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23.12.2007

Jusqu'où iront les "bonnets rouges"?

a5e5dcc03b2d843c3102d5a157a7757c.jpgLe très modernisant empereur des Mossi aurait-il poussé l’outrecuidance jusqu’à se faire passer pour un acteur de publicité? C’est la question qui mérite d’être posée suite à la diffusion par les quotidiens de la place d’une page d’annonce où des images du Mogho Naaba sont utilisées pour booster une réclame de la société pétrolière Total. Drapé de ses attributs et posant devant un réchaud à gaz ainsi qu’avec des membres du staff du groupe pétrolier et gazier, le chef traditionnel ou coutumier - c’est selon - est présenté comme un homme «Très attentif à la protection de l’environnement au Burkina Faso», une autorité qui «a encouragé vivement le développement de l’initiative «Telimagaz»». Loin d’en rester à la caution morale de l’empereur, Total n’a visiblement pas résisté à la tentation de gazer sa campagne publicitaire par des photos qui font du Mogho Naaba une accroche majestueuse.

On comprend que Total recherche le soutien du souverain des Mossi pour la promotion d’un produit stratégique pour «lutter efficacement contre la déforestation en utilisant la cuisson au gaz plutôt que la cuisson au bois». Mais de là à faire de lui un acteur de publicité, il y a lieu de s’interroger sur l’adhésion du Mogho Naaba à l’utilisation de son image dans cette opération de matraquage médiatique. L’empereur des Mossi a-t-il expressément consenti à l’exploitation de son image à des fins publicitaires? Pour quelle contrepartie aurait-il accepté un tel marché? Vouloir des réponses à ces questions peuvent paraître «chercher des poux sur un crâne rasé». Mais un «gardien de la tradition» doit-il cautionner ou donner aussi ostensiblement l’image de soutenir une promotion commerciale?

Aussi commode que cela puisse paraître, la caution - volontaire ou forcée - du Mogho Naaba à la commercialisation du réchaud à gaz «Telimagaz» de Total cache mal un deal qui ne veut pas dire son nom. Sinon comment comprendre qu’une simple visite de «Total Burkina chez sa majesté le Mogho Naaba Baôgho» donne lieu à des annonces «pleine page» qui frisent la publicité déguisée?

Il est peut-être de bonne guerre que cette multinationale cherche, par tous les moyens, à rallier tous les leaders de la société burkinabè à la promotion de sa marque. Mais au-delà des salamalecks, des courbettes et autres révérences des responsables de Total au palais du Mogho Naaba se dissimule un marchandisage dont les conséquences ne semblent pas avoir été totalement évaluées par l’empereur des Mossi. Du moins, il est curieux de savoir qu’il ait expressément accordé au service marketing de la société pétrolière l’autorisation d’exploiter son image à des fins d’annonce publicitaire - si camouflée soit-elle dans les journaux. Ceci conformément à l’esprit de l’article 70 du Code de la publicité. Il n’est pas inutile de préciser que la même Loi adoptée en octobre 2001 par l’Assemblée nationale stipule en son article 71 que «Toute personne photographiée conserve le droit de faire respecter sa personnalité, de contrôler et de limiter l’usage qui peut être fait de son image».     

Si l’on suppose que le Mogho Naaba «n’est pas censé ignorer la loi», il est loisible de croire qu’il a su exiger toutes les royalties qui vont résulter de ce coup de pub qui prouve que plus rien n’arrête finalement les «bonnets rouges» au pays des Hommes intègres.

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