« 2008-01 | Page d'accueil | 2008-03 »
28.02.2008
L'arbre de la "vie chère" ne doit pas cacher la forêt des inconséquences économiques
Le Burkina n’a donc pas échappé aux feux de la flambée des prix. Alors que le gouvernement croyait encore pouvoir gérer la situation par les pansements phraséologiques habituels, il s’est laissé surprendre par un réveil brutal des manifestations à l’ouest et au nord du pays. Comme par hasard, c’est à Bobo-Dioulasso - considérée à tort ou à raison comme la capitale économique - que la fièvre de la flambée a fait le plus de dégâts. Est-ce là la preuve que l’économie burkinabè a mal dans son cœur?
Ce qui est sûr, c’est que cette affaire de vie chère ou de flambée des prix - c’est selon - révèle au grand jour les contradictions de l’économie burkinabè. L’augmentation générale des prix au niveau international ou encore la flambée du baril du pétrole n’est en réalité que l’arbre qui cache la forêt. Certes, le choc pétrolier est si violent qu’aucun secteur d’activité ne résiste à ses effets pervers, mais de là à remettre tout le prix du baril dans les prix, il n’y avait qu’un pas que les commers escrocs de tout poil ont allégrement franchi. Mais dans le contexte particulier du Burkina, la flambée mondialisée est durement ressentie parce qu’elle coïncide avec la croisade de l’État contre la fraude douanière et fiscale, des pratiques légendaires qui sont devenues un sport national.
En effet, pendant longtemps et pour des calculs électoralistes et politiciens, n’a-t-on pas donné l’impression à certains commerçants et opérateurs économiques qu’ils peuvent tout importer et tout vendre sans payer les moindres frais douaniers, taxes et impôts? Que dire de la grande promiscuité qui règne entre les gros opérateurs économiques et les politiciens qui managent l’appareil de l’État? N’est-ce pas ces mêmes politiciens qui ‘’rackettent’’ à longueur de manifs ces ‘’n’opérateurs’’ économiques? Il est évident que lorsqu’on paie normalement ses impôts, ses taxes et ses charges, on ne peut pas se permettre de ponctionner dans ses caisses pour financer des activités de politiciens comme c’est le cas pour certains. Jusqu’où alors le ministre de l’Economie et des Finances peut-il aller dans sa campagne de rompre avec les pratiques anormales du passé?
Comme on a pu le relever dans le bras de fer entre le gouvernement - devenu subitement rigoureux - et les commerçants impénitents, tout part et revient aux impôts et droits de douanes. C’est justement sur ces deux éléments que se déroule le dialogue de sourds entre le ministère de l’Economie et des Finances et les opérateurs économiques. Visiblement, aucune partie n’est disposée à lâcher du lest, comme on a pu le relever à la rencontre que les ministres en charge du Commerce, de l’Economie et des Finances ont eu avec leurs vis-à-vis lundi dernier à la Chambre de Commerce et d’Industrie. Le gouvernement a beau faire un clin d’œil en donnant un mois de sursis pour les pénalités de dédouanement, ils sont nombreux, les commers, qui pensent que «c’est bon, mais ce n’est pas arrivé»! Comme on peut l’imaginer, ils veulent que les choses demeurent comme avant, c’est-à-dire sous le règne de la fraude et du débrouiller-brouiller. Le Premier ministre Te$ticu$ Zongo et son équipe peuvent-ils compter sur les responsables des commerçants pour faire entendre raison à ces derniers? Rien n’est moins sûr.
Lorsque El Hadj Oumarou Kanazoé, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie, s’est permis d’appeler les commers au civisme, cela a fait sourire plus d’un. Car c’est justement le civisme fiscal et douanier qui constitue la pomme de discorde et Dieu sait que c’est précisément la chose la moins partagée aussi bien au sommet qu’à la base. Le plus dur sera de faire respecter cette vertu indispensable à une collecte efficiente des impôts et taxes dues. La rentrée des ressources propres de l’État en dépend grandement. Aussi, si la pilule paraît amère pour les uns, la survie des autres y est vitalement liée. Le gouvernement arrivera-t-il à la faire avaler sans trop de dommages? Rien n’est moins sûr.
