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  • Il va y avoir des bousculades sur la bande FM et télévisuelle

    493eee17ccf82249bd0be2b030f9af72.jpgAuditeurs et téléspectateurs de tout le Burkina devront se préparer à tourner et à zapper à volonté. En effet, le 18 octobre dernier, le Conseil supérieur de la communication (CSC) avait les mains bien pleines de fréquences à octroyer. 33 promoteurs qui en ont fait la demande en février dernier sont passés à l’étape de signature de la convention qui les lie désormais à l’instance de régulation. Cet acte officiel marque l’arrivée sur la bande FM nationale de 15 radios communautaires ou associatives, de 8 radios commerciales et de 8 radios confessionnelles. A cela, il faut ajouter 2 télévisions, dont une commerciale (TV Soleil) et une confessionnelle (TV-Maria). Ce n’est pas tout.

    Comme pour corroborer sa générosité débordante, le CSC a saisi l’occasion pour rendre publics les résultats de l’appel à candidatures lancé en septembre. Dans ce lot, ce sont au total 19 radios, dont 10 commerciales, 5 confessionnelles et 4 associatives; 8 télévisions, dont 7 commerciales et 1 associative et 2 MMDS (services de distribution multipoint multicanal) ) qui se préparent à peupler le paysage médiatique burkinabè. Parmi les postulants, il y en a qui débarqueront pour la première fois sur la galaxie radiophonique ou télévisuelle, mais il y a aussi des vieux de la vieille.

    Fait remarquable, le tonitruant Moustapha l’habile Thombiano a enfin obtenu l’autorisation de lancer prochainement sa télévision sous le label TVZ Africa, précisément sur la fréquence 519.25. Cela fait plusieurs années qu’il scrute l’Horizon et il ne s’est pas privé de brandir un V de la victoire pour saluer l’événement. Selon radio Koulouba, la FM la plus écoutée de Simonville, Moustapha et son écurie seraient déjà à pied d’œuvre pour établir leur nouveau quartier général sur l’avenue Kwame-Nkrumah, presque en face d’une de ses concurrentes. Si ces infos se confirment, on ne devra pas seulement assister à une bousculade sur la bande FM et sur la fibre cathodique mais également dans la rue.

    Les téléspectateurs et les auditeurs qui ne peuvent qu’être contents de voir élargir le théâtre de la concurrence n’attendent pas mieux que d’avoir désormais le choix de zapper les images médiocres, moches et surtout constipantes.

  • "Zones non-lotie", quartiers sans loi de Ouaga

    Alors que les autorités communales ne savent plus à quel saint se vouer pour gérer les quartiers qui ceignent la ville, elles doivent aussi faire face au développement de la violence et de la dépravation des mœurs qui minent ces zones dites non loties. Au-delà des fortunes diverses des secteurs 28, 29 et 30 de Ouagadougou règne une sorte de bordel où la loi et le respect des bonnes mœurs ont foutu le camp. Bienvenue en enfer!
    Samedi 20 octobre. Il était 20 h 30 à la zone non lotie du secteur 30 de Ouaga. Des jeunes gens, tels des papillons attirés par l’odeur du nectar, se massent autour du maquis et bar dancing «Magdala». Le nom, inscrit bien en grand sur le fronton et évocateur d’un lieu de réjouissance, ne pouvait pas tromper sur ce qui peut se passer à l’intérieur. Inutile de préciser que le nom de Marie de Magdala ou Marie Madeleine renvoie à la prostitution dans la Bible. Dans la pénombre de cette banlieue, le promoteur du maquis n’a visiblement pas voulu prendre des détours. Serait-il un téméraire ou un naïf? Pour ce maquis situé à côté du mur du Lycée communal, le bon sens aurait voulu qu’il dissimule un peu cette affiche peu... catholique.

    fad181326b0f978dce41517ec09fab95.jpgProstitution à ciel ouvert
    Curieusement, les grandes portes en fer qui barrent l’entrée étaient hermétiquement fermées et gardées par un «gros bras» qui ‘’mettait en joue’’ ceux qui seraient tentés de forcer le passage sans régler, au préalable, le prix de 300 F Cfa exigé. Normal, il y avait un bal cette nuit-là. Mais le bal n’était que l’arbre qui cache circonstanciellement la forêt. Il suffit de longer le petit couloir adjacent pour découvrir ce qui se cache derrière ces grands murs et le portail de fer. La clé du mystère se trouvait dans la petite porte située à un angle du mur.
    Une dizaine de jeunes filles, à moitié vêtues, déambulent devant la porte et hèlent les passants. La prostitution à ciel (presque) ouvert, voilà ce que cache le maquis bar dancing «Magdala».
    De jeunes hommes un peu nerveux, qui faisaient office de gardiens des lieux, rôdaient pour dénicher d’éventuelles présences indiscrètes. Il ne fallait surtout pas éveiller leur curiosité, en voulant s’introduire dans l’enceinte de façon irrégulière. Le ticket de 300 F était le visa. Le tour bien joué, il ne restait plus qu’à ouvrir l’œil. Ce n’était d’ailleurs pas compliqué. Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures. Ce bar aurait pu s’appeler aussi maquis «Vis-à-Vis». Car, entre les quatre murs, les clients ne se gênent pas du tout. On se croirait même dans une zone sans loi. Tout ou presque est permis.

