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29.10.2007

Il va y avoir des bousculades sur la bande FM et télévisuelle

493eee17ccf82249bd0be2b030f9af72.jpgAuditeurs et téléspectateurs de tout le Burkina devront se préparer à tourner et à zapper à volonté. En effet, le 18 octobre dernier, le Conseil supérieur de la communication (CSC) avait les mains bien pleines de fréquences à octroyer. 33 promoteurs qui en ont fait la demande en février dernier sont passés à l’étape de signature de la convention qui les lie désormais à l’instance de régulation. Cet acte officiel marque l’arrivée sur la bande FM nationale de 15 radios communautaires ou associatives, de 8 radios commerciales et de 8 radios confessionnelles. A cela, il faut ajouter 2 télévisions, dont une commerciale (TV Soleil) et une confessionnelle (TV-Maria). Ce n’est pas tout.

Comme pour corroborer sa générosité débordante, le CSC a saisi l’occasion pour rendre publics les résultats de l’appel à candidatures lancé en septembre. Dans ce lot, ce sont au total 19 radios, dont 10 commerciales, 5 confessionnelles et 4 associatives; 8 télévisions, dont 7 commerciales et 1 associative et 2 MMDS (services de distribution multipoint multicanal) ) qui se préparent à peupler le paysage médiatique burkinabè. Parmi les postulants, il y en a qui débarqueront pour la première fois sur la galaxie radiophonique ou télévisuelle, mais il y a aussi des vieux de la vieille.

Fait remarquable, le tonitruant Moustapha l’habile Thombiano a enfin obtenu l’autorisation de lancer prochainement sa télévision sous le label TVZ Africa, précisément sur la fréquence 519.25. Cela fait plusieurs années qu’il scrute l’Horizon et il ne s’est pas privé de brandir un V de la victoire pour saluer l’événement. Selon radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville, Moustapha et son écurie seraient déjà à pied d’œuvre pour établir leur nouveau quartier général sur l’avenue Kwame-Nkrumah, presque en face d’une de ses concurrentes. Si ces infos se confirment, on ne devra pas seulement assister à une bousculade sur la bande FM et sur la fibre cathodique mais également dans la rue.

Les téléspectateurs et les auditeurs qui ne peuvent qu’être contents de voir élargir le théâtre de la concurrence n’attendent pas mieux que d’avoir désormais le choix de zapper les images médiocres, moches et surtout constipantes.

"Zones non-lotie", quartiers sans loi de Ouaga

Alors que les autorités communales ne savent plus à quel saint se vouer pour gérer les quartiers qui ceignent la ville, elles doivent aussi faire face au développement de la violence et de la dépravation des mœurs qui minent ces zones dites non loties. Au-delà des fortunes diverses des secteurs 28, 29 et 30 de Ouagadougou règne une sorte de bordel où la loi et le respect des bonnes mœurs ont foutu le camp. Bienvenue en enfer!
Samedi 20 octobre. Il était 20 h 30 à la zone non lotie du secteur 30 de Ouaga. Des jeunes gens, tels des papillons attirés par l’odeur du nectar, se massent autour du maquis et bar dancing «Magdala». Le nom, inscrit bien en grand sur le fronton et évocateur d’un lieu de réjouissance, ne pouvait pas tromper sur ce qui peut se passer à l’intérieur. Inutile de préciser que le nom de Marie de Magdala ou Marie Madeleine renvoie à la prostitution dans la Bible. Dans la pénombre de cette banlieue, le promoteur du maquis n’a visiblement pas voulu prendre des détours. Serait-il un téméraire ou un naïf? Pour ce maquis situé à côté du mur du Lycée communal, le bon sens aurait voulu qu’il dissimule un peu cette affiche peu... catholique.