Si la période ne semble pas chargée d’enjeux électoraux majeurs, il n’en demeure pas moins que le dossier brûlant de la vie chère soumet le mandat du Blaiso nouveau à une rude épreuve. Au moment où le Burkina se gargarise d’avoir assaini son environnement des affaires et se targue d’être le bon élève de certaines institutions internationales, le bras de fer engagé par les commerçants met le régime entre le marteau des réalités économiques nationales et l’enclume des partenaires techniques et financiers. En plus de ne pas s’entendre avec ces derniers, «sur la corruption», Jean-Baptiste Compaoré, le ministre de l’Economie et des Finances, doit également convenir qu’il ne s’entend pas avec les commerçants «sur les droits de douanes et les impôts». Là se trouvent les contradictions. Il ne faut surtout pas que l’arbre de la flambée des prix cache la forêt.
18:16 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, flambée des prix, Burkina, manifestations violentes
L'interminable saison des "cadeaux de nouvel'an"
Comme cela est désormais de coutume au Faso, employés, usagers, clients et autres partenaires des entreprises et institutions publiques et privées sont inondés de gadgets et autres cadeaux publicitaires à l’occasion de la fin d’année et du début de la nouvelle année. Depuis décembre, pour les sociétés les plus prévoyantes et janvier pour les autres, on ne sait jamais quand finit la saison de babioles. Tandis que nous sommes pratiquement au 4e mois de l’année, on continue de distribuer des calendriers de l’année en cours. Comme si cette «horloge des dates» ne servait qu’à orner les murs et les bureaux.
Dans ce pays où la logique et le bon sens ne sont pas toujours les choses les mieux partagées, toutes les occasions sont bonnes pour «s’affairer sans rien faire». Ceux qui sont chargés de distribuer ces brimborions n’en font pas moins une occupation à plein-temps, sinon un outil de pouvoir. Le pire, c’est de voir les hauts responsables d’une boîte - qui devaient s’occuper à des charges plus utiles - faire main basse sur des calendriers, agendas et autres gadgets qu’ils ne distribuent qu’à leurs proches et à leurs amis, lorsqu’ils ne confisquent pas carrément tout dans leurs bureaux jusqu’à ce qu’ils se périment.
Et pourtant, Dieu sait qu’elles sont légion, les institutions, qui dépensent parfois des dizaines de millions pour commander ces cadeaux qui devaient plutôt servir de supports à la communication avec les clients, usagers, partenaires et les publics cibles en général. Mais hélas! Si les unes cherchent, chaque année, des cadeaux originaux pour imprimer la marque de leur boîte dans la tête et dans l’esprit de leurs cibles, les autres - les plus nombreuses - ne commandent, en réalité, les gadgets que par complaisance ou par mimétisme, sans objectifs de communication précis. Ainsi, on n’est pas surpris de voir qu’ils ne disposent même pas de stratégie de distribution et sèment à tout vent. Une chose est donc de dépenser des sous pour des cadeaux publicitaires, une autre est de savoir ce qu’on en fait réellement dans l’intérêt de son institution et au bon moment.
Or, en la matière, tout porte à croire que le mimétisme prend le pas sur le professionnalisme. Sinon, comment comprendre que des chargés de marketing, directeurs de communication et même des directeurs généraux conservent toujours des lots de calendriers et agendas de 2008 dans leurs bureaux et magasins, alors que l’année aborde pratiquement le tournant de son 3e mois. Le comble de l’anti-management, ce sont ces structures qui attendent le début d’une année pour lancer leurs commandes de gadgets.
Il y a toujours des zigotos prêts à collectionner des cadeaux périmés, mais la prolongation excessive de la saison des gadgets n’est ni plus ni moins que le signe patent d’un amateurisme dans la communication d’une institution digne de ce nom. Un calendrier et un agenda sont d’abord faits pour planifier une année afin d’être le plus possible maître de son temps. Les offrir avec du retard ne peut se comprendre autrement que par la méprise ou l’ignorance des enjeux du temps.
18:10 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Cadeaux d'entreprise, gadgets, Burkina, .
21.02.2008
Les mystères d'un capitaine putschiste et prisonnier fugitif
Evadé de la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco) en juin 2007 où il purgeait une peine de 10 ans pour «tentative de coup d’Etat» et signalé du côté de la République du Bénin, le capitaine Luther Diapagri Ouali n’est pas au bout de fugues aussi obscures les unes que les autres.
