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20.09.2007
L'Armée burkinabè ouvre, enfin, le ban pour les femmes
Le pays des Hommes intègres peut enfin rattraper son «retard sur cette question», ce qui, d’après le ministre de la Défense, Yéro Boly, «participe à la promotion de la femme dans les différents secteurs d’activités de la nation». Pour joindre l’acte à la parole, les couleurs ont été annoncées fin juillet dernier au Groupement d’instruction des Forces armées (Gifa) où 19 dames ont été présentées sous les drapeaux aux côtés de 621 de leurs collègues soldats. C’est une bien maigre moisson pour la première promotion de contingent mixte qu’accueillait le centre d’instruction de Bobo. Mais il fallait bien commencer.
Une chose est d’ouvrir le ban aux femmes, une autre est de pouvoir les maintenir sous le même rythme. Le ministère de la Défense pense avoir balisé le terrain par la mise en place d’un arsenal juridique et institutionnel. Mais cela ne suffira probablement pas à briser toutes les barrières et autres préjugés internes et externes qui semble faire de l’Armée un métier réservé aux mâles. Le tapage médiatique plus ou moins fructueux qui a sonné tout récemment la mobilisation des jeunes pour le concours d’entrée à l’école de gendarmerie est la preuve qu’il ne suffit pas d’ouvrir la porte, il faut encore aguicher les candidates.
En attendant d’évaluer, dans quelques années, l’impact de la féminisation des Forces armées nationales, il faut espérer que les dames sauront saisir la balle qui leur est lancée au bond. Car, après tout, c’est une question d’équité et non de faveur qu’elles soient intégrées dans l’Armée et qu’elles puissent jouer leur partition dans tous les compartiments d’une société qu’elles dominent, au moins, numériquement.
Pour les quotas, on va piano
La hiérarchie militaire préfère aller molo molo, dans l’accroissement des effectifs féminins de l’Armée. Après le recrutement des personnels spécialisés, cette fois-ci c’est l’Armée de Terre et la Gendarmerie nationale qui vont recevoir leurs contingents. Les 19 soldates sorties du Gifa de Bobo constituent le premier lot. En début de semaine, des candidates ont rejoint l’Ecole nationale des sous-officiers d’active de Kamboincé pour l’Armée de Terre. Cette année, il est prévu de «réserver» environ 10% des 500 postes d’élèves gendarmes aux dames. Le Prytanée militaire du Kadiogo accueille également sa première promo de pensionnaires en jupettes; elles ont aussi rejoint leur école à Kamboincé.
Expérimentation prometteuse à Pô
En plus du Gifa qui vient de faire une expérimentation «réussie» de la formation mixte, c’est l’Académie militaire Georges-Namoano de Pô, qui forme des élèves officiers d’active, qui se prépare à livrer sa cuvée. Elles sont 2 amazones de la Justice militaire à crapahuter aux côtés de leurs collègues hommes. Si tout se passe sans dégâts ni dommages pour elles, elles pourront arborer fièrement les épaulettes de sous-lieutenant de la 10e promo. On ne sait pas encore si elles seront en jupettes ou en pantalons. En tout cas, la prochaine cérémonie de sortie - que l’enfant terrible de Ziniaré adore présider personnellement - promet d’être riche en couleurs.
Femmes militaires, mais pas au front?
Le principal défi de l’intégration des femmes dans l’Armée serait de pouvoir les intégrer dans toutes les disciplines. Mais force est de constater que celles qui font aujourd’hui la fierté des femmes au Burkina sont reléguées à des tâches d’arrière-fond. Leurs fonctions de prédilection sont malheureusement encore la justice militaire, la comptabilité, l’infirmerie, la gestion, la mécanique et le génie civil. Vivement que l’Armée burkinabè aille plus loin et que l’intégration des femmes ne soit pas une opération de façade.
Question de comprendre
La hiérarchie militaire a eu le mérite de sensibiliser les différents corps de l’Armée sur les tenants et les aboutissants de l’intégration des femmes. Cependant, elle ne semble pas avoir suffisamment pris en compte les attentes des populations, surtout des parents des futures femmes militaires qui ont aussi légitimement besoin de comprendre. Une question toute bête: comment les jeunes soldates vont-elles gérer l’équation de la maternité, par exemple? À défaut de disposer d’un site Internet pour permettre d’accéder à ces infos capitales, il faut aller au-delà des campagnes de sensibilisation malheureusement réduites à la radio et à la télé. Et dont l’impact est nécessairement éphémère.
17:48 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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