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27.12.2007

Meilleurs voeux de bonne gouvernance au Burkina

8b15f6d72b04f659a7d2a2e7020c7cff.jpgAinsi donc, 2007 achèvera sa course lundi prochain dans la grande mer du temps. Si, pour certains, ce fut un fleuve tranquille, pour d’autres il se serait écoulé trop vite. Tout dépend de l’angle de vue qu’on choisit et surtout du nombre de fois qu’on a vu passer le temps. Après 16 harmattans, le Dromadaire n’est pas dupe des mirages de la savane du Burkina. Il constate que le ban de l’année qui s’est pratiquement ouvert dans le doum-doum se ferme avec une grogne non encore résolue de militaires retraités.

C’est donc sur une sorte de poudrière militaire que des gosses énergumènes ne manqueront pas de lancer des pétards pour saluer l’avènement de la nouvelle année. Le chef suprême des Armées saura-t-il mettre de l’ordre dans ce désordre et faire de la discipline un point d’honneur? Le vœu mérite d’être souhaité. Car si le Burkina n’a pas fait mieux sur l’échelle du développement humain durable du PNUD, il peut se targuer de la stabilité de ses institutions.

Avec le «Progrès continu pour une société d’espérance» avec un Blaiso nouveau, une Assemblée nationale qui a donné un bail continu à Roczilla, le Burkina a eu le mérite de ramener la paix entre les frères ennemis du Togo et de la Côte-d’Ivoire. L’événement de l’année est sans conteste la réalisation de l’accord historique de Ouagadougou qui semble avoir trouvé le remède magique qu’il fallait pour guérir l’Eléphant d’Afrique de ses profondes convulsions politico-militaires. L’enfant terrible de Ziniaré, qui joue son aura diplomatique dans ce dossier - et secondairement dans celui du Togo -, s’appuie plaisamment sur le pasteur Te$ticu$ Zorro qu’il a ramené du pays de l’Oncle Sam pour garder ses bœufs à la maison. Après un semestre d’exercice, le nouveau PM bouscule effectivement les habitudes au rythme des déclarations choc. Mais ce sont les actes concrets qui manquent le plus. Une gouvernance plus vigoureuse et surtout plus conséquente est-elle possible? C’est tout le mal que l’on peut souhaiter.

 

Quitte ou double dans un sable mouvant

7890a926771f6d83a572c14b359f21b7.jpgAvec une maigre moisson avec une dizaine de sièges aux législatives de mai, l’opposition est plus que jamais à l’étroit dans un hémicycle largement dominé par le mégaparti au pouvoir conforté par une large mouvance présidentielle. Contre toute attente, c’est au sein des conseils municipaux que les partis originellement mouvanciers ont le plus prêté main forte à l’opposition cette année, comme on a pu le voir à Pô où le PAI a fait bouffer la honte au CDP en reprenant le contrôle d’une mairie que ce dernier voulait lui arracher. Les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets à Dori? Après s’être rendu complice d’une opposition minoritaire qu’il a contribué à porter à la tête du conseil, le CDP et ses apparentés sont assez aigris pour laisser du répit à Arba Diallo. La nouvelle année risque d’être du quitte ou double pour lui.  

 

De beaux jours pour le grand banditisme

27b74ae684fa312c22ab81314a89a9ab.jpgLe récurrent bras de fer entre les forces de défense et de sécurité et les bandits de grand chemin semble toujours tourner à l’avantage des seconds. Même si le ministre de la Sécurité a exhibé quelques coupeurs de route ces derniers jours, cela ne rassure pas pour autant. La sécurité des personnes et des biens est un véritable casse-tête qui défie toutes les déclarations de bonnes intentions. Malgré les grands moyens qui ont été étalés au cours du défilé de la commémoration faste du 47e anniversaire de la République, les Burkinabè ne savent pas à quel saint se vouer. Le sinistre Assane Sawadogo fera-t-il mieux que ses prédécesseurs? On attend toujours de voir.

 

Casse-tête moaga pour le destin du Calife Dial’Eau

a9ddcc0d9720d095e1728e8fcee9cbee.jpgSinistre des «gros poissons» et un des plus puissants des mogô qui font la pluie et le beau temps au palais, Calife Dial’Eau aura été des moins bavards cette année. Ce qui fait courir les rumeurs des plus folles sur son destin. Ainsi, après ses vraies fausses querelles avec le Petit président, il serait devenu si «encombrant» que sa situation serait devenue un casse-tête pour le Blaiso qui planifierait son exil dans une lointaine chancellerie. Ce qui nécessiterait un remaniement ministériel qui paraît trop tôt pour l’équipe de Te$ticu$. Mais lorsque son pouvoir est en jeu, l’enfant terrible a ses raisons que la raison ne connaît pas. Le mystère sera peut-être dévoilé en 2008.

 

Qui gagnera Paris ?

