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12.04.2007
Le Filep re-file le coton de la liberté d'expression et de presse!
Plus de 7 ans après avoir semé ses premières graines sur les terres de Ouagadougou, le Festival international de la liberté de la presse (Filep) reprend du service du 11 au 14 avril dans la capitale burkinabè. Une centaine de défenseurs des droits humains et de la liberté d’expression et de presse venus d’une trentaine de pays du continent déroulent, en principe, le programme du 2e Filep autour du thème: «Sauver la liberté d’expression et de presse pour sauver la démocratie».
Une préoccupation bien à propos dans des démocraties tropicalisées où la liberté d’expression et de presse n’est pas particulièrement élevée comme un enfant dans du coton. Son sort est même si tragique que ceux qui osent en user pour que triomphent la liberté et la justice l’ont payé de leur vie. Le journalisme demeure, malheureusement encore, un métier à haut risque sur le continent africain. Au pays des Hommes intègres, l’affaire, toujours insoluble au plan judiciaire, de Norbert Zongo, le directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant fauché le 13 décembre 1998, demeure un trou noir dans la galaxie des libertés fondamentales.
C’est justement pour fustiger cet horrible liberticide et immortaliser le combat des journalistes assassinés en Afrique que le 1er Filep s’est déroulé, en 2000, au pays de Norbert Zongo, ce journaliste qui «a refusé de bâillonner sa plume», selon l’hommage que le reggaeman ivoirien Alpha Blondy lui a rendu. Obligées d’accepter, à contrecœur, ce festival qui n’avait pas l’esprit aux habituels salamalecks et autres bamboulas, les autorités burkinabè n’avaient pas moins mis les bâtons dans les roues des organisateurs. À l’époque, le Filep devait se tenir du 13 au 16 décembre, soit en marge du 2e anniversaire de la commémoration de l’assassinat du directeur de publication de L’Indépendant.
Il n’en fallait pas plus pour que certaines personnalités de défense des droits humains soient déclarées persona non grata au Faso. En plus, les manifestations prévues se sont achevées en queue de poisson. Dans la matinée du 13 décembre 2000, les festivaliers ont été stoppés à 5 km de Sapouy par une horde de policiers qui ont «reçu des ordres» de... ne rien comprendre. Cela faisait suite à une mise en garde musclée proférée quelques jours plus tôt par le ministre délégué à la Sécurité, Djibrill Bassolé. La première pierre du «monument de la liberté de la presse», prévu pour être érigé sur les lieux du crime, n’a pu être posée. Pire, une soixantaine de festivaliers a été refoulée à la frontière Ghana-Burkina, le Centre national de presse Norbert-Zongo, pied-à-terre du Filep, a été investi par la police anti-émeute et interdit d’accès, le concert que devait animer l’artiste ivoirien Tiken Jah Fakoly a été annulé sans autre forme de procès. Tout semble avoir été mis en œuvre pour tuer le Filep dans l’œuf. Les conditions sont-elles réunies pour que ce festival assez particulier file du bon coton? Rien n’est moins sûr.
Sans être dans le secret des négociations qui ont scellé sa reconduction, force est de reconnaître qu’il a dû y avoir beaucoup de compromis de part et d’autre. En effet, le choix de la période du 11 au 14 avril paraît plus «neutre». On constate aussi que l’idée de l’érection d’un «monument de la liberté de la presse» à Sapouy ne figure plus dans l’agenda du Filep. A la place, les participants feront un pèlerinage au cimetière de Gounghin où gît Norbert Zongo. Par ailleurs, en plaçant la 2e édition sous le patronage de Roch Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale mais aussi du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti au pouvoir, les organisateurs du 2e Filep achèvent de convaincre que leur initiative n’est plus un sujet qui fâche au sommet de l’État.
Pour le temps d’un festival, tout le monde gagne, peut-être, à sauver les apparences. Quand on sait que la justice burkinabè a confirmé les «funérailles de première classe» du dossier Norbert Zongo il n’y a pas longtemps encore, il y a de quoi craindre pour le coton que le Filep semble contraint de filer. À l’instar des autres valeurs cardinales de la démocratie si chères à l’Afrique, la liberté d’expression et de presse a probablement besoin d’une fête. Mais que vaut une fête sans l’achèvement du combat?
17:22 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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