En effet, depuis la fin décembre 2007, il aurait encore glissé entre les doigts de la toute-puissante brigade anti-criminalité béninoise. C’est cette unité qui l’avait recueilli après sa fuite du Burkina et était supposée le surveiller, en attendant d’être renvoyé aux autorités pénitentiaires burkinabè. Mais, curieusement, l’officier wanted s’est une fois encore évaporé. La nouvelle fait grand bruit au sein des services béninois de Sûreté mais, au Burkina, la justice militaire préfère garder le cadenas sur la langue. Elle n’excite personne au Tribunal militaire, encore moins au ministère de la Défense.
En tout cas, si le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le commandant Jean-Claude Bagoro, était prompt à rechercher Ouali lors de son évasion de la Maco, il ne manifeste plus le même enthousiasme. Joint au téléphone pour savoir si la justice militaire a pris des mesures spéciales pour gérer la disparition du capitaine putschiste de sa cachette béninoise, il a choisi une feinte tactique. «Vous savez que, chez nous, c’est la grande muette. Je dois d’abord me référer à la hiérarchie qui rendra compte au ministre et on vous rappellera», a-t-il promis. Nous sommes loin de la promptitude du juge militaire à accorder une interview à notre confrère «Le Pays» pour expliquer de long en large les raisons de l’évasion du capitaine Ouali et surtout en quoi il aurait «trahi la confiance de la justice» en profitant d’une «autorisation de sortie en bonne et due forme» pour disparaître. Cette fois-ci, c’est l’uniforme de la «Grande muette» qui prend le pas sur la toge du juge. La mystérieuse disparition du Bénin ne confirme-t-elle pas les interrogations suscitées par l’évasion de la Maco?
Le moins que l’on puisse dire de cette énigmatique affaire, c’est qu’elle cache mal un jeu dans lequel le capitaine serait un pion essentiel. Sinon, comment comprendre que cet ancien officier de l’Armée burkinabè, qui est toujours sous le coup d’un emprisonnement, puisse aller se «réfugier» juste de l’autre côté de la frontière, sans craindre de se faire rattraper par son passé? La justice militaire a-t-elle réellement manifesté la volonté de le rechercher et de le faire revenir au Burkina afin qu’il purge sa peine? Rien n’est moins sûr.
Si l’on s’en tient à notre confrère béninois Le Matinal du 8 janvier 2008, qui a levé le lièvre sous le titre «Vague d’évasions d’exilés politiques au Bénin: panique à la police nationale», «L’officier supérieur de l’armée qui volontairement est passé par la direction de l’immigration et de l’émigration pour négocier sa propre sécurité a été conduit dans un premier temps à la base de la Brigade anti-criminalité où il a été gardé pendant environ deux mois. Pour des raisons qu’on ignore, il sera transféré à la base de l’unité Raid. Le commandant de cette structure a reçu des consignes pour le ménager». Ceci expliquerait-il cela?
Au-delà de la conjecture journalistique, tout porte à croire que le capitaine Luther Diapagri Ouali n’était pas allé au Bénin par hasard, encore moins comme un fugitif. Comme pour le confirmer, il n’était apparemment pas inquiété, du moins durant son séjour béninois. On ne dira pas moins que les autorités burkinabè n’étaient pas informées de sa présence dans ce pays et probablement de la «mission» qui l’y a conduit. Lors d’un séjour en octobre dernier à Ouagadougou, le ministre béninois de la Défense, Issifou Kogui, n’avait-il pas pratiquement trahi le «secret», en déclarant que «la présence du capitaine Ouali chez nous ne pose aucun problème majeur»? Réponse diplomatique ou volonté de banaliser le statut de prisonnier qui colle toujours à la peau de Ouali?
Lorsqu’un officier putschiste est accueilli dans un pays supposé ami comme «exilé politique», il y a de quoi brouiller les pistes. Du reste, ce tour de passe-passe rhétorique jette des doutes sérieux sur ce procès pour tentative de coup d’Etat qui avait tenu le Burkina en haleine en avril 2004. En laissant patauger le dossier de l’évasion dans les eaux troubles d’intérêts diplomatiques tout aussi ténébreux, les autorités burkinabè n’apportent-elles pas de l’eau au moulin de ceux qui avaient cru que cette tentative de coup d’Etat était «bien ficelée mais mal montée»? Cette célèbre formule avait d’ailleurs été prononcée par le sergent Babou Naon, «l’autre cerveau» de cette affaire. Depuis que son compagnon s’est évadé de la Maco, il serait surveillé comme de l’huile sur le feu, au point même qu’on ne lui concèderait plus la moindre sortie, même pour aller se soigner à l’extérieur de la prison.