38fc90a39dc76312532d7d0b0c7937ab.jpgPresque 7 mois après le rapatriement de F’lipe-le-Parigot au pays pour occuper le maroquin de la Culture, du Tourisme et de la Communication, le poste d’ambassadeur du Burkina à Paris est curieusement toujours vacant. Tout porte à croire que le Blaiso n’a pas encore trouvé le meilleur cheval ou bien c’est Paris qui ne le trouve pas suffisamment à sa convenance. Selon quelques bruits captés par les oreilles du Dromadaire, le profil de Monique Ilboudo n’aurait pas reçu le visa du Quai d’Orsay. Ce qui remet en scelle d’autres chevaliers en réserve tels Adama Fofana, alias kôrô Fof’,et Mahamoudou Ouédraogo. Mais avec la permutation qui vient d’être opérée entre le Che Yonli qui va à Washington à la place de Tertius qui l’a remplacé 6 mois plus tôt, il y a de quoi perdre son... français dans le jeu de nomination des ambassadeurs potentiels.

 

Le Collectif survivra t-il ?

Sur le plan social, l’année 2007 aura été marquée par la retraite de Me Halidou Ouédraogo de la présidence de l’Union internationale des droits de l’Homme (IUDH) et du Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des Peuples (Mbdhp). Ce qui a entraîné son décrochement de la présidence du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques. Eprouvé par une maladie dont il est toujours convalescent, l’homme quitte la scène de la lutte contre l’impunité un peu malgré lui. Le Collectif, qui a redonné de la voix à l’occasion du 9e anniversaire du drame de Sapouy, va-t-il survivre sans Halidou? Les heures chaudes qu’il a annoncées pour l’année 2008 seront certainement une bonne occasion pour mesurer sa force de frappe dans un environnement où sa plate-forme revendicative n’a visiblement pas connu d’avancée significative.

 

Vingt ans et déjà un dauphin

Un des non-dits de la commémoration des «20 ans de renaissance démocratique» serait l’onction de François Compaoré comme un dauphin de son frère à l’ombre duquel il a jusque-là évolué comme Conseiller spécial. Après s’être constitué un bras politique en réchauffant sa cote de popularité sur les tentacules des rivaux politiques de la majorité présidentielle que sont les ABC (Amis de Blaise Compaoré) ainsi que sur les braises de l’USSUBF, il a reçu la consécration tant convoitée de «héros de la Révolution d’août 83» au cours de la fameuse rencontre du Blaiso avec les jeunes dans la ville mythique de Pô. François Compaoré aura-t-il l’audace de se mettre plus ostensiblement dans la peau d’un potentiel sérieux successeur de son frère? Les lumières de 2008 nous éclaireront peut-être un peu plus.

 

68fa6e764a68144eae2ba0816c0e5efa.jpgJusqu’où la hiérarchie militaire s’emmêlera-t-elle les pinces ?

Les intempestifs et incontrôlés débrayages des militaires au début et à la fin de cette année ont achevé de convaincre l’opinion que la hiérarchie militaire a du mal à maintenir la discipline au sein de la troupe et pour preuve. Non seulement ceux qui ont conduit les manifestations de décembre 2006 et janvier 2007 ne sont pas officiellement inquiétés, les militaires retraités et en âge d’aller à la retraite ont véritablement toisé la hiérarchie au point qu’on se demande si la discipline n’a pas foutu le camp au sein de nos Forces armées. Il y a lieu de s’inquiéter sérieusement sur ce qui apparaît comme une incapacité de la hiérarchie militaire à contenir les humeurs de plus en plus fracassantes de certains éléments de la troupe. Ne serait-elle pas capable de se faire écouter? Certaines mauvaises langues disent qu’à force de laisser bouleverser l’ordre normal des choses depuis la Révolution, la grande muette aurait fabriqué ses indisciplinés. Si les militaires du rang n’ont plus peur des haut gradés, c’est que ces grades ne leur inspirent pas plus de respect que ceux qui en ont décidé ainsi. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bout du tunnel ne sera pas pour le 1er janvier.

 

L’Etalonmania plus politisée que jamais

On n’achèvera pas le bilan de l’année 2007 sans évoquer la débâcle de l’équipe nationale, les Étalons, aux éliminatoires de la CAN 2008. Comme le foot est devenu un sport roi au Faso, cette défaite a entraîné le balayage de l’entraîneur puis du président de la Fédé lui-même. 2008 devait connaître l’élection d’une nouvelle équipe fédérale. Et des bruits qui courent déjà, le nouveau prési sera celui qui aura d’abord reçu l’aval du Palais de Kosyam. Par conséquent, l’Etalonmania sera plus que jamais politisée comme les autres années. Vivement que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

Que un pouvoir sans le sous?

20467f3be7f6fa0aa3a19f4fb927f053.jpgPour le petit monde du «4e pouvoir», les années se suivent et se ressemblent-elles? On aurait bien envie de répondre par la négative, mais bien qu’elle ait été celle des promesses les plus fermes, l’année 2007 s’achève finalement comme les autres. On y a beaucoup parlé de la nécessité de sortir les journalistes de l’informel en relevant les sempiternels défis de la convention collective, de la carte de presse, de l’adoption d’un statut juridique des entreprises de presse, etc. Mais entre les engagements des uns et les promesses des autres, le chemin qui mène au champ du concret semble encore loin.

