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12.04.2007
Les politiciens burkinabè et le "wack"
Les meurtres à répétition dont les victimes sont jetées aux quatre points cardinaux de la ville de Ouagadougou auraient-ils un lien de cause à effet avec les élections législatives du 6 mai prochain? Cette soudaine montée du crime serait-elle simplement le fait d’une insécurité caractérisée ou bien ces homicides seraient commandités pour des pratiques de magie noire à des fins électoralistes? Ces questions alimentent des discussions dans certains cercles dits d’initiés et ne méritent pas moins d’être posées au grand jour.
Surtout dans une société burkinabè dont l’écrasante majorité reste dominée «par des principes et des règles de la société traditionnelle», pour emprunter cette expression au Premier ministre et «tapeur de sable», Paramanga Ernest Yonli dans son discours sur l’état de la nation prononcé le 29 mars dernier devant la représentation nationale. Pour être assis entre le fauteuil de la modernité et le tabouret de la tradition, le Prince de Tansarga sait certainement de quoi il parle. Ils sont légion, les Burkinabè, qui croient à la magie noire ou au «wack», pour donner une coloration locale à la chose.
Et lorsque des faits, comme les meurtres de ces dernières semaines, deviennent récurrents, il y a lieu de s’inquiéter et de s’interroger. Entre l’attente des résultats des enquêtes d’une police qui se hâte lentement et les ravages d’une rumeur qui ne fait pas moins de victimes - dont les dernières sont la chaîne des maquis, les Kundé -, les spéculations vont bon train. D’aucuns n’hésitent pas à fonder leur argumentation sur les échéances législatives. Certains candidats à la députation seraient-ils prêts à tout, y compris des sacrifices humains, pour assouvir leur soif de pouvoir?
Une suspicion certaine pèse sur les hommes politiques et semble se justifier dans un contexte sociopolitique dominé par l’omniprésence de «sorciers» ou de «marabouts» blancs et noirs qui gravitent autour de ceux qui détiennent le pouvoir. C’est un secret de Polichinelle d’affirmer que la plupart des «môgô puissants» qui règnent sur le pays ont chacun leur wackman de service. C’est également une idée répandue qu’à la veille des élections chacun active ses réseaux visibles ou occultes afin de mettre toutes les chances de son côté. Quand on sait que ce n’est pas seulement le mérite ou le charisme politique qui permet d’être élu ou d’être nommé à un poste dit juteux, il n’est peut-être pas inutile de chercher la main invisible des «chercheurs de pouvoir» derrière ces meurtres à répétition à la veille des législatives. À moins que la police scientifique, qui cherche encore ses marques dans les sables mouvants du Faso, ne s’attelle à dissiper ces crédulités tenaces de l’opinion.
LAURENT BADO Y CROIT
Malgré sa «foi droite comme les tecks de Pabré», l’ancien président du PAREN, Laurent Bado, n’a pas moins cru à une tentative de «wackage» au cours de la campagne présidentielle de novembre 2005. Alors qu’il tenait un meeting à Bobo-Dioulasso, le chantre du Tercérisme a eu un malaise qui a fait jaser plus d’un. Dans une interview accordée à notre confrère «Le Pays», il avait lui-même déclaré «qu’il y a quelque chose de bizarre au Burkina Faso pour la compétition électorale», en parlant de «coupure mystérieuse d’électricité». Qui aurait voulu le «danser»? Le professeur ne semble pas avoir percé le mystère, mais a reconnu qu’«en politique on fait non seulement le wack, mais aussi de vrais sacrifices. On tue». Quand cette déclaration vient d’un éminent professeur de droit et éminent homme politique, ça veut dire ce que ça veut dire.
LE ‘’PETIT PRÉSIDENT’’ ET LE SACRIFICE D’UN ALBINOS
Que n’a-t-on pas entendu au sujet des albinos? Une affaire de «wack» qui fait toujours jaser est celle du «sacrifice d’un albinos» dont on tenterait de faire porter le chapeau au ‘’petit président’’, entendez, François Compaoré, conseiller spécial de son frère de président du Faso. Dans une interview accordée le 27 février dernier à l’hebdomadaire L’Indépendant, un certain Delma Daogo a déclaré que David Ouédraogo aurait été envoyé par François Compaoré à la mosquée centrale de Ouagadougou pour ramener un albinos de 16 ans pour qu’il fasse un sacrifice. Il est curieux qu’une accusation aussi grave n’ait pas fait l’objet d’un démenti de la part de l’accusé, en dehors d’une «réponse du berger à la bergère» parue dans l’Hebdomadaire du Burkina.
DES POLITICIENS QUI SE «DANSENT»
Les suspicions de «wack» sont légion dans l’histoire politique du Burkina. Des langues fourchues ont lié les décès des 14 députés enregistrés au cours de la 1re législature (1992-1997) à des «missiles» occultes lancés par des suppléants trop impatients de prendre la place des titulaires de sièges. La psychose semble avoir fait son effet, puisqu’à la législature suivante, plusieurs formations politiques ont modifié la forme de remplacement des députés. N’ayant plus la possibilité de remplacer automatiquement le titulaire du siège, le suppléant n’a plus de raison de le «danser» pour prendre sa place. On se rappelle aussi que le décès, l’année dernière, de Mamadou Koné, maire éphémère de Banfora - officiellement par suite de diabète - a fait courir le bruit que ce sont ses adversaires politiques qui l’ont tué. Il a en a été de même pour l’accident de circulation dont l’ex-ministre du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse, Alain Ludovic Tou, a été victime en 2005.
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