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28.03.2008
La vilaine plaie de la presse ivoirienne
Liés par l’histoire, la géographie, la politique et maintenant par le processus de réconciliation des cœurs et des esprits, le Burkina Faso et la Côte-d’Ivoire ne présentent pas pour autant les mêmes caractéristiques au niveau des médias. En effet, si les journaux, radios et télévisions privés qui ont poussé sur la Terre des Hommes intègres à la faveur de la libéralisation éprouvent de la pudeur à afficher la couleur de leurs chapelles politique, économique ou financière, on a au moins l’avantage de savoir «qui est qui» en Eburnie. La plupart des titres sont politiquement, économiquement ou financièrement marqués, et c’est à visage découvert que leurs vrais propriétaires usent et abusent de leurs instruments. Dans ce pays en proie à une crise dont les plaies tardent encore à se cicatriser, les médias font partie des armes de combat de l’adversaire, voire de l’ennemi.
Aussi, si les autres armes de guerre se sont tues depuis un certain temps, celles de la presse pètent à travers la dizaine de quotidiens qui paraissent régulièrement, sans compter les nombreux autres périodiques qui prennent le relais au grand bonheur des lecteurs qui ont souvent le choix et l’embarras. A voir les manchettes qui peuplent très tôt le matin la galaxie de contre-plaqués qui servent de tableaux d’affichage, on se demande comment faire pour distinguer l’information vraie de la vraie information. Tellement chacun y va des mêmes faits selon ses intentions, ses intérêts, ses insinuations et ses manipulations...
Presque tout le monde sait que le journal Notre Voie prêche pour la chapelle du FPI du président Laurent Gbagbo, Nord-Sud pour le Premier ministre Guillaume Soro, le Nouveau Réveil le PDCI/RDA de Konan Bédié, le Patriote d’Alassane Dramane Ouattara, pour ne citer que ces exemples. Bref, la presse ivoirienne a mal à sa très grande politisation. Et même si les leaders politiques reconnaissent que sa trop grande politisation est source de plusieurs dérives, personne n’a visiblement les couilles pour siffler le cessez-le-feu médiatique. On a plutôt l’impression que tous les coups sont permis par médias interposés.
Paradoxalement, la presse ivoirienne apparaît sur le plan institutionnel comme l’une des plus nanties du continent. Nos confrères ivoiriens peuvent peut-être rougir de ne pas bénéficier encore de la subvention de l’Etat aux médias, mais ils font office d’avant-gardistes dans les domaines de la régulation - avec une Commission nationale de la presse (CNP) et un Conseil national de l’audiovisuel (CNCA) -, de l’autorégulation - avec la mise en place d’un observatoire de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie - et de l’organisation du prix de l’excellence, le très convoité Ebony, pour lequel les heureux lauréats s’en sortent chaque année avec une villa flambant neuve. Mais la trop grande politisation de l’espace médiatique semble avoir noyé ces atouts importants. En termes d’avancées, on «y voit rien». Et c’est dommage.
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