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23.12.2007

Le pauvre doit-il faire du bien?

bcd15716b0abd4d6cb7b6f372dac1c86.jpgAprès les adaptations impeccables de L’Os de Mor Lam de l’écrivain sénégalais Birago Diop, de Monsieur Pourceaugnac du dramaturge français Molière et une comédie enrobée de musique et danses africaines, le Carrefour international de théâtre de Ouagadougou (Cito) vient de donner une peinture locale à «La bonne personne» ou «La bonne âme du Sethouan» du poète et dramaturge allemand Bertolt Brecht. Au cœur de cette 4e création majeure de l’année 2007, mise en scène par la Norvégienne Théa Stabell, le Cito ouvre une brèche philosophico-anthropologique qui interpelle sur le sens du bien et du mal.

«A-t-on vraiment le choix entre le bien et le mal quand on est pauvre»? Telle est la question itérative qui rythme le drame dans lequel des dieux mortifiés par la méchanceté des humains ont fait un tour sur la terre et ont gratifié une pauvre prostituée, nommée Shen Té, de la fortune nécessaire pour devenir une «bonne personne». C’est justement en voulant faire du bien autour d’elle qu’elle s’est retrouvée dans le pire des malheurs. Piégée entre l’enclume de sa générosité et le marteau des convoitises de ceux qu’elle voulait aider, elle a été bien obligée de se travestir en une «mauvaise personne» pour ne pas se ruiner. En voulant faire du bien, elle s’est heurtée à cette réalité implacable qui remet en cause la maxime de Victor Hugo qui veut que «Qui donne au pauvre prête à Dieu». Car, c’est le drame de cette prostituée qui a fortuitement reçu des dieux les moyens de sortir de sa pauvreté et qui y est retombée en voulant aider les autres à sortir de la leur.

Jusqu’où doit-on aller en voulant sortir les autres de leur galère? Est-il toujours bien de faire le bien ? N’est-il pas con de se faire du mal en voulant faire du bien aux autres? A quoi bon aider 9 malheureux si on doit devenir le 10e malheureux, comme le dit un proverbe qu’enseigne l’avocat et poète burkinabè Me Frédéric Titinga Pacéré? Ceux qui se retrouvent dans la mouise en faisant du bien ne doivent-ils pas s’en prendre qu’à eux-mêmes? Ce sont-là des questions aussi vitales que d’actualité qui méritent bien un tour dans la cuvette du Cito.

Après la grande première qui s’est déroulée le 6 décembre dernier, le public y est attendu comme d’habitude tous les mercredi, jeudi, vendredi et samedi jusqu’au 26 janvier 2008.

 

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