« Thom’Sank, invité spécial au Fespaco 2007? | Page d'accueil | L'Armée avait mal à son commandement »

25.01.2007

La guerre des clans pollue la presse

medium_Medias_BF-9.jpgSi le dossier de notre confrère Norbert Zongo est un boulet au pied de la Justice burkinabè, son traitement médiatique semble être devenu une pomme de discorde dans la grande famille de la presse à laquelle appartenait le directeur de publication de l’hebdomadaire “L’Indépendant”. À chaque rebondissement de l’affaire, on assiste à une volée de bois vert, par plumes interposées, entre deux clans qui se haïssent cordialement. À quoi riment ces querelles de clochers qui ne font que polluer l’environnement d’une presse à la croisée des chemins? Dur, dur de comprendre ce hara-kiri.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la confraternité est mise à rude épreuve chaque fois qu’il s’agit de l’affaire Norbert Zongo. Le bon sens voudrait que la grande famille des forçats de la plume, du micro et de la caméra se liguent pour exiger, d’une seule voix, Justice pour Norbert Zongo. Mais hélas! Au pays des Hommes intègres, une certaine presse a ses raisons que la raison ignore probablement.

La dernière illustration en date est sans conteste ce qu’il convient d’appeler “Les révélations de Moïse Ouédraogo”. Dans une ambiance médiatique quelque peu délétère suite à des procès et des interpellations tous azimuts de certains de nos confrères, le bimensuel “L’Événement” a levé un lièvre en publiant, en exclusivité, dans son numéro 107 du 10 janvier 2007 une interview du sieur Moïse Ouédraogo, un demi-frère (même père mais pas même mère, comme disent les Moose) de David Ouédraogo qui soutient avoir été “soudoyé” par François Compaoré pour “qu’il mente à propos de l’affaire David Ouédraogo”. Quand on sait que, deux jours avant cette parution, le directeur de publication du journal et son rédacteur en chef comparaissaient devant le tribunal de grande instance de Ouagadougou pour répondre d’une affaire de diffamation contre eux portée par le même François Compaoré, on peut être tenté de croire que “les révélations” de Moïse ont été publiées à dessein. N’est-ce pas de bonne guerre qu’un organe de presse use de son arme favorite pour reprendre du poil de la bête?! En tout état de cause, la fameuse interview exclusive a été traduite en langue nationale mooré in extenso par la radio Savane FM qui a même eu le mérite de faire entendre à ses auditeurs les versions de deux personnes citées par Moïse que sont Tiemoko Keita, le secrétaire de François, et Malick Sidibé, ex-directeur général de Fasoparc. L’hebdomadaire “Bendré”, qui a repris ces deux interviews en version papier et en français dans son édition du 15 janvier, a interviewé, à nouveau, Moïse Ouédraogo sous le titre: “Ils savent qui a tué Norbert Zongo”. À la page 5 de son n° 697 du 16 janvier, l’hebdomadaire “L’Indépendant” a, quant à lui, franchi le rubicond en affirmant que “Le frère de David, Moïse, désigne François Compaoré dans l’assassinat du journaliste Norbert Zongo”. Cela n’est pas de l’avis de l’hebdomadaire “L’Opinion”, qui se demandait dans un article de l’édition du 17 janvier si “La presse est-elle au-dessus de tout soupçon dans l’affaire Norbert Zongo”. Dans la même veine “L’Hebdomadaire du Burkina” a conclu le 20 janvier, dans un article intitulé “Affaire Moïse Ouédraogo: encore un lapin du chapeau”, qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’une révélation cousue de fil blanc. 

Comme on peut le voir, l’affaire, toujours pendante, de Norbert fait naturellement couler beaucoup d’encre et de salive. Chaque canard, selon les muses qui l’inspirent et les sources auxquelles il a accès, y va allègrement de ses révélations et de ses commentaires. C’est tant mieux, la liberté d’expression et de presse, faut-il le rappeler, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Mais lorsque, sous prétexte de donner des leçons d’éthique et de déontologie, l’éditorialiste du journal “L’hebdomadaire du Burkina” N°405 du 19 au 25 janvier 2007 s’érige en juge des opinions de certains de ses confrères qu’il taxe péremptoirement de “véritables coupe-jarrets du journalisme d’investigation et du journalisme tout court”, il y a de quoi s’inquiéter. Une chose est de ne pas être d’accord avec un confrère, mais de là à le couvrir d’opprobre, il y a un pas de trop qui a été franchi dans cette guerre de tranchées à laquelle on semble se livrer dans le traitement de l’affaire de la disparition tragique de notre confrère Norbert Zongo. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) saura-t-il arrêter le massacre avant qu’il ne soit trop tard? “Alea jacta est”, “le sort est jeté”, le rubicond a été franchi. La guerre des clans pollue l’atmosphère. Il faut agir au plus vite.

Les commentaires sont fermés.