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  • L'Étalonmania a tourné au vinaigre

    medium_Etalons_1.jpgDepuis samedi dernier, amoureux et passionnés du ballon rond sont très amers et bouleversés par l'élimination de l'équipe nationale de la course à la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations Ghana 2008. Quand on sait que le football s'est imposé dans ce pays comme le «sport-roi», que le «roi» le vit comme une passion, que le Moogho Naaba, l'empereur des Moose, en a fait son hobby préféré, que la plupart des môgô puissants de ce pays ne marchandent pas leur soutien aux Étalons... et que dans les villages les plus reculés, certains ne respirent que pour le foot, on comprend l'amertume des uns, le dégoût ou la tristesse des autres. Surtout que ce sera la seconde fois consécutive - après Égypte 2006 - que les Étalons du Burkina regarderont le plus grand rendez-vous du foot africain à la télé. medium_Etalons_2.jpg

    Le désappointement a été à la hauteur du symbole que concentre le nom de l'équipe: des Étalons qui se font étaler lamentablement aussi bien à l'extérieur que devant leur propre public comme de vulgaires ânons, il y avait de quoi couler du fiel et provoquer des récriminations. Même s'il est vrai qu'en football tout est possible. Les Étalons ont déçu. Et la réaction, compréhensible des supporters, est de brandir le carton rouge à l'équipe, aux encadreurs et à la Fédération burkinabè de football vers qui on pointe, en plus, le doigt accusateur.

    Les volées de bois vert auxquelles on assiste depuis la défaite annoncée traduisent l'état d'esprit qui a régné autour des Étalons qui, il faut le reconnaître, ont baigné dans une ambiance délétère au cours de ces derniers mois. Des observateurs avisés de la faune footballistique estiment d'ailleurs qu'à quelque chose le «malheur» est bon à prendre.

    En effet, ce ne sont pas les appels au vandalisme, les injures, encore moins les déballages médiatiques qui vont permettre de retrouver l'argent, le temps et les énergies perdues jusque-là. Le mal est déjà fait. Le vin est tiré, il faut le boire, même lorsque tout a tourné au vinaigre. Il faut se donner maintenant le temps de soigner le mal à sa racine et non se contenter de panser les plaies. Disons-le net, le football burkinabè est aussi malade du manque de talents, d'une gestion calamiteuse des hommes et des ressources, de la trop grande immixtion de la politique et des politiques, de l'indiscipline tant des supporters que de la presse sportive.

    Pour que l'Étalonmania, qui galvanise tant d'énergie, ne tourne plus jamais au vinaigre, il y a lieu de remettre la balle au centre. Franchement et courageusement.

     

    Ces «millions» qui ont semé la zizanie

    À quoi voulait jouer le sinistre Gendarmator, en distillant à la presse que le voyage des Étalons au Mozambique a coûté la bagatelle de 176 millions de F CFA? Ce chiffre, gonflé à bloc après l'expédition infructueuse des Étalons battus 1 contre 3 à Maputo, n'a pas moins joué contre l'image d'une Fédé déjà abattue par cette énième défaite. C'est probablement pourquoi Diaquitté et son staff ont été obligés de dévoiler le contenu de l'enveloppe qui leur a été remise. Ils l'estiment autour de 44 millions. Ce qui contraste avec les 176 briques annoncées par Palm Beach. Selon des sources bien informées, la Fédé n'aurait présenté qu'un budget d'environ 98 millions. D'où vient alors ce gros écart? Si le ministre soutient avoir signé un chèque de 176 millions, où est alors passé le reste de l'argent? Tout cela mérite d'être clarifié.

     

    Le gombo des entraîneurs

    Tout aussi obscure est l'affaire des salaires des entraîneurs. Selon des sources proches de la Fédé, ces salaires n'ont été versés pour la dernière fois qu'en décembre 2006. La Fédé elle-même, lors de son point de presse de mardi dernier, affirme devoir à Saboteur 2 briques. Sur les 5.5 millions de salaire et de dédommagement, il avait déjà perçu 3.5 millions. Et là également, le ministre soutient être en règle. Une situation que l'équipe fédérale dit ne pas comprendre. Lorsque de telles informations sont distillées à la veille d'un match décisif qui a tourné au vinaigre, on se demande si c'est seulement les supporters énergumènes qui veulent la peau de la Fédé. Puisqu'il n'y a pas eu de conciliation au Tribunal du Travail entre Saboteur et la Fédé, on s'attend donc à une probable suite judiciaire.

