jour où tous les regards étaient une fois encore tournés vers cette bourgade et que les oreilles indiscrètes des journalistes allaient impitoyablement capter le scandale et l’amplifier dans leurs organes de presse respectifs.

    Comme on pouvait s’y attendre, cette déclaration d’une dame visiblement sereine et sûre de son coup a fait l’effet d’une bombe. Mais le directeur provincial de l’enseignement de base et de l’alphabétisation (Dpeba) a tout aussi sereinement saisi la balle au bond. Loin de réprimander, même par le regard, dame Lankoandé, il s’est plutôt réjoui que ce problème n’ait pas été étouffé. Mieux, si on a senti la nécessité d’en reparler, c’est la preuve qu’il n’a pas été résolu, comme il se doit. Apparemment au parfum de l’affaire, il a une fois encore renvoyé la solution au sein des structures chargées de la gestion de la vie scolaire. Vont-ils aller jusqu’au bout? La balle est désormais dans leur camp.

    E 1.jpgProfond était l’embarras du représentant de la Direction de la promotion de l’éducation des filles (DPEF) et celui du maire de la commune rurale de Bilanga. Théoriquement, le Meba dispose d’une structure locale d’alerte sur ce genres de situation. Comme l’a relevé Mme Lankoandé, «c’est la dénonciation qui manque le plus». Qui plus est, dans une petite bourgade où tout le monde connaît tout le monde, il faut avouer qu’il n’est pas toujours aisé de franchir le pas. Mais il est aussi éthiquement inadmissible de sacrifier l’éducation des jeunes filles à la libido mal maîtrisée d’enseignants. Aucune sanction n’a été proposée ou prise à l’encontre du maître-enceinteur dont l’identité n’a d’ailleurs pas été révélée. Mais il faut croire que cette affaire ne restera pas sans suite. En tout cas, Mme Djingri Lankoandé a pris sa part de responsabilité. Mieux, elle a mis la communauté face à la sienne. Il faut espérer qu’elle n’a pas pris ce risque pour rien.

    Car, son souci, il faut le croire, n’était probablement pas de jeter l’opprobre sur l’enseignant ou sur ses concitoyens qui, eux, ont choisi de garder le silence. On peut s’imaginer que depuis que le Blaiso est allé à Pantaloana, en janvier 2003, pour y lancer un message fort en faveur de l’éducation de base en général et de l’éducation des filles en particulier, cette localité est devenue une sorte de symbole. Elle a été incontestablement hissée au mât des écoles satellites qui continuent de faire leurs preuves comme une alternative crédible et pertinente pour booster l’éducation de base au Faso. Parce que ce village a été mis sous les feux de la rampe par la présence mobilisatrice du chef de l’Etat, ses habitants, dont dame Lankoandé, conservent une conscience aiguë de leur responsabilité vis-à-vis des enfants qui sont confiés à l’école. En effet, la petite école de 3 classes que l’on apercevait à peine sur les collines a fait désormais place à un véritable complexe scolaire et éducatif. Celui-ci comporte une école presque normalisée de 6 classes avec 235 élèves, dont 96 filles, un Centre d’éducation de base non formelle (CEBNF) d’un effectif de 76 apprenants, dont 42 filles et 34 garçons, un Bisango (garderie d’enfants) de 155 pensionnaires, dont 75 filles et 80 garçons, et un centre de santé qui n’attend plus que l’affectation d’un personnel médical pour être fonctionnel.

    E 4.jpgComme on peut le voir, l’éducation des filles a encore besoin d’un coup d’accélérateur. Aussi bien à Pantaloana, où elle est plombée par d’autres maux tels que le mariage forcé et/ou précoce,  que dans toute la région de l’Est et du Centre-Est, où l’échange de femmes ou ‘’lito’’ sévit comme une pratique dans laquelle plusieurs jeunes sont prises en otage dans la province du Koulpélogo.