Pendant ce temps, le train-train quotidien, hebdomadaire, mensuel et bimensuel de la presse a continué en ouvertures et clôtures de séminaires et ateliers, couvertures d’inaugurations de chrysanthème et autres commémorations qui ont inondé les colonnes des journaux tout au long de l’année. Tout le monde convient que cette forme dominante de journalisme ne permet pas à la presse de jouer efficacement son rôle de contre-pouvoir, mais cela ne semble pas empêcher la république de tourner en rond.

Les principaux concernés ne tournent pas moins en rond en étalant parfois leurs linges sales sur la place du marché. Ainsi, on consignera dans les annales de l’année 2007 que le quotidien d’Etat Sidwaya s’est rendu coupable de diffamation à l’égard du red’chef du bihebdomadaire L’Evénement et a été condamné par les tribunaux. Ce dernier journal a été lui-même condamné à l’endroit du sieur François Compaoré, frangin du Blaiso national, suite à un commentaire jugé diffamant à propos du présumé commanditaire de l’assassinat, le 13 décembre 1998, de notre confrère Norbert Zongo, un dossier désormais hypothéqué à cause d’un non-lieu prononcé par la justice en juillet 2006 en faveur du seul inculpé au cours d’une tumultueuse instruction du dossier.

Tout compte fait, il n’y a rien eu de véritablement bandantif sous le soleil pour la presse. Les forçats de la plume, du micro et de la caméra vont devoir continuer à s’accommoder avec une situation informelle avec ses corollaires économique et institutionnel. Au-delà d’un dossier pendant en justice, c’est le statut même du journaliste - et par ricochet de l’entreprise de presse - qui rend les journalistes dépendants de toutes sortes d’aléas. Le bout du tunnel ne sera certainement pas pour le 31 décembre prochain.

Musique artistiquement modifiée

6119feb6218507b574d724d5d4d66fad.jpgLa génération spontanée de musiciens, surtout de jeunes dames sans passé artistique véritable, a apporté un certain dynamisme au showbiz au Faso. Mais pour quelle qualité? Las d’attendre des productions originales, les mélomanes ont dû se contenter de ces musiques génériques bâclées en studios qui ont au moins l’avantage de donner une certaine âme patriotique non seulement aux radios FM, mais aussi aux DJ - descendus eux-mêmes sur la scène - des nombreux maquis et bars qui poussent comme des champignons. Mais si cette musique urbaine permet d’égayer les masses et de gargariser les talents des jeunes gens qui la produisent, force est de constater qu’elle s’apparente plus à une culture génétiquement modifiée.

Dans la plupart des cas, les œuvres et leurs auteurs disparaissent aussi spontanément qu’ils sont apparus. Et cela pose un véritable problème de la pérennisation de la culture artistique. Il est certainement insensé de vouloir ramer à contre-courant de cette culture de musiques copiées-collées. Elle a le mérite de simplifier la pratique des arts, mais banalise parfois irrémédiablement les exigences inhérentes au dur mais noble métier d’artiste. Faut-il donner l’onction d’artiste à tous ces «musiciens» d’un genre nouveau sous prétexte qu’ils ont une «œuvre sur le marché» alors qu’ils ne savent pas manipuler le moindre instrument ni ne comprennent que dalle du solfège?

La question mérite d’être mise sur le tapis. Surtout au moment où l’on se hâte lentement vers l’adoption du statut de l’artiste burkinabè et que l’on rêve de stars à la mesure de nos ambitions culturelles. Trop d’artistes génériques peut tuer les arts et affadir la culture. Le sinistre F’lipe-le-Parigot qui a l’avantage de conjuguer les départements de la Culture, du Tourisme et de la Communication gagnerait à mettre de l’ordre dans cette caverne d’Ali Baba.

23.12.2007

La justice burkinabè à l'épreuve d'un gros poisson

29adbf891e37f7d9d8b84ef2f7d6f7a6.jpgGuigne! La rumeur a fini par se confirmer. Le grand boss des Douanes burkinabè serait en train de se débattre comme un gros poisson dans les nasses de la justice. Plus précisément, le cabinet du juge Coulibaly du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, commis à l’instruction d’un dossier de «fausses exonérations» brûlant depuis 2004 - au moment où l’actuel DG occupait le poste de directeur de la législation et de la réglementation - au sein de la Direction générale des Douanes, aurait du mal à mettre au frais l’actuel patron des Gabelous. Selon les bruits qui n’ont pas tardé à parvenir aux grandes oreilles du Dromadaire, l’affaire a pris une nouvelle tournure le mardi 5 décembre dernier.

Ce jour-là, le DGD était convoqué pour être entendu au cabinet du juge d’instruction. A sa grande surprise, il a été froidement accueilli par un mandat de dépôt, c’est-à-dire pour être déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). Selon des sources concordantes, les Gardiens de sécurité pénitentiaire (GSP) chargés de l’exécution du mandat auraient été en train d’embarquer «l’inculpé» lorsque la machine aurait été subitement obligée de faire marche arrière. Que s’est-il passé entre-temps? Les versions sont aussi diverses que les récits de la résurrection. Mais ce qui est sûr, c’est qu’au lieu de la Maco le patron des douaniers s’est retrouvé chez lui.

