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15.05.2007

Dépités et décapités de la 4e législature burkinabè!

medium_Corps_sans_têtes.2.jpgLes résultats des législatives du 6 mai dernier sont enfin tombés. Sauf tremblement de terre au Conseil constitutionnel, les chiffres livrés samedi par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) ne devraient pas connaître de changements majeurs. On sait donc, à peu près, ceux qui prendront (ou reprendront) les chemins de l’hémicycle et ceux qui devront ranger leurs écharpes dans leurs valises. Ainsi vont les aléas politiques.
Mais les élections ont aussi l’avantage de permettre de savoir qui est qui, qui pèse toujours quoi. Car, dans nos républiques bananières où le «pouvoir à vie» semblent être la chose la mieux partagée, certains hommes et femmes politiques ne mesurent pas toujours le pouvoir que confère le vote au citoyen. A force de ne pas prévoir l’enjeu des élections, ils en viennent à être surpris ou à se laisser surprendre.
La plupart de ceux qui se sont cassé les dents à ces législatives l’ont été soit par un mauvais positionnement dès le départ, soit par une mauvaise stratégie. A force de prendre des paris, certains en sont venus à ratisser trop large. Comme le dit l’adage, «qui trop embrasse mal étreint». D’autres ont surestimé leurs forces sur le terrain. Conséquences: ils tombent des nues en voyant les résultats.
On notera aussi que la génération des papy députés - honni qui mal y pense - est en voie de disparition dans l’hémicycle. En attendant de calculer la moyenne d’âge de nos futurs honorables députés, force est de constater qu’il y a eu plus de femmes élues que d’opposants. A force de nomadisme, l’espèce d’opposants députés est également en voie de disparition. A moins que certains politiciens - suivez mon regard - nous fassent encore croire qu’on peut soutenir Blaise Compaoré tout en s’opposant honnêtement et sincèrement à son CDP. Ce qui est sûr, c’est que tous les dépités et autres décapités de la 4e législature ne se mêleront pas à ces bagarres au cours des 5 ans à venir.

Une majorité parlementaire
de 89,17%

Les résultats provisoires donnent le CDP confortablement majoritaire avec 65.76% des 111 sièges. A cela il faut ajouter celui de ses différents alliés (notamment ceux qui sont ABC et soutiennent le «progrès continu pour une société d’espérance» de Blaise Compaoré) que sont: 4,50% de l’UPR, 1,80% du RDB, 0,90% du PAI, 0,90% du RPC, 2,70% de la CFD/B et 12,61% de l’ADF/RDA. Pour son quinquennat, l’enfant terrible de Ziniaré dispose d’une majorité parlementaire de 89,17%. Ce qui est nettement au-dessus des 80,35% qu’il a engrangé à l’issue de la présidentielle du 15 novembre 2005.

CDP: 73
ADF/RDA: 14
UPR: 5
UNIR/MS: 4:
RDB: 2
PDP/PS: 2
CFD/B: 3
UPS: 2
PAREN: 1
PDS: 1
PAI: 1
RPC: 1
UDPS: 1

La représentativité
des femmes a reculé
La 4e législature offrira l’agréable surprise de comporter plus de femmes que d’opposants. En effet, l’autre moitié du ciel sera représentée par 12 femmes, dont 9 pour le parti majoritaire, 1 pour l’ADF/RDA, 1 pour l’UNIR/MS et 1 pour la RDB. Mais il s’agit là d’un recul par rapport à la précédente législature où il y avait 14 élues. Visiblement, les genristes ont encore du pain sur la planche pour que le «sexe majoritaire» soit bien représenté dans les sphères de décision.

Le Naba de Manga en panne
Alors que le gros bonnet rouge du Gulmu boit son petit lait en attendant de prendre possession de son fauteuil fêfêtisé à l’Assemblée nationale, le chef traditionnel de Manga, lui, doit se mordre sérieusement les doigts pour avoir essuyé une défaite dans son propre fief. En effet, l’honorable Christian Gustave Bouda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’a pas pu résister à l’avènement du RPC de son ex-camarade Pissi Léonard Massimbo. Les coups de bec du coq -symbole du RPC- ont été fatals à l’honorable Mang’naba.

