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  • Le journalisme n'est pas un laisser-passer

    bba6e8add850ff28b78d0c7eec3c42b2.jpgConsidérés comme les représentants d’un 4e pouvoir qui a toujours du mal à se faire chair dans plusieurs pays de la sous-région, les journaleux et autres forçats du micro et de la caméra n’en sont pas moins des privilégiés sous les tropiques. Etre journaliste n’est pas toujours synonyme de galère, comme certains confrères insatiables de privilèges veulent parfois le faire croire.

    En effet, il suffit de se retrouver à l’une ou à l’autre des multiples frontières qui subdivisent le continent pour se rendre compte que la carte de presse - pour ceux qui en ont -, un passeport portant la profession «journaliste», et un «ordre de mission journaliste» sont des laissez-passer très enviables par le citoyen lambda qui ne sait à quel saint se vouer face à la cupidité vorace des PDG - entendez Policiers, Gendarmes et Douaniers.

    Les occasions d’éprouver et de prouver cet état de fait ont été légion au cours du voyage d’échanges que le Réseau informel des journalistes a organisé du 17 au 27 août dernier au Bénin, au Togo et au Ghana. Et les morceaux choisis sont assez édifiants.

    À la frontière béninoise de Hilla Condji, le racket est tellement aveugle et systématique que les policiers qui imposent cette ignoble pratique aux voyageurs se foutent absolument du statut de ceux qui vont et viennent. Pour peu que ces confrères et consœurs exigent plus d’égards pour leurs passeports, les carnets de voyage de la CEDEAO - Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest - et l’ordre de mission dont ils étaient munis, les rapports de force changent. Un des «chefs» de la police béninoise, qui est tombé sur une passe d’armes entre les journalistes et un policier racketteurs, n’a pas hésité à les faire passer par une porte moins tracassante. Non pas qu’il vouât un respect particulier pour eux, mais pour éviter qu’ils ne soient tentés de mettre du sable dans leur couscous. Et Dieu sait qu’il y a du couscous bien garni dans les postes frontières.

    En effet, une règle non écrite exige le versement de la somme de 300 F par passant, même muni de papiers en règle. Apparemment, rien ne semble inquiéter ceux qui la pratiquent. Les journalistes membres du RIJ ont sans doute posé un acte symbolique en refusant d’obtempérer. Mais cela suffira-t-il à faire changer les choses? Rien n’est moins sûr.

    L’information et la communication autour des mauvaises pratiques qui plombent la libre circulation des personnes et des biens dans la sous-région ouest-africaine est largement en deçà des attentes des populations. Lorsque ces activités ne sont pas institutionnelles, voire folkloriques, elles apparaissent comme facultatives aux yeux des institutions en charge des questions d’intégration. Elles attendent peut-être que des journalistes zorros ouvrent cette boîte de Pandore. Combien sont-ils, ceux qui voudraient sacrifier leurs privilèges pour aller jusqu’au bout des rackets ignobles qui sont quotidiennement imposés aux pauvres populations qui ne demandent qu’un peu d’égard pour passer d’un pays à l’autre?

    Comme on peut le voir, les journalistes peuvent être un tremplin certain du processus d’intégration qui semble s’etre confiné dans les tours d’ivoire d’institutions budgétivores dont l’impact tarde à se faire voir. Encore faut-il sortir des cadres officiels pour «infiltrer» les frontières à l’instar de ces confrères qui se sont laissé faire prisonniers afin de dévoiler les pratiques peu humaines qui se font dans les geôles. Ainsi, le journalisme peut être un remède efficace contre le laisser-faire ambiant pour devenir un véritable laisser-passer. Zorros de l’intégration, à vos marques donc!