Depuis lors, et comme on devait s’y attendre, l’incident fait couler beaucoup d’encre et de salive. Curieusement, les autorités judiciaires, y compris le cabinet du ministère de la Justice, se sont emmurées dans un mutisme embarrassant et incompréhensible dans un Etat qui se veut de droit. Apparemment, personne ne veut s’aventurer à se brûler les doigts dans ce qui apparaît comme une arête en travers de la gorge d’une institution judiciaire à la croisée des chemins. Va-t-elle une fois encore décevoir une opinion nationale et internationale visiblement lassée de son impuissance à faire appliquer le droit notamment dans son principe qui prône l’égalité des citoyens devant la Loi?

Cette affaire étale au grand jour le cafouillis dans lequel l’appareil judiciaire burkinabè et ses animateurs sont empêtrés. Sinon comment comprendre que pour une affaire aussi grave qui met en cause le directeur général d’une institution aussi stratégique que prestigieuse que les Douanes, le Parquet n’ose même pas tenter de «rétablir» les faits. Mépris pour l’opinion ou silence coupable?

Au-delà de la justice, c’est visiblement tout le gouvernement de Tertius Zongo qui est à l’épreuve de cette sombre affaire qui éclabousse à la fois l’institution judiciaire et l’administration des douanes. C’est le moment ou jamais de prouver que les «choses ne seront plus comme avant». Ou d’abdiquer. Affaire à suivre de très près.

 

Le Palais serait-il devenu un bordel ?

Ce qu’il convient d’appeler l’emprisonnement manqué du DG de la Douane aurait mis en branle des interventions de personnages qui ont vraisemblablement tout mis en œuvre pour piétiner royalement le sacro-saint Code de procédure pénale. Selon des sources proches du Palais, c’est une juge qui se dit «une parente» du sieur Guiro qui aurait donné l’alerte de la mauvaise passe du sieur Ousmane au Procureur du Faso, Issa Kindo, qui se trouve être lui aussi «un parent» de l’infortuné. Tout aurait été géré entre «parents» pour que le DG ne connaisse pas la honte d’un emprisonnement à la Maco. Selon d’autres sources, le ministre de la Justice serait intervenu pour «menacer» le juge d’instruction - qui se trouvait être un stagiaire du juge Stéphane Sory Coulibaly, absent ce jour - de surseoir au mandat de dépôt. Vrai ou faux? Tout porte à croire que si l’affaire s’est retrouvée dans les colonnes des journaux, c’est parce que certains juges - et il paraît qu’ils sont nombreux - ne tolèrent pas cette fois-ci qu’on torde le coup au droit de façon aussi flagrante. En tout cas, l’imbroglio est total. Il y a de quoi perdre son latin.

 

Le DG fait feu de tout bois

A en croire les bruits des couloirs du Palais de justice de Ouagadougou, le DG de la Douane ne manquerait pas d’arguments «compromettants» pour acculer le juge qui l’a inculpé. Son arme secrète serait de faire courir le bruit que c’est parce qu’il a refusé de graisser les pattes du juge d’instruction que celui-ci a décidé de le mettre au gnouf. Mais loin de jouer en sa faveur, cette rumeur aurait produit l’effet boomerang de faire remonter les juges contre lui. Puisqu’ils manquent de couille pour faire éclater au grand jour la vérité et toute la vérité, ce bruit nauséabond risque de les suivre encore pour longtemps.

 

De nouvelles plaintes contre la Douane

L’affaire désormais étalée au grand jour, les langues se délient lentement mais sûrement. Aux dernières nouvelles, certaines des sociétés et institutions qui avaient bénéficié des fausses exonérations établies sous le couvert de la direction de la législation et de la réglementation, alors dirigée par Ousmane Guiro, auraient porté plainte contre la direction générale des Douanes. Il pourrait s’agir, entre autres, de Shell Burkina, de Pétrofa et de l’ambassade des Pays-Bas. En rappel, le chef d’accusation repose sur une affaire de faux en écriture publique qui porte sur plus de 500 millions de Francs qui se sont évaporés en exonérations fictives à l’importation d’hydrocarbures. Le cerveau de la manœuvre aurait exonéré des structures qui n’avaient pas droit à cette faveur de la république contre le paiement de commissions. Il s’agissait, en clair, d’une mafia bien organisée pendant des années et qui a fini par se savoir. Au moins 3 présumés complices du sieur Guiro, apparemment moins protégés, sont au frais à la Maco en attendant que tout le dossier soit ficelé par le juge d’instruction.

 

Le ministre des Finances mal inspiré?

Le ministre de l’Economie et des Finances a-t-il été mal inspiré en portant le sieur Ousmane Guiro à la tête des Gabelous alors qu’il traînerait des casseroles? Il est surprenant de savoir que cet Inspecteur divisionnaire des Douanes, qui a été nommé par le Conseil des ministres du 25 juillet de cette année, soit aussi rapidement rattrapé par son passé. Il doit y avoir anguille sous roche, ou une mauvaise appréciation de son supérieur hiérarchique. A moins qu’il n’ait été imposé par un Mogo puissant qui veut tirer des avantages inavoués de sa nouvelle position. Sinon l’intéressé semblait suffisamment assouvi à son ancien poste. Rien qu’à voir ce qui transparaît des grands murs de sa résidence cossue du secteur 17 de Ouaga.