Paradoxalement, la justice militaire se presse lentement pour ramener le capitaine Ouali dans sa cage. Pire, il ne semble pas se soucier de dire à l’opinion où il peut bien se planquer. Or, avant même qu’on ne signale sa dérobade du Bénin, le prisonnier aurait eu des atomes crochus avec Ibrahim Coulibaly, alias IB, le sergent-chef ivoirien, également célèbre putschiste. Curieuse coïncidence: le capitaine Ouali a disparu juste après «IB» et pratiquement dans les mêmes conditions, alors que ce dernier serait en voie d’être expulsé du territoire béninois. Pourvu que cette association de lascars sur laquelle les autorités béninoises et burkinabè semblent fermer les yeux ne provoque pas une tache noire sur le tableau des palmarès du facilitateur Blaiso.
17:07 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Evasion d'exilés politiques, Bénin, Burkina, Côte d'Ivoire, justice militaire, facilitateur, Blaise Compaoré
L'argent a pollué les relations-presse au Faso
Dans la lettre qu’elle a adressée le 13 février pour inviter les organes de presse au «lancement du plan triennal de lutte contre la piraterie dans les œuvres artistiques et littéraires», la directrice de communication et de la presse (DCPM) du ministère de la Culture, du Tourisme et de la Communication a eu la subtilité de glisser une ligne qui en dit long sur les rapports entre les institutions publiques et privées et les médias au Burkina. «Nous portons à votre connaissance qu’aucun budget n’est disponible pour la couverture médiatique de cette cérémonie», peut-on lire sur la correspondance. Pourquoi cette précision sur un document qui est supposée être une lettre d’invitation et non un bon de commande?
Cette phrase, qui atterrit comme un cheveu dans la soupe, n’est pas aussi anodine comme peut le voir a priori. Elle a été expressément formulée pour couper l’herbe sous les pieds des organes de presse qui nourriraient l’intention de facturer leur «prestation». Une bien maligne prévention qui ne l’empêche pas, pour autant, de marteler un «vous saurai-je gré des dispositions que vous voudrez bien faire prendre pour la participation effective de votre structure à ladite cérémonie». A quoi rime cette insistance et pourquoi la faire, si on sait qu’on n’a pas les moyens de sa politique?
D’un côté comme de l’autre, on est en plein dans un véritable jeu de cache-cache qui a fini par assombrir les relations de collaboration bien comprise qui devraient exister entre les institutions et les organes de presse. A force de facturer systématiquement toutes les demandes de couverture, sans attendre une commande expresse, les seconds ont progressivement dilué l’information publique dans une démarche de communication rythmée par la facturation tous azimuts.
Lorsqu’un organe de presse est représenté à une des multiples cérémonies dont les comptes-rendus inondent les colonnes de journaux, les ondes des radios et les écrans de télévisions locales, c’est qu’il a été payé pour y être. Un glissement que certaines directions de journaux justifient par le fait que ce sont les organisateurs des séminaires, ateliers et autres manifestations sans intérêt informatif réel qui auraient intérêt à ce qu’on parle de leurs machins. Autrement dit, s’il y a des gens et des structures pour payer, les patrons de presse ne sont pas prêts à cracher dessus. Bien au contraire. L’information n’étant pas la denrée la plus prisée sous nos cieux, il va sans dire que les canards se dirigent prioritairement vers les sources d’eau vitales, quitte à nager très souvent à contre-courant de leur mission première.
Mais le hic dans ce commerce, c’est que le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur sont complètement et en permanence floués. En dehors peut-être du carnet d’audiences du président et du Premier ministre, si presque tous les éléments des journaux parlé, télévisé, et les 3/4 des articles publiés dans la presse sont payés, il faut avouer qu’on finira par perdre le nord. Une presse «libre et responsable», comme nous aimons à nous en gargariser, c’est aussi une presse qui sait rechercher un équilibre financier vital tout en préservant des relations propres et transparentes avec ses «clients» et ses lecteurs. Tout le monde est coupable de la dérive. Mais il n’est jamais trop tard pour assainir les relations-presse. La crédibilité du pouvoir de la presse en dépend. Et on ne le dira jamais assez!
