Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Qui veut la tête du DG de Air Burkina?

    900d68efdaeea336a9719de2bd3d402d.jpgY a-t-il, oui ou non, crise à Air Burkina? Cette question lancinante aurait pu servir pour un jeu-concours, avec à la clé un billet d’avion Ouaga-Paris-Ouaga. Seulement, il sera bien difficile d’obtenir une réponse qui fasse l’unanimité. Surtout entre la direction générale de la compagnie aérienne et le personnel. Et pourtant, si l’on s’en tient aux cris d’alerte dont les échos inondent les journaux, la boîte traverse une zone de turbulences. Mais lorsqu’on cherche à démêler les fils du présumé malaise, on se retrouve dans un véritable labyrinthe où personne ne veut laisser manger ce piment-là dans sa bouche. Aussi, si crise il y a, tout porte à croire qu’il s’agit d’une patate chaude que les parties supposées en conflit se lancent. Pire, ceux qui sont supposés y être impliqués de loin ou de près préfèrent également garder le cadenas sous la langue. Pendant ce temps, la guéguerre de tranchées perdure.

    A l’origine de la palabre, tout aurait commencé avec la fameuse grève de février dernier. Un débrayage en règle au cours duquel les travailleurs se sont livrés à une démonstration de force qui a paralysé la compagnie pendant 48 heures. Comme ils devraient s’y attendre, ce mouvement n’a visiblement pas été digéré par la direction générale, qui a gardé une dent contre les meneurs. Et pour cause, plusieurs semaines après la grève, elle a décidé de retenir la «journée du 1er février sur la paie du mois de mai du personnel ayant participé à la grève sauvage et illégale». Il ne le fallait pas. Malgré les négociations qui permirent de mettre la balle de la grève à terre, avec le concours des ministres en charge des Transports et du Travail et de la Sécurité sociale, cette missive venait ainsi déterrer la hache de guerre. Naturellement, les délégués du personnel accueillirent cette mesure comme une provocation de trop. Du reste, ils le firent savoir au ministère du Travail qui leur donna raison.

    Mais c’était sans compter avec l’adage qui veut que «La vengeance est un plat qui se mange froid». Et ce qui devait arriver arriva. Au mois de mai, Francis Ouédraogo, un technicien d’avion réputé pour ses frondes, offrit au directeur général la cravache qui allait servir à le chicoter. Plusieurs sources concordantes affirment que l’infortuné aurait signé un document en lieu et place de son supérieur hiérarchique pour, dit-il, rendre service à un collègue. Conséquence, le directeur général se saisit de cette gaffe qu’il n’hésite pas à qualifier de «faute lourde». Pire, Mohammed Ghelala en fait un motif de licenciement. Ce qui provoque immédiatement un tollé. Réponse du berger à la bergère, les délégués du personnel crient au «licenciement abusif». L’affaire passe à l’Inspection du Travail, au ministère du Travail avant d’échouer en justice.

    8efebc96800d8db8ad3befff6a4e952a.jpgD’un bras de fer né d’une grève mal digérée par la direction générale qui tenait à la faire payer, tout semble se cristalliser aujourd’hui autour de l’affaire de licenciement non moins mal digéré par un groupe de travailleurs. Mais le hic, c’est que les délégués du personnel sont eux-mêmes divisés sur la conduite à tenir vis-à-vis des revendications de leur collègue licencié. Cette division semble visiblement profiter au directeur général qui exploite judicieusement la situation en affirmant à notre confrère L’Evénement n°147 du 10 septembre 2008 que: «Le problème ne concerne pas tous les délégués, mais un délégué. Il s’agit notamment de Francis Ouédraogo qui a été justement dénoncé par ses collègues.» Francis Ouédraogo serait-il effectivement lâché par ses collègues comme l’affirme le DG? Quel intérêt auraient-ils à le faire?