  • Les cyberescrocs ont pignon sur Ouaga

     

    8040394e33b7745ce2b775d35fb4ad98.jpgPresque tous ceux qui ont l’habitude de surfer - ou naviguer sur Internet - ont déjà rencontré, au moins une fois, les cyberescrocs sur leur chemin. Du moins, chacun a reçu ces lettres, généralement très enrobées, de ces individus lugubres qui, pour faire des transactions bancaires non moins floues, sollicitent votre aide pour ceci ou pour cela. Dans la plupart des cas, ils vous proposent une grosse somme d’argent à engranger à l’issue d’une démarche qui tente plus d’un. Hier encore, ces «missives» très tentantes tombaient dans nos boîtes électroniques sans qu’on ne puisse savoir exactement dans quel coin de la planète se trouvaient leurs émetteurs. Pour affiner leurs appâts, ces quidams, qui se cachent sous les patronymes de dignitaires africains disparus, ne livrent généralement pas l’endroit d’où ils écrivent. Ils indiquent vaguement leur lieu de résidence.

    Sur l’avenue Bassawarga

    Mais aujourd’hui, la cyberescroquerie a pignon sur rue à Ouagadougou. Pour s’en convaincre, il suffit de faire un tour dans certains cybercafés de la capitale. Sur l’avenue Bassawarga, pour ne citer que celle-là, ces jeunes «chasseurs d’argent sur Internet» passent toute la nuit à piéger leurs pigeons potentiels. Avec la complicité - consciente ou inconsciente - des propriétaires de ces cybercafés, ils recopient les adresses électroniques - E-mail - des clients qui commettent l’imprudence de ne pas détruire l’historique des ordinateurs sur lesquels ils vont ouvrir leurs boîtes. Ainsi, ces jeunes hommes, reconnaissables par leur accent anglophone et particulièrement nigérian, enregistrent subtilement les contacts de surfeurs imprudents et ignorants du fonctionnement du mailing pour les harceler avec leurs lettres.

    Ils ne se cachent d’ailleurs plus, puisqu’ils bondissent systématiquement sur les ordinateurs qui viennent d’être utilisés. En plus, lorsque le gérant du cyber ignore le fonctionnement de son propre système, ils en profitent pour subtiliser les adresses de tous les usagers. Mieux, depuis quelques années maintenant, ils imitent les signatures et les noms des travailleurs de quelques institutions financières de la place pour tendre leurs pièges. Les banques les plus usitées en la matière sont Ecobank et Bank of Africa Burkina. Les responsables de ces établissements ayant décidé d’observer un silence qui les laisse agir en toute quiétude, les cyberescrocs ne ménagent aucun manège pour poursuivre leur basse besogne. Apparemment, rien ne les inquiète. Sur l’avenue Bassawarga ou sur l’avenue Kwame-NKrumah où ils ont jeté leur dévolu sur les cybers, ils semblent en terrains conquis. C’est tant pis pour les ‘’cyberaccrocs’’ qui ne savent pas se protéger de leurs assauts.

    Impunité totale

    Le contexte et l’ambiance générale d’impunité dans lesquels ils agissent aidant, les cyberescrocs ont imité grossièrement, la dernière fois, un pseudo cachet du ministre de la Justice pour valider une loterie qui serait organisée par la «Banque Atlantique du Burkina Faso». Malgré le fait que cette situation ait été dénoncée pour la énième fois par notre confrère Lefaso.net ainsi que par nous-même, aucune mesure officielle n’est prise pour dissuader ces marchands de gain facile qui opèrent parfois au nez et à la barbe des forces de sécurité. Notre police serait-elle aussi technologiquement carrente pour mettre ces cyberescrocs hors d’état de nuire? Les cyberescrocs dont nous parlons existent bel et bien à Ouaga. Un de ceux dont il est question a même laissé une adresse qui peut constituer une piste de recherche pour la police:

    Me Tapsoba Nabil Adresse : 09 BP 4789 Ouagadougou CMS 09E-mail :cabinet_nabil@netcourrier.com » République du Burkina -Faso Tel : +226 78 01 82 35 Fax : +226 50 42 00 39.

