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14.09.2007

Bobo cherche toujours ses marques

1f3a82f0d461fccda4dc3e0e3dc84146.jpgCapitale économique du Burkina. Capitale culturelle. Deuxième ville. Carrefour de l’Afrique de l’Ouest. Et patati, et patata. Ce ne sont pas les qualificatifs qui manquent pour rendre à Bobo-Dioulasso les hommages dus à ses énormes potentialités socio-économiques et culturelles. La ville de Sya, comme certains préfèrent la nommer, semble souffrir d’une profonde frustration de n’avoir pas réussi, du moins pas encore, à refléter ce qu’elle doit être: une véritable cité moderne, un véritable pôle économique qui fait la fierté de ses filles, de ses fils et de tout le pays. Comment parler de Bobo-Dioulasso sans verser dans cette mélancolie qui pousse à la présenter comme une ville qui a du mal à éprouver et à prouver les vraies marques de sa grandeur?

La tentation est grande. Surtout celle de ne retenir de cette ville que les images de jeunes gens désœuvrés qui brûlent le temps autour des fameux groupes de thé. Ou encore de ces jeunes filles qui déambulent la nuit sans pudeur autour des mythiques «temples de réjouissance» dont les touristes d’ici et d’ailleurs raffolent à Bobo. Au détour des discussions avec des Bobolaises et des Bobolais transparaît ce désir d’un meilleur sort que celui qu’offre cette ville visiblement à la recherche de ses marques. En effet, si Bobo paraît accueillant, chaleureux et beau aux gros yeux de l’étranger, elle donne aux autochtones le sentiment d’une ville encore non accomplie. Ceci expliquerait peut-être ce désir de partir vers des ailleurs plus cléments, très présent chez beaucoup de jeunes. En tout cas, la ville de Sya semble attendre quelque chose d’autre que ce qu’elle est maintenant. Mais d’où viendra ce salut ? Telle est la question.

Du côté des autorités, on semble avoir pris la mesure de la grande frustration de la «capitale économique» du Burkina, en lançant tout dernièrement le projet «Bobo 2010». Certains y ont vite vu la réplique de «Ouaga 2000», comme s’il suffisait d’aménager un terrain pour y voir pousser des villas cossues comme des champignons. On ne sait jamais. Si Bobo arrivait à faire pencher le cœur des môgôs feuillus de la région - et Dieu sait qu’il y en a - et d’ailleurs, cela pourrait apporter du neuf à l’image de Bobo-Dioulasso.

Mais comme à Ouaga, ce n’est pas en créant une cité futuriste qu’on améliore le quotidien du plus grand nombre. Les marques que cherche Bobo-Dioulasso ne viendront certainement pas seulement du projet «2010», mais de la conjugaison d’initiatives socio-économiques et culturelles susceptibles de provoquer le déclic nécessaire pour ce qu’elle doit être...

 

Mal inspirées

Les autorités communales ont été mal inspirées de vouloir présenter une meilleure mine de Bobo au Premier ministre qui y est en visite présentement. En effet, quelques jours avant la venue de Tertius Zongo la semaine dernière - visite remise à cette semaine -, une équipe des travaux publics a colmaté des brèches creusées dans le bitume à certains endroits. Au lieu de laisser Testicus se nouer le ventre dans des secousses causées par des ‘’nids d’éléphants’’ pour toucher du doigt les réalités du pays réel, on lui a voilé la face. Le meilleur messager d’une prison n’est-il pas le prisonnier? S’il avait connu la réalité, était-il encore besoin de faire un plaidoyer auprès du PM sur l’état des infrastructures routières? Mais c’est ainsi que le Faso est fait. On cherche toujours à toucher des réalités qu’on a pris le soin de dissimuler. En d’autres temps, on a ‘’exilé’’ les fous pour recevoir le Blanc au nez long...

 

Salia tient-il le bon bout de Bobo ?

Force est de reconnaître que depuis que Salia Sanou tient les rênes de la ville, il y a moins de bobos au sein du conseil municipal. Les politiciens ont-ils décidé d’accorder un état de grâce au nouveau bourgmestre, ou Salia a-t-il réussi à convaincre tous ses opposants, y compris au sein de son propre CDP? Il est trop tôt pour répondre par l’affirmative. Le calme plat d’après les élections profite au maire qui gagnerait à placer de bons pions de réalisations palpables et positives avant l’orage. En tout cas, Bobo en a bien besoin.

 

L’incontournable Djandjine

Confirmé grand sachem des Amis de Blaise Compaoré du grand-Ouest, El Hadj Barro Djanguinaba règne en maître incontesté sur une faune politique bobolaise abandonnée par des politiciens qui se décrédibilisent à force de querelles intestines. L’opérateur économique qui occupe également la place politiquement stratégique de leader du monde des affaires - il est reconduit comme «président» de la Chambre de commerce de l’Ouest - sait mobiliser, quand il faut, pour prouver à «l’enfant terrible de Ziniaré» qu’il a toujours de la cote dans son fief. On ne sera pas surpris de voir organiser ces jours-ci à Bobo une autre marche de soutien à «l’apôtre de la paix» qu’est devenu Blaise Compaoré. En tout, ce n’est pas le Djandjine qui se privera du plaisir de donner la réplique à Ladji.

Les transporteurs se frottent les mains

Le transport routier entre Bobo et Ouaga est des plus florissants du pays. Ce n’est pas les transporteurs qui diront le contraire. Du reste, cela se ressent à travers la mise en service de cars ultramodernes qui n’ont plus rien à envier aux grandes villes européennes. Sans être nécessairement roi, le client a maintenant l’embarras du choix entre les cars dits VIP. Il y en a même où on n’a pas besoin d’arrêter le chauffeur pour aller pisser à l’air libre. Même pinter de Bobo, on reste au frais dans le car jusqu’à l’arrivée. Le seul hic, ce sont les secousses que l’on ressent par moments sur le trajet. Il faut souhaiter que l’heureuse concurrence qui s’est engagée entre les transporteurs qui rivalisent de cars flambant neufs mettent définitivement hors jeu les derniers «tombeaux ambulants et sans fanfares» qui tiennent encore la route.

Ingénieux petits mendiants

Comme s’ils avaient la mendicité dans le sang, de petits Bobolais assez malins ont trouvé l’astuce de s’habiller en maillots de foot et de faire le tour de la ville avec une coupe à la main. Ainsi rackettent-ils quelques naïfs qui tombent dans leur panneau. Car, tous ces petits quêteurs ne sont pas nécessairement des «Zidane en herbe» qu’il faut arroser de billets ou de pièces. Ils veulent d’abord des sous. Et après peut-être le foot. Logique, non? Ventre vide n’a point de pieds.

L’omniprésence du foot

Il n’est pas rare de voir, dans les quartiers, des attroupements sur la voie publique. A Ouaga, on aurait cru à un accident. Mais à Sya, il s’agit simplement d’une route qui a été barrée pour une partie de maracana, ces matchs de football sur terrain avec ‘’petits poteaux’’. C’est ainsi qu’on a certainement vu naître les anciennes gloires du ballon rond.

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