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15.11.2007

Cadeau empoisonné ou gratuité de manuels scolaires?

e8918a01342173c2c600ed43b8e95aa0.jpgAnnoncée à grand renfort médiatique, l’opération de dotation gratuite des écoles primaires (publiques en priorité) en manuels scolaires ne serait-elle que du pipeau? Alors que le train de l’année scolaire 2007-2008 est à quelques encablures de sa 1ère halte, nombreux sont les élèves qui attendent désespérément, sur le quai de départ, la couleur des «manuels gratuits». Quel gâchis pour eux et pour leurs parents! Hélas! Entre les belles assurances données, le 27 août dernier à Fada, par le Premier ministre, les jolies conférences du ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation et la réalité du terrain, il y a un monde. Opération mal orchestrée? Promesse impossible à tenir? Cadeau empoisonné? La polémique s’enfle. La colère gronde. La gratuité trouble la quiétude de l’école.

 

76ceab1bdc0bc113adc0513ee757469b.jpg«Je tiens à rappeler qu’il est demandé avec insistance à tous les responsables des services déconcentrés du MEBA de procéder à la distribution immédiate desdits manuels et de communiquer les écarts à la Direction de l’Allocation des Moyens Spécifiques aux Ecoles pour compléments nécessaires». Cet extrait d’un communiqué du ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation publié en fin du mois dernier cachait difficilement le dépit de Mme Odile Bonkoungou, obligée de sortir de ses gongs pour taper dans la fourmilière. En effet, l’opération de distribution gratuite des manuels scolaires était supposée s’achever le 30 septembre. Mais plusieurs semaines après le délai officiel, de nombreuses écoles attendaient d’entrer en possession de leurs dotations. Comme elle devrait s’y attendre, des coups de gueule n’ont pas tardé à se faire entendre. En plus de charrier les récriminations qui fustigent les dysfonctionnements constatés ici et là, la presse est allée faire ses propres constats sur le terrain. De quoi confondre «Aux deals...Beaucoup-d’gouaille» et de lui jeter à la figure la dissonance criarde entre la réalité et le discours.

 

Des directeurs entre le marteau et l’enclume

On peut croire que le respect des engagements pris passe pour un impératif catégorique pour le gouvernement Testicus Zorro dans cette délicate opération de «gratuité» très équivoque dans un contexte marqué par une mendicité ambiante et un flou artistique entretenu par la politique politicienne. La réussite de ce coup d’essai pourrait servir à attendrir des bailleurs de fonds devenus très «vigilants comme des CDR» depuis les vilains coups de la première phase du Programme de développement décennal de l’éducation de base (PDDEB). L’enjeu est de taille. Mais si les choses semblaient bien ficelées au départ pour mobiliser l’opinion nationale et internationale, le désenchantement n’a pas mis trop longtemps à gagner les rangs, et pour cause.

Dur, dur de comprendre que «toutes les circonscriptions d’éducation de base aient reçu leurs dotations conformément aux besoins exprimés en fin d’année scolaire 2006-2007», comme l’affirme la ministre dans le communiqué du 24 octobre, alors que la satisfaction des besoins réels de certaines écoles pose problème au point que les chefs d’établissement préfèrent ne pas procéder à la distribution gratuite au risque de faire de la discrimination entre les élèves. En plus, lorsque les livres ne parviennent pas en deçà des besoins exprimés par leurs destinataires, la dotation ne semble pas couvrir toutes les disciplines fondamentales concernées. En clair, la gratuité est mise en difficulté parce qu’il n’y a pas assez à distribuer à ceux qui en ont droit. Conséquence, les directeurs d’école sont pris entre le marteau et l’enclume.

 

58011e2461f7e8e2acdb5550fd64cd53.jpgUn cadeau qui empoisonne l’école

Des parents d’élèves qui rechignaient déjà à prendre en charge la scolarisation de leur progéniture ne trouvent-ils pas dans la perche de la «gratuité» le moyen de se dérober de leurs obligations traditionnelles? Les premiers responsables des établissements peuvent-ils réguler cette histoire de «gratuité» dont l’interprétation divise les acteurs de l’éducation de base?  Que dire de l’exigence de «cartables minima» que certaines écoles continuent d’attendre pour mettre leurs élèves dans les conditions minimales d’apprentissage? Dans ce dernier lot, on cite notamment les fournitures scolaires nécessaires pour permettre aux élèves d’avoir de quoi écrire et noter.

Au regard de ces différentes fausses notes de ce qu’il convient d’appeler «gratuité de manuels scolaires», l’opération apparaît bien plus comme un nœud de problèmes que comme un catalyseur de l’impasse dans laquelle se trouve le devoir régalien de l’Etat d’assurer «l’éducation pour tous». Dans certains cas, elle apparaît comme un cadeau qui risque - si ce n’est déjà fait - d’empoisonner l’atmosphère de sérénité et de quiétude qui doit régner autour de l’école. 

Le Premier ministre doit courageusement reconnaître que la gratuité est mal partie et rectifier au besoin le tir avant qu’il ne soit trop tard. La ministre de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation, qui semble avoir pris la mesure des dysfonctionnements, gagnerait à faire prendre des mesures concrètes conformément aux réalités du terrain qui semblent curieusement la surprendre. A moins de vouloir jouer à la politique de l’autruche, il faut faire comprendre aux bailleurs de fonds que la «gratuité c’est pas bon, mais c’est arrivé». Un point c’est tout.

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