    Ce n’est pas chercher des poux sur un crâne rasé que de soumettre ces questions à l’épreuve d’un fait qui a été savamment orchestré le 10 septembre dernier. Ce jour-là, la compagnie devait recevoir un nouvel avion que le DG et le président du conseil d’administration étaient allés chercher en Italie. Tout a été apparemment bien organisé pour que le personnel réserve un accueil digne des grands jours à l’appareil. Ce qui est, somme toute, normal pour cette compagnie qui acquérait son 2e avion nécessaire à la fluidité de ses dessertes. Mais au-delà de l’accueil, il y avait une véritable démonstration de force: celle de prouver à l’opinion que les travailleurs d’Air Burkina sont unis et mobilisés autour de leur staff. La mise en scène a été parfaite, puisque «presque tout le monde était là», s’était réjoui un travailleur. Et lorsque nous avons demandé au DG comment il gère la crise qui secoue sa compagnie, il n’est pas allé par quatre chemins pour répondre: «Une compagnie qui est en crise n’amène pas un nouvel avion.» Comme pour marquer un point supplémentaire sur ses détracteurs, il note que «La présence du ministre des Transports - qui était effectivement présent à l’aéroport, ndlr - est la preuve du soutien que le gouvernement apporte à Air Burkina. Je l’ai accueilli avec beaucoup d’émotion». Qui a dit que le torchon brûlerait entre Ghelala et les autorités burkinabè? Qui veut la tête de Ghelala comme un trophée de guerre?

    Cette autre question délicate mérite d’être posée. Surtout que, dans le déballage auquel on assiste, la plupart des griefs semblent se concentrer autour de la gestion du DG. Aurait-il effectivement perdu le contrôle d’Air Burkina, comme certaines langues semblent le distiller? S’il est vrai que la compagnie traverse sérieusement une zone de turbulences, pourquoi les délégués du personnel et le conseil d’administration hésiteraient-il à panser la plaie avant qu’il ne soit trop tard? Pourquoi les délégués du personnel ont-ils peur de poser le problème de leur outil de travail à visage découvert?

    Eu égard à toutes ces questions qui ne font qu’enfler la guéguerre, il y a peut-être lieu de percer définitivement l’abcès. Cela y va de l’intérêt d’abord du personnel et de la direction générale qui ne font que subir le contrecoup d’une mauvaise publicité et aussi des autorités burkinabè, notamment du ministère des Transports qui, quoi qu’on dise, détiennent toujours une part non négligeable de 14% dans les actions d’Air Burkina qui arbore, de surcroît, les couleurs nationales. 

     

  • Où sont passés les hippos de Tengréla ?

    819a054ca4ba45e103c4fce13b38e7db.jpgPrincipale attraction touristique dans la région des Cascades, les hippopotames de Tengréla - village situé à quelques encablures de Banfora sur la route de Sindou - se font désirer en cette période de vacances où de nombreux touristes nationaux et blancos y accourent à longueur de journée. Le moins que nous avons pu constater, c’est que l’apparition de ces mastodontes s’apparente à celle de la Vierge Marie. Il faut une grâce spéciale pour les voir apparaître.

    Les piroguiers qui sont chargés de conduire les visiteurs à leur découverte ne savent plus à quel saint se vouer. Si vous insistez, les plus courageux vous diront honnêtement qu’il vous faut une sacrée chance pour voir les hippos. Quant aux cupides, qui tiennent absolument à vous faire payer la visite, tous les blabla sont bons pour vous embobiner. L’essentiel étant pour eux de vous faire monter dans leur pirogue, de vous faire ensuite tourner en rond sur la mare. Après une heure de balade sans voir les hippos, il est vraiment difficile d’insister.  En tout cas, les piroguiers rompus au manège vous promettent de revenir une autre fois, gratuitement, si vous voulez. Mais ils savent pertinemment que vous finirez par vous lasser.

