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31.01.2007
Nuisances sonores à Ouagadougou
Depuis quelques semaines et par médias interposés, le torchon brûle entre le maquis «La Jet 8» et un groupe de résidents de la cité «1200-Logements» sis au secteur 14 de Ouagadougou. À l’origine de cette bagarre: un voisinage difficile entre le bar dancing et des riverains qui se disent assaillis par des nuisances de toutes sortes. En novembre dernier, ils se sont ligués une première fois en publiant une lettre de protestation au maire contre l’ouverture du maquis. Mais visiblement le bourgmestre n’a pas eu une oreille attentive à cette levée de boucliers. Contre vents et marées, La «Jet 8» a bel et bien pris son envol.
Dame Zaïnatou Kontogomdé, qui s’y connaît dans le goût des «maquisards», n’a pas fait dans la dentelle pour que son nouveau coin attire le plus de monde possible. Comme des papillons à la recherche de nouveaux nectars, c’est par centaines que les clients se ruent sur la «Jet 8» et sa renommée a largement dépassé le cadre de la cité. Évidemment, les jeunes du quartier ne se laissent pas conter ce qui se passe à l’intérieur du maquis.
Pendant ce temps, le groupe de résidents mécontents n’en a pas démordu. Bien au contraire. Il a cru mieux fonder ses protestations en commettant, en décembre et janvier, un huissier pour constater et confirmer (c’est selon) ses incriminations. Aussi, à la suite d’une investigation qu’il dit avoir menée de jour comme de nuit, Me Séverin Somda a livré un rapport aussi long que détaillé qui semble corroborer la plainte qu’il a reçue. «... J’ai constaté, à travers mes multiples allées et venues, qu’effectivement la situation du maquis, compte tenu de la proximité des maisons d’habitation, de la fréquentation des lieux par des mineurs, rend difficile la maîtrise de l’éducation des enfants mineurs; en sus, le lieu est fréquenté par des personnes à la moralité douteuse et aux mœurs légères. En outre, j’ai constaté que le son de la musique, si élevé, ne permet pas un paisible repos des riverains», a conclu l’huissier dans un document publié le 25 janvier par notre confrère L’Observateur paalga. La réponse de la bergère au berger ne s’est pas fait attendre. Dans une interview publiée le 30 janvier par «Le Pays», Zaïnatou Kontogomdé prend le contre-pied du constat de l’huissier, l’accuse de «diffamation» et «d’espionnage» et regrette que son «bar soit ainsi diabolisé». Tout en reconnaissant que les reproches de nuisances sonores peuvent se justifier et être réglées à l’amiable, elle pense que «si on doit fermer le bar à cause de l’éducation des enfants, qu’on ferme alors les autres bars... ».
Tous les regards sont tournés vers la mairie de l’arrondissement de Bogodogo qui a accordé une autorisation d’exercer au maquis, certainement en toute connaissance de cause. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au-delà des bruits que provoquent les nuisances évidentes de la «Jet 8» qui n’est certainement pas un cas isolé, la prolifération des maquis et ses corollaires pose un réel problème social. Ce n’est certainement pas en cassant le thermomètre qu’on va faire baisser la fièvre que provoque la ruée vers les maquis.
IL Y A AUSSI LE «KASSETO»
Un bras de fer est également en cours entre les étudiants de la cité universitaire de l’immeuble Kafando à Tampouy et les responsables du maquis «Kasséto» situé au pied du bâtiment. Il n’y a pas longtemps, les étudiants avaient manifesté leur mécontentement face au son de la musique qui perturbe leur concentration. Dans l’immédiat, le propriétaire du coin avait réussi à calmer les jeunes en réduisant le volume des décibels. Mais cela n’a été que de courte durée. La musique du Kasséto a recommencé de plus belle à perturber la tranquillité des pensionnaires. Pour l’heure, une pétition serait en train de circuler dans les chambres pour aboutir à l’arrêt définitif des activités du maquis, visiblement incompatibles avec la vie des étudiants.
