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02.08.2007
Volte-face et cacophonie au Parlement burkinabè
Le débarquement de soldats «mossi» en Éburnie n’aura donc pas lieu. Du moins, plus dans les prochaines semaines. Pourtant la très officielle Direction de la communication et des relations publiques de l’Assemblée nationale avait annoncé dans un communiqué de presse la semaine dernière la tenue d’une session extraordinaire pour statuer sur l’envoi d’un contingent militaire en Côte d’Ivoire. Ce contingent burkinabè de 150 hommes n’obtiendra plus le quitus de l’Assemblée nationale. Le projet de loi préparé à cet effet a été purement et simplement retiré du circuit d’enrôlement de l’hémicycle. À la grande surprise des députés qui se préparaient à l’adopter ce mardi 31 juillet. C’est d’ailleurs sur place que certains ont appris la nouvelle de la modification de la session plénière prévue à cet effet. Qu’est-ce qui a finalement poussé le gouvernement à retirer le projet de loi? Que cache cette volte-face? Ce sont-là les questions qui brûlent les lèvres aussi bien à Ouagadougou qu’en Côte-d’Ivoire.
Mais il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. Depuis l’attentat manqué au RPG7 contre l’avion du Premier ministre Guillaume Soro, le 29 juin à l’aéroport de Bouaké, les fameux accords de paix signés le 4 mars à Ouagadougou semblent avoir pris un sérieux coup de roquette. L’enthousiasme du «petit» Soro qui se mêlait comme par enchantement aux rires débordants de Gbagbo a fait place à la méfiance. Malgré le «bûcher de la paix» qui a été allumé sous très haute surveillance militaire lundi dernier, un feu ravageur des espoirs de paix couve sous le brasier. Dans cette situation de suspicion où certains n’hésitent pas à parler de retour des vieux démons de coup d’État, le contingent de soldats burkinabè n’a pas beaucoup de chance d’être perçu comme «impartial».
Il a d’ailleurs suffi que Blaise Compaoré émette officiellement l’intention d’envoyer ses «boys» en Eburnie pour qu’il s’ensuive une sourde levée de boucliers et une cacophonie. À tort ou à raison, certains ne voient dans cette initiative qu’une manière détournée pour le président burkinabè d’envoyer ses militaires en Côte-d’Ivoire pour assurer la sécurité de Guillaume Soro, visiblement soupçonneux aussi bien de ses propres Forces nouvelles que des loyalistes.
Il est fort à parier que l’atmosphère dans laquelle s’est concocté le projet de loi portant autorisation d’envoi du contingent militaire burkinabè en Côte-d’Ivoire a fini par tuer l’initiative dans l’œuf. Les pauvres députés membres de la Commission des affaires étrangères et de la défense (CAED) ont bossé pour rien. Les militaires, gendarmes et policiers qui avaient déjà apprêté leurs sacs à dos doivent devoir les remiser et se dire que ce n’est peut-être que partie remise. Mais rien n’est moins sûr. À moins de gagner l’Éburnie par des voies autres que législatives.
Une cacophonie bien entretenue
Des sources proches du projet de loi qui a été retiré in extremis, il est écrit noir sur blanc que la «mission principale - du contingent burkinabè - est d’appuyer la sécurité du Premier ministre». Or, dans une déclaration faite le 12 juillet par le porte-parole des Forces nouvelles, Sidiki Konaté, celui-ci a laissé entendre qu’il n’était pas question d’envoi de militaires de Blaise Compaoré à Abidjan pour assurer la sécurité du Guillaume Soro. Le Premier ministre avait lui-même déclaré à l’Agence France presse (AFP) que «lors de sa visite à Ouagadougou, Blaise Compaoré et lui n’avaient pas évoqué l’envoi de soldats burkinabè en Côte-d’Ivoire». Et notre confrère de conclure qu’«à la vérité, Guillaume Soro et ses camarades des Forces nouvelles, qui semblaient bien au fait de l’envoi des forces burkinabè en Côte-d’Ivoire, s’étaient plutôt gardés d’en parler et d’en révéler la teneur, pour ne pas compromettre les négociations engagées entre Abidjan et Ouagadougou sur cette délicate question». Le gouvernement burkinabè a vraisemblablement voulu faire endosser la responsabilité de la demande à Laurent Gbagbo. Mais le scénario n’a visiblement pas fonctionné. C’est probablement pourquoi le projet de loi a été purement et simplement retiré.
Dossier corsé pour Kadiatou Korsaga
Pour le premier dossier soumis à la CAED qu’elle préside, Kadiatou Korsaga et ses collègues auront trimé pour rien. Tiens, c’est à cette commission qu’appartient l’adjudant-chef Tousma Hyacinthe Kafando. L’homme devait se sentir dans son élément, en traitant du sujet de l’envoi d’un contingent militaire en Côte-d’Ivoire. Hélas, le retrait du dossier à la dernière minute est la preuve que les députés n’en détenaient ni les tenants ni les aboutissants. En effet, rien ne présageait cette spectaculaire volte-face, puisque le 24 juillet dernier, une délégation gouvernementale conduite par le ministre de la Défense, Yéro-la-bagarre himself, a effectivement participé aux travaux de la commission. Députés et gouvernement sont même parvenus à l’élaboration d’un document qui devait être adopté à la séance plénière prévue par l’Assemblée nationale le 31 juillet. Apparemment, les choses semblent plus corsées que le Blaiso l’a cru au départ.
Rêve brisé pour les soldats
Les policiers, gendarmes et les éléments de la Garde de sécurité présidentielle qui se bousculaient au portillon pour participer au contingent doivent broyer du noir en ce moment. C’est un rêve brisé pour plus d’un de bénéficier, même si c’est pour un an, des avantages et privilèges liés à la mission d’Observation des Nation unies en Côte-d’Ivoire (Onuci) que sont la police d’assurance, les indemnités d’alimentation et de logement, etc. Rien à voir avec les soldes auxquelles la plupart étaient habitués dans la galère du Faso. Dommage, ceux qui rêvaient d’achever leur villa ou leur ‘’duplex’’ non-loti devront remettre leur projet à plus tard ou l’enterrer à jamais. Ils n’auront pas la chance des 77 de leurs camarades qui sont, en ce moment, en mission de paix en République démocratique du Congo, au Soudan et en Haïti, dans le cadre de la mission d’Observation des Nations unies et de la police civile.
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