16:58 Publié dans Parlons-en | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Relation-presse, médias, Burkina Faso
15.02.2008
L'humour a enfin son festival à Ouagadougou
Alors que l’humour (et le rire) figure, depuis 2003, en bonne place dans la galaxie «grands prix» des arts du Faso, le Burkina n’avait pas un rendez-vous précis pour célébrer cette haute valeur culturelle qui serait, selon Léopold Sédar Senghor, «le privilège de Dieu et de l’homme». C’est désormais chose faite avec le lancement du 1er Marathon du rire et de l’humour de Ouagadougou. Une initiative originale de l’association Ellipse qui prolonge l’action du ministère en charge de la Culture.
Du 7 au 9 février, la capitale burkinabè a bénéficié de plages de rire au centre culturel français et au Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (Cito) en compagnie de comédiens rompus à l’art de mettre en scène et en images les péripéties de la vie. Le public le leur a bien rendu, en se déplaçant massivement pour s’offrir de magiques moments de dépaysement qui ont la magie de rompre la monotonie de la vie et de surmonter les plus dures situations de la vie.
Même lorsque la mort frappe au très mauvais moment. Comme ce vendredi 7 février où la 2e soirée du Marathon a été endeuillée par la tragique disparition accidentelle de notre confrère Karim Garba, chargé de communication du Cito. Il était justement parti ce jour-là pour la ville de Tenkodogo en vue des préparatifs de la représentation d’Afriopa, un cocktail de clownerie concocté par le Cito en partenariat avec Kuckuck production de Suisse. C’est précisément avant la présentation de cette création que la triste nouvelle a été annoncée au public. Très bouleversée, Augusta Palenfo, coordonnatrice de l’association Ellipse, n’est pas arrivée à contenir ses larmes. Il a fallu recourir au doyen Amadou Bourou pour donner le coup d’envoi de la soirée non sans souligner que les comédiens du jour devraient remplir leur engagement en guise de témoignage non seulement à l’illustre disparu, mais aussi au public et que l’art doit toujours prendre le dessus sur les drames les plus déroutants.
Ainsi, malgré la consternation qui s’est abattue sur le Cito, la paire de clowns - suisse et burkinabè - qui a interprété Afriopa a réussi à arracher des rires au public. Leur jeu de rôle était si plaisant que de joyeux bambins se sont laissé aller à des moments de détente. Le lendemain samedi, il était bien difficile de résister à l’humour très entraînant du groupe Gombo.com et de Gérard Ouédraogo, alias Excellence, pour ne citer que ces deux.
Organisé dans le but de promouvoir l’art humoristique dans un Burkina où il n’y a pas toujours beaucoup de raisons de rire pour barrer la route aux nombreux obstacles du développement économique et socioculturel, la première édition du Marathon du rire et de l’humour s’est achevée dans le deuil qui a frappé le Cito et tous les acteurs culturels. Mais loin d’être interprété comme un mauvais sort, cet événement malheureux éclaire paradoxalement le sens de ce nouveau festival. Devant la mort inévitable, le rire n’est-il pas finalement la seule réponse digne, l’expression d’une révolte qui dit à la fois non à la mort sans l’accepter et oui à la vie qu’on voudrait éternelle pour soi et pour les personnes qui nous sont chères? Vivement que la deuxième édition du Marathon soit un véritable hommage à Abdoul Kader Karim Garba, qui aura donné le meilleur de lui-même pour que vive le théâtre au Faso.
16:40 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Festival du rire et de l'humour, Ouagadougou, Cito, Palenfo
Flambée artificielle des prix au Burkina
Tandis que les consommateurs ne savent pas à quel saint se vouer dans l’imbroglio de la flambée généralisée des prix des produits de première nécessité, Tertius Zongo et ses sinistres médecins après la mort se sont enfin résolus à sortir de leur long et profond sommeil. Dans un communiqué laconique signé de son porte-parole, on apprend que le gouvernement veut engager une croisade contre la flambée des prix. Du moins, le Premier sinistre vient d’instruire les sinistres concernés par le phénomène à «prendre des mesures énergiques d’une part, pour opérer une meilleure surveillance des prix et, d’autre part, entreprendre des concertations avec tous les acteurs impliqués dans la chaîne de commercialisation desdits produits en vue du respect par tous, des lois et règlements du commerce». Mais en toile de fond de cette déclaration de guerre se cache une escroquerie trop longtemps subie par les consommateurs et que les autorités paraissent ignorer.