FORTUNES DIVERSES
POUR LES MAQUIS
La prolifération des maquis à Ouaga a un certain rapport avec la crise ivoirienne. À côté des bons vieux bars dont la plupart étaient concentrés autour des quartiers Dapoya, Paspanga, Koulouba ou Tiedpalgho, on a vu pousser, comme des champignons, une panoplie de maquis dont les dénominations sont aussi provocatrices que révélatrices du nouvel esprit. De la «Gazèta» à la «Gazèta plus», en passant par «La Gazoum» et «La Ligaze», tous ou presque ont connu les mêmes problèmes que ceux dont La «Jet 8» est taxée aujourd’hui. Le premier a dû changer plusieurs fois de gérance et de style pour ne pas être complètement fermé. Suite à plusieurs plaintes de son voisinage et à des verbalisations répétées de la police municipale, le second est redevenu un restaurant et le troisième a été fermé par la police pour, dit-on, «atteinte aux bonnes mœurs», entre autres. D’autres maquis, tels «Virus B52», «Serum 4x4», «Le Pouvoir», «Le Nope», «L’éclat d’acier», ont disparu sans crier gare.
MAQUIS ET NUISANCES DANS LES CITéS
Si les «révolutionnaires d’août 83» avaient voulu rapprocher les loisirs des populations en installant les bars au cœur des cités, force est de reconnaître que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la cohabitation ne se passe pas sans grincements et désagréments. Il n’y a qu’à faire un tour au Kundé de la cité An II, au Festival de la Cité An III et dans les nombreux maquis qui inondent la cité An IV A de l’Avenue Kwame Nkrumah pour se rendre compte que la liberté des maquisards ne s’arrête pas toujours là où commencent celle des résidents. À qui la faute?
INTROUVABLES STATISTIQUES
Bien malin qui peut dire le nombre de maquis, bars et gargotes en service dans la ville de Ouagadougou. À la mairie, on esquive la question en vous renvoyant aux arrondissements qui, eux, se cachent derrière «la permission de l’autorité» pour ne pas répondre. Appelé en rescousse, le commandement de la police municipale se gratte longtemps la tête avant de vous renvoyer vers la police nationale qui vous renvoie à la mairie. Vous l’avez donc compris. Ou bien personne ne connaît le nombre de maquis, ou bien on ne veut pas le donner. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut pas résoudre efficacement l’épineux problème des nuisances sans ce minimum. C’est peut-être là où le bât blesse.
16:28 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Ouagadougou, maquis
Quand Dieu ne passe que sur les télévisions privées...
Ainsi, «le champ du Seigneur» s’est élargi sur les ondes. Canal Viim Koeega (CVK), qui était jusque-là la seule télévision confessionnelle à distiller «la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ», perd quelque peu l’exclusivité de la prédication télévisée. Mieux, certains prédicateurs sont prêts à mettre les moyens qu’il faut pour s’assurer une certaine visibilité sur les autres chaînes. Grâce au concours insoupçonné de la télévision, on peut toucher plus d’auditeurs qu’on ne peut l’imaginer. Et les bergers en quête de «brebis égarées» ne veulent pas rater l’aubaine que leur offre le miracle de l’audiovisuel. Eh oui! la télévision a remplacé toutes les églises associées. Par le petit écran, un «envoyé de Dieu» peut semer dans un champ bien plus vaste que celui de l’espace étriqué d’un temple. S’il y a une grande influence chrétienne dans certains coins de la planète comme au pays de l’Oncle Sam, c’est en partie grâce à tous les grands prédicateurs à la télévision. Les mêmes causes peuvent-elles produire partout les mêmes effets? Rien n’est moins sûr.
Le rêve américain a toujours hanté tous ceux qui partagent la même foi que les Ricains. Mais si la prédication télévisée a l’avantage de toucher un large public, elle a aussi l’inconvénient de mettre la «parole de Dieu» au même niveau que toutes les marchandises que l’on tente de vendre à travers la télévision. Lorsque Dieu est présenté comme une superstar du petit écran, il ne faut pas s’étonner qu’on le mette en concurrence avec les autres stars et qu’on tire le bouchon jusqu’à le banaliser au pire des cas.
Certes, la vie de la plupart des Burkinabè n’est pas piégée par le vertige de la société de consommation où tout peut s’acheter et se vendre. Mais quand on sait que dans l’environnement médiatique qui est le nôtre le passage à la télévision est payée d’une manière ou d’une autre, il y a peut-être lieu de recadrer les choses dans les justes proportions. La montée de la téléprédication sur les chaînes privées a certainement trouvé un terrain favorable sur lequel elle se déploie sans aucun problème. Que ferait-on si les autres confessions religieuses - et Dieu sait qu’elles sont légion au Faso - décidaient de se payer aussi leur temps d’antenne à la télévision privée ou publique?