    Des gamins et des fillettes
    Ainsi, des gamins, qui ont réussi à pénétrer dans l’antre du maquis, ne se gênent pas pour se taper une bouffée de cigarette et rejeter la fumée comme pour narguer ceux qui penseraient qu’ils n’en avaient pas le droit. Sur la piste de danse, on pouvait remarquer des petites filles, qui ont à peine perdu leurs dents de lait, se trémousser avec des gaillards qui ont presque l’âge de leur paternel. Toutes les phases sont bonnes pour plaire, surtout à ceux qui ont «le pouvoir d’achat».
    Les péripatéticiennes en exhibition gambadent de table en table à la recherche des candidats qui veulent «travailler». Certaines poussent le bouchon jusqu’à poster le postérieur sur vos jambes, comme pour vous donner un avant-goût de la «marchandise». En même temps qu’elles vous incitent et vous excitent à passer à l’acte, elles négocient le marché, tout en vidant votre verre - s’il y en reste quelque chose - ou profitent pour se faire servir. A l’instar des membres d’un orchestre, chacun semble jouer sa partition dans le maquis. Lorsqu’un client est accroché à la jupe d’une prostituée, les serveurs s’approchent pour livrer le rafraîchissement au couple occasionnel. Dans les couloirs rôde également une dame d’un certain âge qui joue à la «patronne» des lieux. Le chef d’orchestre, lui, est invisible. Selon quelques indiscrétions, il serait un «mogô puissant», un «gendarme à la retraite» qui aurait hérité de ce grand domaine qui est, en fait, ce qui reste de son village.

    Un gendarme à la retraite
    Apparemment, il serait en territoire conquis et bien contrôlé. Du moins, il ne semble pas inquiété par qui que ce soit. Ni par l’autorité communale, encore moins par la police ou par ses anciens collègues de la gendarmerie. Lorsqu’on a le champ libre devant soi, on n’hésite pas à tout se permettre. Ainsi n’a-t-il pas hésité à ouvrir ce bordel avec tous les risques sanitaires et moraux que cela comporte pour les jeunes qui le fréquentent. Puisqu’il ne pouvait pas embaucher des jeunes filles du quartier, il se serait livré à un trafic de prostituées. Les filles qui y officient sont, en effet, de nationalité nigériane ou ghanéenne. Une d’entre elles (une Nigériane) a accepté de lever un coin du voile sur son histoire (contre deux bouteilles de bière). Elle nous a déclaré avoir été amenée au Burkina par un de ses compatriotes à qui elle a dû payer 150 000 nairas. «Maintenant que je ne dois plus rien à personne, je fais mes propres contrats», a-t-elle ajouté, en substance. En réalité, elle n’est pas aussi libre qu’elle le pense. Dans l’enclos du maquis «Magdala» qui lui sert à la fois de domicile et de ‘’service’’, elle et ses copines sont surveillées nuit et jour par des «chiens de garde» qui sont eux-mêmes au service d’un parrain qui doit se faire son beurre sur leur dos. N’interpellez surtout pas le maire de la ville, la police et la gendarmerie.

  • Trop de bamboula ternit la démocratie

    da3e87d0c8d05165ba9114a1c10b7c7b.jpgLe Blaiso et ses partisans ont donc fini par faire leur fête. Mieux, ils auront passé plus d’une semaine à organiser des manifestations aux allures d’un triomphe sans partage. Malgré les acrobaties sémantiques des organisateurs des festivités, les subterfuges n’ont tenu que le temps d’une conférence de presse. On n’a pas besoin de dessin pour comprendre que c’est bien «la longévité d’un homme au pouvoir» qu’on a voulu célébrer et non cette soi-disant «renaissance démocratique» dont on a voulu couvrir l’onde de choc du 15 octobre 1987. Les divisions et les rancœurs que concentre cette date sont sans doute la preuve que la modération aurait eu meilleur goût à l’occasion de ce 20e anniversaire. Mais hélas! 

