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18.10.2007

Trop de bamboula ternit la démocratie

da3e87d0c8d05165ba9114a1c10b7c7b.jpgLe Blaiso et ses partisans ont donc fini par faire leur fête. Mieux, ils auront passé plus d’une semaine à organiser des manifestations aux allures d’un triomphe sans partage. Malgré les acrobaties sémantiques des organisateurs des festivités, les subterfuges n’ont tenu que le temps d’une conférence de presse. On n’a pas besoin de dessin pour comprendre que c’est bien «la longévité d’un homme au pouvoir» qu’on a voulu célébrer et non cette soi-disant «renaissance démocratique» dont on a voulu couvrir l’onde de choc du 15 octobre 1987. Les divisions et les rancœurs que concentre cette date sont sans doute la preuve que la modération aurait eu meilleur goût à l’occasion de ce 20e anniversaire. Mais hélas! 

Les oripeaux du parti unique et de la pensée unique sont si tenaces qu’on n’a pas pu faire l’économie de ces affiches géantes placées aux coins stratégiques de la ville et qui attribuent subtilement «tout honneur et toute gloire» à Blaise Compaoré. C’est à croire que le pays s’est mué en une sorte d’autocratie dont il fallait vénérer à tout prix le président. Avec l’emphase de certains discours et surtout des manifestations de soutien qui ont paralysé le centre-ville lundi dernier, on se demande s’il ne manquait pas seulement d’ériger une grande statue en l’honneur du Blaiso à la Place de la Nation.

En tout cas, la célébration des «20 ans de pouvoir» en pleine marche vers une démocratie qui n’a pas encore trouvé toutes ses marques, cela peut provoquer un effet boomerang. Dans une conjoncture nationale marquée par une vie chère consécutive à la flambée permanente du prix du pétrole et ses corollaires, on aurait pu faire l’économie de la bamboula pour ne retenir que le fameux colloque international sur la démocratie et le développement en Afrique.

Mais tout semble avoir été ficelé de longue date. Comme on devait s’y attendre, les courtisans de tout poil n’ont visiblement pas chômé. Rivalisant d’initiatives pour plaire au grand sachem, chacun a dû y mettre du sien pour pousser le bouchon de la démesure plus loin. En attendant que Jean-Léonard Compaoré et ses amis du comité d’organisation aient l’élégance de dire combien tout cela a coûté, force est de constater qu’à faire des bamboulas sans modération, on ternit l’image qu’on veut donner de la démocratie.

 

Coïncidences troublantes

Non contentes d’empêcher les sankaristes et leurs partisans d’accéder aux espaces publics de l’intérieur pour donner de la visibilité à la commémoration du 20e anniversaire de l’assassinat du capitaine Tom Sank, les autorités burkinabè auraient-elles aussi tenté de leur fermer les portes de l’extérieur? Au regard des perturbations du service d’accès à Internet et les dates auxquelles celles-ci sont intervenues, la coïncidence pousse à franchir le pas. Même si, de bonnes sources, on a appris que la fibre optique a été sectionnée par un ou des quidams inconscients, il n’en demeure pas moins que cet acte anodin (?) apporte de l’eau au moulin des sankaristes qui pourraient légitimement penser qu’après leur avoir privé de l’accès à la télévision nationale, on voudrait les empêcher d’avoir pignon sur la toile mondiale.

 

Qui paiera l’addition de la semaine ?

Pour rester logique dans sa croisade pour la bonne gouvernance, le PM Testicus Zongo devrait pouvoir dire aux Burkinabè qui paiera le manque à gagner provoqué par la désertion de ses ministres de leurs lieux de travail durant toute la semaine. Si l’on en croit le président du comité d’organisation, la célébration des «20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré» serait une affaire du parti au pouvoir et de tous ceux qui soutiennent l’action du président. Alors question: pourquoi avait-on besoin de fermer les classes dans la journée du 15 octobre pourtant officiellement ouvrable?

 

Avait-on peut besoin de prendre Ouaga en otage ?

La commémoration du 15-Octobre n’a pas seulement exacerbé les divisions entre blaisistes et sankaristes, elle a aussi pris les Ouagalais en otages. Impossible d’accéder au centre-ville lundi dernier. Partisans, souteneurs et autres côcôs ont inondé la Place de la Nation à l’appel des blaisistes qui avaient non seulement les moyens de les faire converger dans cet espace mythique de la Révolution d’août 83, mais ils avaient la police à leurs ordres pour faire tourner en rond ceux qui voulaient vaquer tranquillement à leurs occupations. Dans l’autre camp, ce sont les riverains du cimetière de Dagnoën qui ont subi les assauts des partisans de Tom Sank. Avec la présence de Mariam Sankara, pour la 1ère fois sur la tombe de son mari, l’affluence était monstre. Comme eux n’avaient pas de Police à leur disposition, c’est le service d’ordre qui s’est sérieusement emmegdé.

 

Pô n’aura donc que la nostalgie de la Révolution

Visiblement nostalgique de ses exploits de chef incontesté des commandos qui sont allés de la ville de Pô à Ouagadougou pour enclencher la révolution d’août 83, le Blaiso ne veut pas se priver du plaisir de refaire, 20 ans après, le chemin inverse. Cette fois-ci, il ne sera pas sur un char d’assaut et en treillis militaire; il sera bien en costume ou en boubou et solidement escorté pour un méga meeting avec des jeunes. Seulement, si Pô peut être fière d’être «le berceau de la Révolution», ses fils n’ont pas moins l’œil triste, en voyant que les fruits du progrès tardent toujours à pousser dans leur cité. Ce au point qu’on se demande si le seul bénéfice que Pô tire de tout cela n’est pas que la nostalgie de la Révolution.

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