« Vivement le président Sarko! | Page d'accueil | De l'Or pour Newton, mais pas de diamant pour Ezra »

06.03.2007

Les Ivoiriens ont l'ours, mais il reste sa peau!

medium_accord1.jpgça y est, c’est fait. Le Blaiso nouveau, facilitateur du dialogue direct entre les frères ennemis de Côte-d’Ivoire, a réussi le pari de les amener à conclure, le week-end dernier, un accord politique à Ouagadougou. À l’issue d’un mois de pourparlers conduits dans la plus grande discrétion, les représentants des camps loyaliste et rebelle sont parvenus à un modus vivendi qui devrait permettre de remettre le processus de paix et de réconciliation sur de nouveaux rails. Du moins, le paraphe, dimanche 4 mars, du document par le président ivoirien Laurent Koudou Gbagbo et le secrétaire général des Forces nouvelles Guillaume Soro a été salué comme «une avancée qualitative» sur les dossiers brûlants de répartition de pouvoirs, d’identification des électeurs pour une présidentielle plusieurs fois repoussée, de désarmement et de restructuration de l’Armée.

Ainsi, après Lomé, Accra I, Linas-Marcoussis, Accra II et III et Pretoria, Ouagadougou inscrit désormais son nom dans les principales officines de recherche du remède pour «l’éléphant d’Afrique» plongé, depuis septembre 2002, dans ses plus profondes convulsions. Cette fois-ci, l’initiative d’une nouvelle médication n’est pas venue des organisations sous-régionales, encore moins de l’ONU. C’est Gbagbo himself qui a décidé d’un «dialogue direct» en vue de trouver des «solutions ivoiriennes». Et comme par hasard - ou par coïncidence (c’est selon) -, il semble n’avoir pas trouvé meilleur facilitateur que le président Blaise Compaoré, taxé à tort ou à raison de «parrain» de la rébellion avant de se retrouver depuis janvier «pompier» sous la tunique de président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Apparemment, l’enfant terrible de Ziniaré a bénéficié d’un gros capital de confiance pour arracher un accord aux protagonistes ivoiriens.

En tout cas, les différentes parties en dialogue ont fait montre d’une «discipline» surprenante à plus d’un titre, en respectant scrupuleusement les consignes de discrétion qui leur ont été données. On est tenté de dire: «Tout est bien qui finit bien.» Mais, le plus dur et l’essentiel reste l’application des accords de Ouagadougou sur le terrain. Car, depuis le début de la crise ivoirienne, la faune politico-militaire nous a habitué à des guéguerres d’interprétation à faire perdre son latin. Un accord de paix, ce n’est pas du papier à musique. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours sans l’avoir tué.

 

6 accords et désaccords

 

- 29 septembre 2002: 1ers accords d’Accra, au Ghana, à l’issue du sommet extraordinaire des Chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO.

- 1er novembre 2002: accord entre le Mouvement patriotique de Côte-d’Ivoire (MPCI) et le gouvernement de Côte-d’Ivoire à Lomé, au Togo, libération des prisonniers civils et militaires;

- 24 janvier 2003: accords de Linas-Marcoussis, en France, entre tous les protagonistes de la crise et nomination de Seydou Elimane Diarra comme Premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale, avec délégation des pouvoirs consacrés par l’article 53 de la Constitution de Côte-d’Ivoire;

- 7 mars 2003: 2èmes  accords d’Accra, au Ghana, à l’issue d’une Table Ronde des forces politiques ivoiriennes signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis;

- 30 juillet 2004: 3èmes accords d’Accra, au Ghana, à l’issue d’une rencontre entre le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Seydou Elimane Diarra et les principales forces politiques ivoiriennes signataires de l’Accord de Linas-Marcoussis;

-          6 avril 2005: accords de Pretoria entre le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Seydou Elimane Diarra, l’ancien Président Henri Konan Bédié, représentant le Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI), l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara, représentant le Rassemblement Des Républicains (RDR), et le Ministre d’État Guillaume Soro, Secrétaire Général des Forces Nouvelles.

 

Banny définitivement banni

 

Le poste du Premier ministre Charles Konan Banny aura été l’un des œufs qui ont été cassés pour faire l’omelette du nouvel accord politique de Ouagadougou. Le nouveau chef de gouvernement sera désigné dans les prochaines semaines, cette fois-ci par le tandem Gbagbo-Soro en concertation avec le «parrain», pardon, avec le facilitateur Blaise Compaoré. Banny devrait faire ses valises au moment où le fauteuil de gouverneur qu’il a abandonné à la BCEAO risque aussi de lui échapper. Quant à l’ancien Premier ministre Alassane Dramane Ouattara et à l’ancien président Henri Konan Bédié, le nouveau processus de paix leur promet des maroquins de «présidents d’institution». De quoi les tenir en laisse avant les batailles de la présidentielle.

 

Au nom de la paix et de Saint-Egidio

 

La communauté religieuse Saint-Egidio aura pesé de tout son poids discret et efficace sur le dialogue direct entre les frères ennemis de la Côte-d’Ivoire. C’est une véritable «diplomatie parallèle» qui a contribué non seulement à l’accouchement de l’accord politique global togolais, mais également à plusieurs autres en Afrique tels celui du Mozambique, du Burundi. Elle était déjà là lors du sommet de Linas-Marcousis en janvier 2003.

 

10 mois pour faire 10 pas

 

À l’issue de la signature, dimanche dernier, de l’accord de Ouagadougou, Gbagbo et Soro se sont engagés à faire 10 pas pour aboutir à l’organisation d’élections en 10 mois. Ainsi, ils ont:

- 2 semaines pour commencer la mise en place d’un Centre de commandement intégré;

- 2 semaines pour mettre en place un cadre institutionnel d’exécution de l’accord;

- 5 semaines pour former un nouveau gouvernement;

- 6 semaines, soit 1 semaine après la formation du gouvernement, pour supprimer la zone de confiance et mettre en place des unités mixtes;

- 7 semaines, soit 2 semaines après la formation du gouvernement, pour démanteler les milices;

- 7 semaines, soit 2 semaines après la formation du gouvernement, pour procéder au regroupement (rassemblement par unité des ex-combattants dans les sites de regroupement et stockage des armes sous la supervision des Forces impartiales), au redéploiement de l’Administration publique et l’organisation des audiences, tout ceci en 3 mois;

- 11 semaines, soit 1 mois après le début des audiences foraines, pour procéder à l’enrôlement en vue de l’inscription sur les listes électorales et de l’identification;

- 15 jours après l’enrôlement pour procéder à l’unification des forces en présence et à l’enrôlement pour le Service civique;

Ce n’est qu’après l’établissement et la distribution des nouvelles cartes nationales d’identité et des cartes d’électeurs que la liste électorale définitive sera officiellement adoptée. Et c’est à la fin du processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) qu’auront lieu les élections.

Les commentaires sont fermés.