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18.04.2007
Nous sommes tous des racommodeurs de nos langues nationales!
Le député Mahama Sawadogo, encore lui, a jeté un pavé dans la mare, en mettant le doigt sur les travers de la traduction des articles de la presse écrite en langues nationales à la radio. Dans une diatribe distillée, au début de ce mois, dans les principaux quotidiens de la place, l’honorable parlementaire fustige ce qu’il considère comme la presse «écrite-parlée» et attire l’attention de l’opinion nationale sur «les problèmes éventuels qui pourraient survenir du fait de la non maîtrise de la fidélité de la traduction par certains journalistes des radios FM».
On n’a pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour comprendre que les cibles de la critique du député sont les fameuses «revues de presse» qui ont fait leur apparition ces dernières années sur les ondes de certaines radios de proximité. Très prisée au regard de l’engouement qu’elle suscite, cette nouvelle forme d’information a eu, jusque-là, le mérite de traduire en langues locales des informations qui étaient, jusque-là, monopolisées par les maîtres de l’écrit et confisquées par la minorité de ceux qui savent lire en français. Tout en brisant les «chaînes» de l’information dans une société qui se veut démocratique, ce nouveau genre journalistique ne pèche pas moins par une trahison de la substance des articles traduits. D’où la pertinence de la sonnette d’alarme que tire le député Mahama Sawadogo.
Mais «l’infidélité» des traducteurs, si promptement dénoncée par le parlementaire, est-elle le seul fait de nos confrères des radios FM? Ce serait injuste de vouloir faire porter ce chapeau aux seuls animateurs de ces radios de proximité qui ont l’ingéniosité de combler un vide qui contrastait tragiquement avec l’option démocratique du Burkina Faso. Des animateurs prenants, tel Aboubakar Zida, alias Sidnaaba, de Savane FM, pour ne pas le nommer, ont tracé des sillons utiles et novateurs en interprétant en langue locale le contenu des articles de la presse écrite à la portée de l’écrasante majorité de leurs auditeurs. Pour ne parler que de cette radio qui, en la matière, crève l’audimat, force est de reconnaître que ce ne sont pas seulement ceux qu’on qualifie péremptoirement d’analphabètes qui profitent de la presse «écrite-parlée», mais également toute la masse de scolarisés et même d’intellectuels qui n’ont toujours pas les moyens ou le temps de parcourir les journaux. La traduction des articles de presse écrite ne se fait pas nécessairement dans le respect des règles qui régissent la presse, mais de là à lui jeter l’anathème, ce serait jeter le bébé avec l’eau du bain.
Par ailleurs, en proposant la «création de vrais journaux en langues nationales» pour remédier au problème de «l’infidélité» des journalistes des radios FM, le député Mahama Sawadogo semble avoir ignoré que les raccommodeurs des langues nationales ne se trouvent pas seulement dans les rédactions des radios privées. Il faut aller les chercher également à la radio et à la télévision nationales où des animateurs de ces médias d’État, qui sont supposés avoir une formation adéquate, ne font rien d’autre que de traduire - du français aux langues nationales - généralement mot à mot des notions qui n’ont rien à voir avec les réalités dont ils tentent de parler. Même dans les journaux télévisés en langues nationales, nos confrères se contentent, la plupart du temps, d’une traduction linéaire qui ne déforme pas moins les informations originales.
Il faut aussi suivre les messages de la Commission électorale nationale indépendante qui sont diffusés en ce moment pour se rendre compte que tout le monde fait du «copier-coller». Que dire de tous ces hommes politiques incapables d’exprimer leurs opinions ou leurs programmes dans leurs langues maternelles ou qui massacrent horriblement ces langues?
Nous - politiques, journalistes, scolarisés, alphabétisés - devons tous avoir le courage de reconnaître que nous sommes tous des analphabètes dans nos langues nationales. La solution à ce mal profond ne viendra que d’une introduction conséquente des langues nationales dans notre système éducatif et de formation et le développement de contenus d’enseignement à caractère social, culturel et politique. Ainsi, on ferait un pas qualitatif important vers la démocratisation de l’information.
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