«En effet, l’analyse de la structure des prix sur la base des éléments fournis par les services techniques montrent que les hausses de prix en l’espace d’un mois varient entre et 10 et 67% sur certains produits de première nécessité alors que d’une part les cours internationaux de ces produits n’ont pas connu de variations significatives et d’autre part aucune modification des droits de douane ni de la fiscalité intérieure n’a été opérée», constate amèrement le gouvernement. En clair, les commerçants ont profité du manque de vigilance des pouvoirs publics et de la naïveté des consommateurs pour augmenter abusivement les prix de certains produits. Autrement dit, tout se passe comme si le gouvernement n’avait pas de topo, alors que les commers escrocs opèrent en toute impunité.
Patisankana! C’est à croire que tout est permis dans ce pays où l’on passe pourtant le temps à crier famine. Il y a de quoi révolter les travailleurs du public et du privé qui se saignent depuis longtemps pour zouter de l’argent à la popote, alors que l’augmentation des prix que l’on crie sur les toits de tous les marchés n’est en réalité que de la surenchère de commerçants qui se sucrent plus qu’il n’en faut. Faut-il les condamner pour autant dans ce pays où la course à l’enrichissement est devenue un sport national? Il n’y a qu’à voir le profil et le train de vie de nos gouvernants et de leurs morveux, quelques mois seulement après leur accession à la soupe!
Le gouvernement, qui veut jouer aujourd’hui les bons samaritains, n’avait-il pas abandonné le consommateur à la cupidité des commerçants en libéralisant à tout vent et sans la moindre protection des produits de première nécessité?
Mieux vaut peut-être tard que jamais. En détectant, seulement maintenant, la faille de la structure anarchiste et suicidaire des prix, le gouvernement met le doigt sur une plaie qu’il a contribué à ouvrir et à laisser se gangrener. Mais il faut avouer que la guerre contre la fixation des prix risque d’apparaître comme un combat contre des moulins à vent, si on ne prend pas la mesure de tous les dysfonctionnements. Car, c’est un secret de Polichinelle que de dire que les textes et règlements n’engagent pas nécessairement les petits commerçants qui ne vont que subir la loi de quelques grossistes tapis dans les salons de décideurs complices. En plus, il faut reconnaître qu’aussi longtemps que quelques opérateurs économiques détiendront le monopole sur des produits de grande consommation, le jeu de la concurrence ne sera qu’un vœu pieux. C’est même illusoire, voire utopique, d’appeler «au civisme et au sens de la responsabilité» dans ce Faso où tous les moyens semblent bons pour se sucrer sur le dos de la grande majorité ignorante des règles et règlements qui n’ont de valeur en réalité que d’être des décrets ministériels.
En se résolvant finalement à se mettre dans la tunique du «bon samaritain», le gouvernement de Tertius Zongo joue également sa crédibilité. Car, à défaut de pouvoir ramener les prix à des proportions raisonnables, il va falloir accéder à l’augmentation des salaires pour permettre aux travailleurs d’affronter eux-mêmes la supercherie.
16:30 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Vie chère, flambée de prix, gouvernement burkinabè, commerçants
Le Burkina veut rompre avec les logements sociaux prêts-à-habiter
Après la course aux parcelles, voici venue la ruée vers les guichets du projet «10 mille logements sociaux». A Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou, le nouveau remède à l’habitat urbain ne laisse personne indifférent. Depuis le 24 janvier, date de lancement de l’opération, et ce jusqu’au 18 avril, les bureaux de la direction de la promotion de l’habitat et du logement sont systématiquement pris d’assaut. Les demandeurs s’y bousculaient tellement que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a été obligé d’ouvrir un nouveau guichet au sein de son département.
Comme pour montrer sa disponibilité à accueillir tous ceux qui le désirent, les heures d’ouverture des postes d’information et de réception des dossiers ont été prolongées jusqu’au samedi de 8 heures à 14 heures. Le moins que l’on puisse constater, c’est que les gens ne se font pas prier, quand bien même le projet ne se trouverait qu’à une phase de collecte d’informations nécessaires à son exécution.