 

Le pauvre doit-il faire du bien?

bcd15716b0abd4d6cb7b6f372dac1c86.jpgAprès les adaptations impeccables de L’Os de Mor Lam de l’écrivain sénégalais Birago Diop, de Monsieur Pourceaugnac du dramaturge français Molière et une comédie enrobée de musique et danses africaines, le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (Cito) vient de donner une peinture locale à «La bonne personne» ou «La bonne âme du Sethouan» du poète et dramaturge allemand Bertolt Brecht. Au cœur de cette 4e création majeure de l’année 2007, mise en scène par la Norvégienne Théa Stabell, le Cito ouvre une brèche philosophico-anthropologique qui interpelle sur le sens du bien et du mal.

«A-t-on vraiment le choix entre le bien et le mal quand on est pauvre»? Telle est la question itérative qui rythme le drame dans lequel des dieux mortifiés par la méchanceté des humains ont fait un tour sur la terre et ont gratifié une pauvre prostituée, nommée Shen Té, de la fortune nécessaire pour devenir une «bonne personne». C’est justement en voulant faire du bien autour d’elle qu’elle s’est retrouvée dans le pire des malheurs. Piégée entre l’enclume de sa générosité et le marteau des convoitises de ceux qu’elle voulait aider, elle a été bien obligée de se travestir en une «mauvaise personne» pour ne pas se ruiner. En voulant faire du bien, elle s’est heurtée à cette réalité implacable qui remet en cause la maxime de Victor Hugo qui veut que «Qui donne au pauvre prête à Dieu». Car, c’est le drame de cette prostituée qui a fortuitement reçu des dieux les moyens de sortir de sa pauvreté et qui y est retombée en voulant aider les autres à sortir de la leur.

Jusqu’où doit-on aller en voulant sortir les autres de leur galère? Est-il toujours bien de faire le bien ? N’est-il pas con de se faire du mal en voulant faire du bien aux autres? A quoi bon aider 9 malheureux si on doit devenir le 10e malheureux, comme le dit un proverbe qu’enseigne l’avocat et poète burkinabè Me Frédéric Titinga Pacéré? Ceux qui se retrouvent dans la mouise en faisant du bien ne doivent-ils pas s’en prendre qu’à eux-mêmes? Ce sont-là des questions aussi vitales que d’actualité qui méritent bien un tour dans la cuvette du Cito.

Après la grande première qui s’est déroulée le 6 décembre dernier, le public y est attendu comme d’habitude tous les mercredi, jeudi, vendredi et samedi jusqu’au 26 janvier 2008.

 

Jusqu'où iront les "bonnets rouges"?

a5e5dcc03b2d843c3102d5a157a7757c.jpgLe très modernisant empereur des Mossi aurait-il poussé l’outrecuidance jusqu’à se faire passer pour un acteur de publicité? C’est la question qui mérite d’être posée suite à la diffusion par les quotidiens de la place d’une page d’annonce où des images du Mogho Naaba sont utilisées pour booster une réclame de la société pétrolière Total. Drapé de ses attributs et posant devant un réchaud à gaz ainsi qu’avec des membres du staff du groupe pétrolier et gazier, le chef traditionnel ou coutumier - c’est selon - est présenté comme un homme «Très attentif à la protection de l’environnement au Burkina Faso», une autorité qui «a encouragé vivement le développement de l’initiative «Telimagaz»». Loin d’en rester à la caution morale de l’empereur, Total n’a visiblement pas résisté à la tentation de gazer sa campagne publicitaire par des photos qui font du Mogho Naaba une accroche majestueuse.

On comprend que Total recherche le soutien du souverain des Mossi pour la promotion d’un produit stratégique pour «lutter efficacement contre la déforestation en utilisant la cuisson au gaz plutôt que la cuisson au bois». Mais de là à faire de lui un acteur de publicité, il y a lieu de s’interroger sur l’adhésion du Mogho Naaba à l’utilisation de son image dans cette opération de matraquage médiatique. L’empereur des Mossi a-t-il expressément consenti à l’exploitation de son image à des fins publicitaires? Pour quelle contrepartie aurait-il accepté un tel marché? Vouloir des réponses à ces questions peuvent paraître «chercher des poux sur un crâne rasé». Mais un «gardien de la tradition» doit-il cautionner ou donner aussi ostensiblement l’image de soutenir une promotion commerciale?

Aussi commode que cela puisse paraître, la caution - volontaire ou forcée - du Mogho Naaba à la commercialisation du réchaud à gaz «Telimagaz» de Total cache mal un deal qui ne veut pas dire son nom. Sinon comment comprendre qu’une simple visite de «Total Burkina chez sa majesté le Mogho Naaba Baôgho» donne lieu à des annonces «pleine page» qui frisent la publicité déguisée?

