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25.01.2007
Ainsi nos juges sont plus royalistes que le roi!
Guigne! Comme un couperet, la Justice a assené son verdict ce lundi 22 janvier dans l’affaire de l’accusation de diffamation pour laquelle François Compaoré, frère cadet et conseiller spécial du président, a poursuivi notre confrère L’Événement. Elle a condamné Germain Bittiou Nama et Newton Ahmed Barry, respectivement directeur de publication et rédacteur en chef du journal, cumulativement à 2 mois de prison avec sursis, une amende de 300 000 F CFA chacun, 1 franc symbolique à verser au sieur François Compaoré et la publication de son arrêt dans les quotidiens L’Observateur paalga, Le Pays et Sidwaya. Ainsi donc, la Justice a eu la main plus lourde qu’il ne lui a été demandé. Elle a frappé plus fort que “le petit président” - tel qu’on désigne le petit frère du président - ne l’a exigé. Elle a été plus royaliste que le roi, et pour cause.
En effet, pour laver son honneur dans cette affaire, François Compaoré n’avait exigé de nos deux confrères que le versement d’un franc symbolique. À l’issue des débats, ses avocats défenseurs, Mes Mamadou Ouattara et Abdoul Ouédraogo, n’ont pas varié d’un iota sur cette demande. Bien que le premier ait même évoqué des préjudices économiques qui seraient causés à son client, en plus du dommage moral inhérent au fait de la diffamation par voie de presse, il n’a nullement révisé la sanction à appliquer. Mieux, il en a étonné plus d’un en affirmant à qui voulait l’entendre que François Compaoré n’avait nullement l’intention de faire taire le journal L’Événement.
Mais le procureur du Faso n’était pas sur la même longueur d’onde que le plaignant. Contre toute attente, Adama Sagnon a trouvé mieux de requérir, en plus de 3 mois d’emprisonnement avec sursis, la suspension du titre L’Événement pour une période de 6 mois! Un réquisitoire renversant, qui trahit curieusement la volonté du ministère public de museler la presse. Du moins, cela est apparu comme de bonne guerre, puisque durant tout le procès le “petit juge” est monté sur ses grands chevaux pour enfoncer le clou des faits présumés de diffamation qui pesaient sur nos confrères. En réduisant la poire à 2 mois de prison avec sursis, 600 000 F d’amende, dont 300 000 pour chacun des condamnés, et au franc symbolique, la cour présidée par Seydou Millogo n’a visiblement pas fait grand-chose pour alléger le bâton. Mais, enfin, c’est certain, même s’il se révèle dur et même s’il y a à redire, le droit est au moins dit. Mais l’honneur est-il entièrement sauf? Rien n’est moins sûr.
Quoi qu’il en soit, ce procès est en lui-même un pas important en avant. Car, si les assassins de notre confrère Norbert Zongo avaient eu l’intelligence et la sagesse de l’attraire en justice, la Terre des Hommes intègres aurait fait l’économie du drame de Sapouy et la Justice burkinabè n’aurait pas besoin de tous ces subterfuges dont elle use, depuis 1998, pour ne pas épurer ce dossier toujours pendant et embarrassant. Aussi longtemps qu’on ne crèvera pas cet abcès, tout laisse à penser qu’on ne sera pas au bout des procès en diffamation dans l’affaire Norbert Zongo. Si la Justice a pu être plus royaliste que le roi dans le cas qui a opposé “le petit président” à L’Événement, elle devait pouvoir, enfin, prendre ses responsabilités. Et toutes ses responsabilités. Avec le même zèle. Ne dit-on pas que “qui peut le plus peut le moins”? En attendant, nos confrères ont fait appel du verdict.
