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  • L'arbre de la "vie chère" ne doit pas cacher la forêt des inconséquences économiques

    2a91103219e02b4e7e6c38746118d79f.jpgLe Burkina n’a donc pas échappé aux feux de la flambée des prix. Alors que le gouvernement croyait encore pouvoir gérer la situation par les pansements phraséologiques habituels, il s’est laissé surprendre par un réveil brutal des manifestations à l’ouest et au nord du pays. Comme par hasard, c’est à Bobo-Dioulasso - considérée à tort ou à raison comme la capitale économique - que la fièvre de la flambée a fait le plus de dégâts. Est-ce là la preuve que l’économie burkinabè a mal dans son cœur?

    Ce qui est sûr, c’est que cette affaire de vie chère ou de flambée des prix - c’est selon - révèle au grand jour les contradictions de l’économie burkinabè. L’augmentation générale des prix au niveau international ou encore la flambée du baril du pétrole n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Certes, le choc pétrolier est si violent qu’aucun secteur d’activité ne résiste à ses effets pervers, mais de là à remettre tout le prix du baril dans les prix, il n’y avait qu’un pas que les commers escrocs de tout poil ont allégrement franchi. Mais dans le contexte particulier du Burkina, la flambée mondialisée est durement ressentie parce qu’elle coïncide avec la croisade de l’État contre la fraude douanière et fiscale, des pratiques légendaires qui sont devenues un sport national.

    En effet, pendant longtemps et pour des calculs électoralistes et politiciens, n’a-t-on pas donné l’impression à certains commerçants et opérateurs économiques qu’ils peuvent tout importer et tout vendre sans payer les moindres frais douaniers, taxes et impôts? Que dire de la grande promiscuité qui règne entre les gros opérateurs économiques et les politiciens qui managent l’appareil de l’État? N’est-ce pas ces mêmes politiciens qui ‘’rackettent’’ à longueur de manifs ces ‘’n’opérateurs’’ économiques? Il est évident que lorsqu’on paie normalement ses impôts, ses taxes et ses charges, on ne peut pas se permettre de ponctionner dans ses caisses pour financer des activités de politiciens comme c’est le cas pour certains. Jusqu’où alors le ministre de l’Economie et des Finances peut-il aller dans sa campagne de rompre avec les pratiques anormales du passé?

    Comme on a pu le relever dans le bras de fer entre le gouvernement - devenu subitement rigoureux - et les commerçants impénitents, tout part et revient aux impôts et droits de douanes. C’est justement sur ces deux éléments que se déroule le dialogue de sourds entre le ministère de l’Economie et des Finances et les opérateurs économiques. Visiblement, aucune partie n’est disposée à lâcher du lest, comme on a pu le relever à la rencontre que les ministres en charge du Commerce, de l’Economie et des Finances ont eu avec leurs vis-à-vis lundi dernier à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le gouvernement a beau faire un clin d’œil en donnant un mois de sursis pour les pénalités de dédouanement, ils sont nombreux, les commers, qui pensent que «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé»! Comme on peut l’imaginer, ils veulent que les choses demeurent comme avant, c’est-à-dire sous le règne de la fraude et du débrouiller-brouiller. Le Premier ministre Te$ticu$ Zongo et son équipe peuvent-ils compter sur les responsables des commerçants pour faire entendre raison à ces derniers? Rien n’est moins sûr.

    Lorsque El Hadj Oumarou Kanazoé, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’est permis d’appeler les commers au civisme, cela a fait sourire plus d’un. Car c’est justement le civisme fiscal et douanier qui constitue la pomme de discorde et Dieu sait que c’est précisément la chose la moins partagée aussi bien au sommet qu’à la base. Le plus dur sera de faire respecter cette vertu indispensable à une collecte efficiente des impôts et taxes dues. La rentrée des ressources propres de l’État en dépend grandement. Aussi, si la pilule paraît amère pour les uns, la survie des autres y est vitalement liée. Le gouvernement arrivera-t-il à la faire avaler sans trop de dommages? Rien n’est moins sûr.