    À nos flics de prouver que les cyberescrocs n’ont pas pignon sur rue à Ouagadougou.
  • "La France ne peut pas se passer de l'Afrique"

    "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire...". Cette phrasefebc30f5554f1108a8d1cf7dbb606c2e.jpg, parmi tant d’autres stéréotypes et clichés réducteurs et éculés, a été prononcée par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l’université Cheick Anta Diop de Dakar dans son désormais (tristement) célèbre discours "à la jeunesse africaine". Une allocution accueillie par un concert d’indignations et de désapprobations. "Il s’est trompé d’époque", crient les uns. "Il doit encore apprendre à connaître l’Afrique", reprennent les autres. "C’est une intervention qui aurait pu être faite par Jean-Marie Le Pen", entend-on également. Nous avons approché un universitaire burkinabè pour qu’il nous livre la lecture qu’il fait de cette sortie on ne peut plus controversée. Voici ce que pense le Pr. Mahamadé Savadogo sur la première sortie africaine de Sarkosy.

    «Sidérant, insultant, méprisant, raciste... », les qualificatifs, aussi négatifs les uns que les autres, n’ont pas manqué pour apprécier le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet à Dakar. En tant qu’enseignant-chercheur agrégé de philosophie, quel jugement d’ensemble portez-vous, pour votre part, sur cette sortie ?

    J’ai trouvé qu’il y a des passages de ce discours qui sont franchement choquants. Ensuite, d’une manière générale, on peut dire que la vision de l’Afrique qui se dégage de ce discours est négative, notamment celle du passé du continent noir. En ce qui concerne le ton, il faut dire qu’il se veut délibérément lyrique. C’est un "je" qui s’adresse à "tu". Sarkozy se veut franc, spontané, sincère, il parle au cœur, il met l’accent sur la sensibilité, mais cet exercice passe mieux quand on est dans la position du dominé. Par contre, quand on est dans la position du dominateur, l’exercice est condamné, et pour qu’il réussisse, il faut être prêt à faire son autocritique, à se remettre en question. Alors que Nicolas Sarkozy ne voulait pas parler de repentir. Alors, il a pris le risque, et il a choqué. On peut dire que globalement son discours est rejeté par les Africains. Sarkozy n’était d’ailleurs pas beaucoup aimé en Afrique avant ce voyage, et ce n’est pas ce discours qui va arranger les choses. Si Sarkozy a reconnu que l’esclavage est un crime contre l’humanité et que la colonisation est une faute, c’est une bonne chose. Mais justement, par rapport à ce qui s’est passé après la colonisation, aux nouvelles formes d’exploitation du continent, qui se sont maintenues même après les indépendances, il n’a absolument rien dit. Il évite soigneusement même d’en parler, et c’est pour cela que je dis que c’est un choix délibéré. Il n’a pas voulu procéder à une autocritique de sa position de représentant d’une puissance dominatrice.

    Le passage le plus controversé de l’allocution est sans doute celui où le locataire de l’Elysée prétend que « ... le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Vous qui avez écrit un livre sur cette question, qu’en pensez-vous ?

    Vous faites allusion à mon 3e livre, qui s’intitule "Philosophie et histoire", qui a paru chez L’Harmattan en 2003. Dans cet ouvrage, il y a le premier chapitre, qui est consacré à une discussion de la vision hégélienne de la place de l’Afrique dans l’histoire. Ce que beaucoup de gens doivent savoir, c’est que de nombreux passages du discours de Sarkozy renvoient pratiquement mot à mot aux analyses hégéliennes sur la position de l’Afrique dans l’histoire. Mon ouvrage justement critique la position hégélienne pour montrer que l’Afrique a un rôle à jouer dans l’avenir même de l’humanité. Donc ma position est essentiellement philosophique. Mais en dehors de ce que je dis, il y a les travaux des historiens africains, notamment Cheick Anta Diop, Joseph Ki-Zerbo, qui ont montré quel rôle important l’Afrique a joué même de par le passé, c’est-à-dire à la période de l’Egypte pharaonique. Nous savons qu’au Moyen Âge, une ville comme Tombouctou était un grand centre intellectuel. Les gens informés sur ces travaux ne peuvent être que déçus et choqués par cette phrase de Sarkozy, qui dit que l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire.

    N’est-ce pas, quelque part, une faute de goût et une maladresse que de prononcer un tel discours dans une université qui porte le nom de Cheikh Anta Diop, l’auteur de « Nations nègres et culture » ?