Prêts à tout pour avoir un chez-soi
Mais sachant les Ouagalais prêts à mordre à tous les hameçons pour «gagner un chez-soi», ce serait aller trop vite en besogne que de juger de la pertinence de l’opération sur la seule base de l’affluence qu’il suscite. Quand on sait aussi que l’équation de l’habitat décent et à coût social demeure un casse-tête chinois, on ne doit pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Faut-il croire que le gouvernement a, enfin, trouvé la panacée dans le projet des logements sociaux?
Au-delà du marketing qui entoure ce projet, force est de reconnaître que c’est la première fois que les pouvoirs publics burkinabè concèdent à mettre les bœufs devant la charrue en matière de construction de logements. En effet, on a jusque-là bâti des cités sans projection préalable, sans demander l’avis, encore moins évaluer les besoins réels de ceux qui sont appelés à les occuper. Conséquences: les logements se révèlent trop petits ou trop grands pour les attributaires lorsqu’ils ne sont pas carrément mal construits. Il suffit de faire un tour dans une de ces cités pour se rendre compte d’énormes gâchis et de nombreuses modifications qui ont été faites, parfois sans le respect des normes minimales. Par ailleurs, certains y ont juste pris des maisons à moindre coût pour les sous-louer à des prix exorbitants.
Plus de logements prêts à habiter
Or, si l’on se fie à une information contenue dans la «Fiche d’inscription au programme de logements sociaux», une part belle est faite aux desiderata du demandeur. Non seulement il lui est donné d’indiquer le nombre de personnes qu’il souhaite loger dans sa future maison, mais c’est à lui également que revient le loisir de donner des indications sur les dimensions et le nombre de chambres à coucher qu’il désire; sur l’annexion d’un salon ou non, de cuisine et de sanitaires internes ou externes. Que ce soit pour la superficie du logement, sur les services d’électricité, d’eau courante et de téléphone ou encore sur les matériaux de construction, etc. le demandeur est appelé à faire valoir ses options. Ce qui tranche franchement avec les cités prêtes à habiter qu’on a connues jusque-là.
En plus, le projet innove par un large volet d’assistance à la construction pour les demandeurs potentiels déjà propriétaires de parcelles d’habitation mais qui n’ont pas les moyens de faire face aux dépenses inhérentes sur une courte période. Cette opportunité a l’avantage de pallier les difficultés de contracter des prêts à long terme auprès des institutions financières de la place. La Banque de l’habitat, qui a vocation d’accorder des prêts à des durées pouvant aller jusqu’à 20 ans, aura beaucoup de choses à se mettre sous la dent. Et les nombreux propriétaires de parcelles - loties et non loties - non mises en valeur ne seront que soulagés. L’engouement des populations pour le projet est révélateur du rôle que l’État, à l’étape actuelle de notre développement, doit encore jouer. N’eussent été les cités ‘’révolutionnaires’’, beaucoup de citadins - mêmes certains décideurs d’aujourd’hui - seraient toujours en location. La décision de se désengager et de céder la construction de logements sociaux à des privés ne rencontre pas beaucoup d’adhésion. Ou, du moins, c’est une aubaine pour les paweto qui y trouvent des maisons clé en main.
Le plus dur est à venir
Au regard des innovations participatives du nouveau projet d’habitat décent, tout porte à croire que les choses ne seront plus comme avant. L’opération de collectes d’informations semble s’inscrire dans une démarche assez originale qui, si elle va jusqu’au bout de sa logique, pourrait contribuer à lever beaucoup d’obstacles sur le chemin du développement de l’habitat. En choisissant d’engager le processus par un appel à candidatures afin de recueillir les besoins exprimés par les demandeurs de logement, le gouvernement change le fusil d’épaule. Mieux, il se positionne en accompagnateur et non plus en seul concepteur et bâtisseur de logements.
Le plus dur sera maintenant de tabler sur des informations fidèles et fiables des demandeurs. Car, s’il est vrai que beaucoup de gens ont besoin de logements dans les villes, il ne l’est pas moins que le secteur est miné par la spéculation. Il n’est donc pas exclu que des démarcheurs véreux trouvent dans cette opération l’occasion de multiplier leur capital immobilier en faisant main basse sur l’opération par des inscriptions avec des prête-noms. A ce sujet, la direction de la promotion de l’Habitat et du Logement qui pilote le programme a promis de veiller au grain en procédant à des enquêtes préalables. Pourvu qu’elle tienne parole.