    Visiblement blasés par les va-et-vient sans l’apparition des hippos, de jeunes Français ne sont pas allés par quatre chemins pour crier leur désenchantement. Pour eux, l’histoire des hippos ressemblait plus à un mythe qu’à la réalité. Et ils avaient raison, d’autant plus que leurs guides n’avaient pas d’autres arguments que de brandir celui de la «chance». L’hypothèse de la saison des pluies est la plus probable, puisque ces mammifères porcins massifs qui adorent se balader sur les berges de la mare doivent se sentir envahis par les eaux débordantes en cette période d’hivernage. Mais les hippopotames ont certainement leur raison que les guides touristiques et les piroguiers ignorent ou feignent d’ignorer. La vérité c’est que: dire que les hippos sont en vacances d’hivernage, comme c’est d’ailleurs le cas, ce serait se priver de la manne des visites touristiques. Or, ils sont au moins 40 jeunes du village de Tengréla à compter sur les jetons que génère la mare aux hippos.

    Selon des sources généralement bien informées, les hippos se seraient réfugiés quelque part dans un canal pour éviter d’être importunés par une activité touristique de plus en plus incompatible avec la préservation de leur intimité. Il paraît que des touristes auraient poussé des piroguiers à traquer ces «chevaux aquatiques» jusque dans leurs derniers retranchements. Conséquence: un des hippos furieux aurait cassé la barque emmerdante; mais on a évité le pire. La scène se serait passée au mois de mars dernier. Et les autorités du village auraient réuni les piroguiers pour leur demander de ne plus franchir la «ligne rouge». Ceci expliquerait-il cela?

    Les hippos se font certes très désirer pour divers intérêts. Mais le ministère en charge du Tourisme gagnerait à préserver l’inaliénable tranquillité de ces animaux tout en organisant le tourisme de façon plus professionnelle autour de la mare de Tengréla.

  • Dur sera le requiem de la rebellion ivoirienne

    a6a479a3c410fcd059087eee240a37d7.jpgEn visite d’Etat, à la fin du mois de juillet à Ouagadougou, le président ivoirien, Laurent Koudou Gbagbo, était venu annoncer au peuple burkinabè que «La guerre est finie». Mais hélas. Les convulsions auxquelles on a assisté ces dernières semaines au nord du pays prouvent bien que les braises de la rébellion - qui a été à l’origine de la grippe du 19 septembre 2002 - ne sont pas totalement éteintes. La fameuse «Flamme de la paix» n’a visiblement pas encore réussi à réduire la rébellion en cendres.
    En effet, si la hache de guerre est enterrée, les ex-rebelles apparaissent toujours comme «un cadavre» mal enseveli. Or, lorsqu’on «enterre un cadavre en laissant ses pieds dehors», il y a de fortes chances de le voir hanter le village. C’est du moins le constat qu’on peut faire à La Léraba, premier village ivoirien après avoir franchi la frontière ouest du Burkina.
    Mardi 16 août. 13 heures 30. Le poste frontalier de La Léraba est quasiment désert. Au spectacle de longues files de bus et de camions auquel on assistait avant la guerre - ou le déclenchement de la rébellion si vous préférez - s’est substituée une atmosphère maussade. Inutile d’ajouter que les commerçants et autres vendeurs à la sauvette ont déserté les lieux. Sauf quelques téméraires qui continuent de côtoyer les nouveaux maîtres du coin: les rebelles, qu’on peut toujours distinguer comme tels. Les bureaux de police, de douane, de gendarmerie ont fait place à une seule entité, celle de la rébellion métamorphosée en Forces nouvelles. Sur le mur du seul bâtiment qui y fait office d’administration, on peut lire les initiales FAFN, entendez Forces armées des Forces nouvelles.