    Les oripeaux du parti unique et de la pensée unique sont si tenaces qu’on n’a pas pu faire l’économie de ces affiches géantes placées aux coins stratégiques de la ville et qui attribuent subtilement «tout honneur et toute gloire» à Blaise Compaoré. C’est à croire que le pays s’est mué en une sorte d’autocratie dont il fallait vénérer à tout prix le président. Avec l’emphase de certains discours et surtout des manifestations de soutien qui ont paralysé le centre-ville lundi dernier, on se demande s’il ne manquait pas seulement d’ériger une grande statue en l’honneur du Blaiso à la Place de la Nation.

    En tout cas, la célébration des «20 ans de pouvoir» en pleine marche vers une démocratie qui n’a pas encore trouvé toutes ses marques, cela peut provoquer un effet boomerang. Dans une conjoncture nationale marquée par une vie chère consécutive à la flambée permanente du prix du pétrole et ses corollaires, on aurait pu faire l’économie de la bamboula pour ne retenir que le fameux colloque international sur la démocratie et le développement en Afrique.

    Mais tout semble avoir été ficelé de longue date. Comme on devait s’y attendre, les courtisans de tout poil n’ont visiblement pas chômé. Rivalisant d’initiatives pour plaire au grand sachem, chacun a dû y mettre du sien pour pousser le bouchon de la démesure plus loin. En attendant que Jean-Léonard Compaoré et ses amis du comité d’organisation aient l’élégance de dire combien tout cela a coûté, force est de constater qu’à faire des bamboulas sans modération, on ternit l’image qu’on veut donner de la démocratie.

     

    Coïncidences troublantes

    Non contentes d’empêcher les sankaristes et leurs partisans d’accéder aux espaces publics de l’intérieur pour donner de la visibilité à la commémoration du 20e anniversaire de l’assassinat du capitaine Tom Sank, les autorités burkinabè auraient-elles aussi tenté de leur fermer les portes de l’extérieur? Au regard des perturbations du service d’accès à Internet et les dates auxquelles celles-ci sont intervenues, la coïncidence pousse à franchir le pas. Même si, de bonnes sources, on a appris que la fibre optique a été sectionnée par un ou des quidams inconscients, il n’en demeure pas moins que cet acte anodin (?) apporte de l’eau au moulin des sankaristes qui pourraient légitimement penser qu’après leur avoir privé de l’accès à la télévision nationale, on voudrait les empêcher d’avoir pignon sur la toile mondiale.

     

    Qui paiera l’addition de la semaine ?

    Pour rester logique dans sa croisade pour la bonne gouvernance, le PM Testicus Zongo devrait pouvoir dire aux Burkinabè qui paiera le manque à gagner provoqué par la désertion de ses ministres de leurs lieux de travail durant toute la semaine. Si l’on en croit le président du comité d’organisation, la célébration des «20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» serait une affaire du parti au pouvoir et de tous ceux qui soutiennent l’action du président. Alors question: pourquoi avait-on besoin de fermer les classes dans la journée du 15 octobre pourtant officiellement ouvrable?

     

    Avait-on peut besoin de prendre Ouaga en otage ?

    La commémoration du 15-Octobre n’a pas seulement exacerbé les divisions entre blaisistes et sankaristes, elle a aussi pris les Ouagalais en otages. Impossible d’accéder au centre-ville lundi dernier. Partisans, souteneurs et autres côcôs ont inondé la Place de la Nation à l’appel des blaisistes qui avaient non seulement les moyens de les faire converger dans cet espace mythique de la Révolution d’août 83, mais ils avaient la police à leurs ordres pour faire tourner en rond ceux qui voulaient vaquer tranquillement à leurs occupations. Dans l’autre camp, ce sont les riverains du cimetière de Dagnoën qui ont subi les assauts des partisans de Tom Sank. Avec la présence de Mariam Sankara, pour la 1ère fois sur la tombe de son mari, l’affluence était monstre. Comme eux n’avaient pas de Police à leur disposition, c’est le service d’ordre qui s’est sérieusement emmegdé.

     

    Pô n’aura donc que la nostalgie de la Révolution

    Visiblement nostalgique de ses exploits de chef incontesté des commandos qui sont allés de la ville de Pô à Ouagadougou pour enclencher la révolution d’août 83, le Blaiso ne veut pas se priver du plaisir de refaire, 20 ans après, le chemin inverse. Cette fois-ci, il ne sera pas sur un char d’assaut et en treillis militaire; il sera bien en costume ou en boubou et solidement escorté pour un méga meeting avec des jeunes. Seulement, si Pô peut être fière d’être «le berceau de la Révolution», ses fils n’ont pas moins l’œil triste, en voyant que les fruits du progrès tardent toujours à pousser dans leur cité. Ce au point qu’on se demande si le seul bénéfice que Pô tire de tout cela n’est pas que la nostalgie de la Révolution.