« Arche de Zoé: Rachida était donc au courant du deal | Page d'accueil | A la recherche de feuilles pour imprimer les feuilles »

10.12.2007

A la recherche de feuilles pour imprimer les feuilles

711e697d4161694a86a62b6c996c2240.jpgLe ministère en charge de la Communication aurait-il choisi l’occasion de la 4e édition des Universités africaines de la communication de Ouagadougou (Uaco) pour livrer le cadeau de Noël du gouvernement? En informant à l’ouverture de ces assises - qui se sont tenues du 29 novembre au 1er décembre dernier - que la subvention de l’Etat à la presse privée passera de 200 à 250 millions à compter de l’année 2008, le sinistre F’lipe le Parigot semble avoir réussi l’effet d’annonce. Mais les organisateurs de cette rencontre n’ont pas moins jeté une pierre dans le jardin du gouvernement burkinabè en décidant de cogiter, cette année, sur le thème: «Le financement de la presse africaine publique ou privée: enjeux et perspectives».

La question était assez brûlante et ne laisse personne indifférent. Mieux, elle est devenue une sorte de patate chaude que personne n’ose tenir trop longtemps de peur de se brûler la paume et les doigts avec. Les 4e Uaco marquent, sans doute, un bon coup en mettant la question en débat. Mais la solution aux multiples et sempiternels problèmes du financement de la presse en Afrique réside-t-elle dans l’augmentation de la subvention de l’Etat? Point n’a besoin de dessin pour comprendre que plus de «feuilles» ne permettent pas nécessairement d’améliorer le quotidien des organes de presse, l’hebdomadaire des patrons et le mensuel de tous les forçats de la plume, du micro et de la caméra. Edouard Ouédraogo, le doyen des fondateurs de Canards, patron de L’Observateur paalga et parrain des 4e UACO, n’y est d’ailleurs pas allé par quatre chemins pour reconnaître que «Si la presse ne rapporte pas forcément de l’argent, il faut de l’argent forcément pour faire vivre la presse».  Comment faire vivre les entreprises de presse dans un contexte où la subvention de l’Etat s’apparente à «Une petite piqûre qui ne soigne pas le malade?» s’interroge, non sans humour, le doyen.

L’équation est loin d’être une problématique de comptabilité. Certains, dont Edouard Ouédraogo lui-même, penchent pour la constitution d’une «banque de papier», c’est-à-dire une centrale d’achats des feuilles qui servent à imprimer afin d’en réduire non seulement les coûts au détail, mais de constituer un stock suffisant pour ne pas subir les caprices du marché. Cette solution a probablement l’avantage d’enlever une épine aux pieds des éditeurs de la presse, mais elle ne résout aucunement le problème des patrons de radios et télés pour qui les angoisses ne se tiennent pas sur des feuilles de papier. Ils préféraient plutôt des feuilles ou de l’argent, si vous préférez. Il faut plus de feuilles pour imprimer les feuilles, mais cela ne résout pas tous les problèmes de la presse.

Pressé et partagé entre plusieurs autres priorités, l’Etat ne peut raisonnablement pas continuer à alimenter l’assiette de subvention à la presse privée. En passant de 100 millions en 1999 où cette manne a été distribuée pour la première fois, à 150 millions en 2003 puis 200 millions en 2006 et à 250 millions à partir de 2008, on peut croire à une volonté certaine de soulager les médias privés. Mais cette aide, aussi croissante soit-elle, ne semble pas aider à s’en passer. Bien au contraire. Ainsi que les conclusions des 4es Uaco le suggèrent, après le «printemps», il faut envisager d’autres voies et moyens pour enraciner plus solidement l’entreprise de presse dans l’environnement socio-économique de l’Afrique. Les feuilles, c’est bien, pour ne pas périr à les attendre, il faut une nouvelle feuille de route...

Les commentaires sont fermés.