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11.07.2007

Le Canal de Zogona en danger!

8bd0af960e5d7429f8718f221e254c5c.jpgQuelque trois années seulement après la réception du canal de Zogona, l’ouvrage présente déjà des déficiences qui font douter de sa qualité par endroits. Sur une bonne partie du canal, les herbes ont submergé les dalles qui étaient supposées faciliter l’écoulement des eaux pluviales. Pire, au niveau de l’Institut supérieur d’informatique de gestion (Isig), précisément à côté de la passerelle qui relie les 1200-Logements au marché Boins-yaaré, de gros blocs se sont affaissés et les eaux s’infiltrent de partout.

Visiblement, il y a eu de la négligence. En tout cas, les grosses fissures du canal de Zogona ne semblent émouvoir personne. Le drame, c’est que cela fait au moins deux hivernages que les trous sont béants, visibles à l’œil nu puisque situés aux abords de l’avenue des Arts. C’est la politique habituelle de l’autruche. Sinon, comment comprendre que cet ouvrage, qui a coûté des milliards comme on aime bien à le dire, s’écroule et qu’aucune autorité ne s’en préoccupe? Que font les services techniques de la mairie de Ouagadougou, supposée être la principale bénéficiaire du canal? Et le ministère des Infrastructures dans tout cela? L’ouvrage fait-il l’objet de suivi après sa réception? Ce sont là autant de questions qui méritent d’être posées. Mais apparemment, il n’y a personne au bout du fil.

Et pourtant, il y a de quoi s’inquiéter avant qu’il ne soit trop tard. Apparemment, la mairie de Ouagadougou et le ministère en charge des Infrastructures ne savent pas tirer les leçons du passé. Faut-il attendre que le drame survienne pour verser des larmes de crocodile, comme le 27 mai 2003, après l’incendie du marché Rood-woko?

La saison des pluies est là, avec parfois ses cortèges de malheurs dus à l’évacuation non maîtrisée des eaux. C’est pour résoudre définitivement cette équation que des milliards ont été investis dans la réalisation du canal de Zogona et d’autres. Curieusement, on semble se soucier très peu de ce qu’ils deviennent. Touchons du bois que chacun saura prendre ses responsabilités si d’aventure une inondation venait à passer par là.

 

Commission corrompue, canal bâclé ?

Selon des sources proches du dossier de réception du canal de Zogona, l’entreprise en charge des travaux n’aurait pas été très clean dans le respect du cahier de charges. Malgré tout, elle a réussi à faire réceptionner, par une commission complaisante, cet ouvrage, apparemment, délibérément bâclé. D’aucuns susurrent qu’il y aurait eu parfum de corruption. Certains auraient même été reçus à déjeuner avec l’entrepreneur dans un restaurant de la place où, en plus de manger gras et boire frais, des v’loppes bien garnies auraient été ajoutées au menu. Tout cela pour couvrir des dalles réalisées avec beaucoup de sable et moins de ciment.

 

La mairie sourde et aveugle

Ce qui choque les populations riveraines du canal de Zogona, c’est qu’elles ont l’impression que ces travaux qui ont coûté des milliards ne font l’objet d’aucun suivi de la part des services techniques de la mairie de Ouagadougou. En mars dernier, il a même fallu qu’un «habitant du quartier Pag-la-yiri interpelle le maire Simon Compaoré» dans les journaux pour attirer son attention sur l’installation anarchique des commerçants de Boins-yaaré au bord du canal. Si le 1er magistrat de la ville ne sait pas ce qui se passe autour, il sera bien difficile qu’il sache qu’à l’intérieur, les dalles se désagrègent. En plus de la mairie, le chef du 3e Projet de développement urbain, qui a conçu les travaux d’aménagement de l’ouvrage, ne semble pas se préoccuper de leur qualité.

 

Qui est responsable de ce bordel ?

Autour du canal de Zogona règne une sorte de cacophonie institutionnelle qui ne permet pas de savoir à qui incombe exactement le suivi de l’ouvrage. Placé originellement sous la tutelle de l’ex-ministère des Infrastructures, de l’Urbanisme et de l’Habitat, on ne sait dans quels tiroirs gisent les dossiers. Ce ministère ayant subi tellement de réaménagements et vu passer plusieurs ministres, il sera bien difficile de savoir celui qui a cautionné la gaffe du canal. Le suivi de l’ouvrage a été visiblement le dernier des soucis du maître d’œuvre et du maître d’ouvrage.

 

Des dégâts réguliers sur le parc Bangr-weoogo

La preuve que le suivi a été le ventre mou de la réalisation des travaux du canal de Zogona est que les eaux que charrie l’ouvrage sont systématiquement déversées dans le parc urbain Bangr-weeogo, causant des désagréments dans l’environnement de la réserve. Le hic, c’est que les concepteurs du canal n’ont pas prévu des dégâts collatéraux. Si rien ne se fait pour arrêter le massacre, c’est le parc qui risque de subir de graves dégradations au fil des années. Si en plus son lit se fissure, il faut craindre qu’on revienne à la case départ: l’inondation des quartiers riverains et de la forêt classée. Cela fait donc longtemps que dure le danger.

 

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