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25.04.2007

Que la chasse aux pistoleros s'ouvre enfin!

Le drame de Virginia Park où un étudiant américain d’origine coréenne a abattu froidement 32 de ses camarades, avec son arme, avant de se donner lui-même la mort vient rappeler l’épineuse nécessité de contrôler la circulation des armes dans nos pays. En effet, si aux États-Unis le port est quasiment garanti par la loi fondamentale de ce pays de paradoxes, ici, les engins de la mort qui circulent sont détenus dans la plupart des cas en toute illégalité. Les spécialistes de la question estiment à plus de 30 millions le nombre d’armes qui sont dans cette situation en Afrique subsaharienne, dont 10 millions en Afrique de l’Ouest. On aurait bien aimé savoir combien en charrie le pays des Hommes intègres. Mais en la matière les autorités préfèrent garder le cadenas sous la langue.

Et pourtant, tout le monde en parle. Depuis que la RDP (Révolution démocratique et populaire) et les conflits libérien, sierra-leonais et ivoirien sont passés par là, le Burkina ploie sous le poids des armes légères. Des organisations internationales de défense des droits de l’Homme n’avaient pas hésité, en son temps, à remonter les bretelles aux autorités burkinabè à propos d’un certain transit d’armes via leur territoire vers les pays en guerre. Mais le tout n’est pas d’alerter, il faut agir et vite. Et c’est là où le bât blesse.

Car, dans cette course contre le monstre, le Burkina Faso, comme la plupart des pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), se hâte lentement pour ratifier les conventions internationales. À en croire la dernière mission que l’institution sous-régionale a diligentée en mars dernier à Ouagadougou, seul le Niger figurait dans le registre des États ayant ratifié la convention signée depuis le 14 juin 2006 à Abuja par 15 chefs d’État et de gouvernement. Pour que cet instrument entre en vigueur, il faut qu’il soit approuvé par au moins 9 pays. Pourquoi traîne-t-on autant les pieds?

Ils sont peu enthousiastes, les États qui voudraient «réduire leurs budgets sur les armes légères et assurer la transparence en donnant l’information au public sur la production, la possession et le transfert des armes», selon l’esprit des concepteurs du traité. L’info sur les armes demeure encore top secret alors que même les législations nationales ne sont que partiellement, voire pas du tout, appliquées. Toutes choses qui ne permettent d’ouvrir véritablement la chasse aux pistoleros. Au nom de la garantie des droits humains et d’une meilleure sûreté et sécurité des biens et des personnes. Que s’ouvre donc la chasse aux pistoleros!

 

L’équation des sociétés de gardiennage

En prenant, en mars 2002, un arrêté conjoint des ministères en charge de la Justice, de l’Administration du territoire et de la Défense, le Burkina semble avoir fait un pas qualitatif dans la réglementation des «formes et des conditions de délivrance de l’autorisation d’achat d’armes à feu, du permis de détention, du permis de port d’armes à feu et de l’agrément de fabricant ou du commerçant d’armes à feu et de munitions civiles». Mais dans la pratique, des zones d’ombre demeurent, notamment dans la prise en compte de la situation des sociétés de gardiennage où celui qui porte l’arme n’est pas le détenteur et donc ne subit pas les enquêtes exigées à cet effet. Le drame survenu le mois dernier à Ouaga où le responsable d’une société de gardiennage a refroidi un de ses employés avec une arme à feu a achevé de convaincre le ministre de la Sécurité qu’il faut un peu plus de vigilance sur la moralité des vigiles et de leurs patrons. Mais entre les déclarations d’intention et l’action, beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts. Ainsi va la gouvernance au Faso.

 

Militaires flingueurs et voleurs d’armes

Si au Faso on a eu vent de peu de cas de tragédies causées par des civils détenteurs d’armes à feu, les «corps habillés» - ou les militaires, si vous préférez - se sont illustrés comme des champions en matière de gaffe. On se souvient encore de ces histoires de gendarmes flingueurs pour de vulgaires affaires de fesses. Un autre gendarme en service à Kaya s’est même rendu coupable de vol d’armes qu’il n’hésitait pas à liquider au marché noir. Un autre douanier, en formation militaire à Bobo-Dioulasso, s’est fait prendre en flagrant délit de vente d’armes de guerre à une société de gardiennage. N’eût été la prudence de son interlocuteur qui a informé les services de sécurité, il aurait réussi son forfait.

 

Des fabriques d’armes à Ouagadougou

La détention d’armes est une affaire de tradition dans certaines contrées du Burkina. Ainsi, un fils hérite-t-il de l’arme de son pater, sans se donner la peine de se conformer à la réglementation qui dit que «le permis de port d’armes à feu est strictement personnel». En ville comme au village, des forgerons se jettent dans la fabrication d’armes sans se soucier d’en obtenir l’agrément. Et puisque les détenteurs d’armes ne sont aucunement des enfants de chœur, il arrive que des coupeurs de route et des bandits de grand chemin s’approvisionnent dans ces fabriques illégales. La dernière illustration de cette situation a été le démantèlement par la police, en février 2006, de sites illicites dans les secteurs 16, 17 et 22 de Ouagadougou.

 

La CNLPAL a du pain sur la planche

 

Présidée par le colonel Paul Yaméogo, la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes légères (CNLPAL) créée par décret n°2001-167/PRES/PM/DEF du 25 avril 2001 ne devrait pas chômer, tellement l’enjeu du contrôle de la détention et de la circulation d’armes est important au Burkina Faso. Mais le péché mignon de ces commissions qui prolifèrent ici et là, c’est que les missions ne sont pas toujours accompagnées de moyens nécessaires pour leur accomplissement. En plus, leurs animateurs n’ont pas nécessairement les coudées franches pour mener des actions à la mesure de leurs ambitions.

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