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15.06.2007

Les TIC ne sont pas un remède miracle!

Après plusieurs décennies de décollage raté aux plans économique, politique, social et culturel, revoilà l’Afrique vivement encouragée à essayer un nouveau médicament: les Technologies de l’information et de la communication (TIC). À en croire ses prescripteurs au premier rang desquels se trouve le célèbre Malien Dr Cheikh Modibo Diarra - ex-officier de la Nasa et désormais directeur Afrique de Microsoft -, cette potion ayant permis de faire des miracles sous d’autres cieux, il n’y a pas de raison qu’elle ne soit pas aussi efficace dans le «berceau de l’humanité». C’est sur la foi de cette hypothèse que le «géant américain» a initié, du 31 mai au 2 juin à Ouagadougou, un forum sous-régional sur «les meilleures pratiques dans le domaine des TIC pour le développement».

Visiblement conquis par l’idée de ce remède miracle, les chefs d’État présents à l’ouverture des travaux n’ont pas caché leur optimisme. L’ancien patron de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et maintenant président de la République du Bénin contient à peine son espoir. «Nous avons raté la révolution industrielle, il est possible que nous puissions rattraper le retard que nous avons accusé si nous nous mettions à jour au niveau des nouvelles technologies de l’information et de la communication», a-t-il lâché à la presse. Quant à son hôte, Blaise Compaoré, son optimisme se mêle à une certaine excitation: «Les pays d’Afrique qui ont pris beaucoup de retard dans le développement, peuvent s’assurer un meilleur avenir».

Le moins que l’on puisse constater, c’est que les enjeux des TIC pour le développement semblent parfaitement maîtrisés au sommet. Du moins, dans les discours. Mais comme on devrait le savoir, si les beaux speechs et les déclarations suffisaient pour sortir l’Afrique du piège du sous-développement, il y a longtemps que sa misère serait devenue un souvenir. Hélas!

S’il est vrai qu’une bonne maîtrise et une bonne vulgarisation des TIC peuvent permettre de gagner énormément de temps, voire de rattraper le train du développement, il ne l’est pas moins que les dirigeants doivent encore bosser pour lever des obstacles qui empêchent ce défi de se réaliser.

Là, il serait illusoire de croire qu’il suffirait d’inonder le continent d’ordinateurs, d’y installer des connexions haut débit ou de mettre tous les services à moindre coût pour provoquer le déclic. Le développement est un comportement que l’on ne semble pas cultiver assez. Il est impérieux que tout en saluant l’apport et le soutien inestimables de bienfaiteurs intéressés - tel Microsoft -, les dirigeants travaillent à intégrer l’appropriation des TIC non seulement dans les programmes de formation, mais dans l’éducation des masses. Ce serait créer de nouveaux mythes que de croire qu’il suffira de développer les TIC pour que tous les problèmes de développement soient résolus. La thèse de feu Pr Joseph Ki-Zerbo est toujours d’actualité: «On ne développe pas. On se développe». Les TIC ne sont donc pas un remède miracle! Attention à ne pas les fétichiser surtout.

Car, sur ce continent où on a l’habitude de se hâter lentement, on prend parfois trop de temps pour joindre l’acte à la parole. À l’instar du ministère des Postes et des TIC dont le site web est «toujours en construction», alors que cela fait déjà deux bonnes années qu’il est créé.

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