    On peut se poser la question de savoir pourquoi il y a eu un silence sur le travail de Cheick Anta Diop et d’autres historiens. Dans son discours, Sarkozy a cité Senghor ou Camara Laye, qui sont poète et romancier, alors qu’il y a eu des travaux d’historiens consacrés justement à la place de l’Afrique et qui ont abouti même à réhabiliter l’historiographie africaine. Moi, je pense que ce n’est pas seulement de l’ignorance, qui serait par ailleurs impardonnable en pareille circonstance, et à un tel niveau de responsabilité. Je crois que Sarkozy est bien entouré, il a des gens qui connaissent ces travaux et qui auraient pu lui en parler. Je crois qu’il y a eu volonté délibérée de ne pas parler des auteurs tels Cheick Anta Diop ou Ki-Zerbo parce que la vision de ces auteurs remet en cause sa propre vision, sa propre lecture de l’histoire africaine, qui est une lecture d’un homme de la droite radicale et qui est justement destinée à occulter la responsabilité de la puissance dominatrice, qu’il représente, dans l’histoire de l’Afrique. Il faut déplorer ce silence, et même reconnaître qu’il est déplacé parce que l’université de Dakar où il a prononcé son discours porte le nom de Cheick Anta Diop et il faut reconnaître qu’un auteur tel Cheick Anta Diop a beaucoup de succès auprès de la jeunesse africaine, de même que Ki-Zerbo, décédé le 4 décembre 2006. Donc, il aurait fallu en parler, même s’il fallait ensuite en discuter ; mais passer complètement sous-silence les travaux de ces historiens traduit un choix politique délibéré, évidemment inacceptable..

    Pourquoi Cheick Anta Diop a-t-il été reconnu sur le tard ?

    Il faut reconnaître que ses thèses ont été reconnues comme choquantes à l’intérieur des universités françaises. Au niveau de l’université, son travail n’a pas été bien apprécié, et cela a contribué à retarder la reconnaissance de ses thèses. Depuis sa mort, son travail a beaucoup de succès auprès de la jeunesse africaine, et il a suscité beaucoup de recherches.

    D’aucuns ont avancé qu’il aurait été bâillonné par le défunt poète président Senghor ?

    C’est vrai que ses rapports avec Senghor n’ont pas toujours été faciles, et Senghor ne lui a pas facilité la tâche.

    Grosso modo, quelle lecture faites-vous de la « nouvelle politique africaine de la France » ? N’est-ce pas plus une rupture dans le ton que dans le fond ?

    En ce qui me concerne, je ne vois pas vraiment beaucoup de nouveauté, et je ne sais pas qui parle de nouvelle politique africaine de la France. Est-ce des analystes politiques ou les Français eux-mêmes ? En réalité, il n’y a pas de rupture, pas de nouveauté, et il faut même craindre que Sarkozy ne soit une mauvaise source d’inspiration pour nos dirigeants africains. Lorsque je pense à son alliance ouverte avec les grands patrons d’entreprise (Bolloré et autres)... Pour le premier représentant de l’intérêt public d’un pays, faire prendre en charge ses vacances par des intérêts privés n’est pas une démarche à recommander. Non seulement pour moi il n’y aura pas rupture, mais il peut être une mauvaise source d’inspiration pour nos dirigeants.

    La France peut-elle vraiment se passer, comme le dit Sarkozy, de l’Afrique ?

    Cette idée a été émise à l’intention d’un électorat particulier et justement pour laisser croire que l’Afrique s’écroule et qu’elle est portée à bout de bras par la France. Malheureusement peu de Français savent qu’il existe des entreprises françaises en Afrique qui font des affaires. Il y a peu de Français qui savent qu’il existe des capitaux d’Africains placés en France. Dans ce contexte, il est facile de laisser croire que la France peut se passer de l’Afrique. Mais ironie du sort, immédiatement après son élection, Sarkozy s’est fait payer des vacances par Vincent Bolloré, le patron d’un des groupes les plus implantés en Afrique, où il fait le gros de son chiffre d’affaires. Cela est significatif du fait que la France ne peut pas se passer de l’Afrique.

    Extrait de l’entretien réalisé par Boureima Diallo in www.lobs.bf du 10 août 2007