  • Le Burkina aussi a sa poudrière identitaire

    F 3.jpgAprès la gymnastique acrobatie du gigaparti au pouvoir pour aller exhumer la «renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» dans la poudrière du 15 octobre 87, c’est la Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré (Fedap/BC) qui cherche à faire coïncider son 1er anniversaire avec cet anniversaire diversement commémoré. Si l’organisation a été créée très officiellement le 10 octobre 2007, force est de constater qu’elle a décidé de souffler sa première bougie ce jeudi 15 octobre. Ce jour également, les sankaristes iront - peut-être en rangs dispersés - déposer leurs gerbes de fleurs sur la tombe de Thom Sank. Comme pour enfoncer la porte ouverte l’année dernière par le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le programme des manifestations prévoit expressément une conférence publique sur «la renaissance démocratique du Burkina avec Blaise Compaoré». Voilà qui est clair. Ceux qui prenaient la Fedap/BC pour la rivale parfaite du parti présidentiel ont désormais de quoi tisser un pont de lianes entre les deux épouses. Mais doit-on croire que la plus jeune, qui se définit comme une «organisation de masse», a enfin trouvé son cheval de bataille?

    F 2.jpgLe moins que l’on puisse dire, c’est que son engagement dans l’arène du débat et des ébats qui se mènent autour du 15-Octobre ne manque pas de soulever beaucoup de poussière. Le choix des hommes commis dans cet engagement politique aux allures de fouille archéologique n’est pas fortuit. C’est au docteur Bobognessan Arsène Yé - 1er président de la 1ère législature de la IVe République - que l’on a confié la lourde tâche de démontrer que les graines de la «renaissance démocratique» auraient été jetées en terre du Burkina le 15 octobre 1987 et non pas seulement le 11 juin 1991, comme cela avait été proclamé jusque-là dans les annales politiques et historiques du Faso. Même si l’homme a le profil de la tâche qui lui est demandée, il faut reconnaître que cela n’est pas un simple jeu intellectuel, tant l’enjeu de sa démonstration est lourd... d’enjeux. Basile Guissou, autre acteur révolutionnaire, a assuré la police des débats. Comme on peut le voir, l’enjeu de la rivalité réelle ou supposée entre la Fedap/BC et le CDP est et demeure le statut et la force de frappe des hommes qui animent l’une et l’autre organisation.

    “Roczilla” s’était employé à lever l’équivoque à la dernière convention du gigaparti au pouvoir, mais il n’a apparemment pas convaincu tout le monde. Certains continuent de voir dans les actions de «solidarité de la Fedap/BC» avec les populations en difficultés une manière bien conjugale de damer le pion à sa rivale et de marquer son territoire. D’autres poussent le bouchon jusqu’à croire qu’il y aurait une main invisible derrière la Fedap/BC, une main qui attendrait son heure pour sortir de l’ombre. Aussi l’enjeu du 15-Octobre serait-il le ballon d’essai du chevalier masqué? Le feuilleton qui a débuté avec la commémoration du 20e anniversaire de la prise du contrôle du pouvoir par l’enfant terrible de Ziniaré comporte, visiblement encore, de vrais ou faux mystères dans ses épisodes. De quoi inspirer les amateurs de fiction politique.

    F 1.jpgEn attendant, les acteurs ne sont pas moins insaisissables que le film qu’ils jouent, et pour cause. Depuis l’avènement de la Fedap/BC, certains militants du parti présidentiel se croient obligés de s’afficher plus avec la nouvelle organisation. Cela a l’avantage de les mettre au premier plan. Mais on se perd à comprendre comment des militants de base du CDP et militants de la Fedap/BC sont devenus aussi influents, sinon plus que leurs responsables de parti. Peut-être que les prochaines élections locales vont dessiner des profils plus clairs et tracer des frontières moins floues. Du reste, s’il est vrai que les premiers responsables du parti au pouvoir essaient d’observer une certaine distance à l’égard de l’organigramme et de l’organisation de la Fedap/BC, il ne l’est pas moins que les ‘’n’opérateurs économiques’’ n’hésitent pas à porter le bonnet et les pagnes 3 pièces à l’effigie de leur «ami» et de les exhiber fièrement. La récupération du débat sur le 15-Octobre par la désormais «composante de la société civile» et non politique que se veulent Gaston Soubeiga et ses camarades n’est probablement pas le fait du hasard. Les prochaines consultations qui s’annoncent déjà ne manqueront pas de lever un coin de voile sur cette énigme dont l’enjeu est hautement politique.