Dans le temps, il y avait un service télévisuel public qui permettait aux principales tendances religieuses qui cohabitent au Faso de promouvoir leur foi et leurs croyances plus ou moins équitablement à la télévision nationale. La nature ayant horreur du vide, il y a peut-être lieu de rétablir la religion dans ses droits pour éviter que Dieu ne soit privatisé à la télé. Le débat mérite d’être ouvert pour la santé - au propre comme au figuré - de la sacro-sainte laïcité du Faso.
16:26 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Burkina, médias, liberté de presse
25.01.2007
Ainsi nos juges sont plus royalistes que le roi!
Guigne! Comme un couperet, la Justice a assené son verdict ce lundi 22 janvier dans l’affaire de l’accusation de diffamation pour laquelle François Compaoré, frère cadet et conseiller spécial du président, a poursuivi notre confrère L’Événement. Elle a condamné Germain Bittiou Nama et Newton Ahmed Barry, respectivement directeur de publication et rédacteur en chef du journal, cumulativement à 2 mois de prison avec sursis, une amende de 300 000 F CFA chacun, 1 franc symbolique à verser au sieur François Compaoré et la publication de son arrêt dans les quotidiens L’Observateur paalga, Le Pays et Sidwaya. Ainsi donc, la Justice a eu la main plus lourde qu’il ne lui a été demandé. Elle a frappé plus fort que “le petit président” - tel qu’on désigne le petit frère du président - ne l’a exigé. Elle a été plus royaliste que le roi, et pour cause.
En effet, pour laver son honneur dans cette affaire, François Compaoré n’avait exigé de nos deux confrères que le versement d’un franc symbolique. À l’issue des débats, ses avocats défenseurs, Mes Mamadou Ouattara et Abdoul Ouédraogo, n’ont pas varié d’un iota sur cette demande. Bien que le premier ait même évoqué des préjudices économiques qui seraient causés à son client, en plus du dommage moral inhérent au fait de la diffamation par voie de presse, il n’a nullement révisé la sanction à appliquer. Mieux, il en a étonné plus d’un en affirmant à qui voulait l’entendre que François Compaoré n’avait nullement l’intention de faire taire le journal L’Événement.
Mais le procureur du Faso n’était pas sur la même longueur d’onde que le plaignant. Contre toute attente, Adama Sagnon a trouvé mieux de requérir, en plus de 3 mois d’emprisonnement avec sursis, la suspension du titre L’Événement pour une période de 6 mois! Un réquisitoire renversant, qui trahit curieusement la volonté du ministère public de museler la presse. Du moins, cela est apparu comme de bonne guerre, puisque durant tout le procès le “petit juge” est monté sur ses grands chevaux pour enfoncer le clou des faits présumés de diffamation qui pesaient sur nos confrères. En réduisant la poire à 2 mois de prison avec sursis, 600 000 F d’amende, dont 300 000 pour chacun des condamnés, et au franc symbolique, la cour présidée par Seydou Millogo n’a visiblement pas fait grand-chose pour alléger le bâton. Mais, enfin, c’est certain, même s’il se révèle dur et même s’il y a à redire, le droit est au moins dit. Mais l’honneur est-il entièrement sauf? Rien n’est moins sûr.
Quoi qu’il en soit, ce procès est en lui-même un pas important en avant. Car, si les assassins de notre confrère Norbert Zongo avaient eu l’intelligence et la sagesse de l’attraire en justice, la Terre des Hommes intègres aurait fait l’économie du drame de Sapouy et la Justice burkinabè n’aurait pas besoin de tous ces subterfuges dont elle use, depuis 1998, pour ne pas épurer ce dossier toujours pendant et embarrassant. Aussi longtemps qu’on ne crèvera pas cet abcès, tout laisse à penser qu’on ne sera pas au bout des procès en diffamation dans l’affaire Norbert Zongo. Si la Justice a pu être plus royaliste que le roi dans le cas qui a opposé “le petit président” à L’Événement, elle devait pouvoir, enfin, prendre ses responsabilités. Et toutes ses responsabilités. Avec le même zèle. Ne dit-on pas que “qui peut le plus peut le moins”? En attendant, nos confrères ont fait appel du verdict.
