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11.10.2007
Phraséologie révolutionnaire
Le langage, qu’il soit écrit, filmé ou parlé, fait plus d’effet que la kalash. Seulement, il ne tue pas. Du moins, pas aussi brutalement. Aussi, ceux qui ne jurent que par le pouvoir du canon ne peuvent se passer de celui des mots, ou plus techniquement de l’information et de la communication. La guerre ne se gagne pas seulement sur les champs de bataille mais surtout dans les esprits. Et les jeunes officiers burkinabè qui ont lancé le mouvement de la révolution d’août 83 en avaient bien perçu l’enjeu. En témoignent les discours, slogans, invectives, chants et autres mots d’ordre dont ils ont usé et parfois même abusé pour embarquer «le peuple» dans le train de la Révolution.
Au moment où la guerre du langage fait rage autour de la commémoration du 20e anniversaire de l’avènement du «Front populaire» ou de «l’assassinat du capitaine Thomas Sankara» - c’est selon le camp où on se trouve -, il n’est pas inutile de rappeler que ceux qui étalent leur division sur la place publique s’appelaient tous des «camarades» jusqu’à la date fatidique du 15 octobre 1987. Ils s’étaient tous ligués dans les Comités de défense de la Révolution, les fameux CDR. «Les poings levés», ils ont scandé des milliers de fois en chœur: «Honneur... au peuple!», «Victoire... au peuple!», «Tout le pouvoir ... au peuple».
Tous ceux qui n’étaient pas avec eux étaient considérés comme contre eux. Plus précisément, ils étaient taxés de «réactionnaires». Il fallait être dans le «train de la révolution» ou être taxés d’«apatrides»; il n’y avait pas moyen d’être «à moitié assis».
La phraséologie révolutionnaire était conçue et pétrie pour choquer. Ses principaux ingrédients étaient la virulence, l’éloquence mordante, et des images crues, voire brutes. Tom Sank, le chef d’orchestre des diatribes populistes, jouait à fond de sa verve naturelle et de son charisme d’orateur très écouté. A force de les entendre répétées, la plupart des métaphores sont passées dans le langage courant. Certaines font sourire ceux qui les ont conçues et utilisées parfois sans en mesurer la portée.
Au nom de la Révolution, tous les coups étaient permis, non pas seulement contre «l’impérialisme», le «néo-colonialisme», mais aussi et surtout contre les «ennemis de la Révolution» qu’on n’hésitait pas à qualifier de «margouillats», «de chacals affamés», d’«hyènes apeurées», de «rats voleurs», de «crapauds», de «caméléons équilibristes»,... Contre les fonctionnaires, douaniers, juges, élèves, étudiants,... «pourris», les révolutionnaires n’étaient pas plus tendres. Tous ces gens ne méritaient autre chose que d’être jetés dans le même «sac pourri». Contre celui-ci et les autres, le verdict était sans appel: «A bas!».
Comme pour montrer qu’ils ont bien assimilé la leçon, les rectificateurs du 15-Octobre n’ont pas volé plus haut. Les premiers communiqués qui ont annoncé le «Front populaire» étaient assez éloquents. Morceaux choisis: Tom Sank était traité de «renégat», d’«autocrate mystique» et «paranoïaque misogyne». Mariam Sankara, son épouse, n’était pas épargnée par les salves invectives des «camarades» d’hier. Elle était traitée par certains de «sac à sperme». Tenez-vous bien, tout cela était distillé dans des communiqués diffusés par la radio nationale.
20 ans après cette étape charnière de l’histoire politique du «pays des Hommes intègres», le langage politique est-il véritablement assaini? Les nouveaux maîtres du pouvoir ont, sans doute, opéré un virage à plusieurs degrés. Mais il n’en demeure pas moins que les vestiges de la phraséologie révolutionnaire continuent d’habiter certains discours politiques, syndicaux, sociaux, et même du citoyen lambda, sous forme d’ironie, de plaisanterie. C’est peut-être l’effet boomerang de cette phraséologie et de tous les autres discours qui considèrent trop facilement la masse comme des «Burkina-bêtes»!
15:08 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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