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06.06.2007
Les uns vivent de la pauvreté, les autres en meurent
Sur les terres de ce pays mal loti par Dame nature et piégé par la pauvreté, les associations semblent avoir trouvé un terrain de prédication pour se sucrer sur le dos des populations. A la faveur de la libéralisation politico-sociale des années 90, elles ont poussé comme des champignons et se comptent désormais par milliers. Dans les registres du ministère en charge de l’Administration du territoire et des Libertés publiques, on se perd dans les dédales des sigles et des chiffres. Ne cherchez surtout pas à savoir ce que font toutes ces associations.
Officiellement, il y en a très peu qui sont reconnues d’utilité publique et donc bénéficient de subvention de l’Etat. Mais cela ne les empêche pas d’user de tous les subterfuges possibles et imaginables pour «manger le mil» de ceux qu’elles sont supposées défendre. Leur stratégie? Elle est assez simple, voire simpliste. Il suffit de se déclarer association de lutte contre la pauvreté, le VIH/Sida, l’analphabétisme,... et toutes les autres galères dans lesquelles les populations sont empêtrées, et le tour est joué.
Les plus malins, ou ceux qui ont des bras longs, accèdent même au financement public, notamment des fonds mis à disposition par les institutions internationales pour, dit-on, soulager la misère ambiante. Mais à la vérité, plus de la moitié de ces subventions va dans la besace des mange-mil de ceux qui savent s’associer pour le bouffer à la place des personnes réellement concernées. Ainsi, ce qui fait courir la plupart des associations, comme dirait l’autre, c’est beaucoup plus la lutte contre leur propre pauvreté que celle des autres.
Ceux qui n’ont pas la capacité ou la patience de créer une association poussent l’outrecuidance jusqu’à en fabriquer de toutes pièces. Ainsi en est-il de Alimata Diallo dont l’histoire invraisemblable a défrayé la chronique la semaine dernière. Usant d’une association fictive - dénommée Association solidarité femmes burkinabè -, cette dame a réussi à embarquer près de 8 000 personnes à qui elle - et ses complices - a fait miroiter des possibilités fictives de don de vivres et d’octroi de micro-crédits. Ce qui est plus rocambolesque dans l’affaire est que des chefs coutumiers et des autorités administratives probablement mus par la cupidité se sont laissé prendre dans ce jeu de dupes. Sans chercher à vérifier l’authenticité des documents présentés par la dame. N’eût été la plainte d’une autorité que la police dit protéger sous le vague qualificatif d’«autorité de premier plan», Mme Sinka, alias Alimata Diallo, allait poursuivre sa basse besogne de racket des pauvres populations. Dieu sait que des personnages du même genre courent impunément, à col blanc, avec parfois la bénédiction et la complicité de ceux qui sont supposés les mettre hors d’état de nuire. Ainsi les uns se nourrissent de la pauvreté tandis que d’autres en meurent.
Vous avez dit société si vile ?
Dans ce pays où plus de la moitié des populations croupit dans la misère, la lutte contre la pauvreté est devenue une sorte de manne autour de laquelle tous les vautours se regroupent. «Les sangsues de la misère», voilà comment la troupe de l’Atelier théâtre burkinabè a qualifié le comportement des hommes et des femmes qui exploitent le dénuement de leurs compatriotes pour se faire une place au soleil. A l’instar de cette dame qui dit lutter contre la pauvreté par le micro-crédit, elles sont légion, les associations qui jouent plus ou moins la même comédie. L’éradication de la pauvreté est le cadet de leurs soucis. D’ailleurs, ils n’ont pas intérêt à le faire, puisqu’elles signeraient du coup leur arrêt de mort. «La pauvreté se vend bien» et même très bien au Faso. Ce n’est pas les proprios des nombreuses 4x4 qui se bousculent dans les savanes du Burkina qui diront le contraire. En plus du VIH/Sida, la lutte contre la pauvreté fait partie des deals qui rapportent le plus aux organisations de la société si vile.
Les côcôs stratégiques
La prolifération des associations n’épargne aucun secteur d’activité au Faso. Les associations les plus futées sont celles qui ont réussi le tour de passe-passe d’être à la fois de la société politique et de la société civile. Ainsi, prêtent-elles leurs services aux organisations et partis politiques, de préférence au pouvoir et à la mouvance présidentielle. Par un jeu d’équilibrisme dont ils ont le secret, elles se métamorphosent en organisations de la société civile selon les intérêts du moment. D’autres sont officiellement apolitiques, mais en réalité, ce sont les hommes politiques qui en tirent les ficelles et s’en servent comme boucliers pendant les campagnes électorales.
Les côcôs historiques
Si l’on suppose que la pauvreté frappe certaines parties de notre pays plus que d’autres, on constate également que les associations qui poussent dans ces milieux jouent à fond la carte historique. Dans la région du Nord par exemple, le ratio serait tel qu’il y aurait une association pour 10 habitants.
Les côcôs spirituels
Les hommes et femmes dits de Dieu ne sont pas en reste dans le business du monde associatif. Sous le couvert de la charité, certaines associations ne sont que des loups camouflés sous la peau d’agneaux. On se souvient encore des affaires de «bon berger» qui s’est révélé un méchant loup, ou d’imams bienfaiteurs qui se cachent sous le boubou d’escrocs de grands chemins.
Le ministre Sawadogo est-il trop Clément ?
Visiblement, le monde associatif est devenu un véritable panier à crabes. Au regard des scandales et des malversations qui pullulent dans la presse, on se demande si le ministre Sawadogo n’est pas trop Clément dans l’octroi de certains récépissés. En tout cas, il y a lieu d’assainir ce milieu afin de rétablir l’honneur et le don de soi qui devraient être les vertus de ceux qui se constituent en association.
18:51 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonjour, Il n'y a pas de lien pour t'envoyer un mail directement. Je trouve que le complement est tres bien, mais,il faut absolument mettre l'url de la source d'une partie de l'info.
Ton site est tres bien.
Ecrit par : Sawa | 07.06.2007

