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22.05.2008
Un guérisseur bâtisseur d'empire au Burkina Faso
Tradipraticien aux «dons mystiques», El Hadj Saïdou Bikienga n'impressionne pas seulement ses visiteurs par les «guérisons miraculeuses» dont il a le secret. En plus de son «hôpital de campagne à ciel ouvert» où affluent chaque jour des centaines de patients, le guérisseur ne se contente pas de profiter tout seul des dons qui lui sont faits. Son investissement dans la réalisation d'infrastructures sociales est assez éloquent. Sa volonté de marquer son territoire en dit long...
A 45 ans, dont 31 consacrés à l'exercice de la médecine traditionnelle dans le petit village de Nagréongo, Saïdou Bikienga passe pour l'un des plus célèbres guérisseurs. Spécialiste de maladies paralysantes, de la folie et surtout des difficultés de procréation, il s'est bâti une solide réputation dont les retentissements sont allés au-delà des frontières du Burkina. Ses patients lui viennent aussi bien de la grande masse des indigents que des plus hautes personnalités qui vont le consulter dans l'espoir de trouver une solution à leurs problèmes. Il est simplement très sollicité. Les choses marchent si bien pour lui qu'il a réussi à amasser une bonne fortune - au propre comme au figuré - dont les effets sont palpables. Mais loin de se contenter d'aménager son seul jardin, il laisse déborder sa générosité pour le profit de tous les habitants du village qu'il a pratiquement contribué à créer.
Un CSPS dans son village
L'une des plus pertinentes infrastructures qu'il bâtit à Nagréongo en ce moment est sans conteste le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS). Très rarement, on a vu des tradipraticiens établir un pont avec la médecine moderne au point de s'investir personnellement pour ériger un dispensaire. El Hadj Saïdou Bikienga marque incontestablement un bon point en faisant œuvre de pionnier en cette matière. Ce n'est d'ailleurs pas son premier coup. Il y a quelques mois, il en a surpris plus d'un en construisant un CSPS au profit de son village natal dans la province du Sanmentenga.
A la question de savoir pourquoi cette propension pour la construction de «maison moderne de santé», il ne passe pas par quatre chemins: «Je sais que je ne peux pas soigner toutes les maladies. Lorsqu'un cas de ce genre se présente à moi, je préfère le référer à l'hôpital», répond-il en substance.
Mais au-delà de son humilité à reconnaître la place et la complémentarité de la médecine conventionnelle, le célèbre guérisseur avoue qu'il ne sera pas là éternellement pour soulager, tous les malades qui viendront à Nagreongo. Autrement dit, il est convaincu que son œuvre est limitée dans le temps, mais qu'elle peut être suppléée par un dispensaire. En plus, et plus intimement, El Hadj Saïdou Bikienga confesse n'être pas convaincu d'avoir un parent ou une descendance susceptible de perpétuer son œuvre. Tout ceci expliquerait donc cela.
Toutefois, le guérisseur de Nagréongo ne se soucie pas seulement de laisser des infrastructures médicales après lui. Sa générosité déborde sur les piliers fondamentaux des secteurs sociaux. A cet effet, il a ouvert deux chantiers de construction de barrages dont un est déjà achevé et fonctionnel et l'autre en construction à l'entrée du village. C'est là où les nombreux patients s'approvisionnent en eau. A côté de l'endroit où il habite, il a installé 3 forages. Comme pour compléter le tableau, il a lancé des travaux de construction d'une école primaire. «Tout cela, c'est avec mon argent que je le fais», souligne-t-il. En tout cas, il tient à ce que son nom soit lié à toutes ces réalisations qui concourent à donner à la bourgade de Nagréongo le visage d'un village moderne. L'homme est apparemment en passe de gagner son pari.
Un guérisseur civilisé
Même s'il apparaît comme un détenteur de pouvoirs occultes, El Hadj Saïdou Bikienga semble se préoccuper de «civiliser» son être social. Ainsi, en plus des réalisations sus-citées, le tradipraticien met un soin particulier à se confier et à confier ses patients à Allah avant d'entreprendre toute guérison. Qu'ils soient chrétiens, musulmans ou de la religion traditionnelle, ses patients sont soumis à de longues bénédictions d'un imam attitré avant que lui-même n'intervienne sur eux. Il lui arrive aussi d'implorer longuement les faveurs du Tout-Puissant sur les patients. Le signe le plus patent de son attachement à l'islam est certainement d'avoir effectué le pèlerinage sur les lieux saints de La Mecque, d'où son titre de El Hadj. En plus, il est le bâtisseur de 2 mosquées dont l'une située à côté de son domicile et l'autre en construction à côté d'un des lieux où il officie. Des patients venus pour se soigner sont d'ailleurs invités à contribuer à l'édification de ce lieu de culte en contribuant en argent ou en allant chercher quelques seaux d'eau au barrage n°1 pour les maçons.
Avec 2 barrages, 3 forages, un dispensaire, une école, deux mosquée et un village pratiquement érigé de toutes pièces autour de son œuvre, El Hadj Bikienga peut se targuer d'être un véritable acteur de développement doublé de tradipraticien. Plus de 10 ans après ce qu'il convient d'appeler le phénomène de Saïdou de Nagréongo, l'affluence des patients ne semble pas faiblir. Des autorités politiques et administratives se feraient plus discrètes, mais continueraient de fréquenter le guérisseur. L'homme s'est visiblement bien installé qu'il n'accepte pas d'aller consulter en dehors de sa fazenda. «Je ne voyage pas pour aller soigner parce que je ne veux pas qu'on me prenne pour un guérisseur-commerçant», martèle-t-il. Le cours des événements semble lui avoir donné raison; puisque c'est en restant sur place qu'il a engrangé une fortune à même de lui permettre de contribuer au développement socio-économique de son milieu.
Lorsqu'il sera au terme de son œuvre, comme il en a lui-même bien conscience, il n'y aura peut-être plus d'affluence de cars, de taxis-motos, mais El Hadj Bikienga laissera derrière lui des infrastructures qui rappelleront aux générations futures que ce tradipraticien ne s'est pas contenté de faire des miracles... mais il a été aussi un bâtisseur d'empire. De quoi faire mentir tous ceux qui croient que les Africains serviteurs de la tradition et des «fétiches» tournent en rond et se satisfont de l'éternel retour des phénomènes naturels.
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