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25.01.2007
L'Armée avait mal à son commandement
Ce qui apparut les 19, 20 et 21 décembre comme un règlement de comptes des bidasses contre des policiers, suite à la mort accidentelle d’un des leurs, se révèle comme un prétexte pour mettre la hiérarchie militaire au pied du mur. Apparemment, les “sans-culottes” semblent avoir réussi leur coup. Du moins, les crépitements d’armes ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd.
Comme nous l’annoncions dans notre édition précédente, les soldats “aux poches trouées” en avaient marre de la manière dont ils étaient gérés depuis quelque temps. Et ils ont voulu le faire savoir en demandant la tête du colonel Ignace Zoungrana, qui n’est autre que le môgô puissant du fameux Groupement de commandement d’appui et de soutien (GCAS). Ce haut-gradé, que l’on dit “très proche” du tout-puissant chef d’état-major de l’Armée de terre, le colonel-major Dominique Diendéré, a dû déserter le camp Sangoulé-Lamizana pour sauver sa peau.
Si une certaine colère s’est dirigée vers lui dès le lendemain des manif’, c’est bien parce qu’il détenait le cordon centralisé de la bourse et devait s’en servir pour améliorer les conditions de vie des soldats. Comme on le sait désormais, ces conditions seraient détériorées avec la mise en place du GCAS. D’ailleurs, les chefs des différents corps n’auraient jamais vu d’un bon œil la concentration du pouvoir financier entre les seules mains du commandant du Groupement. Ne serait-ce pas la raison pour laquelle ils ont laissé les “enfants” se défouler aussi bien en ville que dans les différentes garnisons? Ce qui est sûr, la tête du Colonel Zoungrana semblait secrètement mise à prix par les chefs de corps et la grogne n’a fait que précipiter les événements. Les choses vont-elles rentrer dans l’ordre à l’issue du jeu de chaises musical que la hiérarchie militaire vient d’enclencher? Rien n’est moins sûr.
Apparemment, la solution à cette profonde crise qui secoue l’Armée se trouve au-delà du changement des hommes. En plus d’une restructuration pour s’adapter aux exigences d’une armée moderne, notre Armée a besoin de s’adapter aux réalités des hommes qui la composent. Fini l’époque des soldats que l’on recrutait sous les arbres avec un niveau inférieur ou égal au Certificat d’études. Les “jeunes gens” voient désormais clair. Ce serait suicidaire de continuer à les diriger comme au bon vieux temps où il suffisait de Zouter un peu de riz à un bidasse pour qu’il se mette au pas. Quand on sait que plus de la moitié des soldats vit en dehors des casernes et est donc influencée par les différentes convulsions sociales, économiques et politiques que connaît le Faso, il est illusoire de colmater les brèches. La fracture socio-économique qui mine l’armée nécessite une solution frontale et courageuse de la hiérarchie.
Un Lougué ne peut pas en cacher un autre
A en croire les rumeurs - qui semblent être la voie royale de l’info depuis cette crise -, le commandant du Groupement central des Armées (GCA) sis au Camp Guillaume-Ouédraogo qui n’est autre que le colonel Kodjo Lougué, serait désormais assis sur une chaise éjectable. La raison de cette éjection programmée serait à rechercher dans le laisser-faire avec lequel il avait géré la grogne de décembre à Ouaga. Visiblement, l’officier supérieur était débordé par le mouvement et son bâton de commandement s’est révélé une crosse en carton. C’est la preuve que n’importe quel officier ne peut commander le Camp Guillaume, qui semble être devenu une poudrière militaro-politique. Même lorsqu’on s’appelle Lougué, comme le Général, il faut peut-être autre chose que le patronyme pour être dans les bonnes grâces des soldats.
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