Touré, tu as perdu la tête
S’il y a bien un chef de parti qui doit s’arracher les cheveux, c’est bien Soumane Touré. De 5 sièges en 2002, son parti n’a pu engranger cette fois qu’un seul dans le Kénédougou. Mais lui-même est passé royalement à côté de la plaque. Les bagarres inutiles qu’il a engagées à la veille des élections contre ses camarades d’hier que sont Tout-doux Césaoul et Alphonse le Bobo-clair se sont retournées contre lui. Preuve qu’en politique les inconséquences se paient cash. Sa seule consolation est peut-être que son frère-ennemi Philippe Ouédraogo -de l’autre PAI- est aussi sorti de l’hémicycle par l’issue de secours.

Trop de paris a tué le PARIS
Parmi les députés qui écouteront les débats et les ébats de l’Assemblée nationale à la radio, Cyrille Goungounga sera un absent remarqué. A force de prendre trop de PARIS (au propre comme au figuré), il a fini par tout perdre. En 7 ans, il a transhumé du CDP pour (prendre) son 1er PARI avant de faire une alliance fusionnelle avec l’ADF/RDA. Elu en 2002 sous la bannière de ce dernier parti, il a poursuivi son nomadisme jusqu’à reprendre un autre PARIS qui a fait un fiasco électoral le 6 mai. Même s’il a reconnu sa défaite, force est de constater que ces «va-et-vient» entre la majorité et l’opposition semblent finalement une goungoungaffe qui lui a coûté cher. Son avenir politique nous le dira.

Hermann comme Phénix
A l’instar de cet oiseau fabuleux de la mythologie antique, unique en son espèce, qui se brûlait lui-même sur un bûcher pour renaître de ses cendres, Me Hermann Yaméogo semble avoir précipité sa chute en décidant de ne pas voter le jour même du scrutin pour lequel il a fait une contre-campagne. Seulement en ne récoltant aucun siège à l’issue de ces élections, ce n’est pas moins une défaite politique, surtout d’un leader de sa carrure. Sans représentant au Parlement, sa voix et ses idées politiquent ne risquent-ils pas de sombrer ? That is the question. En tout cas, la renaissance du phénix risque fort d’être rude cette fois-ci.

Séraphine est passée juste à côté de la plaque
La mairesse de l’arrondissement de Boulmiougou aura eu moins de chance que sa consoeur de Bogodogo. Alors que Zoénabo Drabo/Ouédraogo a été élue dans la province du Sanmatenga, Séraphine W. Solange Ouédraogo est passée juste à côté de la victoire. Dans la liste du CDP Kadiogo où elle était positionnée à la 4e place, le nombre d’élus s’est arrêté juste à 3. Des mauvaises langues susurrent qu’elle se serait évanouie en apprenant les résultats.

1er couple de parlementaires
Pour la 1ère fois dans l’histoire du parlement burkinabè -à moins d’une méprise de notre part-, un homme et sa femme sont élus en même temps députés. Il s’agit du couple Laya et Blandine Sawadogo tous les deux du CDP. Au cours des sessions nocturnes, ce sont les enfants qui seront dépités de l’absence de leurs parents. A moins qu’en plus de l’hôtel du député, on construise aussi une garderie parlementaire.

Les «papys» n’ont pas pipé grand’chose
De 10 députés en 2002 à seulement 2 élus maintenant, le PDP/PS a connu la plus grosse débâcle de l’opposition parlementaire. De quoi faire retourner le vieux Samo dans sa tombe. Mais à la vérité, ces résultats ne reflètent pas moins une certaine réalité du terrain. Les «papys» n’ont pas fait grand’chose ces dernières années pour ne pas mériter ce triste sort. Exit également Ram Ouédraogo et son RDEB apparenté au groupe parlementaire PDP/PS.

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