Au moment où la fièvre du «15-Octobre» retombe et que les Burkinabè de toutes les
républiques retrouvent leur train-train quotidien, il n’est peut-être pas inutile de s’arrêter sur la figure des non-dits de certains faits et gestes qui semblent pourtant en dire long sur l’avenir du pouvoir au Faso.
En effet, si l’on a pu lire des signes de grisaille dans la façon cavalière dont les ‘’hommes du président’’ ont échafaudé les «20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré», on s’aventure très peu sur la fin... du pouvoir du même Blaise Compaoré.
La pilule de la Constitution tripatouillée sur mesure étant passée comme une lettre à la poste, après la dernière présidentielle de novembre 2005, il peut rempiler jusqu’en... 2015. Si l’on s’en tient à la tristement célèbre logique qui veut qu’un chef d’État en fonction n’organise pas des élections pour les perdre, les blaisistes devraient se préparer à célébrer leurs noces d’argent en 2012 et pourquoi pas les noces de nickel en 2015 qui marque officiellement la fin constitutionnelle de son règne.
L’enfant terrible de Ziniaré voudrait-il faire durer aussi longuement le plaisir de jouir de son naam? Telle est la question que même les plus fidèles de ses fidèles éviteraient soigneusement de lui poser. On aurait tort de croire que le Blaiso ne pense pas, même secrètement, à sa succession à la tête de l’État. On a beau aimer le pouvoir, on finit par s’en lasser. Mais une chose est de quitter le pouvoir - volontairement, par la force de la loi ou par la force des choses -, mais une autre - bien plus angoissante - est de passer la main avec certitude et surtout l’assurance de partir se la couler douce et, plus encore, de vivre tranquille et le cœur apaisé.
Le chemin de croix que le Tribunal pénal international impose, en ce moment, à son cher copain Charles Taylor ne doit particulièrement pas l’inciter à passer la main au premier dauphin venu. Plus que tous ces courtisans qui nourrissent le secret espoir d’être, un jour, calife à la place du calife, Blaise Compaoré sait que dès qu’on s’empare du pouvoir, on est capable de tous les coups fourrés, y compris contre tous ses meilleurs amis.
Comme on peut le voir, l’éventuelle décision de Blaise Compaoré de quitter le pouvoir paraît intimement liée au choix d’un dauphin qui bénéficie de sa pleine confiance à lui assurer une retraite paisible et sécurisée.
Cette condition est à la fois si délicate et majuscule que des observateurs avisés pensent qu’il n’hésitera pas à préparer l’héritier par ses propres soins. Connaissant l’homme comme un fin stratège qui ne se laisse pas surprendre par les événements, il n’attendra probablement pas le crépuscule pour se mettre à cette tâche essentielle. Dans le même temps, il se doit de s’entourer d’un maximum de candeur pour ne pas enflammer des rivalités réelles ou supposées qui alimentent les rumeurs les plus folles.
La dernière qui a débordé des ondes de la TéNéBreuse est sans doute ce qu’il convient d’appeler la guéguerre entre le ministre d’État Calife Diallo et le «petit président», François Compaoré. Lors de sa sortie télévisée du 9 septembre dernier, Blaise Compaoré a tenté de banaliser ce qui apparaît aux yeux d’une certaine opinion comme un antagonisme entre «un de ses plus proches collaborateurs» et son frère. S’il est vrai qu’il n’a pas pris le parti de l’un contre l’autre, force est de reconnaître que la suite des événements éclaire le statut et la place de chacun dans la galaxie du pouvoir. Les derniers faits se sont laissé découvrir à la faveur de la commémoration du 20e anniversaire de l’ascension du Blaiso au pouvoir.
Visiblement friands de symboles à revendre, les «rectificateurs de la Révolution d’août 83» se sont donné rendez-vous, le 18 octobre dernier, dans la ville historique, d’où sont partis les commandos qui ont allumé... la flamme qui n’a pourtant brillé que 4 années. On ne parlera jamais assez de cette rencontre dite «historique» entre Blaise Compaoré et la jeunesse burkinabè. Mais au-delà du cours d’histoire improvisé du Capitaine à la retraite... de l’Armée, il s’est produit un événement historique qui ne donne pas moins à réfléchir.
Pour la première fois, François Compaoré raconte ses «hauts faits de guerre» aux côtés de son grand frère de président. contant tout ce qu’il a fait «la nuit où Blaise est revenu de Bobo», il souligne: «C’est ma façon de... permettre à Blaise de s’éloigner de la maison». A en croire son témoignage, il aurait activement contribué à sauver Blaise du guet-apens qui lui était tendu dans la fameuse nuit du 17 mai.
Voilà donc le «frangin» auréolé de la reconnaissance qui fait de lui un acteur clé de ce qui a permis à son frère de rester en vie. Pour avoir risqué sa propre vie pour «sauver» celle de son frère, ne mérite-t-il pas aussi de jouir des privilèges dont pourront jouir les ouvriers de la première heure?
Le moins que l’on puisse dire, c’est que François n’apparaît plus désormais comme un «parachuté» qui récolte ce qu’il n’a pas semé. Par la magie de ce «tribunal d’histoire» dressé le 18 octobre 2007 par les rectificateurs d’une révolution d’où ils cherchent paradoxalement leur propre légitimation, «le petit président» acquiert lui aussi ce «passé glorieux» qui manquait tant à la recherche du destin national qui semble le faire courir ces dernières années. Car, dans le présent, sa paternité - même contestée - des Amis de Blaise Compaoré (ABC) lui confère un poids non négligeable au plan politique et ses nombreux parrainages d’événements sociaux dont le plus important est d’être le parrain national de l’Union des sports scolaires et universitaires du Burkina Faso (Ussu-BF) font de lui un «homme incontournable», selon certaines indiscrétions. Toutes choses qui expliqueraient son choix pour servir de «médiateur» ou de «facilitateur» dans le bras de fer qui oppose une partie de l’Armée - par militaires retraités interposés - au régime Compaoré. Si cette information se confirmait et que Moukila venait à réussir le coup de gagner la sympathie de «ceux qui ont toujours fait et défait les régimes», il ne lui resterait plus qu’un avenir... présidentiel à conquérir. Avec la bénédiction de son frère.