fad181326b0f978dce41517ec09fab95.jpgProstitution à ciel ouvert
Curieusement, les grandes portes en fer qui barrent l’entrée étaient hermétiquement fermées et gardées par un «gros bras» qui ‘’mettait en joue’’ ceux qui seraient tentés de forcer le passage sans régler, au préalable, le prix de 300 F Cfa exigé. Normal, il y avait un bal cette nuit-là. Mais le bal n’était que l’arbre qui cache circonstanciellement la forêt. Il suffit de longer le petit couloir adjacent pour découvrir ce qui se cache derrière ces grands murs et le portail de fer. La clé du mystère se trouvait dans la petite porte située à un angle du mur.
Une dizaine de jeunes filles, à moitié vêtues, déambulent devant la porte et hèlent les passants. La prostitution à ciel (presque) ouvert, voilà ce que cache le maquis bar dancing «Magdala».
De jeunes hommes un peu nerveux, qui faisaient office de gardiens des lieux, rôdaient pour dénicher d’éventuelles présences indiscrètes. Il ne fallait surtout pas éveiller leur curiosité, en voulant s’introduire dans l’enceinte de façon irrégulière. Le ticket de 300 F était le visa. Le tour bien joué, il ne restait plus qu’à ouvrir l’œil. Ce n’était d’ailleurs pas compliqué. Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures. Ce bar aurait pu s’appeler aussi maquis «Vis-à-Vis». Car, entre les quatre murs, les clients ne se gênent pas du tout. On se croirait même dans une zone sans loi. Tout ou presque est permis.

Des gamins et des fillettes
Ainsi, des gamins, qui ont réussi à pénétrer dans l’antre du maquis, ne se gênent pas pour se taper une bouffée de cigarette et rejeter la fumée comme pour narguer ceux qui penseraient qu’ils n’en avaient pas le droit. Sur la piste de danse, on pouvait remarquer des petites filles, qui ont à peine perdu leurs dents de lait, se trémousser avec des gaillards qui ont presque l’âge de leur paternel. Toutes les phases sont bonnes pour plaire, surtout à ceux qui ont «le pouvoir d’achat».
Les péripatéticiennes en exhibition gambadent de table en table à la recherche des candidats qui veulent «travailler». Certaines poussent le bouchon jusqu’à poster le postérieur sur vos jambes, comme pour vous donner un avant-goût de la «marchandise». En même temps qu’elles vous incitent et vous excitent à passer à l’acte, elles négocient le marché, tout en vidant votre verre - s’il y en reste quelque chose - ou profitent pour se faire servir. A l’instar des membres d’un orchestre, chacun semble jouer sa partition dans le maquis. Lorsqu’un client est accroché à la jupe d’une prostituée, les serveurs s’approchent pour livrer le rafraîchissement au couple occasionnel. Dans les couloirs rôde également une dame d’un certain âge qui joue à la «patronne» des lieux. Le chef d’orchestre, lui, est invisible. Selon quelques indiscrétions, il serait un «mogô puissant», un «gendarme à la retraite» qui aurait hérité de ce grand domaine qui est, en fait, ce qui reste de son village.

Un gendarme à la retraite
Apparemment, il serait en territoire conquis et bien contrôlé. Du moins, il ne semble pas inquiété par qui que ce soit. Ni par l’autorité communale, encore moins par la police ou par ses anciens collègues de la gendarmerie. Lorsqu’on a le champ libre devant soi, on n’hésite pas à tout se permettre. Ainsi n’a-t-il pas hésité à ouvrir ce bordel avec tous les risques sanitaires et moraux que cela comporte pour les jeunes qui le fréquentent. Puisqu’il ne pouvait pas embaucher des jeunes filles du quartier, il se serait livré à un trafic de prostituées. Les filles qui y officient sont, en effet, de nationalité nigériane ou ghanéenne. Une d’entre elles (une Nigériane) a accepté de lever un coin du voile sur son histoire (contre deux bouteilles de bière). Elle nous a déclaré avoir été amenée au Burkina par un de ses compatriotes à qui elle a dû payer 150 000 nairas. «Maintenant que je ne dois plus rien à personne, je fais mes propres contrats», a-t-elle ajouté, en substance. En réalité, elle n’est pas aussi libre qu’elle le pense. Dans l’enclos du maquis «Magdala» qui lui sert à la fois de domicile et de ‘’service’’, elle et ses copines sont surveillées nuit et jour par des «chiens de garde» qui sont eux-mêmes au service d’un parrain qui doit se faire son beurre sur leur dos. N’interpellez surtout pas le maire de la ville, la police et la gendarmerie.

