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31.08.2007
Le journalisme n'est pas un laisser-passer
Considérés comme les représentants d’un 4e pouvoir qui a toujours du mal à se faire chair dans plusieurs pays de la sous-région, les journaleux et autres forçats du micro et de la caméra n’en sont pas moins des privilégiés sous les tropiques. Etre journaliste n’est pas toujours synonyme de galère, comme certains confrères insatiables de privilèges veulent parfois le faire croire.
En effet, il suffit de se retrouver à l’une ou à l’autre des multiples frontières qui subdivisent le continent pour se rendre compte que la carte de presse - pour ceux qui en ont -, un passeport portant la profession «journaliste», et un «ordre de mission journaliste» sont des laissez-passer très enviables par le citoyen lambda qui ne sait à quel saint se vouer face à la cupidité vorace des PDG - entendez Policiers, Gendarmes et Douaniers.
Les occasions d’éprouver et de prouver cet état de fait ont été légion au cours du voyage d’échanges que le Réseau informel des journalistes a organisé du 17 au 27 août dernier au Bénin, au Togo et au Ghana. Et les morceaux choisis sont assez édifiants.
À la frontière béninoise de Hilla Condji, le racket est tellement aveugle et systématique que les policiers qui imposent cette ignoble pratique aux voyageurs se foutent absolument du statut de ceux qui vont et viennent. Pour peu que ces confrères et consœurs exigent plus d’égards pour leurs passeports, les carnets de voyage de la CEDEAO - Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest - et l’ordre de mission dont ils étaient munis, les rapports de force changent. Un des «chefs» de la police béninoise, qui est tombé sur une passe d’armes entre les journalistes et un policier racketteurs, n’a pas hésité à les faire passer par une porte moins tracassante. Non pas qu’il vouât un respect particulier pour eux, mais pour éviter qu’ils ne soient tentés de mettre du sable dans leur couscous. Et Dieu sait qu’il y a du couscous bien garni dans les postes frontières.
En effet, une règle non écrite exige le versement de la somme de 300 F par passant, même muni de papiers en règle. Apparemment, rien ne semble inquiéter ceux qui la pratiquent. Les journalistes membres du RIJ ont sans doute posé un acte symbolique en refusant d’obtempérer. Mais cela suffira-t-il à faire changer les choses? Rien n’est moins sûr.
L’information et la communication autour des mauvaises pratiques qui plombent la libre circulation des personnes et des biens dans la sous-région ouest-africaine est largement en deçà des attentes des populations. Lorsque ces activités ne sont pas institutionnelles, voire folkloriques, elles apparaissent comme facultatives aux yeux des institutions en charge des questions d’intégration. Elles attendent peut-être que des journalistes zorros ouvrent cette boîte de Pandore. Combien sont-ils, ceux qui voudraient sacrifier leurs privilèges pour aller jusqu’au bout des rackets ignobles qui sont quotidiennement imposés aux pauvres populations qui ne demandent qu’un peu d’égard pour passer d’un pays à l’autre?
Comme on peut le voir, les journalistes peuvent être un tremplin certain du processus d’intégration qui semble s’etre confiné dans les tours d’ivoire d’institutions budgétivores dont l’impact tarde à se faire voir. Encore faut-il sortir des cadres officiels pour «infiltrer» les frontières à l’instar de ces confrères qui se sont laissé faire prisonniers afin de dévoiler les pratiques peu humaines qui se font dans les geôles. Ainsi, le journalisme peut être un remède efficace contre le laisser-faire ambiant pour devenir un véritable laisser-passer. Zorros de l’intégration, à vos marques donc!
10:29 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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