Il est peut-être de bonne guerre que cette multinationale cherche, par tous les moyens, à rallier tous les leaders de la société burkinabè à la promotion de sa marque. Mais au-delà des salamalecks, des courbettes et autres révérences des responsables de Total au palais du Mogho Naaba se dissimule un marchandisage dont les conséquences ne semblent pas avoir été totalement évaluées par l’empereur des Mossi. Du moins, il est curieux de savoir qu’il ait expressément accordé au service marketing de la société pétrolière l’autorisation d’exploiter son image à des fins d’annonce publicitaire - si camouflée soit-elle dans les journaux. Ceci conformément à l’esprit de l’article 70 du Code de la publicité. Il n’est pas inutile de préciser que la même Loi adoptée en octobre 2001 par l’Assemblée nationale stipule en son article 71 que «Toute personne photographiée conserve le droit de faire respecter sa personnalité, de contrôler et de limiter l’usage qui peut être fait de son image».     

Si l’on suppose que le Mogho Naaba «n’est pas censé ignorer la loi», il est loisible de croire qu’il a su exiger toutes les royalties qui vont résulter de ce coup de pub qui prouve que plus rien n’arrête finalement les «bonnets rouges» au pays des Hommes intègres.

Sale temps pour les pèlerins burkinabè à La Mecque

f44db0f6d22841135dae070e376170b0.jpgLes pèlerins burkinabè arriveront-ils à accomplir le 5e pilier de l’islam cette année? Jusqu’au lundi 10 décembre dernier, le service d’information de l’aéroport n’avait «aucune information sur ce sujet». Jointe au téléphone aux environs de 12 heures, la standardiste n’était pas capable de situer sur quoi que ce soit. Pire, elle devait être lassée et gênée de répondre à une question récurrente depuis le 1er décembre où les «passagers en direction de Djeddah» faisaient le siège de l’aéroport international de Ouagadougou. Au niveau du service du fret où ils étaient «parqués» en attendant l’hypothétique départ, aucune information ne filtrait non plus. La plupart de ceux qui avaient été convoyés par STMB de l’intérieur de pays n’avaient visiblement pas d’autre choix que de dormir à la belle étoile, dans des conditions hygiéniques à la limite de l’acceptable pour des personnes souvent âgées.

Hélas! Les organisations du pèlerinage à la Mecque se suivent et se ressemblent au Faso. Une fois encore, elles se déroulent dans un cafouillage tel que les pèlerins ne savent plus à quel saint se vouer. Lorsque l’amateurisme et l’affairisme se disputent comme larrons en foire, on se demande à quoi sert véritablement la commission technique chargée de l’organisation du Hadj 2007. Visiblement pas à rassurer les futurs candidats au Hadj, encore moins à tenir leurs promesses.

Tenez! Au cours de la conférence de presse que la Commission a organisée le 10 novembre dernier, les «premiers départs» ont été annoncés pour la période allant du 27 au 30 novembre. Selon toujours les déclarations du président de la Commission, El Hadj Abdoul Rasmané Sana, des éclaireurs auraient été envoyés sur les lieux saints de l’islam depuis le 9 novembre pour réserver les chambres nécessaires à l’accueil des pèlerins sur place. A la grande surprise de l’opinion, rien n’a été fait jusqu’à l’échéance des dates initialement prévues. Pire, il a fallu attendre jusqu’au 1er décembre pour voir atterrir les deux avions de Soudan Air, le nouvel avionneur auquel la Commission a confié le transport des pèlerins cette année. Pourquoi n’a-t-il pas respecté le planning officiellement communiqué? Mystère et boule de gomme.

El Hadj Sana et ses collaborateurs ne se sont même pas foulé la rate pour donner les raisons de ce premier rendez-vous manqué. Comme si de rien n’était, ils ont fixé un autre départ pour le 5 décembre. Pèlerins, parents et autres accompagnateurs naturels ou de circonstance se sont massés à l’aéroport toute la nuit du 5 au 6 décembre sans voir décoller le moindre «oiseau de fer» en direction de La Mecque. Ceux qui trouvaient cela trop gros pour se confier au ciel n’avaient que leurs yeux pour pleurer.

Visiblement mal prise, la Commission d’organisation n’a d’autre échappatoire que d’envoyer paître les pèlerins dans un vrai faux argument de l’impossibilité pour les avions d’avoir une autorisation d’atterrir à Djeddah. Mais le pot aux roses a été vite découvert, car un membre de la représentation diplomatique du Burkina en Arabie saoudite aurait démenti leur implication dans l’organisation de cette sinécure. En clair, il faut aller chercher la responsabilité du manège dans l’imbroglio créé de toutes pièces par la Commission.

Et comme s’ils avaient besoin de gagner du temps, El Hadj Sana et ses hommes ont sorti une nouvelle date de leur chapeau magique. Pour une deuxième fois, les pèlerins ont alerté leurs familles pour la nuit du 8 décembre. Là encore, échec et mat. La manœuvre n’a pas marché. Jusqu’au 10 décembre, il n’y avait aucun décollage à l’horizon. Il était d’ailleurs inutile de scruter le ciel puisque les deux avions qui étaient prévus pour le décollage étaient eux-mêmes cloués au sol depuis le 1er décembre. Selon des sources aéroportuaires, «certains problèmes ont pu être résolus» dans la journée du lundi 10 décembre et les premiers vrais départs ont été programmés pour la même nuit. Mais ces informations étaient encore à prendre avec des pincettes puisque l’embrouillamini était tel que plus personne n’y croyait. Dans la même journée, on apprenait que la Commission d’organisation s’était débrouillée pour régler les 500 millions de francs CFA que l’aéroport de Djeddah exigeait pour lui délivrer une nouvelle autorisation d’atterrir. A ces frais non prévus, il faut également ajouter les taxes de stationnement des deux avions de Soudan Airways qui ont dû attendre sur le tarmac de l’aéroport international de Ouagadougou du 1er au 10 décembre. Si l’on en croit les sommes exorbitantes qu’exige ce genre de situation, il y a de quoi se demander si la Commission a réussi à faire face à toutes les dépenses occasionnées par le cafouillage.

