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19.05.2008
Modernisation de Ouagadougou: l'omelette des échangeurs et les oeufs des riverains
«On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs», enseigne le proverbe. Aussi, le lancement des travaux de construction d’échangeurs n’est pas accueilli de gaieté de cœur par tous les Simonvillois. Les plus éprouvés par cette modernisation au pas de charge ne sont autres que les riverains de ces infrastructures gigantesques qui détruisent presque tout dans leurs alentours. Entre déviations tous azimuts et enclavement d’une partie du quartier de la Patte-d’Oie baptisée opportunément «La Bande de Gaza», Ouagadougou attend toujours de voir les changements promis par les échangeurs. Jusqu’à quand?
Parti trop vite en besogne, Hyppolite Lingani, ministre des Infrastructures et du Désenclavement, avait annoncé la date du 30 avril pour livraison du tout premier échangeur, alors même que l’avancée du chantier ne présageait pas réellement du respect du délai prescrit. Dans un contexte de morosité sociale où le gouvernement du Premier ministre Tertius Zongo n’avait pas grand-poudre à jeter aux yeux des populations trop aigries par les affres de la cherté de la vie, l’inauguration de l’échangeur aurait pu détourner un tant soit peu l’attention et surtout permettre au programme du «Progrès continu pour une société d’espérance» de marquer un point dans son agenda. Hélas!
Le non-achèvement du premier chantier n’a pas empêché que l’on ouvre un autre. Tant pis si l’«Echangeur du Sud» n’a pas été réceptionné le 30 avril comme annoncé. On a néanmoins lancé les travaux de l’«Echangeur de l’Ouest» le 20 décembre pour être réceptionné dans un délai de 18 mois, en attendant l’«Echangeur de l’Est»... L’essentiel serait-il de lancer les travaux?
Les désagréments causés par le chantier de Ouaga 2000 poussent à dire que la réalisation des échangeurs ne se fera pas sans beaucoup de sacrifices des populations, notamment en ce qui concerne la fluidité d’une circulation routière qui n’était pas déjà aisée.
Pour les riverains, c’est un long et pénible chemin de croix pour sortir et entrer dans la zone. Les déviations sur des voies secondaires très poussiéreuses ont dû occasionner des bronchites dans plus d’un ménage. Que dire des petits commers’ qui ont été déguerpis manu militari et qui ne savent plus à quel saint se vouer pour gagner leur pitance quotidienne. Les plus à plaindre sont certainement les résidents de la zone coincée entre le quartier Ouaga 2000 et le reste de la ville et qu’on appelle «La Bande de Gaza». Obligés de faire des tours et des détours, ces Ouagavillois se sentent un peu les martyrs de l’échangeur et crient à juste titre colère en installant des «gendarmes couchés» dans les rues qui passent devant leurs concessions ou en posant carrément des barricades pour les plus excédés.
«Pas d’omelettes sans casser des œufs», dit-on donc. Mais si les habitants de la Bande de Gaza et autres ont préféré subir les contrecoups de l’Echangeur du Sud en serrant les dents pour les uns et en posant des «gendarmes debout» pour les autres, les riverains du chantier de l’«Echangeur de l’Ouest» n’entendent pas les choses de la même oreille. Certains s’estimeraient lésés dans leurs activités et exigent des «dédommagements» pour le manque à gagner pendant la période des travaux. Mieux, un groupe de ces «victimes collatérales» s’est fendu d’une lettre ouverte adressée au courtmestre de la ville, Simon Compaoré. Dans cette missive, ils disent avoir été quelque peu grugés par rapport aux conditions de déguerpissement. Vrai ou faux?
Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pas toujours facile de distinguer les vraies victimes des opportunistes et autres avocats du diable, prompts à faire leurs des frondes de ce genre. Certes, des opérateurs économiques et commerçants qui tenaient boutiques et autres affaires dans la zone ont subi ou vont subir des dommages du fait des travaux. Mais en la matière, les autorités publiques ne s’intéressent généralement qu’aux causes de ceux qui étaient légalement installés dans le périmètre. Ceux-là doivent être, en principe, dédommagés ou réinstallés ailleurs afin de poursuivre leurs activités. Il doit en être de même pour les maisons d’habitation qui subissent des atteintes quelconques.
Cependant, quand on sait que les commer’ sont toujours prompts à installer boutiques, kiosques et étals sur les moindres espaces inoccupés au bord de la voie publique, on comprend qu’il y ait beaucoup de «victimes» mais très peu de dédommageables. Faut-il pour autant passer la situation des pauvres gens par pertes et profits? L’équation est d’autant plus délicate que les sirènes de la vie chère ne permettent pas toujours d’entendre raison, là où il le faut. Autant dire que Séraphine Ouédraogo, le maire de l’arrondissement de Boulmiougou, et Simon Compaoré, le maire de la commune de Ouagadougou, doivent user de diplomatie pour calmer les esprits avant qu’ils ne s’enflamment outre mesure. Ainsi, même s’il faut obligatoirement casser des œufs pour faire des omelettes, la manière importe autant que le résultat. C’est cela qui fait le charme des omelettes.
Début juin pour réceptionner l’Echangeur du Sud
Après le rendez-vous manqué du 30 avril, le ministère des Infrastructures et du Désenclavement envisagerait la date du 4 ou du 5 juin pour l’ouverture officielle de l’Echangeur du Sud ou de Ouaga 2000 à la circulation. En attendant, il faut encore aménager les accès périphériques de l’échangeur proprement dit pour déjà soulager les riverains des nombreux tours et détours qui leur sont imposés jusque-là.
Exit chars et vélos
Mais une chose est d’ouvrir l’échangeur, une autre est de veiller à ce qu’il ne devienne pas une nouvelle source d’accidents. Il paraît que rien n’est prévu pour la circulation des chars, vélos, ânes et charrettes. Quand on sait que Ouaga c’est d’abord les deux-roues, ça risque d’être katanga sur ce «nouveau pont sans eau».
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