18.10.2007

Trop de bamboula ternit la démocratie

da3e87d0c8d05165ba9114a1c10b7c7b.jpgLe Blaiso et ses partisans ont donc fini par faire leur fête. Mieux, ils auront passé plus d’une semaine à organiser des manifestations aux allures d’un triomphe sans partage. Malgré les acrobaties sémantiques des organisateurs des festivités, les subterfuges n’ont tenu que le temps d’une conférence de presse. On n’a pas besoin de dessin pour comprendre que c’est bien «la longévité d’un homme au pouvoir» qu’on a voulu célébrer et non cette soi-disant «renaissance démocratique» dont on a voulu couvrir l’onde de choc du 15 octobre 1987. Les divisions et les rancœurs que concentre cette date sont sans doute la preuve que la modération aurait eu meilleur goût à l’occasion de ce 20e anniversaire. Mais hélas! 

Les oripeaux du parti unique et de la pensée unique sont si tenaces qu’on n’a pas pu faire l’économie de ces affiches géantes placées aux coins stratégiques de la ville et qui attribuent subtilement «tout honneur et toute gloire» à Blaise Compaoré. C’est à croire que le pays s’est mué en une sorte d’autocratie dont il fallait vénérer à tout prix le président. Avec l’emphase de certains discours et surtout des manifestations de soutien qui ont paralysé le centre-ville lundi dernier, on se demande s’il ne manquait pas seulement d’ériger une grande statue en l’honneur du Blaiso à la Place de la Nation.

En tout cas, la célébration des «20 ans de pouvoir» en pleine marche vers une démocratie qui n’a pas encore trouvé toutes ses marques, cela peut provoquer un effet boomerang. Dans une conjoncture nationale marquée par une vie chère consécutive à la flambée permanente du prix du pétrole et ses corollaires, on aurait pu faire l’économie de la bamboula pour ne retenir que le fameux colloque international sur la démocratie et le développement en Afrique.

Mais tout semble avoir été ficelé de longue date. Comme on devait s’y attendre, les courtisans de tout poil n’ont visiblement pas chômé. Rivalisant d’initiatives pour plaire au grand sachem, chacun a dû y mettre du sien pour pousser le bouchon de la démesure plus loin. En attendant que Jean-Léonard Compaoré et ses amis du comité d’organisation aient l’élégance de dire combien tout cela a coûté, force est de constater qu’à faire des bamboulas sans modération, on ternit l’image qu’on veut donner de la démocratie.

 

Coïncidences troublantes

Non contentes d’empêcher les sankaristes et leurs partisans d’accéder aux espaces publics de l’intérieur pour donner de la visibilité à la commémoration du 20e anniversaire de l’assassinat du capitaine Tom Sank, les autorités burkinabè auraient-elles aussi tenté de leur fermer les portes de l’extérieur? Au regard des perturbations du service d’accès à Internet et les dates auxquelles celles-ci sont intervenues, la coïncidence pousse à franchir le pas. Même si, de bonnes sources, on a appris que la fibre optique a été sectionnée par un ou des quidams inconscients, il n’en demeure pas moins que cet acte anodin (?) apporte de l’eau au moulin des sankaristes qui pourraient légitimement penser qu’après leur avoir privé de l’accès à la télévision nationale, on voudrait les empêcher d’avoir pignon sur la toile mondiale.

 

Qui paiera l’addition de la semaine ?

Pour rester logique dans sa croisade pour la bonne gouvernance, le PM Testicus Zongo devrait pouvoir dire aux Burkinabè qui paiera le manque à gagner provoqué par la désertion de ses ministres de leurs lieux de travail durant toute la semaine. Si l’on en croit le président du comité d’organisation, la célébration des «20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» serait une affaire du parti au pouvoir et de tous ceux qui soutiennent l’action du président. Alors question: pourquoi avait-on besoin de fermer les classes dans la journée du 15 octobre pourtant officiellement ouvrable?

 

Avait-on peut besoin de prendre Ouaga en otage ?