Procureur
mal causeur
Le ministère public représenté par le procureur du Faso, Adama Sagnon himself, aura battu le record de la mal cause au cours de l’audience. Visiblement excité et remonté, il n’est pas allé par quatre chemins pour asséner des gros mots à donner la nausée aux esprits sensibles. Ainsi, lorsque les accusés semblaient rejeter les faits de diffamation sur le communiqué de presse distillé par Reporters sans frontières (RSF), il a balayé l’argument d’un revers de la main en invectivant: “... On s’en fout de RSF.” Comme si cela ne suffisait pas, il a argué à Newton Ahmed Barry et à Germain Bittiou Nama qui tentaient de l’interroger pour mieux comprendre l’accusation de diffamation portée contre eux en balançant: “... Nous sommes en démocratie, nous ne sommes pas dans la merde.” Lorsque les pauvres journalistes ont voulu lui faire comprendre qu’il n’avait pas besoin de leur proférer des menaces, il a répondu avec désinvolture: “Mon rôle est de menacer.” Comme pour montrer qu’il n’épargne personne, il a lancé: “Les GSP (entendez les Gardes de sécurité pénitentiaire), préparez-vous en cas de cas.” Plus mal causeur que Adama ça-gnole, tu meurs.
L’ombre de Norbert Zongo
L’ombre de notre confrère Norbert Zongo alias HS aura plané de bout en bout sur le procès. Même si le président du tribunal a voulu esquiver, à maintes reprises, en indiquant qu’ils n’étaient pas là pour ça, les prévenus et leurs conseils n’en ont pas moins trouvé moyen de ramener les débats à ce dossier qui a visiblement mis mal à l’aise les juges. Dans ses envolées, le procureur du Faso a même martelé que “le dossier est clos”. Réponse du berger à la bergère, ses vis-à-vis n’ont pas manqué de lui signifier que c’est parce que l’affaire est toujours pendante qu’on peut parler de diffamation de François Compaoré. Mieux, a rétorqué Germain B. Nama, “si François Compaoré avait conduit son chauffeur David Ouédraogo à la gendarmerie, il n’aura jamais eu de meurtre et donc d’affaire Norbert Zongo”.
Un procès aux allures de pugilat
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les parties au procès ne se sont pas fait de cadeau. A la moindre occasion, chacun était prêt à dégainer au point que le président du tribunal était obligé de s’emmêler les pinceaux. Les prévenus et leurs défenseurs se disaient “très à l’aise” tandis que la partie civile n’hésitait pas à pointer un doigt accusateur qui ressemblait quelquefois à des attaques en règle. En tout cas, il y avait tous les ingrédients nécessaires pour tenir en haleine un public qui débordait jusque dans le hall et sur le parvis du palais.
A chacun
ses supporters
Dans la foule compacte et bigarrée qui s’était massée pour suivre le procès, on pouvait croire qu’il n’y avait que des militants du “pays réel” naturellement favorables au journal “L’Evénement”. Même s’ils formaient le gros lot, on a pu apercevoir des supporters du “petit président” avec à leur tête Salif Dolobzanga, président des Amis de Blaise Compaoré (ABC). Comme pour marquer leur présence, certains ont timidement applaudi à la fin de la plaidoirie de Me Abdoul Ouédraogo, un des conseils de François Compaoré.
Moïse aussi était là!
Moïse Ouédraogo, le nouvel accusateur de François qui s’est étalée dans la presse ces derniers jours, était, lui aussi, présent au procès. Habillé d’un Tee-shirt rouge et visiblement libre de ses mouvements, il n’a raté aucun instant de l’audience.
La claque de Me Farama au PF
Désorienté par le surgissement dans le prétoire d’un avocat stagiaire du cabinet de Me Sankara, Adama Sagnon, le procureur du Faso - à ne pas confondre avec le PF - a voulu rabrouer la défense avant de se faire ramener à la raison. Le jeune défenseur avait bel et bien le droit de plaider aux côtés de ses mentors. C’est plutôt le juge qui ne savait visiblement pas comment fonctionne un cabinet d’avocats. Et le tonitruant Me Prosper Farama n’a pas raté l’occasion de le lui rappeler. Une gentille claque à un PF qui se croyait plus malin. Dans ses petits souliers, il a reçu en plus une douche de huées et de murmures moqueurs du public.