D’aucuns diront que l’essentiel était que les pèlerins aient pu décoller pour la Terre sainte pour accomplir leur obligation religieuse. Mais jusqu’à quand les autorités doivent-elles s’accommoder avec ces organisations calamiteuses qui n’honorent aucunement notre pays? A quoi ont finalement servi les sempiternelles restructurations de la Commission d’organisation qui avaient fait couler beaucoup d’encre et de salive et diviser la communauté musulmane? N’est-il pas possible de trouver des gens suffisamment compétents et aguerris pour mettre fin au désordre et au laxisme auxquels on assiste quasiment tous les ans?

Avec les multiples rendez-vous manqués et la confusion qui ont émaillé l’organisation du Hadj 2007, la Commission nationale d’organisation du pèlerinage à la Mecque (CNOPM) ne peut empêcher ses détracteurs de croire à une incompétence ou à une incapacité en son sein. Apparemment, ce sont les mêmes causes d’affairisme et de laxisme qui étaient reprochées à l’ancienne structure dans laquelle l’Etat était impliqué et qui ont produit les mêmes effets. Heureusement que Allah est suffisamment clément pour tolérer même les retards de pauvres pèlerins piégés par une organisation pratiquement au bord du chaos.   

10.12.2007

La coopération décentralisée et la "natte des autres"

5f1c25bc72a7c5228564944679016dbf.jpgAprès la communalisation intégrale, le pays des Hommes intègres chercherait-il aussi à réaliser le jumelage intégral? C’est la question qui semble transparaître des assises de la coopération décentralisée franco-burkinabè qui se tiennent les 6 et 7 décembre sous les auspices paternels du Blaiso himself. Avec un thème aussi évocateur que celui de «La contribution des acteurs de la coopération décentralisée au développement des collectivités territoriales au Burkina Faso», il ne faut pas chercher midi à quatorze heures.

 

164 jumelages et 200 en attente

Une chose était de réussir le pari de la partition complète du territoire en 351 communes, dont 302 rurales; mais une autre, bien plus laborieuse, est de réussir le pari d’un développement digne de ce nom. Il suffit de voir comment la plupart des nouvelles collectivités tirent le diable par la queue pour se rendre compte que la gestion d’une bourgade dépourvue de tout n’est pas du jeu. A défaut de jeter l’éponge, certains édiles ne savent même pas à quels saints se vouer. Il ne suffit pas d’arborer fièrement l’écharpe, mais de pouvoir faire vivre sa commune. Inutile d’attendre des secours d’une quelconque providence. Les caisses de l’Etat étant elles-mêmes sous perfusion de la coopération multi et bilatérale, il ne reste plus qu’à aller voir ailleurs. Ceci explique probablement cela.

Dans la folle course pour le développement dans laquelle plusieurs responsables de collectivités et autres samaritains se sont jetés, la coopération décentralisée est apparue comme une bouée de sauvetage dans laquelle se mêlent sentimentalisme et intérêts difficiles à cerner par les non-initiés. Les jumelages entre les communes du Burkina et celles du Nord, principalement de France, ne sont-ils pas devenus une sorte de deal qui fait courir tout le monde? Ne court-on pas le risque d’installer la gouvernance locale dans cette mendicité internationale qui enserre l’Etat central dans la dépendance?

Selon les statistiques ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (MATD), le Burkina compte 164 comités locaux de jumelage et 200 relations de coopération en attente de formalisation. C’est dire que si les nouvelles demandes venaient à recevoir l’aval officiel, presque toutes les communes auraient leurs sœurs jumelles quelque part dans l’Hexagone ou dans un autre pays, de préférence du Nord. En tout cas, tout le monde ou presque semble avoir les yeux tournés vers ces collectivités dites nanties dans l’espoir de profiter de quelques subsides pour construire des écoles, un centre de santé ou installer des points d’eau pour son village, son département.

 

Cavernes d’Ali Baba

Ces jumelages blanc-black, qui sont apparus au début des indépendances des Etats africains sous une forme humanitaire, peuvent-ils légitimement être transformés en une sorte de coopération décentralisée entre les communes du Sud et du Nord sans les enfermer dans le cercle vicieux de l’assistanat? Quand on sait que certaines de ces relations s’enferment dans un paternalisme qui ouvre la voie à toutes les dérives, on se demande comment elles peuvent être érigées en tremplin de «développement des collectivités locales». A vouloir contrôler ou diriger ou contrôler des actions qui se veulent philanthropes et personnelles, l’Etat burkinabè ne risque-t-il pas d’étouffer certaines initiatives qui s’accommoderaient mal des protocoles et autres salamalecks officiels?