La commémoration du 15-Octobre n’a pas seulement exacerbé les divisions entre blaisistes et sankaristes, elle a aussi pris les Ouagalais en otages. Impossible d’accéder au centre-ville lundi dernier. Partisans, souteneurs et autres côcôs ont inondé la Place de la Nation à l’appel des blaisistes qui avaient non seulement les moyens de les faire converger dans cet espace mythique de la Révolution d’août 83, mais ils avaient la police à leurs ordres pour faire tourner en rond ceux qui voulaient vaquer tranquillement à leurs occupations. Dans l’autre camp, ce sont les riverains du cimetière de Dagnoën qui ont subi les assauts des partisans de Tom Sank. Avec la présence de Mariam Sankara, pour la 1ère fois sur la tombe de son mari, l’affluence était monstre. Comme eux n’avaient pas de Police à leur disposition, c’est le service d’ordre qui s’est sérieusement emmegdé.

 

Pô n’aura donc que la nostalgie de la Révolution

Visiblement nostalgique de ses exploits de chef incontesté des commandos qui sont allés de la ville de Pô à Ouagadougou pour enclencher la révolution d’août 83, le Blaiso ne veut pas se priver du plaisir de refaire, 20 ans après, le chemin inverse. Cette fois-ci, il ne sera pas sur un char d’assaut et en treillis militaire; il sera bien en costume ou en boubou et solidement escorté pour un méga meeting avec des jeunes. Seulement, si Pô peut être fière d’être «le berceau de la Révolution», ses fils n’ont pas moins l’œil triste, en voyant que les fruits du progrès tardent toujours à pousser dans leur cité. Ce au point qu’on se demande si le seul bénéfice que Pô tire de tout cela n’est pas que la nostalgie de la Révolution.

A quoi sert le CSC?

a9e14ef7b156d59c92327412f17f6f09.jpgS’il est vrai que le Conseil supérieur de la communication (CSC) semble avoir tenu ses promesses en matière de veille à l’équilibre de l’information dans les médias, force est de reconnaître que les tournures prises lors des manif’ et contre-manif’ entrant dans le cadre de la commémoration du 15-Octobre ont mis l’institution à rude épreuve.

En effet, si les organes de la presse écrite publique et privée tentent, tant bien que mal, de sacrifier au sacro-saint principe de l’équilibre de l’information et de la pluralité des positions, des opinions et surtout des passions qui se sont cristallisées autour de cette date historico-tragico-politique, le parti pris de la presse audiovisuelle, notamment de la Télévision nationale du Burkina, ramène sur le tapis la délicate problématique du cahier de charges des médias de service public.

Comme on peut le constater, sans loupe ni dessin, la TéNéBreuse a délibérément choisi son camp, celui de ne diffuser les spots publicitaires et les reportages que des manifestations organisées par les blaisistes et des partisans de l’acrobatique célébration des «20 ans de la renaissance démocratique avec Blaise Compaoré». En dehors de la couverture d’un très marginal séminaire de formation, organisé par l’UNIR/MS à l’intention de ses militants en fin de semaine dernière, ce fut le silence radio voulu et entretenu sur tout ce qui touche à la commémoration de «l’assassinat du capitaine Thomas Sankara». A défaut de savoir d’où le staff de la RTB a reçu l’ordre de ne faire résonner qu’un seul son de cloche sur le 15-Octobre, certains voudraient savoir si le CSC ne pouvait pas remettre les pendules à l’heure de la diversité de vues que concentre cet événement. A quoi sert finalement le CSC? Telle est la question que plus d’un observateur de la scène médiatique burkinabè se pose.

En filigrane de cette interrogation se pose le problème des pouvoirs dont dispose effectivement l’organe de régulation. L’article 2 de la loi n° 028 - 2005/AN du 14 juin 2005 portant Création, composition et fonctionnement du CSC stipule qu’il doit «contribuer au respect de la déontologie professionnelle par les sociétés et entreprises de radiodiffusion sonore et télévisuelle privées et publiques, par les journaux et publications périodiques publics comme privés diffusés ou publiés sur le territoire national». Mais si cette disposition cerne la mission générale de l’institution, elle ne dit pas comment cela doit se faire. C’est seulement en matière d’élections que l’article 8 précise que le rôle du CSC est de «fixer les règles concernant les conditions de production, de programmation, de diffusion des émissions et des articles relatifs aux campagnes électorales par des sociétés et entreprises de presse écrite et de radiodiffusion sonore et télévisuelle appartenant à l’Etat, en conformité avec les dispositions du code électoral». Autrement, il ne peut que se contenter d’une recommandation de principe comme celle qui a été publiée le 9 octobre dernier et appelant au «respect strict des règles d’éthique et de déontologie dans le traitement de l’information» relative à la commémoration du 15-Octobre. En clair, l’organe de régulation ne pouvant exercer de contrôle a priori en dehors des périodes électorales, la position de la TéNéBreuse pourrait s’expliquer par l’exploitation de cette faille. Mais faut-il se résigner à cette situation?

