L
es musiciens burkinabè n’ont pas seulement des talents. Ils ont aussi la mémoire des grands hommes qui ont fait et qui font l’histoire de leur pays. En février dernier, c’est le «pape» du mouvement Hip-Hop local qui a donné le ton par un hommage à Thom Sank dans son album intempestif et trublion Code noir. Ce «Bissa teint clair» qui n’a pas sa langue dans la poche a fait de la musique une arme d’engagement social et politique qui ne laisse personne indifférent. Il ne s’embarrasse visiblement pas de salamalecks et chantent ouvertement ce qu’il pense. En faisant un clin d’œil musical au «père» de la révolution d’août 83, il ramène au devant de la scène cette figure historique burkinabè dont l’aura toujours vivace a été prouvé au cours de la dernière édition du Fespaco par l’engouement autour du documentaire «Sankara, l’homme intègre» du réalisateur franco-belge Robin Shuffield. Dans la mouvance des hommages, Sonia Carré d’As a circonscrit le sien dans le cocon familial.
La chanteuse n’a pas trouvé figure à mettre en valeur que celle de son pater, Drissa Traoré alias Saboteur, l’actuel entraîneur national des Etalons senior. Pour montrer que la musique adoucit les mœurs d’un foot national, elle a fait quelques pas de Tak-borsé sur le tapis vert en compagnie d’Hamed Smany. Ce n’est pas la première fois qu’elle intègre les acteurs du ballon rond dans son répertoire. Son premier album qui a parlé de la compétition au sommet du championnat national ivoirien lui a valu le nom de «Carré d’As» qui colle désormais à sa carrière. La charité bien ordonnée commence par la maison. Et Sonia a bien rendu la monnaie à son papa dont les conseils avisés ont pesé positivement dans sa formation au métier de musicien. Apparemment, ça marche pour elle puisque le 10 mars dernier, elle a sorti son 3e album intitulé «N’Kanu» qui signifie en langue dioula «Aime-moi». Un message adressé certainement à l’élu de son cœur.
Plus sentimental, l’hommage de l’artiste Adji est dévolu à la mémoire de Black So man, le regretté chouchou de la musique burkinabè, tragiquement disparu il y a déjà 5 ans. Après son atterrissage réussi dans la musique, l’artiste dont le charme avait ensorcelé Black So man a voulu marquer une halte pour honorer la mémoire du «père de son bébé». Sa prestation n’a pas été la hauteur de celle de celui qui aurait pu devenir son mari, mais le coup valait la chandelle. Pour un amour prématurément éteint, la commémoration valait bien un maxi. Si tous les artistes se donnaient le temps et les moyens de rendre hommage aux personnages qui les ont marqués, notre histoire commune gagnerait en notes plus gaies et dansantes. La musique n’adoucit pas seulement les mœurs, elle peut aussi ressusciter les morts.
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