09:24 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La guerre des clans pollue la presse
Si le dossier de notre confrère Norbert Zongo est un boulet au pied de la Justice burkinabè, son traitement médiatique semble être devenu une pomme de discorde dans la grande famille de la presse à laquelle appartenait le directeur de publication de l’hebdomadaire “L’Indépendant”. À chaque rebondissement de l’affaire, on assiste à une volée de bois vert, par plumes interposées, entre deux clans qui se haïssent cordialement. À quoi riment ces querelles de clochers qui ne font que polluer l’environnement d’une presse à la croisée des chemins? Dur, dur de comprendre ce hara-kiri.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la confraternité est mise à rude épreuve chaque fois qu’il s’agit de l’affaire Norbert Zongo. Le bon sens voudrait que la grande famille des forçats de la plume, du micro et de la caméra se liguent pour exiger, d’une seule voix, Justice pour Norbert Zongo. Mais hélas! Au pays des Hommes intègres, une certaine presse a ses raisons que la raison ignore probablement.
La dernière illustration en date est sans conteste ce qu’il convient d’appeler “Les révélations de Moïse Ouédraogo”. Dans une ambiance médiatique quelque peu délétère suite à des procès et des interpellations tous azimuts de certains de nos confrères, le bimensuel “L’Événement” a levé un lièvre en publiant, en exclusivité, dans son numéro 107 du 10 janvier 2007 une interview du sieur Moïse Ouédraogo, un demi-frère (même père mais pas même mère, comme disent les Moose) de David Ouédraogo qui soutient avoir été “soudoyé” par François Compaoré pour “qu’il mente à propos de l’affaire David Ouédraogo”. Quand on sait que, deux jours avant cette parution, le directeur de publication du journal et son rédacteur en chef comparaissaient devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou pour répondre d’une affaire de diffamation contre eux portée par le même François Compaoré, on peut être tenté de croire que “les révélations” de Moïse ont été publiées à dessein. N’est-ce pas de bonne guerre qu’un organe de presse use de son arme favorite pour reprendre du poil de la bête?! En tout état de cause, la fameuse interview exclusive a été traduite en langue nationale mooré in extenso par la radio Savane FM qui a même eu le mérite de faire entendre à ses auditeurs les versions de deux personnes citées par Moïse que sont Tiemoko Keita, le secrétaire de François, et Malick Sidibé, ex-directeur général de Fasoparc. L’hebdomadaire “Bendré”, qui a repris ces deux interviews en version papier et en français dans son édition du 15 janvier, a interviewé, à nouveau, Moïse Ouédraogo sous le titre: “Ils savent qui a tué Norbert Zongo”. À la page 5 de son n° 697 du 16 janvier, l’hebdomadaire “L’Indépendant” a, quant à lui, franchi le rubicond en affirmant que “Le frère de David, Moïse, désigne François Compaoré dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo”. Cela n’est pas de l’avis de l’hebdomadaire “L’Opinion”, qui se demandait dans un article de l’édition du 17 janvier si “La presse est-elle au-dessus de tout soupçon dans l’affaire Norbert Zongo”. Dans la même veine “L’Hebdomadaire du Burkina” a conclu le 20 janvier, dans un article intitulé “Affaire Moïse Ouédraogo: encore un lapin du chapeau”, qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une révélation cousue de fil blanc.
Comme on peut le voir, l’affaire, toujours pendante, de Norbert fait naturellement couler beaucoup d’encre et de salive. Chaque canard, selon les muses qui l’inspirent et les sources auxquelles il a accès, y va allègrement de ses révélations et de ses commentaires. C’est tant mieux, la liberté d’expression et de presse, faut-il le rappeler, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Mais lorsque, sous prétexte de donner des leçons d’éthique et de déontologie, l’éditorialiste du journal “L’hebdomadaire du Burkina” N°405 du 19 au 25 janvier 2007 s’érige en juge des opinions de certains de ses confrères qu’il taxe péremptoirement de “véritables coupe-jarrets du journalisme d’investigation et du journalisme tout court”, il y a de quoi s’inquiéter. Une chose est de ne pas être d’accord avec un confrère, mais de là à le couvrir d’opprobre, il y a un pas de trop qui a été franchi dans cette guerre de tranchées à laquelle on semble se livrer dans le traitement de l’affaire de la disparition tragique de notre confrère Norbert Zongo. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) saura-t-il arrêter le massacre avant qu’il ne soit trop tard? “Alea jacta est”, “le sort est jeté”, le rubicond a été franchi. La guerre des clans pollue l’atmosphère. Il faut agir au plus vite.
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L'Armée avait mal à son commandement
Ce qui apparut les 19, 20 et 21 décembre comme un règlement de comptes des bidasses contre des policiers, suite à la mort accidentelle d’un des leurs, se révèle comme un prétexte pour mettre la hiérarchie militaire au pied du mur. Apparemment, les “sans-culottes” semblent avoir réussi leur coup. Du moins, les crépitements d’armes ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd.