On aurait bien voulu que les organisations sankaristes et les partisans de la commémoration de l’assassinat de Tom Sank très lésée par le déséquilibre de l’information au niveau de la RTB jettent un pavé dans cette marre anachronique en usant de l’arme de l’article 22 de la loi organique du CSC qui stipule que: «Le Conseil supérieur de la communication peut être saisi par tout citoyen, toute association et toute personne morale publique ou privée, aux fins d’examiner des questions relatives à son champ de compétence, notamment pour exercer son droit de réponse».

Hélas! Le front médiatique n’a pas été exploré. Cette saisine aurait eu le mérite et l’avantage de voir à quoi sert le CSC et jusqu’où il peut aller dans l’épreuve que lui impose le 20e anniversaire du 15 octobre.  

11.10.2007

Les "hommes" du président...Blaise Compaoré

b1b13fd633410759216683300af89837.jpgEn attendant de percer les secrets de la longévité au pouvoir du Blaiso, force est de reconnaître que l’homme a su s’entourer de collaborateurs fidèles ou se débarrasser de collaborateurs gênants. Pour paraphraser son ancien-nouvel ami Laurent Koudou Gbagbo, on peut dire que Blaise Compaoré a été à la bonne école du pouvoir. Car pour y tenir aussi longtemps, il faut sans doute être un bon joueur d’échecs.

D’ailleurs, toutes proportions gardées, on peut dire que le pouvoir est comme le baobab qu’une seule personne, aussi forte soit-elle, ne peut embrasser. Cela est d’autant plus vrai qu’à l’heure où se préparent les festivités ou manifestations - selon ce qu’on préfère - des 20 ans de «Renaissance démocratique» avec l’enfant terrible de Ziniaré, il serait injuste d’attribuer les mérites de cette longévité à la seule personne du président.

Devant et derrière les rideaux, des hommes et des femmes, chacun et chacune selon ses moyens et ses marges de manœuvre, a contribué à faire le président. Certains ont choisi d’être si discrets qu’on ne les découvrira peut-être jamais. La plupart d’entre eux sont des militaires qui se dévouent à garder le temple jusqu’au prix du «sacrifice suprême», comme le commande leur mission. Mais tous les militaires n’ont pas choisi d’être dans l’ombre. De la même façon, l’opinion ne connaîtra probablement pas tous les civils qui œuvrent dans l’ombre pour tisser la toile du régime. Ceux qu’on a l’habitude de voir ne sont pas toujours ceux qui font et défont les choses.

La meilleure façon de lever un coin du voile sur les hommes et les femmes du président n’est-elle pas de les classer dans quelques catégories? Avec 20 ans de règne, les racines du pouvoir sont probablement plus profondes qu’on ne peut l’imaginer. Il y a des faits et gestes qui ne trompent pas. Il suffit d’observer les acteurs et actrices qui sont mis en avant pour l’organisation des manifestations de ces dernières semaines et ceux qui entreront en scène au cours des prochains jours pour savoir qui est qui ou qui fait quoi. A défaut de connaître toutes les abeilles qui bossent autour de la ruche, force est de constater qu’elles proviennent de tous les milieux et de toutes les couches sociales. C’est peut-être ceci qui explique cette longévité que certains veulent célébrer comme un mérite, mais que d’autres considèrent comme incongrue en démocratie.