    Si la période ne semble pas chargée d’enjeux électoraux majeurs, il n’en demeure pas moins que le dossier brûlant de la vie chère soumet le mandat du Blaiso nouveau à une rude épreuve. Au moment où le Burkina se gargarise d’avoir assaini son environnement des affaires et se targue d’être le bon élève de certaines institutions internationales, le bras de fer engagé par les commerçants met le régime entre le marteau des réalités économiques nationales et l’enclume des partenaires techniques et financiers. En plus de ne pas s’entendre avec ces derniers, «sur la corruption», Jean-Baptiste Compaoré, le ministre de l’Economie et des Finances, doit également convenir qu’il ne s’entend pas avec les commerçants «sur les droits de douanes et les impôts». Là se trouvent les contradictions. Il ne faut surtout pas que l’arbre de la flambée des prix cache la forêt.

     

  • L'interminable saison des "cadeaux de nouvel'an"

    46d68a1beb28dfeafbf5080844ef95f8.jpgComme cela est désormais de coutume au Faso, employés, usagers, clients et autres partenaires des entreprises et institutions publiques et privées sont inondés de gadgets et autres cadeaux publicitaires à l’occasion de la fin d’année et du début de la nouvelle année. Depuis décembre, pour les sociétés les plus prévoyantes et janvier pour les autres, on ne sait jamais quand finit la saison de babioles. Tandis que nous sommes pratiquement au 4e mois de l’année, on continue de distribuer des calendriers de l’année en cours. Comme si cette «horloge des dates» ne servait qu’à orner les murs et les bureaux.

    Dans ce pays où la logique et le bon sens ne sont pas toujours les choses les mieux partagées, toutes les occasions sont bonnes pour «s’affairer sans rien faire». Ceux qui sont chargés de distribuer ces brimborions n’en font pas moins une occupation à plein-temps, sinon un outil de pouvoir. Le pire, c’est de voir les hauts responsables d’une boîte - qui devaient s’occuper à des charges plus utiles - faire main basse sur des calendriers, agendas et autres gadgets qu’ils ne distribuent qu’à leurs proches et à leurs amis, lorsqu’ils ne confisquent pas carrément tout dans leurs bureaux jusqu’à ce qu’ils se périment.

    Et pourtant, Dieu sait qu’elles sont légion, les institutions, qui dépensent parfois des dizaines de millions pour commander ces cadeaux qui devaient plutôt servir de supports à la communication avec les clients, usagers, partenaires et les publics cibles en général. Mais hélas! Si les unes cherchent, chaque année, des cadeaux originaux pour imprimer la marque de leur boîte dans la tête et dans l’esprit de leurs cibles, les autres - les plus nombreuses - ne commandent, en réalité, les gadgets que par complaisance ou par mimétisme, sans objectifs de communication précis. Ainsi, on n’est pas surpris de voir qu’ils ne disposent même pas de stratégie de distribution et sèment à tout vent. Une chose est donc de dépenser des sous pour des cadeaux publicitaires, une autre est de savoir ce qu’on en fait réellement dans l’intérêt de son institution et au bon moment.

    Or, en la matière, tout porte à croire que le mimétisme prend le pas sur le professionnalisme. Sinon, comment comprendre que des chargés de marketing, directeurs de communication et même des directeurs généraux conservent toujours des lots de calendriers et agendas de 2008 dans leurs bureaux et magasins, alors que l’année aborde pratiquement le tournant de son 3e mois. Le comble de l’anti-management, ce sont ces structures qui attendent le début d’une année pour lancer leurs commandes de gadgets.

    Il y a toujours des zigotos prêts à collectionner des cadeaux périmés, mais la prolongation excessive de la saison des gadgets n’est ni plus ni moins que le signe patent d’un amateurisme dans la communication d’une institution digne de ce nom. Un calendrier et un agenda sont d’abord faits pour planifier une année afin d’être le plus possible maître de son temps. Les offrir avec du retard ne peut se comprendre autrement que par la méprise ou l’ignorance des enjeux du temps.

  • Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif

    24cbaa9f1fbd20cf0e3b9cccebbba069.jpgEvadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.

    En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.

    En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?

    Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.

    Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?

    Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?

    23c45f16f1ceccc82c30a6263c7d5a59.jpgLorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.

    fb24277d9e0b4c6fe4bb281659cc7ee6.jpgParadoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.