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10.09.2007
Les rackets grippent la machine de l'intégration
L’intégration sous-régionale dont l’Afrique rêve tant ne serait-elle que le fait d’institutions et de discours? Les faits et gestes qui sont supposés traduire ce noble chantier en poussent généralement plus d’un au désespoir et au pessimisme. Comme un iceberg, le boulet de la désintégration tangue sur un océan trouble et infesté par des pratiques peu catholiques. Les dérives les plus courantes sont surtout observables aux postes frontaliers où le racket se pratique à ciel ouvert et en toute impunité. Ce qui choque le passager, c’est surtout la désinvolture avec laquelle des forces de sécurité, mandatées pour assurer la sûreté et la fluidité des frontières, se sont métamorphosées en véritables loups dans la bergerie. Profitant de l’ignorance des populations qu’elle terrorise à souhait, cette flicaille sans scrupule impose sa loi: «500F pour passer du Burkina au Bénin», «300 F pour passer du Bénin au Togo», «2 000 F pour mettre un cachet sur un passeport», «10 000 cedis - soit environ 500 F CFA - pour passer du Togo au Ghana»... On peut multiplier les formules à profusion.
De ce qu’on l’on raconte ici et là, les principaux barrons de la police, voire les ministres de la Sécurité de la sous-région, seraient eux aussi dans le coup de ces rackets dont ils recevraient des prébendes. Vrai ou faux? Ce qui est sûr, si ces pratiques-là continuent avec autant d’acuité, malgré les dénonciations dans la presse, c’est qu’il y a un laxisme coupable au plus haut sommet des États et des institutions chargées de soigner cette vilaine plaie.
Mais au-delà de toutes ces choses, il faut reconnaître que les usagers des frontières sont aussi responsables de la situation que les policiers véreux qui rackettent. À commencer par les transporteurs, qui y contribuent activement, en incitant les passagers des cars à se cotiser de gré ou de force, les sommes qui sont destinées à ‘’graisser la patte’’ aux forces de sécurité. On pourrait s’imaginer qu’un jour des passagers décident unanimement de faire un sit-in à un poste frontière pour crier haro sur le racket. Mais hélas. La solidarité étant la chose la moins partagée dans ces circonstances, les tracasseries ont malheureusement encore de beaux jours devant elles. Et ce au grand dam de la libre circulation des personnes et des biens. Comme le dit William Shakespeare, «Tout captif porte dans sa main gauche le pouvoir d’anéantir sa servitude».
Des transporteurs burkinabè complices actifs
Il suffit de voyager à bord d’un car des compagnies qui desservent la ligne Ouaga-Lomé pour se rendre compte que le racket à la frontière se pratique avec la complicité des transporteurs eux-mêmes. À l’approche du poste frontalier, c’est le convoyeur himself qui intime l’ordre aux passagers d’envoyer «les 500, 500» pour «passer facilement la frontière». Dès que vous cherchez à comprendre à quoi est destinée cette quête, certains vous voient comme un extraterrestre ou, pire, quelqu’un qui veut leur faire perdre le temps. Les convoyeurs n’hésitent d’ailleurs pas à vous signaler aux garde-frontières veillant au grain et attendant impatiemment de palper leur butin. Si vous avez le malheur de ne pas avoir tous les fameux «papiers» qu’ils se hâtent d’exiger, ils vous soumettent aux pires des tracasseries. Pendant ce temps, le convoyeur menace de continuer le voyage sans vous. Ainsi s’entretient un racket au poste frontalier togolais de Cinkansé avec la complicité active des transporteurs qui semblent ne rien comprendre à l’enjeu de la libre circulation des personnes et des biens. L’UEMOA et la CEDEAO gagneraient à mettre de l’ordre dans ces nids de corruption.
Une pratique bien enracinée à Hilla-Condji
Au poste frontalier béninois de Hilla-Condji, sur la côtière qui relie le Bénin au Togo, le racket est quasi institutionnalisé. Un policier stratégiquement placé dans le couloir de passage piéton exige systématiquement «300 F» à tous les non-Béninois et à toute personne non-détentrice de pièce d’identité. Le hic, c’est qu’il a poussé l’outrecuidance jusqu’à vouloir soumettre les détenteurs du Carnet de voyage de la CEDEAO qui fait office de passeport sous-régional à cette taxe indue. N’eût été la protestation des membres du Réseau informel des journalistes du Burkina qui effectuaient la traversée le 20 août dernier, le forfait serait consommé sans autre forme de procès. Du moins, il a fallu l’intervention d’un autre policier qui s’est aperçu que son collègue avait affaire à des journalistes pour que les choses se passent autrement. Le drame dans ce jeu de racket visiblement béni et toléré par la hiérarchie policière béninoise, c’est qu’avec de l’argent, n’importe quel criminel peut passer la frontière alors que tout est mis en œuvre pour racketter celui qui se donne la peine d’y passer avec un passeport ou avec le très officiel carnet CEDEAO. Si ça n’est pas un suicide de la libre circulation, ça ressemble fort à une volonté manifeste de se foutre de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest.
Le racket, un deal qui rapporte gros
Au poste frontalier togolais de Sanvee-Condji, la flicaille togolaise ne fait pas mieux que sa consœur béninoise. Dans le petit couloir de passage piéton, ce sont 3 flics qui assurent la quête. Le gardien de la caisse, un gros et gras policier dont l’apparence physique dit tout sur ce qui rentre dans le canari sur lequel il est assis. Dans le bureau du service d’immigration, un policier a tenté d’escroquer 2 000 F CFA pour apposer un cachet dans les passeports avant de se raviser, quand il s’est rendu compte que les détenteurs de ces papiers avaient un ordre de mission et étaient de surcroît des journalistes. Policier togolais aime certainement l’argent, mais il n’est pas fou pour chercher noise aux gratte-papiers en faction à la frontière.
Surprise agréable à Aflao
Considérée comme la frontière de tous les dangers à cause du harcèlement des portefaix, de l’agressivité des pickpockets et de l’omniprésence du racket, Aflao a plutôt réservé une surprise agréable au groupe de journalistes qui l’ont traversée le 22 août. Dans la partie togolaise, appelée Kodjovia-Copé, un premier cordon de flics a tenté d’exiger des pièces - au propre et au figuré -, mais dès qu’il a vu brandir le sésame du fameux Ordre de mission, il s’est rétracté. «Allez voir l’officier à la table», avait-il dit. Plus de peur que de mal, l’officier a été très courtois. La présence discrète d’autres officiers en civil aurait-elle eu un effet sur cette diligence? Le moins que l’on puisse dire, c’est que les choses semblent avoir été nettement améliorées. Aussi bien du côté togolais que ghanéen. C’est tant mieux.
Véritable capharnaüm à Dakola
Au poste de contrôle douanier de Dakola, les passagers sont priés de faire contrôler leurs bagages dans un chaos où se faufilent les mendiants, vendeurs ambulants et autres badauds. Ce spectacle, qui ressemble à un véritable capharnaüm, contraste avec la sérénité et la sécurité qui doivent entourer toute opération douanière. La frontière étant la première porte d’entrée d’un pays, ce spectacle ne milite guère en faveur de l’image qu’on voudrait voir des services douaniers.
12:01 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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