Procureur
mal causeur
Le ministère public représenté par le procureur du Faso, Adama Sagnon himself, aura battu le record de la mal cause au cours de l’audience. Visiblement excité et remonté, il n’est pas allé par quatre chemins pour asséner des gros mots à donner la nausée aux esprits sensibles. Ainsi, lorsque les accusés semblaient rejeter les faits de diffamation sur le communiqué de presse distillé par Reporters sans frontières (RSF), il a balayé l’argument d’un revers de la main en invectivant: “... On s’en fout de RSF.” Comme si cela ne suffisait pas, il a argué à Newton Ahmed Barry et à Germain Bittiou Nama qui tentaient de l’interroger pour mieux comprendre l’accusation de diffamation portée contre eux en balançant: “... Nous sommes en démocratie, nous ne sommes pas dans la merde.” Lorsque les pauvres journalistes ont voulu lui faire comprendre qu’il n’avait pas besoin de leur proférer des menaces, il a répondu avec désinvolture: “Mon rôle est de menacer.” Comme pour montrer qu’il n’épargne personne, il a lancé: “Les GSP (entendez les Gardes de sécurité pénitentiaire), préparez-vous en cas de cas.” Plus mal causeur que Adama ça-gnole, tu meurs.
L’ombre de Norbert Zongo
L’ombre de notre confrère Norbert Zongo alias HS aura plané de bout en bout sur le procès. Même si le président du tribunal a voulu esquiver, à maintes reprises, en indiquant qu’ils n’étaient pas là pour ça, les prévenus et leurs conseils n’en ont pas moins trouvé moyen de ramener les débats à ce dossier qui a visiblement mis mal à l’aise les juges. Dans ses envolées, le procureur du Faso a même martelé que “le dossier est clos”. Réponse du berger à la bergère, ses vis-à-vis n’ont pas manqué de lui signifier que c’est parce que l’affaire est toujours pendante qu’on peut parler de diffamation de François Compaoré. Mieux, a rétorqué Germain B. Nama, “si François Compaoré avait conduit son chauffeur David Ouédraogo à la gendarmerie, il n’aura jamais eu de meurtre et donc d’affaire Norbert Zongo”.
Un procès aux allures de pugilat
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les parties au procès ne se sont pas fait de cadeau. A la moindre occasion, chacun était prêt à dégainer au point que le président du tribunal était obligé de s’emmêler les pinceaux. Les prévenus et leurs défenseurs se disaient “très à l’aise” tandis que la partie civile n’hésitait pas à pointer un doigt accusateur qui ressemblait quelquefois à des attaques en règle. En tout cas, il y avait tous les ingrédients nécessaires pour tenir en haleine un public qui débordait jusque dans le hall et sur le parvis du palais.
A chacun
ses supporters
Dans la foule compacte et bigarrée qui s’était massée pour suivre le procès, on pouvait croire qu’il n’y avait que des militants du “pays réel” naturellement favorables au journal “L’Evénement”. Même s’ils formaient le gros lot, on a pu apercevoir des supporters du “petit président” avec à leur tête Salif Dolobzanga, président des Amis de Blaise Compaoré (ABC). Comme pour marquer leur présence, certains ont timidement applaudi à la fin de la plaidoirie de Me Abdoul Ouédraogo, un des conseils de François Compaoré.
Moïse aussi était là!
Moïse Ouédraogo, le nouvel accusateur de François qui s’est étalée dans la presse ces derniers jours, était, lui aussi, présent au procès. Habillé d’un Tee-shirt rouge et visiblement libre de ses mouvements, il n’a raté aucun instant de l’audience.
La claque de Me Farama au PF
Désorienté par le surgissement dans le prétoire d’un avocat stagiaire du cabinet de Me Sankara, Adama Sagnon, le procureur du Faso - à ne pas confondre avec le PF - a voulu rabrouer la défense avant de se faire ramener à la raison. Le jeune défenseur avait bel et bien le droit de plaider aux côtés de ses mentors. C’est plutôt le juge qui ne savait visiblement pas comment fonctionne un cabinet d’avocats. Et le tonitruant Me Prosper Farama n’a pas raté l’occasion de le lui rappeler. Une gentille claque à un PF qui se croyait plus malin. Dans ses petits souliers, il a reçu en plus une douche de huées et de murmures moqueurs du public.
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