Comme nous l’annoncions dans notre édition précédente, les soldats “aux poches trouées” en avaient marre de la manière dont ils étaient gérés depuis quelque temps. Et ils ont voulu le faire savoir en demandant la tête du colonel Ignace Zoungrana, qui n’est autre que le môgô puissant du fameux Groupement de commandement d’appui et de soutien (GCAS). Ce haut-gradé, que l’on dit “très proche” du tout-puissant chef d’état-major de l’Armée de terre, le colonel-major Dominique Diendéré, a dû déserter le camp Sangoulé-Lamizana pour sauver sa peau.
Si une certaine colère s’est dirigée vers lui dès le lendemain des manif’, c’est bien parce qu’il détenait le cordon centralisé de la bourse et devait s’en servir pour améliorer les conditions de vie des soldats. Comme on le sait désormais, ces conditions seraient détériorées avec la mise en place du GCAS. D’ailleurs, les chefs des différents corps n’auraient jamais vu d’un bon œil la concentration du pouvoir financier entre les seules mains du commandant du Groupement. Ne serait-ce pas la raison pour laquelle ils ont laissé les “enfants” se défouler aussi bien en ville que dans les différentes garnisons? Ce qui est sûr, la tête du Colonel Zoungrana semblait secrètement mise à prix par les chefs de corps et la grogne n’a fait que précipiter les événements. Les choses vont-elles rentrer dans l’ordre à l’issue du jeu de chaises musical que la hiérarchie militaire vient d’enclencher? Rien n’est moins sûr.
Apparemment, la solution à cette profonde crise qui secoue l’Armée se trouve au-delà du changement des hommes. En plus d’une restructuration pour s’adapter aux exigences d’une armée moderne, notre Armée a besoin de s’adapter aux réalités des hommes qui la composent. Fini l’époque des soldats que l’on recrutait sous les arbres avec un niveau inférieur ou égal au Certificat d’études. Les “jeunes gens” voient désormais clair. Ce serait suicidaire de continuer à les diriger comme au bon vieux temps où il suffisait de Zouter un peu de riz à un bidasse pour qu’il se mette au pas. Quand on sait que plus de la moitié des soldats vit en dehors des casernes et est donc influencée par les différentes convulsions sociales, économiques et politiques que connaît le Faso, il est illusoire de colmater les brèches. La fracture socio-économique qui mine l’armée nécessite une solution frontale et courageuse de la hiérarchie.
Un Lougué ne peut pas en cacher un autre
A en croire les rumeurs - qui semblent être la voie royale de l’info depuis cette crise -, le commandant du Groupement central des Armées (GCA) sis au Camp Guillaume-Ouédraogo qui n’est autre que le colonel Kodjo Lougué, serait désormais assis sur une chaise éjectable. La raison de cette éjection programmée serait à rechercher dans le laisser-faire avec lequel il avait géré la grogne de décembre à Ouaga. Visiblement, l’officier supérieur était débordé par le mouvement et son bâton de commandement s’est révélé une crosse en carton. C’est la preuve que n’importe quel officier ne peut commander le Camp Guillaume, qui semble être devenu une poudrière militaro-politique. Même lorsqu’on s’appelle Lougué, comme le Général, il faut peut-être autre chose que le patronyme pour être dans les bonnes grâces des soldats.
09:14 Publié dans Politique africaine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.01.2007
Thom’Sank, invité spécial au Fespaco 2007?
A travers le documentaire “L’Homme intègre”, Robin Shuffield se propose justement de “faire découvrir les solutions africaines aux problématiques africaines” et présente la figure de Thomas Sankara comme “le symbole d’une solution politique aux problèmes de gestion des pays africains”.
Le plus grand rêve de ce jeune réalisateur est certainement de pouvoir donner à voir ce film à la 20e édition du Fespaco, sur cette terre des Hommes intègres qui a accueilli les premiers cris de son héros Noël Isidore Thomas Sankara le 12 décembre 1949 et l’a enseveli le 15 octobre 1987. Du moins, Robin Shuffied figure dans le starting-block des réalisateurs qui veulent donner du piment au prochain Fespaco. En tout cas, si son film venait à passer dans les mailles du très souverain comité de sélection, il ne manquerait pas d’attirer la curiosité de plus d’un cinéphile.