     

    Ça shoote de partout

    Après la honte nationale dont les canassons nous ont couvert le samedi dernier, la Fédé de foot a organisé une conf. de presse mardi dernier. Diaquitté et ses hommes ont décidé d'organiser une AG extraordinaire le samedi 23 juin pour rendre compte aux ligues (leurs mandants) pour suite à donner à leur mission. La Fédé et le ministère ne sont décidément plus en odeur de sainteté, la première n'étant pas d'avis que le ministère remercie le monde sportif, après les actes de vandalisme qui ont suivi le match.

     

    Challenge raté pour Dagano

    Momo Dagano, le sociétaire de Sochaux, vainqueur de la Coupe de France, a pris un mauvais challenge, en programmant son mariage religieux le lendemain du match contre les Taïfa Stars. La star burkinabè n'a pas réussi à violer les filets du gardien tanzanien. Dommage. Cela a naturellement laissé un arrière-goût amer à ses noces avec la belle Safi. L'histoire retiendra que les tourtereaux se sont unis devant Dieu et devant les hommes ce dimanche 17 juin, au moment où les amoureux du foot avaient encore les larmes de l'élimination des Étalons aux yeux. Tous les challenges ne sont peut-être pas bons à prendre, lorsqu'on est un footballeur professionnel. Sinon, c'est le cœur qui peut prendre un vilain coup. Heureux ménage quand même à Dagano et à Safi.

  • Le Premier ministre, Dieu et la presse

    medium_Tertius.jpgIn God, he trusts. La presse burkinabè devra désormais se familiariser avec cette devise dans ses rapports avec le nouveau Premier ministre, Tertius Zongo. Étiqueté par le passé comme un commis de l’État qui ne met pas sa foi «sous le boisseau», son séjour au pays de l’Oncle Sam comme ambassadeur du Burkina ne pouvait que raffermir sa conviction. Là-bas, plus qu’ici chez nous, on ne s’embarrasse pas d’évoquer «le Saint nom de Dieu» ou d’exhiber sa foi. Les pisse-papiers, les cameramen et autres photographes ne devront donc pas s’étonner de surprendre le PM en prière dans ses bureaux sis avenue Agostino-Neto, ou avant une rencontre ou un point de presse.

    Comme pour annoncer les couleurs à sa conférence de presse inaugurale tenue mardi 12 juin, il n’est pas allé par quatre chemins pour répondre aux journaleux qui voulaient savoir s’il n’était pas «un Premier ministre de transition». «C’est Dieu seul qui élève les gens.» Une manière de faire comprendre à la presse qu’il a accueilli son «élévation» au poste de Premier ministre comme l’accomplissement d’une volonté divine à travers sa nomination par l’enfant terrible de Ziniaré.

     

     

    Vrai communicant et vrai croyant

     

    Morceau choisi: «Moi, je dis merci au président du Faso, mais derrière lui, je vois quelqu’un de plus que lui, et qui l’a inspiré pour qu’il me nomme.» No comment. Certains confrères, à l’instar de L’Observateur paalga, ont cru voir le PM adopter «par moments, une posture de prêcheur évangélique». Tout au long de son speech, il aura démontré qu’il maîtrisait aussi bien le programme du «progrès continu pour une société d’espérance» que la Bible.  

    Mais n’allez surtout pas croire que Tertius, qui s’en remet à Dieu ou voit sa main partout, se laissera marcher sur les pieds ou tendra benoîtement la joue gauche à celui qui viendrait à le gifler sur la joue droite. Que nenni! Visiblement mis hors de lui par la fameuse affaire dite des 800 millions qui auraient disparu au moment où il quittait le gouvernement en qualité de ministre de l’Économie et des Finances en 2002. L’homme aura prouvé à ceux qui en doutaient encore qu’il pouvait aussi manier la légendaire arme de la malcause lorsque les circonstances le commandent. Entre ironie et coup de gueule à bout portant, il n’est pas allé par quatre chemins pour apporter la réponse du berger à la bergère à ceux qui le prendraient pour «un con» ou qui «insultent son intelligence».

