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29.10.2007
"Zones non-lotie", quartiers sans loi de Ouaga
Alors que les autorités communales ne savent plus à quel saint se vouer pour gérer les quartiers qui ceignent la ville, elles doivent aussi faire face au développement de la violence et de la dépravation des mœurs qui minent ces zones dites non loties. Au-delà des fortunes diverses des secteurs 28, 29 et 30 de Ouagadougou règne une sorte de bordel où la loi et le respect des bonnes mœurs ont foutu le camp. Bienvenue en enfer!
Samedi 20 octobre. Il était 20 h 30 à la zone non lotie du secteur 30 de Ouaga. Des jeunes gens, tels des papillons attirés par l’odeur du nectar, se massent autour du maquis et bar dancing «Magdala». Le nom, inscrit bien en grand sur le fronton et évocateur d’un lieu de réjouissance, ne pouvait pas tromper sur ce qui peut se passer à l’intérieur. Inutile de préciser que le nom de Marie de Magdala ou Marie Madeleine renvoie à la prostitution dans la Bible. Dans la pénombre de cette banlieue, le promoteur du maquis n’a visiblement pas voulu prendre des détours. Serait-il un téméraire ou un naïf? Pour ce maquis situé à côté du mur du Lycée communal, le bon sens aurait voulu qu’il dissimule un peu cette affiche peu... catholique.
Prostitution à ciel ouvert
Curieusement, les grandes portes en fer qui barrent l’entrée étaient hermétiquement fermées et gardées par un «gros bras» qui ‘’mettait en joue’’ ceux qui seraient tentés de forcer le passage sans régler, au préalable, le prix de 300 F Cfa exigé. Normal, il y avait un bal cette nuit-là. Mais le bal n’était que l’arbre qui cache circonstanciellement la forêt. Il suffit de longer le petit couloir adjacent pour découvrir ce qui se cache derrière ces grands murs et le portail de fer. La clé du mystère se trouvait dans la petite porte située à un angle du mur.
Une dizaine de jeunes filles, à moitié vêtues, déambulent devant la porte et hèlent les passants. La prostitution à ciel (presque) ouvert, voilà ce que cache le maquis bar dancing «Magdala».
De jeunes hommes un peu nerveux, qui faisaient office de gardiens des lieux, rôdaient pour dénicher d’éventuelles présences indiscrètes. Il ne fallait surtout pas éveiller leur curiosité, en voulant s’introduire dans l’enceinte de façon irrégulière. Le ticket de 300 F était le visa. Le tour bien joué, il ne restait plus qu’à ouvrir l’œil. Ce n’était d’ailleurs pas compliqué. Il ne fallait pas chercher midi à quatorze heures. Ce bar aurait pu s’appeler aussi maquis «Vis-à-Vis». Car, entre les quatre murs, les clients ne se gênent pas du tout. On se croirait même dans une zone sans loi. Tout ou presque est permis.
Des gamins et des fillettes
Ainsi, des gamins, qui ont réussi à pénétrer dans l’antre du maquis, ne se gênent pas pour se taper une bouffée de cigarette et rejeter la fumée comme pour narguer ceux qui penseraient qu’ils n’en avaient pas le droit. Sur la piste de danse, on pouvait remarquer des petites filles, qui ont à peine perdu leurs dents de lait, se trémousser avec des gaillards qui ont presque l’âge de leur paternel. Toutes les phases sont bonnes pour plaire, surtout à ceux qui ont «le pouvoir d’achat».
Les péripatéticiennes en exhibition gambadent de table en table à la recherche des candidats qui veulent «travailler». Certaines poussent le bouchon jusqu’à poster le postérieur sur vos jambes, comme pour vous donner un avant-goût de la «marchandise». En même temps qu’elles vous incitent et vous excitent à passer à l’acte, elles négocient le marché, tout en vidant votre verre - s’il y en reste quelque chose - ou profitent pour se faire servir. A l’instar des membres d’un orchestre, chacun semble jouer sa partition dans le maquis. Lorsqu’un client est accroché à la jupe d’une prostituée, les serveurs s’approchent pour livrer le rafraîchissement au couple occasionnel. Dans les couloirs rôde également une dame d’un certain âge qui joue à la «patronne» des lieux. Le chef d’orchestre, lui, est invisible. Selon quelques indiscrétions, il serait un «mogô puissant», un «gendarme à la retraite» qui aurait hérité de ce grand domaine qui est, en fait, ce qui reste de son village.
Un gendarme à la retraite
Apparemment, il serait en territoire conquis et bien contrôlé. Du moins, il ne semble pas inquiété par qui que ce soit. Ni par l’autorité communale, encore moins par la police ou par ses anciens collègues de la gendarmerie. Lorsqu’on a le champ libre devant soi, on n’hésite pas à tout se permettre. Ainsi n’a-t-il pas hésité à ouvrir ce bordel avec tous les risques sanitaires et moraux que cela comporte pour les jeunes qui le fréquentent. Puisqu’il ne pouvait pas embaucher des jeunes filles du quartier, il se serait livré à un trafic de prostituées. Les filles qui y officient sont, en effet, de nationalité nigériane ou ghanéenne. Une d’entre elles (une Nigériane) a accepté de lever un coin du voile sur son histoire (contre deux bouteilles de bière). Elle nous a déclaré avoir été amenée au Burkina par un de ses compatriotes à qui elle a dû payer 150 000 nairas. «Maintenant que je ne dois plus rien à personne, je fais mes propres contrats», a-t-elle ajouté, en substance. En réalité, elle n’est pas aussi libre qu’elle le pense. Dans l’enclos du maquis «Magdala» qui lui sert à la fois de domicile et de ‘’service’’, elle et ses copines sont surveillées nuit et jour par des «chiens de garde» qui sont eux-mêmes au service d’un parrain qui doit se faire son beurre sur leur dos. N’interpellez surtout pas le maire de la ville, la police et la gendarmerie.
17:40 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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