Même si le comité venait à en décider autrement, l’histoire retiendra tout de même qu’à l’occasion du 20e anniversaire de Thom’Sank et au cours de cette année de grâce 2007, dédiée de surcroît au capitaine défunt, le réalisateur Shuffied a voulu lui rendre un hommage particulier pendant le déroulement du plus prestigieux festival de cinéma initié par le Burkina Faso. La non-sélection du documentaire “L’Homme intègre” ne rappellerait pas moins les péripéties du film “Bonnet rouge, où vas-tu?” du Neerlandais Van Rouveroy, programmé au Fespaco 2001 et retiré sans autre forme de procès. Loin de nous toute idée de jouer les oiseaux de mauvais augure aussi bien pour le réalisateur Robin Shuffied que pour le comité de sélection vers lequel tous les regards sont désormais tournés.
En attendant son verdict, il faut rappeler que ce n’est pas la première fois que des cinéastes d’Afrique et d’ailleurs font revivre la mémoire du capitaine Thom’ Sank. Avant Robin Shuffied, l’Ivoirien Armand Gbaka-Brédé, dit Gauz, a tourné, en janvier 2006, à Bamako, au Mali, un documentaire de 8 minutes dans lequel des jeunes reprennent le mémorable discours de Thomas Sankara prononcé à la session extraordinaire des Nations unies en 1984. D’autres non moins célèbres films ont été réalisés quelques années plus tôt, dont ‘’Sacrifices pour une révolution” de J.P. Rapp de la Télévision suisse romande, “Sankara pour mémoire” de Michaël Phelippeau en 2001, “Thomas Sankara” du RD-Congolais Balufu Bakupa-Kanyinda en 1991, “Capitaine Thomas Sankara, requiem pour un Président assassiné” de Didier Mauro et Marie-Roger Biloa en 1988.
A défaut d’avoir Thom’ Sank’ au prochain Fespaco, ce n’est donc pas la matière qui manque pour organiser un festival spécial de cinéma à l’occasion de la commémoration du 20e anniversaire de sa disparition et de l’année qui lui est spécialement dédiée.
11:30 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.01.2007
A vous, une année pleine de couleurs et de danse!
11:45 Publié dans Information et relations internationales | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ainsi “Le petit président” veut faire “L’Événement”!
Serait-il un malheureux présage ou le signe du dynamisme qui semble avoir déserté la presse burkinabè? L’année médiatique 2007 s’ouvre par un marathon judiciaire dont le coup d’envoi a été donné le lundi 8 janvier dernier devant le tribunal correctionnel de Ouagadougou. Au cœur de cette palabre qui ne manque pas déjà de faire couler beaucoup d’encre et de salive, les deux parties en procès ont toutes les qualités requises pour donner du piment à l’événement. Aussi bien à l’intérieur des frontières burkinabè qu’à l’extérieur, nos confrères ne s’en priveront certainement pas pour sortir l’actualité de la torpeur monotone des traditionnelles et insipides présentations de vœux d’institutions publiques et privées en manque de visibilité.
En effet, lorsque c’est le sieur François Compaoré, le frère cadet du docteur Honoré, affectueusement ou ironiquement (c’est selon) appelé le “petit président”, qui este en justice contre un canard de la place pour diffamation, il y a nécessairement un événement. Comme par hasard, ce canard n’est autre que le bimensuel “L’Événement”. L’événement juridico-médiatique ainsi créé est d’autant plus total qu’il a trait à l’affaire Norbert Zongo, du nom du directeur de publication de l’hebdomadaire “L’Indépendant” tragiquement fauché le 13 décembre 1998 et dont le dossier constitue un véritable boulet aux pieds d’une justice burkinabè qui n’y a pas trouvé d’autre palliatif que de prononcer, en juillet 2006, un non-lieu au profit du seul inculpé dans l’affaire.
