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06.03.2007
De l'Or pour Newton, mais pas de diamant pour Ezra
La célébration de la 20e grand-messe du cinéma africain s’est achevée samedi. Mais la réminiscence des œuvres présentées continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive, et pour cause.
Il y avait de quoi être:
• ...profondément ému et touché à la vision de Ezra, du Nigérian Newton Aduaka. Le réalisateur a fait étalage d’un excellent talent de narrateur et de maîtrise technique d’une histoire aussi poignante que d’actualité: le drame des enfants soldats. Son œuvre s’est simplement imposée au jury et à tous ceux qui ont pu le voir comme un grand film qui méritait de recevoir la plus prestigieuse récompense du Fespaco.
• ...émerveillé par la trame du film Il va pleuvoir sur Conakry. Cette audacieuse tragi-comédie qui lève le voile sur certaines pratiques sombres des pouvoirs politiques, médiatiques, religieux et traditionnels a su allier la fable et l’exploitation moderne du cinéma. Sa belle fin montre que la pluie n’annonce pas seulement le malheur, mais la régénération d’une Afrique qui s’impatiente d’une aube nouvelle. Le Guinéen Cheik Fantamady Camara méritait d’enfourcher l’Étalon. Mais pour un réalisateur, le prix du public ne vaut-il pas mieux que tout l’or de la princesse Yennenga?
• ...convaincu par la maîtrise scénique de la comédienne Flora Ilboudo dans Le monde est un ballet. Ce film tragi-comique, qui montre la décadence et la grandeur d’une star du showbiz, aurait gagné à jouer dans la cour des grands si Issa Traoré de Brahima, le réalisateur burkinabè, avait peut-être pris le temps de parfaire son œuvre. Même si la construction de son scénario n’était pas mal.
•...agréablement surpris par le grand coup d’essai de la jeune comédienne Sandra Soubéiga dans l’interprétation de Djanta. Ce premier long métrage du Burkinabè Tahirou Tasséré Ouédraogo a eu le mérite de traiter d’un sujet chatouillant pour les combattants des droits de la Femme, mais l’exploitation du sujet est restée un peu trop simpliste.
•...drôlement ébloui par l’originalité déroutante du film Les Saignantes, du Camerounais Jean-Pierre Bekolo. Cet avant-gardiste du cinéma africain a réussi le pari de mettre ses comédiennes à poils sans verser dans une pornographie de la chair du sang. Le scénario est si bien construit que ce n’est point la nudité et les agitations sexuelles de Majolie et de Chouchou - les actrices principales du film - qui choquent, mais bien cet univers d’enfer d’une certaine politique africaine où les valeurs cardinales sont impudiquement dévoyées. Son Étalon d’argent a été sans débat. Et pour ses actrices Adèle Ado et Carmel Dorelia, le Prix de la meilleure interprétation féminine a été sans ébats.
•...également frappé par l’engouement autour de Code Phénix du jeune burkinabè Boubakar Diallo. Sans avoir réalisé le rêve de rencontrer la princesse Yennenga, ce polar politique fait rêver les amateurs du cinéma numérique HD sur la possibilité de manier habillement un sujet aussi délicat que celui du mode d’emploi des coups d’État en Afrique.
•...vivement séduit par la qualité de l’émotion distillée par le film Barakat de l’Algérienne Djamila Sahraoui. Pour raconter l’histoire tragique du fanatisme religieux avec élégance et grandeur d’esprit, on ne pouvait pas trouver mieux que cette femme de grand talent artistique et technique qu’est Djamila. Ce n’est pas par hasard qu’elle a raflé les prix de la meilleure musique, du meilleur scénario et le prix Oumarou-Ganda.
•...fortement ému par la profondeur du film Darratt (Saison sèche), du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun. Avec des images limpides et riches du désert et des scènes qui mettent l’homme à l’épreuve de la tolérance et du pardon, ce film est simplement magnifique. Il méritait bien de brandir l’Étalon de bronze et le Prix de la meilleure image.
•...instruit par la démarche du réalisateur du film Making off, le Tunisien Nouri Bouzid. Fracassant avec des acteurs jeunes et choc, ce film plonge au cœur du malaise de Bahta, un jeune arabe confronté aux tragédies de l’intégrisme et du choc des civilisations. Cela méritait bien le Prix de la meilleure interprétation masculine ainsi que celui du meilleur montage.
•...obligeamment aguiché par le film L’Ombre de Liberty, du Gabonais Imunga Ivanga, même si après avoir visionné le film on n’y comprend pas grand-chose. La musique était par contre merveilleuse et le jury le lui a bien rendu.
•...regretté que des films tels Bamako du Mauritanien Abderrahmane Sissako, Rêves de poussière du Français Laurent Salgues, Run Baby Run du Ghanéen Emmanuel Appia pour ne citer que ceux-là, n’aient pas été enrôlés dans la sélection officielle du Fespaco. Ils auraient eu l’avantage de mettre un peu plus de piment dans la sauce du jury. Mais enfin, le festival est toujours trop court pour tout voir et surtout pour faire voir tout le monde. La messe est dite. Gloire à Dieu et pieds sur terre!
08:29 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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