    Des rebelles en demi-saison
    Vous l’avez donc compris. Malgré les fameux Accords politiques de Ouagadougou, la Côte-d’Ivoire est toujours «coupée en deux» et gérée par les deux forces antagonistes, les ‘’rebelles’’ et les ‘’loyalistes’’. Ainsi, ce sont les rebelles qui continuent de régner sur La Léraba. Et ils sont omniprésents, en territoire conquis. Pour les remarquer, on n’a pas besoin de dessin. En dehors de quelques chefaillons habillés en tenues militaires aussi bigarrées que bizarres, les autres ont adopté le demi-saison - pantalon militaire + tee-shirt - et en sandalettes, s’il vous plaît. Les uns errent nerveusement sur la voie, tandis que d’autres sont agglutinés autour du barrage qui tient les passagers des rares véhicules qui passent par là en laisse.
    Là aussi, on n’a pas besoin de loupe pour constater que la principale activité de ces «soldats» blasés et visiblement déprimés est le racket systématique de tous ceux qui franchissent la barrière. Ils feignent d’être discrets, mais on les voit bien collecter les «300, 300». Sans compter les «1 000 F» que le chauffeur doit jeter dans la bassine avant d’obtenir le feu vert pour traverser. Après le premier poste, il se heurte à un second baptisé «La centrale». Sur le mur de la guérite qui jouxte la barrière, on peut lire «Douanes». Mais en fait de douane, il n’en n’existe guère. C’est plutôt le racket qui y est consacré comme sport favori. Le pire, c’est qu’il semble constituer la seule source de revenus de ces «jeunes gens» qui n’inspirent pas du tout la sérénité. Leurs regards hagards cachent mal un désespoir certain. L’atmosphère de dépit qui règne dans les lieux n’inspire nullement la quiétude. En tout cas, pas avec ces «Forces nouvelles» blasées et aigries qui ne cherchent visiblement qu’à vous soutirer des sous. Enfin, le racket, ce n’est pas nouveau. C’est un moindre mal, puisque les forces régulières n’en faisaient pas moins avant la guerre.

    Rackets permanents
    Mais on n’est pas moins déprimé de voir la profonde grisaille dans laquelle le village de La Léraba est piégé. Depuis 6 ans que dure sa traversée du désert, il a été court-circuité de sa principale source d’animation économique et sociale. Comme il n’y a plus de trafic routier, il n’y a pratiquement plus de vie. Du moins, celle que la situation de rébellion lui a imposée n’est guère reluisante. Et cela est aussi vrai pour les rebelles eux-mêmes que pour les villageois. On sent visiblement que cette localité jadis florissante a dû se vider d’une bonne partie de ses habitants. Du reste, ceux qui y sont restés devaient avoir de bonnes raisons de le faire. Les seules activités visibles dans le coin se résument à quelques étals de cacahuètes, de cigarettes, de viandes grillées, de céréales et d’essence frelatée. Dans les buvettes où se rafraîchissaient autrefois les voyageurs, il n’y a plus de boissons fraîches. Les bouteilles de liqueurs frelatées ont pris la place des bières et autres sucreries ivoiriennes dont on raffolait dans ce village. Le buvetier a camouflé les boissons de son stock au fond de sa maison. Aurait-il peur des rebelles qui viendraient à les consommer sans payer? Tout semble possible dans ce bled où l’ordre, la discipline et les humeurs ne respectent plus la logique de la coexistence pacifique. Les habitants de La Léraba doivent avoir le sommeil régulièrement hanté par les sautes d’humeur des ex-rebelles qui ont eux-mêmes perdu l’espoir de maîtriser leur propre devenir.

    L’avenir des enfants compromis
    Dans cet univers incertain et déprimant, ce sont les enfants qui vont certainement payer le plus lourd tribut. Car, pendant toutes ces années de contradictions politico-militaires, ceux qui ont été contraints de demeurer à La Léraba n’ont guère connu le chemin de l’école. A la question de savoir quelle classe il a fréquentée l’année dernière, un garçonnet d’environ 7 ans, - donc l’âge de la crise ivoirienne - nous a répondu, avec une innocence déchirante: «Je ne vais pas à l’école.» Une réponse qui prouve malheureusement que les dégâts collatéraux de la profonde crise ivoirienne sont bien plus compromettants qu’on ne les imagine. Même si on arrivait à solder les comptes de la rébellion, on redonnera difficilement à cet enfant son passé violé. Avec des avenirs ainsi compris, y compris ceux des enfants, tout porte à croire que dures seront les funérailles de la rébellion.