Dans le jargon judiciaire, notre confrère paraissant au quartier Bilbalgo s’est retrouvé dans le box des accusés pour avoir, dans sa parution n° 102 du 25 octobre 2006, “publié des écrits, articles et photos dont il résulte des allégations et imputations de faits qui portent atteinte à l’honneur et à la considération de monsieur François Compaoré”. En termes plus simples, “Le petit président” n’est pas content de voir afficher à la Une du journal sa photo accompagnée d’un article titrant: “Affaire Norbert Zongo: Ainsi donc, c’est lui!” et un bref commentaire: “Jusqu’à présent, on pensait à lui sans oser le nommer. RSF vient de franchir le pas...”. En fait, dans l’écrit incriminé, Newton Ahmed Barry, rédacteur en chef du journal, s’est fendu d’un commentaire argumenté à partir des déclarations du secrétaire général de l’organisation de défense de la liberté de presse Reporters Sans Frontières (RSF) qui a révélé, le 20 octobre 2006, que dans la “version intermédiaire du rapport de la CEI (Commission d’enquête indépendante), datée du 26 avril 1999 et jamais rendue publique”, il y aurait des “mensonges des témoins François Compaoré et Oumarou Kanazoé”. Et notre confrère d’insinuer que “...François Compaoré aimante l’affaire Norbert Zongo. Tout semble se ramener à lui”. Voilà pour ce qui est du crime de lèse-majesté.
Fallait-il que “le petit président”, qui porte aussi l’honorable casquette de conseiller spécial du chef de l’Etat, traîne un journal en justice pour cela? Les avis sont partagés. Mais au-delà de toute considération, force est de constater qu’au moment où l’opinion nationale en a gros sur la patate à propos de l’appareil judiciaire burkinabè, ce dossier risque fort d’être une patate chaude jetée entre ses mains. D’ores et déjà, le président a préféré renvoyer le dossier au 22 janvier prochain pour manque de l’original du journal incriminé dans le dossier. Ceci expliquerait-il cela? En attendant la suite du marathon judiciaire, “le petit président” aura réussi, en ce début d’année, la prouesse de faire “L’Evénement”. Et le meilleur des vœux que l’ensemble de la presse est en droit de formuler est que tout cela aboutisse à un procès libre, transparent et surtout équitable.
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La libre circulation est toujours un leurre!
Vous est-il arrivé de croire qu’au fil des années les choses iraient pour le mieux? Sûrement. Dans ce foutu pays où l’on vous fait croire que Dieu finira par régler vos multiples emmerdes, on ne peut pas échapper à cette espérance débile. Mais plus le temps passe, plus on se rend compte que nos galères sont les mêmes. Rien ne change. Seuls les imbéciles croient que les babioles du genre “intégration régionale” peuvent nous sortir du tunnel. Erreur!
Il suffit de vouloir franchir les frontières qui mènent chez nos voisins togolais et béninois pour se rendre compte que la libre circulation des personnes et des biens n’est qu’un leurre. Ce n’est qu’un véritable appât pour attirer des voyageurs non avertis dans le piège de forces de sécurité racketteuses. Pour ces garde-côtes sans vergogne, les recommandations de l’UEMOA ne sont que du vent. Ils n’ont rien à foutre avec toutes ces décisions que même les commissaires ventrus qui les concoctent ne veulent pas faire appliquer. Aussi longtemps que les voyageurs originaires de cette foutue organisation d’intégration sous-régionale ne sauront pas qu’avec leur carte d’identité nationale ils peuvent franchir les frontières togolaise et béninoise sans débourser le moindre sous, ce sont les policiers et gendarmes de ces deux pays dits “frères” qui en profiteront pour s’engraisser impunément.
Dieu seul sait combien de fois on nous casse les oreilles ici avec toutes les foutaises de “suppression des postes de contrôle routiers”. A quoi ça sert d’appliquer cette mesure chez nous alors que de l’autre côté la flicaille continue de racketter sans vergogne? Rien n’est pire que cette libre circulation à deux vitesses qui nous fait faire un pas en avant et deux pas en arrière. Déjà qu’il faut parfois deux jours et une nuit pour rallier ces pays côtiers au péril de sa vie et dans des cercueils roulants, s’il faut encore jeter le peu de jetons que l’on a dans la poche d’un policier qui nous prend pour un idiot, je dis un gros à l’UEMOA, au président de sa commission et à tous ses commissaires.
J’ai honte de savoir qu’alors qu’ils se tournent les pouces et tournent en rond dans des conférences et colloques insipides ici à Ouagadougou, les autorités togolaises et béninoises - pour ne citer que les cas que j’ai vécus - se foutent rondement de la suppression des barrières policières et rackettent allègrement les pauvres voyageurs. Je n’ai pas commis la bêtise de mouiller la gorge d’un quelconque policier. J’ai conservé jalousement mes sous pour siroter la précieuse Guigui lors de mon séjour à la côte. Moi, je connais mes droits. A tous les gaous qui succombent encore à la tentation, je demande de dire un «merde» courageux à tous ces racketteurs et à tous ceux qui les laissent faire.
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