 

Les ouvriers de la première heure

Très peu de ceux qui ont posé les bases du Front populaire sont restés à bord du navire. Certains, tel Oumarou Clément Ouédraogo, sont devenus trop gênants pour le capitaine. Et comme il ne peut avoir deux capitaines dans un bateau, il a fallu se débarrasser de cet idéologue. Arsène Bobognessan a peut-être eu le mérite de passer le cap de la refondation démocratique en posant les jalons de ce qui est devenu l’Assemblée nationale. A côté de ce médecin barbu visiblement mis sur le banc de touche, Nabobo Kanidoua, son ‘’parent’’, peut se targuer d’être parmi les premiers ouvriers.

 

La famille présidentielle

Discrète au cours des premières années du régime Compaoré, l’irruption de sa famille dans les affaires de l’État s’est faite de manière fracassante avec les frasques de François Compaoré devenu «le petit président» par la force des événements qu’il a lui-même provoqués. Propulsé au-devant de la scène sans être probablement préparé à assumer des fonctions politiques, il ne s’est pas moins adapté à la situation au point de forcer le destin. A tort ou à raison, certains lui prédisent un avenir de «dauphin» de son frère. Mais il a encore besoin de se faire accepter par les membres les plus influents du clan présidentiel. Il aurait aussi son propre clan. Sa belle-mère Alizèt Gando, dite «la belle-mère nationale», en serait une des chevilles ouvrières.

 

Les bras armés

S’il y a bien un homme clé et opérationnel du système Compaoré, c’est bien le Colonel Gilbert Diendéré. Tout seul, il est un orchestre puisqu’il représente son «patron» sur les champs de bataille aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. On se souvient que lorsque les étudiants avaient tenté de défier le pouvoir, il n’avait pas hésité à arborer une tenue de sheriff à bord de sa jeep pour aller mettre de l’ordre sur le campus. C’est probablement pour rester dans son rôle d’ombre du président qu’il demeure le chef d’état-major particulier du président du Faso. Autrefois «déménageur» au sein du Régiment de sécurité présidentielle, Hyacinthe Kafando vient de réussir une reconversion en se faisant élire député à la nouvelle Assemblée nationale.

 

Les discrets et les diplomates

A côté des barrons qui aiment descendre dans l’arène pour se livrer parfois à des combats de corps-à-corps tels Salif Diallo ou Simon Compaoré, il y a également les discrets et les diplomates tels l’administrateur Yéro Boly ou le pandore Djibrill Bassolé. En plus de ceux-là se trouvent aussi des magistrats discrets et efficaces tels Boureima Badini, Sambo Antoine Komy ...

 

Les femmes du président

On ne peut pas parler des «femmes du président» sans d’abord parler de Chantal Terrasson. En plus d’avoir conquis le cœur du Capitaine, elle aurait eu un sacré désir de porter la couronne de première dame du Faso, au point de galvaniser son homme dans la conquête du pouvoir. Ceux qui voient la main de feu Houphouët-Boigny dans l’ascension au pouvoir de Blaise Compaoré ne font pas moins de Chantal l’arme du «pacte secret». A côté de son épouse, d’autres femmes telles Alice Tiendrebeogo, Alima Traoré, Fatoumata Diendéré, Fatoumata Legma, pour ne citer que celles-là, n’ont pas moins contribué à donner une touche féminine au régime du Blaiso.

 

Les idéologues du pouvoir

Jean-Léonard Compaoré et Achille Tapsoba sont considérés comme les têtes pensantes du système. Mais ils ne doivent certainement pas être les seuls, car en la matière ceux qui opèrent dans ce domaine préfèrent agir en sous-marin. Le Burkina n’est pas la France où on connaît ceux qui rédigent les discours du président ou conçoivent les slogans. Des universitaires et pas des moindres seraient dans ce cercle fermé d’idéologues du régime.

 

Les chefs traditionnels

Si l’un des points faibles du pouvoir de Tom Sank était d’avoir négligé, voire méprisé, la chefferie traditionnelle, le Blaiso a bien appris la leçon en s’attirant leurs faveurs. Le Moogho Naaba, l’empereur des Mossé, et son ministre le Larlé Naaba jouent leur partition avec un zèle que certains considèrent même comme débordant. Tant que cela ne fait pas de l’ombre au pouvoir de «l’enfant terrible de Ziniaré», mais le renforce auprès d’une population majoritairement soumise aux chefs traditionnels, les «bonnets rouges» peuvent se tenir tranquilles.

