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02.11.2007

Le showbiz, c'est pas de la charité

76226ba6de45f398f4d84bbd5ff5b8ce.jpgLes organisateurs de spectacles devraient-ils être charitables avec les artistes musiciens burkinabè? Suite à un coup de gueule de l’Association des jeunes artistes musiciens contre ce qu’elle ressent de plus en plus comme une «charité mal ordonnée», certains confrères n’ont pas hésité à prendre leur parti, mieux, à plaider pour la «priorité à nos musiciens». En effet, les prestations musicales tiennent une place de plus en plus centrale dans les manifestations qui se suivent et se ressemblent au Faso. Avec la force des choses, un «marché assez juteux» s’est créé autour de ces choses-là.
Naturellement, les stars qui ravissent parfois la vedette aux parrains des événements sont les mieux servies et sont au centre de toutes les attentions. Sans compter que plus le demandeur est important et feuillu, plus les v’loppes des musiciens sont consistantes. Il y a de quoi faire rêver. Surtout que dans le cadre de ces manifestations ces heureux musiciens sont totalement aux frais de la princesse, et leurs managers n’ont généralement aucune angoisse à se faire pour mobiliser les mélomanes. Tout est assuré par ceux qui les invitent. Tout ce qu’on leur demande, c’est d’assurer le spectacle.
L’affaire est juteuse, sinon bénéfique, à tout point de vue. Et certains musiciens du Faso aimeraient bien profiter de cette manne. Mais lorsqu’ils ne sont pas royalement ignorés, on ne leur réserve que les avant-scènes avec tout ce que cela constitue comme «miettes». Ce qui semble aguicher le plus, ce sont les stars que l’on fait venir d’ailleurs pour jouer les premiers rôles. D’où la frustration légitime des musiciens locaux.
Mais cela mérite-t-il que l’on jette l’anathème sur les organisateurs de ces spectacles payés à l’avance? Dans un contexte où l’on veut forcer l’art à nourrir son homme, il paraît peut-être logique de prêcher la logique d’un certain partage équitable du gâteau. Cela permettrait de résoudre certainement des problèmes tube-digestivistes immédiats et concrets.
Mais il ne repose pas moins la question de la notoriété et de la valeur intrinsèque de l’artiste et de sa valeur marchande. Or, dans le cas d’espèce, ce n’est pas sur la valeur propre de l’artiste, ou sa nationalité, ou encore son patriotisme qu’il est choisi, mais sur sa capacité à mobiliser du monde. Le but de ces manifestations n’est-il pas d’abord d’attirer du monde pour un prince ou une organisation qui a besoin de réchauffer sa cote de popularité?!
Lorsque certains artistes d’ailleurs, tels le groupe Magic System et Meiway, pour ne citer que ceux-là, sont sur tous les coups, au point d’apparaître comme pratiquement établis ici, cela peut faire croire à une préférence mal placée. Mais au-delà de la frustration compréhensible de l’association, on ne doit pas perdre de vue la logique implacable qui veut que l’aura du véritable musicien se bâtit non pas sur des scènes payées, mais sur des scènes payantes que des mélomanes ne sont prêts à rater pour rien au monde. C’est à cette bagarre qu’il faut élever les débats et les ébats. Sinon, on peut se tromper de combat.

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