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23.12.2007

La justice burkinabè à l'épreuve d'un gros poisson

29adbf891e37f7d9d8b84ef2f7d6f7a6.jpgGuigne! La rumeur a fini par se confirmer. Le grand boss des Douanes burkinabè serait en train de se débattre comme un gros poisson dans les nasses de la justice. Plus précisément, le cabinet du juge Coulibaly du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, commis à l’instruction d’un dossier de «fausses exonérations» brûlant depuis 2004 - au moment où l’actuel DG occupait le poste de directeur de la législation et de la réglementation - au sein de la Direction générale des Douanes, aurait du mal à mettre au frais l’actuel patron des Gabelous. Selon les bruits qui n’ont pas tardé à parvenir aux grandes oreilles du Dromadaire, l’affaire a pris une nouvelle tournure le mardi 5 décembre dernier.

Ce jour-là, le DGD était convoqué pour être entendu au cabinet du juge d’instruction. A sa grande surprise, il a été froidement accueilli par un mandat de dépôt, c’est-à-dire pour être déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Maco). Selon des sources concordantes, les Gardiens de sécurité pénitentiaire (GSP) chargés de l’exécution du mandat auraient été en train d’embarquer «l’inculpé» lorsque la machine aurait été subitement obligée de faire marche arrière. Que s’est-il passé entre-temps? Les versions sont aussi diverses que les récits de la résurrection. Mais ce qui est sûr, c’est qu’au lieu de la Maco le patron des douaniers s’est retrouvé chez lui.

Depuis lors, et comme on devait s’y attendre, l’incident fait couler beaucoup d’encre et de salive. Curieusement, les autorités judiciaires, y compris le cabinet du ministère de la Justice, se sont emmurées dans un mutisme embarrassant et incompréhensible dans un Etat qui se veut de droit. Apparemment, personne ne veut s’aventurer à se brûler les doigts dans ce qui apparaît comme une arête en travers de la gorge d’une institution judiciaire à la croisée des chemins. Va-t-elle une fois encore décevoir une opinion nationale et internationale visiblement lassée de son impuissance à faire appliquer le droit notamment dans son principe qui prône l’égalité des citoyens devant la Loi?

Cette affaire étale au grand jour le cafouillis dans lequel l’appareil judiciaire burkinabè et ses animateurs sont empêtrés. Sinon comment comprendre que pour une affaire aussi grave qui met en cause le directeur général d’une institution aussi stratégique que prestigieuse que les Douanes, le Parquet n’ose même pas tenter de «rétablir» les faits. Mépris pour l’opinion ou silence coupable?

Au-delà de la justice, c’est visiblement tout le gouvernement de Tertius Zongo qui est à l’épreuve de cette sombre affaire qui éclabousse à la fois l’institution judiciaire et l’administration des douanes. C’est le moment ou jamais de prouver que les «choses ne seront plus comme avant». Ou d’abdiquer. Affaire à suivre de très près.

 

Le Palais serait-il devenu un bordel ?

Ce qu’il convient d’appeler l’emprisonnement manqué du DG de la Douane aurait mis en branle des interventions de personnages qui ont vraisemblablement tout mis en œuvre pour piétiner royalement le sacro-saint Code de procédure pénale. Selon des sources proches du Palais, c’est une juge qui se dit «une parente» du sieur Guiro qui aurait donné l’alerte de la mauvaise passe du sieur Ousmane au Procureur du Faso, Issa Kindo, qui se trouve être lui aussi «un parent» de l’infortuné. Tout aurait été géré entre «parents» pour que le DG ne connaisse pas la honte d’un emprisonnement à la Maco. Selon d’autres sources, le ministre de la Justice serait intervenu pour «menacer» le juge d’instruction - qui se trouvait être un stagiaire du juge Stéphane Sory Coulibaly, absent ce jour - de surseoir au mandat de dépôt. Vrai ou faux? Tout porte à croire que si l’affaire s’est retrouvée dans les colonnes des journaux, c’est parce que certains juges - et il paraît qu’ils sont nombreux - ne tolèrent pas cette fois-ci qu’on torde le coup au droit de façon aussi flagrante. En tout cas, l’imbroglio est total. Il y a de quoi perdre son latin.

 

Le DG fait feu de tout bois

A en croire les bruits des couloirs du Palais de justice de Ouagadougou, le DG de la Douane ne manquerait pas d’arguments «compromettants» pour acculer le juge qui l’a inculpé. Son arme secrète serait de faire courir le bruit que c’est parce qu’il a refusé de graisser les pattes du juge d’instruction que celui-ci a décidé de le mettre au gnouf. Mais loin de jouer en sa faveur, cette rumeur aurait produit l’effet boomerang de faire remonter les juges contre lui. Puisqu’ils manquent de couille pour faire éclater au grand jour la vérité et toute la vérité, ce bruit nauséabond risque de les suivre encore pour longtemps.

 

De nouvelles plaintes contre la Douane

L’affaire désormais étalée au grand jour, les langues se délient lentement mais sûrement. Aux dernières nouvelles, certaines des sociétés et institutions qui avaient bénéficié des fausses exonérations établies sous le couvert de la direction de la législation et de la réglementation, alors dirigée par Ousmane Guiro, auraient porté plainte contre la direction générale des Douanes. Il pourrait s’agir, entre autres, de Shell Burkina, de Pétrofa et de l’ambassade des Pays-Bas. En rappel, le chef d’accusation repose sur une affaire de faux en écriture publique qui porte sur plus de 500 millions de Francs qui se sont évaporés en exonérations fictives à l’importation d’hydrocarbures. Le cerveau de la manœuvre aurait exonéré des structures qui n’avaient pas droit à cette faveur de la république contre le paiement de commissions. Il s’agissait, en clair, d’une mafia bien organisée pendant des années et qui a fini par se savoir. Au moins 3 présumés complices du sieur Guiro, apparemment moins protégés, sont au frais à la Maco en attendant que tout le dossier soit ficelé par le juge d’instruction.

 

Le ministre des Finances mal inspiré?

Le ministre de l’Economie et des Finances a-t-il été mal inspiré en portant le sieur Ousmane Guiro à la tête des Gabelous alors qu’il traînerait des casseroles? Il est surprenant de savoir que cet Inspecteur divisionnaire des Douanes, qui a été nommé par le Conseil des ministres du 25 juillet de cette année, soit aussi rapidement rattrapé par son passé. Il doit y avoir anguille sous roche, ou une mauvaise appréciation de son supérieur hiérarchique. A moins qu’il n’ait été imposé par un Mogo puissant qui veut tirer des avantages inavoués de sa nouvelle position. Sinon l’intéressé semblait suffisamment assouvi à son ancien poste. Rien qu’à voir ce qui transparaît des grands murs de sa résidence cossue du secteur 17 de Ouaga.

 

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