Phraséologie révolutionnaire

4e2c4ad1d2c49fee2ce1d7aaa2ca3cf7.jpgLe langage, qu’il soit écrit, filmé ou parlé, fait plus d’effet que la kalash. Seulement, il ne tue pas. Du moins, pas aussi brutalement. Aussi, ceux qui ne jurent que par le pouvoir du canon ne peuvent se passer de celui des mots, ou plus techniquement de l’information et de la communication. La guerre ne se gagne pas seulement sur les champs de bataille mais surtout dans les esprits. Et les jeunes officiers burkinabè qui ont lancé le mouvement de la révolution d’août 83 en avaient bien perçu l’enjeu. En témoignent les discours, slogans, invectives, chants et autres mots d’ordre dont ils ont usé et parfois même abusé pour embarquer «le peuple» dans le train de la Révolution.

Au moment où la guerre du langage fait rage autour de la commémoration du 20e anniversaire de l’avènement du «Front populaire» ou de «l’assassinat du capitaine Thomas Sankara» - c’est selon le camp où on se trouve -, il n’est pas inutile de rappeler que ceux qui étalent leur division sur la place publique s’appelaient tous des «camarades» jusqu’à la date fatidique du 15 octobre 1987. Ils s’étaient tous ligués dans les Comités de défense de la Révolution, les fameux CDR. «Les poings levés», ils ont scandé des milliers de fois en chœur: «Honneur... au peuple!», «Victoire... au peuple!», «Tout le pouvoir ... au peuple».

Tous ceux qui n’étaient pas avec eux étaient considérés comme contre eux. Plus précisément, ils étaient taxés de «réactionnaires». Il fallait être dans le «train de la révolution» ou être taxés d’«apatrides»; il n’y avait pas moyen d’être «à moitié assis».

La phraséologie révolutionnaire était conçue et pétrie pour choquer. Ses principaux ingrédients étaient la virulence, l’éloquence mordante, et des images crues, voire brutes. Tom Sank, le chef d’orchestre des diatribes populistes, jouait à fond de sa verve naturelle et de son charisme d’orateur très écouté. A force de les entendre répétées, la plupart des métaphores sont passées dans le langage courant. Certaines font sourire ceux qui les ont conçues et utilisées parfois sans en mesurer la portée.   

Au nom de la Révolution, tous les coups étaient permis, non pas seulement contre «l’impérialisme», le «néo-colonialisme», mais aussi et surtout contre les «ennemis de la Révolution» qu’on n’hésitait pas à qualifier de «margouillats», «de chacals affamés», d’«hyènes apeurées», de «rats voleurs», de «crapauds», de «caméléons équilibristes»,... Contre les fonctionnaires, douaniers, juges, élèves, étudiants,... «pourris», les révolutionnaires n’étaient pas plus tendres. Tous ces gens ne méritaient autre chose que d’être jetés dans le même «sac pourri». Contre celui-ci et les autres, le verdict était sans appel: «A bas!». 

Comme pour montrer qu’ils ont bien assimilé la leçon, les rectificateurs du 15-Octobre n’ont pas volé plus haut. Les premiers communiqués qui ont annoncé le «Front populaire» étaient assez éloquents. Morceaux choisis: Tom Sank était traité de «renégat», d’«autocrate mystique» et «paranoïaque misogyne». Mariam Sankara, son épouse, n’était pas épargnée par les salves invectives des «camarades» d’hier. Elle était traitée par certains de «sac à sperme». Tenez-vous bien, tout cela était distillé dans des communiqués diffusés par la radio nationale.  

20 ans après cette étape charnière de l’histoire politique du «pays des Hommes intègres», le langage politique est-il véritablement assaini? Les nouveaux maîtres du pouvoir ont, sans doute, opéré un virage à plusieurs degrés. Mais il n’en demeure pas moins que les vestiges de la phraséologie révolutionnaire continuent d’habiter certains discours politiques, syndicaux, sociaux, et même du citoyen lambda, sous forme d’ironie, de plaisanterie. C’est peut-être l’effet boomerang de cette phraséologie et de tous les autres discours qui considèrent trop facilement la masse comme des «Burkina-bêtes»!

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