    Au regard de ce qui précède, on peut dire, sans risque de se tromper, que c’est un Premier ministre qui se dévoile comme un vrai communicant et un vrai croyant qui veut jouer son destin face à la presse. Et il a pris en cela l’avantage mérité d’initier une consultation avec les responsables des organes de presse nationaux au même titre que les autres acteurs et forces vives de la nation. L’enjeu en valait vraiment la chandelle.

  • Les TIC ne sont pas un remède miracle!

    Après plusieurs décennies de décollage raté aux plans économique, politique, social et culturel, revoilà l’Afrique vivement encouragée à essayer un nouveau médicament: les Technologies de l’information et de la communication (TIC). À en croire ses prescripteurs au premier rang desquels se trouve le célèbre Malien Dr Cheikh Modibo Diarra - ex-officier de la Nasa et désormais directeur Afrique de Microsoft -, cette potion ayant permis de faire des miracles sous d’autres cieux, il n’y a pas de raison qu’elle ne soit pas aussi efficace dans le «berceau de l’humanité». C’est sur la foi de cette hypothèse que le «géant américain» a initié, du 31 mai au 2 juin à Ouagadougou, un forum sous-régional sur «les meilleures pratiques dans le domaine des TIC pour le développement».

    Visiblement conquis par l’idée de ce remède miracle, les chefs d’État présents à l’ouverture des travaux n’ont pas caché leur optimisme. L’ancien patron de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et maintenant président de la République du Bénin contient à peine son espoir. «Nous avons raté la révolution industrielle, il est possible que nous puissions rattraper le retard que nous avons accusé si nous nous mettions à jour au niveau des nouvelles technologies de l’information et de la communication», a-t-il lâché à la presse. Quant à son hôte, Blaise Compaoré, son optimisme se mêle à une certaine excitation: «Les pays d’Afrique qui ont pris beaucoup de retard dans le développement, peuvent s’assurer un meilleur avenir».

    Le moins que l’on puisse constater, c’est que les enjeux des TIC pour le développement semblent parfaitement maîtrisés au sommet. Du moins, dans les discours. Mais comme on devrait le savoir, si les beaux speechs et les déclarations suffisaient pour sortir l’Afrique du piège du sous-développement, il y a longtemps que sa misère serait devenue un souvenir. Hélas!

    S’il est vrai qu’une bonne maîtrise et une bonne vulgarisation des TIC peuvent permettre de gagner énormément de temps, voire de rattraper le train du développement, il ne l’est pas moins que les dirigeants doivent encore bosser pour lever des obstacles qui empêchent ce défi de se réaliser.

    Là, il serait illusoire de croire qu’il suffirait d’inonder le continent d’ordinateurs, d’y installer des connexions haut débit ou de mettre tous les services à moindre coût pour provoquer le déclic. Le développement est un comportement que l’on ne semble pas cultiver assez. Il est impérieux que tout en saluant l’apport et le soutien inestimables de bienfaiteurs intéressés - tel Microsoft -, les dirigeants travaillent à intégrer l’appropriation des TIC non seulement dans les programmes de formation, mais dans l’éducation des masses. Ce serait créer de nouveaux mythes que de croire qu’il suffira de développer les TIC pour que tous les problèmes de développement soient résolus. La thèse de feu Pr Joseph Ki-Zerbo est toujours d’actualité: «On ne développe pas. On se développe». Les TIC ne sont donc pas un remède miracle! Attention à ne pas les fétichiser surtout.

    Car, sur ce continent où on a l’habitude de se hâter lentement, on prend parfois trop de temps pour joindre l’acte à la parole. À l’instar du ministère des Postes et des TIC dont le site web est «toujours en construction», alors que cela fait déjà deux bonnes années qu’il est créé.