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14.02.2007

Et si on s'essayait aussi à la gratuité?!

De «l’eau potable et l’assainissement pour tous»? À quelque 8 années de la date butoir fixée pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement, force est de reconnaître que la guerre de l’or bleu reste largement inachevée. Du moins, les porteurs d’eau se hâtent lentement et tout porte à convaincre que plus on approche de l’horizon de 2015, plus on s’éloigne du minimum qui consiste à réduire de moitié le nombre de personnes privées du liquide vital. Ce nombre est estimé à 350 millions pour l’Afrique, où l’équation est d’autant plus difficile à résoudre qu’elle se heurte à l’os de la pauvreté généralisée. Le seul remède qui pourrait éloigner définitivement le spectre de la soif serait la gratuité. Du reste, la gratuité pour tous est irréaliste, mais plusieurs ménages piégés par la pauvreté monétaire ne peuvent avoir accès à l’eau potable et à l’assainissement par cette solution.

Au pays des Hommes intègres, l’Office national de l’eau et de l’assainissement (Onea) a choisi de ne pas s’aventurer sur le terrain de la gratuité. L’or bleu conserve tous ses droits de «bien de consommation» et il n’entend pas les céder sans contrepartie aucune. Mais avec l’apport considérable de ressources en eau attendu du barrage de Ziga, la nationale des eaux a mis beaucoup d’eau dans son vin. D’une moyenne de coût de branchement estimée à 130 000 F CFA, on en est aujourd’hui à 50 000 F. Mieux, à l’occasion des fêtes de fin d’année, l’Onea a poussé sa «générosité» jusqu’à baisser les prix à 30 500 F pendant les mois de novembre et de décembre 2006. Il s’agissait d’une opération spéciale destinée à satisfaire les besoins d’environ 3 000 demandeurs, mais au finish, ce sont 12 000 personnes qui se sont ruées pour profiter de l’aubaine. Preuve que plus l’Onea baissera les coûts du branchement, plus il y aura d’abonnés. Hélas. Pour la nationale des eaux, l’essentiel n’est pas d’avoir beaucoup d’abonnés, mais d’en avoir suffisamment de solvables.

Une chose est sûre, l’objectif des 50 000 branchements d’ici à 2008 prévus par l’Onea ne sera qu’une goutte d’eau dans la mer des besoins dont la plupart risquent d’être insatisfaits faute de pouvoir d’achat dans les villes comme dans les campagnes. Aussi longtemps que les problèmes de la pauvreté resteront insolubles, notamment dans leurs aspects vitaux comme l’accès à l’eau potable et à l’assainissement, que ce soit à moitié ou en totalité, le rêve de «l’eau potable pour tous en 2015» est un gros mirage qui ne se réaliserait autrement que par le courage de le mettre à l’épreuve de la gratuité.

 

L’assainissement toujours parent pauvre

 

Dans le principe, le combat pour l’accès à l’eau potable est intimement lié à celui de l’assainissement, mais, dans la réalité, cet aspect non moins fondamental est le parent pauvre des différentes politiques. Dans la conception des plans d’urbanisation, on a mis la charrue avant les bœufs. Par négligence ou insouciance, on ferme les yeux sur les graves problèmes d’insalubrité publique causés par le manque criard d’égouts et de caniveaux. Conséquences: on déverse impunément tous les excrétas dans la rue, au grand dam de l’environnement.

 

Quand l’arsenic s’en mêle

 

Déjà handicapé par un déficit de points d’eau dans les campagnes, le Burkina n’est pas moins mal barré à cause de la pollution de certains forages à l’arsenic, un poison aux multiples risques sanitaires tels le cancer et d’autres affections plus graves. Dans la région du Nord, ce sont environ 100 forages qu’il va falloir construire à nouveau. Selon une étude commanditée par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale et l’ONG danoise Danida, en 2005, les risques d’intoxication à l’arsenic planent sur plusieurs sources d’eau dans le pays. Arrivera-t-on à maîtriser cet autre monstre? Ce n’est pas demain la veille.

 

Faut pas noyer les problèmes d’eau dans la décentralisation.

 

Face aux multiples équations de gestion et d’entretien des équipements hydrauliques, la nouvelle option est de transférer ce casse-tête aux collectivités locales, décentralisation oblige. Mais les nouvelles communes rurales disposent-elles de moyens nécessaires pour jouer cette partition? Le tout ne sera certainement pas de financer, comme on en a l’habitude, mais de faire en sorte que toutes les forces vives de ces nouvelles communes prennent suffisamment conscience de leurs responsabilités et aient les coudées franches pour agir. Autrement, les mêmes causes - mauvaise gestion des finances et des hommes, panne des pompes et autres infrastructures - risquent de produire les mêmes effets et ainsi les problèmes vitaux de l’eau seront noyés dans la mare de la décentralisation.

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