Une autre chose est qu’à l’étape actuelle du projet rien ne filtre sur les sites sur lesquels seront bâtis ces logements sociaux. Cela est d’autant plus déterminant que le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, Vincent Dabilougou, avait judicieusement relevé que «Le logement social ne doit pas être en dehors de la ville». Aura-t-il les coudées suffisamment franches pour amener les maires à mettre à sa disposition les sites les plus appropriés? La question est délicate. Et le directeur de la promotion de l’Habitat et du Logement opte pour une candeur bien calculée pour ne pas frustrer ceux qui s’impatientent déjà dans les détails, les emplacements exacts des «10 mille logements». «Nous avons des exemples de sites que je ne peux pas dire. Il faut laisser la procédure s’engager et vous serez informés par les voies et les autorités compétentes», tranche prudemment Pegdwendé Aimé Camille Soubeiga.
16:15 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Logements sociaux, besoins des populations, Burkina Faso
01.02.2008
Sexomania et remue-méninges au lycée
«1 mn de plaisir, 2 à 3 h de Folie et tt une vie de souffrance» -
lisez «Une minute de plaisir, deux à trois heures de folie et toute une vie de souffrance». C’est le titre d’un des films pornographiques qui ont mis les lycées et collèges de Ouagadougou sens dessus dessous - surtout sans dessous - et pour cause.
Les stars de ces vidéos taboues ne sont autres que des élèves du Lycée technique de Ouagadougou (LTO) et du Lycée de la jeunesse, pour ne se référer qu’aux documents que nous avons pu nous procurer, au prix de 1 000 balles auprès de vendeurs de portables; comme des vautours, ils se sont fait leur bonheur sur le malheur des «pauvres» amoureux, probablement mal inspirés. Quelle mouche a bien pu piquer ces élèves au point de pousser le bouchon jusqu’à jeter sur la place du marché des images de leurs ébats? Ont-ils volontairement voulu jeter en pâture leurs vies intimes ou se sont-ils fait piéger par des énergumènes qui voulaient leur faire subir les conséquences de leur témérité sexuelle?
Ce sont là des questions qui méritent d’être posées. Au lieu de cela, radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville - et même certains confrères - ont vite fait de raccourcir le débat et les ébats à un problème de «pornographie» à l’école. Comme si c’était au sein de leurs établissements que les élèves ont tourné leurs fameux films. Ou encore comme si, parce qu’ils sont des élèves, ils n’avaient qu’à se consacrer à leurs chères études, au lieu de se livrer «à ces choses-là». Abaah!
Ce qui est le plus paradoxal dans ce remue-ménage, c’est qu’au moment où les puritains condamnent les élèves incriminés, certains ne raffolent pas moins de ces films, se rinçant l’œil et se les passant dans leurs téléphones. Il faut avouer que ces «enfants» ne se sont pas privés de toutes les subtilités à même de rendre leurs papys jaloux de leur maestria sexuelle. Comme nous l’a avoué un enseignant, «ils ont fait tellement bien qu’on ne sait pas s’il faut les condamner ou les féliciter». Au regard de la propension puriste de la levée de boucliers à laquelle on assiste, on se demande bien si les médias ne vont pas passer à côté de l’essentiel.
Car, l’essentiel n’est-il pas justement de se demander si ces jeunes élèves que certains esprits intolérants tentent de traiter comme des pestiférés n’ont pas droit à la protection de leur vie intime, si coupables soient-ils de perturbation de nos sacro-saintes mœurs? Doit-on sacrifier l’avenir de ces jeunes pour la simple raison qu’ils ont commis l’imprudence de «2 ou 3 heures de folie»? D’autre part, les filles semblent les plus incriminées, comme si elles l’avaient fait entre elles.
L’autre morale, non moins humaine, ne voudrait-elle pas que les autorités publiques et les parents de ces élèves cherchent à arrêter le massacre de l’image de ces élèves - et donc de leur avenir - au lieu de s’arc-bouter sur des considérations morales? A qui la faute, s’ils sont descendus aussi bas?
Quand on sait que ces fameuses mœurs dont on crie tant la dépravation aujourd’hui sont mises à rude épreuve par des viols qui inondent quasi quotidiennement les colonnes des journaux et les ondes des radios et les cathodes des télévisions, on a bien envie de défier Ouaga par une célèbre sentence évangélique que plus d’un puritain du Burkina dit moderne gagnerait à méditer: «Que celui qui est sans péché leur jette la première pierre.»
15:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Sexe, pornographie, lycée, Burkina Faso

