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23.12.2007

Sale temps pour les pèlerins burkinabè à La Mecque

f44db0f6d22841135dae070e376170b0.jpgLes pèlerins burkinabè arriveront-ils à accomplir le 5e pilier de l’islam cette année? Jusqu’au lundi 10 décembre dernier, le service d’information de l’aéroport n’avait «aucune information sur ce sujet». Jointe au téléphone aux environs de 12 heures, la standardiste n’était pas capable de situer sur quoi que ce soit. Pire, elle devait être lassée et gênée de répondre à une question récurrente depuis le 1er décembre où les «passagers en direction de Djeddah» faisaient le siège de l’aéroport international de Ouagadougou. Au niveau du service du fret où ils étaient «parqués» en attendant l’hypothétique départ, aucune information ne filtrait non plus. La plupart de ceux qui avaient été convoyés par STMB de l’intérieur de pays n’avaient visiblement pas d’autre choix que de dormir à la belle étoile, dans des conditions hygiéniques à la limite de l’acceptable pour des personnes souvent âgées.

Hélas! Les organisations du pèlerinage à la Mecque se suivent et se ressemblent au Faso. Une fois encore, elles se déroulent dans un cafouillage tel que les pèlerins ne savent plus à quel saint se vouer. Lorsque l’amateurisme et l’affairisme se disputent comme larrons en foire, on se demande à quoi sert véritablement la commission technique chargée de l’organisation du Hadj 2007. Visiblement pas à rassurer les futurs candidats au Hadj, encore moins à tenir leurs promesses.

Tenez! Au cours de la conférence de presse que la Commission a organisée le 10 novembre dernier, les «premiers départs» ont été annoncés pour la période allant du 27 au 30 novembre. Selon toujours les déclarations du président de la Commission, El Hadj Abdoul Rasmané Sana, des éclaireurs auraient été envoyés sur les lieux saints de l’islam depuis le 9 novembre pour réserver les chambres nécessaires à l’accueil des pèlerins sur place. A la grande surprise de l’opinion, rien n’a été fait jusqu’à l’échéance des dates initialement prévues. Pire, il a fallu attendre jusqu’au 1er décembre pour voir atterrir les deux avions de Soudan Air, le nouvel avionneur auquel la Commission a confié le transport des pèlerins cette année. Pourquoi n’a-t-il pas respecté le planning officiellement communiqué? Mystère et boule de gomme.

El Hadj Sana et ses collaborateurs ne se sont même pas foulé la rate pour donner les raisons de ce premier rendez-vous manqué. Comme si de rien n’était, ils ont fixé un autre départ pour le 5 décembre. Pèlerins, parents et autres accompagnateurs naturels ou de circonstance se sont massés à l’aéroport toute la nuit du 5 au 6 décembre sans voir décoller le moindre «oiseau de fer» en direction de La Mecque. Ceux qui trouvaient cela trop gros pour se confier au ciel n’avaient que leurs yeux pour pleurer.

Visiblement mal prise, la Commission d’organisation n’a d’autre échappatoire que d’envoyer paître les pèlerins dans un vrai faux argument de l’impossibilité pour les avions d’avoir une autorisation d’atterrir à Djeddah. Mais le pot aux roses a été vite découvert, car un membre de la représentation diplomatique du Burkina en Arabie saoudite aurait démenti leur implication dans l’organisation de cette sinécure. En clair, il faut aller chercher la responsabilité du manège dans l’imbroglio créé de toutes pièces par la Commission.

Et comme s’ils avaient besoin de gagner du temps, El Hadj Sana et ses hommes ont sorti une nouvelle date de leur chapeau magique. Pour une deuxième fois, les pèlerins ont alerté leurs familles pour la nuit du 8 décembre. Là encore, échec et mat. La manœuvre n’a pas marché. Jusqu’au 10 décembre, il n’y avait aucun décollage à l’horizon. Il était d’ailleurs inutile de scruter le ciel puisque les deux avions qui étaient prévus pour le décollage étaient eux-mêmes cloués au sol depuis le 1er décembre. Selon des sources aéroportuaires, «certains problèmes ont pu être résolus» dans la journée du lundi 10 décembre et les premiers vrais départs ont été programmés pour la même nuit. Mais ces informations étaient encore à prendre avec des pincettes puisque l’embrouillamini était tel que plus personne n’y croyait. Dans la même journée, on apprenait que la Commission d’organisation s’était débrouillée pour régler les 500 millions de francs CFA que l’aéroport de Djeddah exigeait pour lui délivrer une nouvelle autorisation d’atterrir. A ces frais non prévus, il faut également ajouter les taxes de stationnement des deux avions de Soudan Airways qui ont dû attendre sur le tarmac de l’aéroport international de Ouagadougou du 1er au 10 décembre. Si l’on en croit les sommes exorbitantes qu’exige ce genre de situation, il y a de quoi se demander si la Commission a réussi à faire face à toutes les dépenses occasionnées par le cafouillage.

D’aucuns diront que l’essentiel était que les pèlerins aient pu décoller pour la Terre sainte pour accomplir leur obligation religieuse. Mais jusqu’à quand les autorités doivent-elles s’accommoder avec ces organisations calamiteuses qui n’honorent aucunement notre pays? A quoi ont finalement servi les sempiternelles restructurations de la Commission d’organisation qui avaient fait couler beaucoup d’encre et de salive et diviser la communauté musulmane? N’est-il pas possible de trouver des gens suffisamment compétents et aguerris pour mettre fin au désordre et au laxisme auxquels on assiste quasiment tous les ans?

Avec les multiples rendez-vous manqués et la confusion qui ont émaillé l’organisation du Hadj 2007, la Commission nationale d’organisation du pèlerinage à la Mecque (CNOPM) ne peut empêcher ses détracteurs de croire à une incompétence ou à une incapacité en son sein. Apparemment, ce sont les mêmes causes d’affairisme et de laxisme qui étaient reprochées à l’ancienne structure dans laquelle l’Etat était impliqué et qui ont produit les mêmes effets. Heureusement que Allah est suffisamment clément pour tolérer même les retards de pauvres pèlerins piégés par une organisation pratiquement au bord du chaos.   

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