27/09/2007

En musique, partager, c’est pas diviser

35626b03c06851748f55219099ed0666.jpgLa faune musicale made in Faso - ou ce que l’on considère comme telle - n’a peut-être pas la fertilité qui fait la fierté de certaines contrées, mais elle sait parfois accoucher d’initiatives qui prouvent qu’on peut toujours compter avec elle. Ainsi, après le concept «Le Gouvernement» qui continue de susciter des ersatz dans le milieu du showbiz burkinabè, le mouvement Génération Partage vient d’afficher une nouvelle leçon de convergence de talents qui rompt avec la monotonie qui étaient devenue le lot d’une génération spontanée de corbeaux de la chanson.  

Bien qu’ayant toujours du talent à revendre, Sami Rama, Mawndoé du groupe Yeleen, Sissao, Floby, David de Faso Kombat, Leekma et Dudn’J de Clepto Gang donnent une belle leçon de créativité partagée à travers une compilation pilotée de main de maître par le Commandant Papus Zongo de Merveilles productions et bétonnée par les soins de Green Stone.

Au-delà de quelques couacs inhérents au milieu du showbiz, il s’agit-là d’une heureuse innovation qui conjugue non seulement des rythmes et des sonorités, mais donne la preuve que nos jeunes musiciens sont capables de s’associer pour donner une impulsion certaine à leur passion commune. Mieux, le morceau, «On veut s’aimer» - qui panache les voix de chacune de ces étoiles montantes - est porteur d’un message qui résume tout le sens de l’initiative. Rien donc à voir avec la guéguerre anachronique que certains groupes tentent d’instaurer dans le milieu du showbiz en manipulant des concepts non moins incongrus.

En effet, il faut reconnaître que le concept du «Gouvernement» - lancé par le collectif de rappeurs composé de Madson Junior, David et Malcom de Faso Kombat, Smarty et Mawndoé de Yeleen et Smokey comme chef d’orchestre - avait insufflé une certaine dynamique à une musique burkinabè galvanisée par le très entraînant air de takborsé remis au goût du jour par Ahmed Smany. Mais force est de reconnaître que ce mouvement a été quelque peu galvaudé par certains de ses promoteurs qui n’ont pas trouvé mieux à faire qu’à se tancer. Au lieu de sortir des sentiers battus d’un couper-décaller constipant, ils semblent se complaire à faire «Le Malin» ou à se hisser sur une imaginaire «Cour suprême» pour prononcer des sentences qui n’apportent rien de nouveau sous le soleil du Faso. On a même vu pousser, comme des champignons, des groupes du genre aussi abracadabrant que le «Parlement», le «Peuple», etc. sans aucune forme de message que de pinailler sur des futilités déconcertantes. Ce n’est certainement pas dans le ressassement que la musique burkinabè peut se donner des ailes au plan national et international.

Serge Bambara, alias Smokey, qui est à l’origine de ce mouvement de créativité partagée au Burkina, en récolte indirectement le prix. Ce n’est certainement pas par hasard qu’il défend, depuis février 2005, les couleurs du Burkina au sein du collectif international des Artistes unis pour le Rap africain (Aura). Au sein de ce réseau de musiciens engagés pour les droits des enfants, militent également Smarty du groupe Yeleen, le Béninois Mouna de Dch, l’Ivoirienne Priss K, le Gambien Egalitarian, le Malien Jo Dama du groupe Tata Pound, le Mauritanien Brahim du groupe Waraba, le Nigérien Pheno B et Safia du groupe Kaidan Gaskia et le Togolais Bobby de Djanta Kan. Comme on peut le voir, le partage de talents ne permet pas seulement de défendre des causes nobles; cette forme de produire peut ennoblir la création musicale.

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