Ces questions méritent d’être posées. Surtout lorsque le ministère en charge de l’Administration du territoire entend désormais mettre tous les comités de jumelage sous la coupe des conseils municipaux et des conseils régionaux. Cela va probablement contribuer à assainir certains comités qui sont devenus de véritables cavernes d’Ali Baba. Mais on sait aussi que les cadres dits légaux peuvent devenir des otages de luttes politiciennes, il faut craindre que les bagarres inutiles et les récupérations de toutes sortes ne fassent déchanter les meilleures bonnes volontés.

 

La natte des autres

L’État, qui assure paradoxalement le parrainage des assises de la coopération décentralisée, se doit d’être «ni acteur de premier plan ni trop loin» des relations d’amitié et de coopération entre les collectivités locales et leurs consœurs du Nord, en général et particulièrement de France. Avouons que cette position est assez délicate à tenir.

Au moment où le business international fait place à la philanthropie et que l’humanitaire semble devenu une sorte de marché de dupes où il est difficile de distinguer les anges des démons, le salut ne vient pas nécessairement de la coopération. On ne le dira jamais assez, «Qui dort sur la natte d’autrui dort par terre», enseigne le proverbe. Le jumelage légendaire qui a cours depuis janvier 1967 entre la ville française de Loudun et la ville de Ouagadougou a permis à Simonville d’engranger des réalisations sociales, économiques et de loisirs qui font pâlir d’envie des villes de l’intérieur ou encore les nouvelles communes rurales. Mais les voies parfois impénétrables du jumelage débouchent sur des fortunes diverses. Il ne sera pas réaliste de mettre tous les œufs du développement dans ce seul panier.

A la recherche de feuilles pour imprimer les feuilles

711e697d4161694a86a62b6c996c2240.jpgLe ministère en charge de la Communication aurait-il choisi l’occasion de la 4e édition des Universités africaines de la communication de Ouagadougou (Uaco) pour livrer le cadeau de Noël du gouvernement? En informant à l’ouverture de ces assises - qui se sont tenues du 29 novembre au 1er décembre dernier - que la subvention de l’Etat à la presse privée passera de 200 à 250 millions à compter de l’année 2008, le sinistre F’lipe le Parigot semble avoir réussi l’effet d’annonce. Mais les organisateurs de cette rencontre n’ont pas moins jeté une pierre dans le jardin du gouvernement burkinabè en décidant de cogiter, cette année, sur le thème: «Le financement de la presse africaine publique ou privée: enjeux et perspectives».

La question était assez brûlante et ne laisse personne indifférent. Mieux, elle est devenue une sorte de patate chaude que personne n’ose tenir trop longtemps de peur de se brûler la paume et les doigts avec. Les 4e Uaco marquent, sans doute, un bon coup en mettant la question en débat. Mais la solution aux multiples et sempiternels problèmes du financement de la presse en Afrique réside-t-elle dans l’augmentation de la subvention de l’Etat? Point n’a besoin de dessin pour comprendre que plus de «feuilles» ne permettent pas nécessairement d’améliorer le quotidien des organes de presse, l’hebdomadaire des patrons et le mensuel de tous les forçats de la plume, du micro et de la caméra. Edouard Ouédraogo, le doyen des fondateurs de Canards, patron de L’Observateur paalga et parrain des 4e UACO, n’y est d’ailleurs pas allé par quatre chemins pour reconnaître que «Si la presse ne rapporte pas forcément de l’argent, il faut de l’argent forcément pour faire vivre la presse».  Comment faire vivre les entreprises de presse dans un contexte où la subvention de l’Etat s’apparente à «Une petite piqûre qui ne soigne pas le malade?» s’interroge, non sans humour, le doyen.

L’équation est loin d’être une problématique de comptabilité. Certains, dont Edouard Ouédraogo lui-même, penchent pour la constitution d’une «banque de papier», c’est-à-dire une centrale d’achats des feuilles qui servent à imprimer afin d’en réduire non seulement les coûts au détail, mais de constituer un stock suffisant pour ne pas subir les caprices du marché. Cette solution a probablement l’avantage d’enlever une épine aux pieds des éditeurs de la presse, mais elle ne résout aucunement le problème des patrons de radios et télés pour qui les angoisses ne se tiennent pas sur des feuilles de papier. Ils préféraient plutôt des feuilles ou de l’argent, si vous préférez. Il faut plus de feuilles pour imprimer les feuilles, mais cela ne résout pas tous les problèmes de la presse.

Pressé et partagé entre plusieurs autres priorités, l’Etat ne peut raisonnablement pas continuer à alimenter l’assiette de subvention à la presse privée. En passant de 100 millions en 1999 où cette manne a été distribuée pour la première fois, à 150 millions en 2003 puis 200 millions en 2006 et à 250 millions à partir de 2008, on peut croire à une volonté certaine de soulager les médias privés. Mais cette aide, aussi croissante soit-elle, ne semble pas aider à s’en passer. Bien au contraire. Ainsi que les conclusions des 4es Uaco le suggèrent, après le «printemps», il faut envisager d’autres voies et moyens pour enraciner plus solidement l’entreprise de presse dans l’environnement socio-économique de l’Afrique. Les feuilles, c’est bien, pour ne pas périr à les attendre, il faut une nouvelle feuille de route...

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