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08.11.2007

"Le mois de l'arbre" qui cache la forêt

cbc076b93d2824431f68eaedc3f99e51.jpgRessortiront, ressortiront pas? Alors que les Forces armées nationales se préparaient à fêter, comme il se doit, leur 47e anniversaire, les bidasses à la retraite ou proches de la retraite qui se croient lésés dans la jouissance de certains de leurs «droits» ne décoléraient pas. Ils ont même eu l’outrecuidance de rappeler leurs revendications à la mémoire de la hiérarchie militaire et surtout de l’opinion nationale en tenant, le 28 octobre, une assemblée générale à la Maison du Combattant de Ouagadougou. C’est à l’issue de ces assises qu’ils se sont saisi d’une nouvelle date, celle du 12 novembre - c’est-à-dire lundi prochain - pour réinvestir la rue. Si l’on en croit les précisions qui ont été ajoutées à la déclaration... de guerre, le rassemblement des «doyens» aurait lieu à «4 heures du matin à la Place de la Nation».

Si le rendez-vous est maintenu, ce sera le signe que «le mois de l’arbre», thème autour duquel se sont tenues les festivités du 47e anniversaire des Forces armées nationales, n’aura donc pas réussi à cacher la forêt des mécontentements. L’ombre de cette saute d’humeur a plané sur la commémoration. Yéro-la-bagarre, le sinistre de la Défonce, s’en serait voulu de l’ignorer. En guise de clin d’œil aux frondeurs qui ne devaient pas avoir l’air à la fête le 1er novembre dernier, il a indiqué que son département serait en train de concocter «une politique cohérente en matière de reconversion et de santé» pour résorber «définitivement la psychose de la prise en charge médicale» ainsi que «la sempiternelle question des retraités». Cette note de consolation suffira-t-elle à calmer les ardeurs? Rien n’est moins sûr.

Le plus dur sera de ramener dans les casernes un débat qui n’aurait pas dû en sortir. Or, en étalant sur la place du marché les problèmes d’augmentation de l’âge du départ à la retraite ainsi que ceux de la rétroactivité des mesures d’accompagnement des retraités, la sérénité a foutu le camp. Chaque partie campe sur sa position et la négociation a désormais tourné à un dialogue de sourds. Les bidasses frondeurs qui comptent sur le soutien de la rue et sur la gêne légendaire du régime Compaoré face aux revendications des militaires n’entendent apparemment pas s’arrêter en si bon chemin. Se fondant probablement sur l’aboutissement des grognements précédents où les manifestations se sont quasiment soldées par la satisfaction parfois totale et sans condition, le groupe des militaires semble bénéficier de vent trop favorable pour lâcher prise. Qui est fou?

Disons-le net. Le ventre mou du pouvoir n’est-il pas en train de payer sa trop grande révérence aux militaires? Comment veut-on discipliner ces gens-là si l’on cède trop facilement à leurs revendications, alors que la même République est prête à mater les autres corps pour des requêtes moindres? Si un groupe de militaires en vient à en faire à sa tête au point de défier les institutions républicaines, le ministère de la Défense, et par ricochet le gouvernement, ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Le boulevard leur a été ouvert par la gestion laxiste et complaisante des précédentes manifestations.

N’est-ce pas consacrer le désordre et l’incivisme dans les rangs des forces armées que de n’avoir jamais pris de sanction officielle contre les militaires déchaînés qui ont pris le pays en otage en décembre 2006 et qui ont mis à feu et à sac des édifices publics et pas des moindres, tels le commissariat central de Ouagadougou et la direction générale de la police nationale qui abrite également la sûreté de l’Etat?

Si les militaires à la retraite ou proches de la retraite semblent si intransigeants au point de ne pas vouloir entendre raison, il faut chercher le ver dans le fruit. L’arbre ne doit pas cacher la forêt. Il ne faut pas se voiler la face. L’Armée a mal à sa discipline.

 

Le Blaiso toujours aux abonnés absents

Les habitués des festivités de l’anniversaire des Forces armées nationales ont été une fois encore surpris de constater l’absence très remarquée du chef suprême. Une fois encore, le Blaiso a préféré se faire représenter par son Premier ministre. Che Ernesto Yonli l’a pratiquement fait durant tout son septennat à la Primature. Au moment où les militaires ont peut-être un message fort de leur premier responsable, voilà que le capitaine à la retraite Blaise Compaoré continue de jouer à la politique du fauteuil vide. Qu’est-ce qui fait mouiller tant «l’enfant terrible de Ziniaré»? C’est vrai que sa présence à ces fêtes n’est pas constitutionnellement consacrée. Mais un chef suprême à l’anniversaire de l’Armée, ça peut toujours remonter le moral des troupes. Surtout dans un contexte où elles ont mal à leur cohésion.  

 

Qui c’est, cet émissaire du «petit président»?

La médiation annoncée de François Compaoré dans l’affaire des militaires risque de ne pas être une partie de plaisir pour le «petit président». Si l’on en croit la première réaction des retraités frondeurs à cette nouvelle, ses services ne seraient pas les bienvenues sur ce front-là.  «François Compaoré est passé par un intermédiaire pour nous contacter. Mais nous avons refusé pour éviter les confusions. Notre problème est avant tout une affaire de militaires», peut-on lire du compte rendu qui a été fait le 29 octobre de l’assemblée générale tenue la veille par les militaires à la Maison du Combattant à Ouagadougou. Celui qui a eu le culot de cette riposte à la proposition de médiation n’est autre que le sergent à la retraite Clément Ouédraogo. Qui se cacherait derrière l’intermédiaire dont il parle? Faut-il croire que la médiation est mal partie? Pourquoi la hiérarchie de la Grande muette ne fait-elle pas de déclaration officielle sur ce projet de médiation qui fait tant jaser?  Peut-être qu’on en saura un peu plus des bruits de bottes de lundi prochain.

 

Le colonel Zagré à l’épreuve de l’honneur

S’il y a bien quelqu’un qui doit se faire beaucoup de souci à l’annonce d’une autre manifestation des militaires retraités, c’est bien le colonel Pingrenoma Zagré, qui n’est autre que le président du comité ad hoc de négociation entre l’administration militaire et les frondeurs. De nouveaux bruits de bottes dans la rue seraient synonymes non seulement de rupture totale des fils du dialogue, mais aussi une nouvelle défiance à l’instance qu’il préside. A défaut d’œuvrer à faire avorter la manif’, il devra prouver qu’il a tout essayé. Ce qui ne sera pas une mince affaire.

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